L'Étau Policier

C'est le titre de trois livres ( tomes 1, 2 et 3 ) relatant une grande enquête journalistique de plus de six années sur les activités illégales et clandestines de la police en civil du Québec, Canada. Dans ce monde de l'ombre et du silence, les droits et libertés ne valent rien. Les tactiques policières étant les mêmes partout, peu importe le pays où vous habitez, la police en civil ( municipale, régionale, provinciale et nationale ) procède ainsi.

Mon nom est Jacques Martel, journaliste québécois depuis plus de 40 ans. J'ai effectué l'enquête et rédigé les trois livres. Je vous offre de lire gratuitement les tomes 1, 2 et 3 au complet .

ACTUALITÉS

Il est (Heure du Québec)

Par  Jacques Martel,  journaliste indépendant


News du lundi 8 Février 2010---------------

■  Méli-Mélo – La dame au chapeau ; Stella !!! À quelle heure qu'on mange? ; give blood ; pas le moment d'atchoumer ; j'ai pas fini, fermes la porte ; un beau bébé ; navire hôpital à Port-aux-Prince ; intégration réussie (02:15).

■  And I Love You – Girl webcam going wild... (03:58).

  We Fuck the World – Un petit chef d'œuvre des Guignols (01:24 + davantage d'infos à leur sujet), un groupe d'humoristes de canal+, en France. Il date de quelques années (avant l'arrivée d'Obama), cependant les crises financière, économique et sociale que nous traversons le remettent plus que jamais d'actualité. C'est une parodie de We Are the World (07:11), un tube américain des années 80 dont l'objectif était d'amasser de l'argent afin de venir en aide aux enfants africains.

Les Guignols ont la réputation de ne pas faire dans la dentelle. En France, ils tapent sur les nerfs de bien des politiciens. On comprend pourquoi après avoir visionné certaines de leurs vidéos, donc celle-ci, mémorable : Droite City (01:47).

  Où commence la curiosité morbide et illégale de la police? - (Suite tome 2 de l'Étau Policier) Voyons ce qu'en pense Laplante. (Laurent Laplante -- La police et les valeurs démocratiques -- Institut québécois de recherche sur la culture) Il estime que la curiosité policière doit s'arrêter quelque part et respecter certaines limites. S'il fallait que la police lance à tous vents les informations qu'elle possède sur chacun de nous, l'existence se déroulerait sous le signe de la suspicion et de l'insécurité. Le laconisme policier peut aussi constituer une épée de Damoclès. Lui aussi doit avoir des limites.

Reste à savoir comment et où les établir. Attendre pour stocker l'information que le crime soit commis, c'est augmenter les risques que court la société, stériliser d'avance d'innombrables enquêtes, faire le jeu des criminels, analyse-t-il. En revanche, n'est-ce pas nier la présomption d'innocence que de recueillir de l'information sur celui qui n'a encore rien fait? se demande Laplante. Où s'arrête la curiosité légitime et féconde? Où commence la curiosité morbide et illégale?

Laplante met notamment en relief le danger qu'il y a de systématiser le soupçon, de faire déboucher le souci d'être renseigné sur la recherche boulimique d'informations par nature confidentielle et qui devrait le rester. Il raconte que, dans le passé, des non policiers ont eu l'occasion de compulser des renseignements recueillis par des services policiers.

D'abord en 1976, quand le Centre québécois d'analyse et de documentation a été démembré. Ils ont constaté que cueillette, classification et analyse des renseignements étaient, au mieux, nébuleux. Au point où ils hésitaient entre le rire et la dépression. Ensuite en 1981, quand la Commission Keable a déposé son rapport sur des opérations policières en territoire québécois. Cette fois, c'était plus sérieux, rapporte Laplante : les renseignements comportaient de flagrantes omissions et de nombreuses inexactitudes.

Même si celui qui examine les dossiers policiers n'est jamais certain qu'on lui a tout montré, Laplante ajoute que laissés à eux-mêmes, les services policiers ont plus d'appétit pour l'information que de discernement pour la trier. Plusieurs des traditions policières échappent toujours à l'évaluation externe, signale-t-il avec justesse.

Nul ne sait de science certaine si la police détruit vraiment les renseignements, empreintes digitales comprises, obtenus dans une enquête aboutissant à un non-lieu. On ne parvient pas non plus à une certitude rassurante au sujet des informations que transmet le public et qui ne se rattachent pourtant à aucun crime. «Sont-elles scrupuleusement détruites ou survivent-elles au cas où?», se demande-t-il.

Dans les milieux policiers, estime-t-il, on ne semble pas savoir quels renseignements sont vraiment pertinents, ce qui indique, à son avis, une carence en formation technique. On semble aussi ignorer que certaines informations ne doivent pas être recueillies, là, c'est la formation éthique des policiers qui suscite l'inquiétude.

Voilà qui devrait alerter l'autorité hiérarchique, mais plus encore le pouvoir civil, sur le fait que les policiers ignorent ou, pire encore, choisissent d'ignorer les limites imposées par la Loi aux intrusions policières. Il y a là atteinte aux libertés fondamentales, juge Laplante. Celui-ci ayant publié son livre avant le lancement du concept de la pseudo police communautaire et de son maître mot panzer, la prévention, il serait intéressant de savoir ce qu'il en pense aujourd'hui. (Suite demain)

■  Le triumvirat policier pousse mon vélo vers l'extérieur de la biblio, une invitation à en faire autant - (Suite tome 1 de l'Étau Policier) Par la suite, deux civiles et une collabo à tout crin ont pris le relais. Elles y faisaient déjà du "bénévolat", mais rarement les trois en même temps, alternant leur présence, une ou deux à la fois. Le triumvirat dispose désormais des coudées franches. C'est-à-dire ?

Tirer les vers du nez des usagers, peaufiner le profil de chacun à partir des livres qu'ils empruntent, harceler au passage quelques anticonformistes ou rebelles à l'ordre tel qu'établi par ceux et celles qui ne veulent que notre bien, et qui vont l'avoir. Décider également qui sera in ou out de la petite biblio. Les connais des pieds à la tête. Elles patrouillent dans les rues du village, circulent dans les allées de l'épicerie aussi, on les croise parfois au Carrefour Jeannois, centre commercial de Roberval.

À la biblio, l'une des civiles m'accueillait toujours le visage fermé comme une boîte de conserve, nos rapports étaient d'une incroyable pesanteur. À trois occasions différentes, quand je lui avais présenté ma carte de la biblio pour l'enregistrement sur l'ordi des livres empruntés, elle avait tendu la main, mais ne l'avait pas prise, la laissant tomber.

Lors de mon avant dernier passage à la biblio, au milieu de l'été 2002, sa collègue m'a demandé, le bec bien arrondi : «Vous n'avez pas eu trop chhhaaauuud?» Un «chaud» long, étiré à la limite de son élastique... Oui, il avait fait chaud au cours de la journée, mais pas tant que ça. Lui ai demandé si elle cherchait à m'intimider. Elle en est restée bouche bée. J'ai ajouté que je connaissais bien son travail caché...

Pendant les deux années où j'ai fréquenté la biblio, la responsable m'avait permis de placer mon vélo dans le petit vestibule. Le laisser à l'extérieur, dans la grande cours déserte, éloignée de la rue, me semblait un peu risqué : je craignais les sabotages policiers. Lorsque le triumvirat policier s'est emparé du pouvoir, on y a déposé une chaise de bureau. Peu après, on l'a remplacée par un gros bac de recyclage.

Tactique sournoise, car si elles m'avaient demandé de ne plus l'y mettre, j'aurais obéi sans discuter. J'ai bien senti en quelque part que ce n'était pas le vélo que l'on poussait de plus en plus vers la porte de sortie. La biblio ne m'apportant plus rien de neuf, j'ai cessé de la fréquenter. Le triumvirat occupait toute la place, j'ignore s'il y œuvre encore... bénévolement. (Suite demain)

News du dimanche 7 Février 2010---------------

■  56% des entreprises canadiennes victimes de crimes économiques en 2009 – C'est ce que dévoile en tout cas l'enquête mondiale menée par le groupe "Enquêtes et juricomptabilité" de PricewaterhouseCoopers (PwC – en savoir plus sur ce cabinet international d'expertise comptable).

La criminalité économique au Canada a atteint son plus haut niveau depuis six ans, constate-t-on. Les délits du genre y ont été plus nombreux qu'ailleurs dans le monde (!?), mais les résultats de 2009 font état d'une disparité croissante. On parle aussi de stratagèmes à la Ponzi.

Une pyramide à la "Ponzi" est une escroquerie dite "cavalerie", basée sur une course permanente entre la collecte de nouveaux fonds et des paiements visant à donner confiance aux investisseurs. Ainsi l'affaire du financier américain Bernard Madoff. Ou plus près de nous, Québécois, l'affaire Earl Jones, beaucoup plus modeste que la précédente, qui a avoué sa culpabilité et connaîtra sa sentence le 15 février qui vient.

Pour avoir accès au rapport (en anglais + bref résumé du rapport en français) traitant du Canada, où d'un autre pays, rendez-vous à cette adresse. Sept vidéos en anglais sont également disponibles sur le site de PwC.

■  Le G7 continuera de soutenir financièrement l'économie – Pas le choix : la reprise est trop faible et en plus largement attribuable au plan de relance respectif de ses pays membres. Cependant, on envisage des stratégies de sortie qu'on appliquera lorsqu'elle reprendra de façon certaine son élan. Normal, les États veulent revenir à l'équilibre budgétaire.

En ce qui concerne la régulation des activités des milieux financiers, les membres du G7 sont conscients de la nécessité d'aboutir à une certaine cohérence. C'est les 2 seuls points importants qu'on retient de cette réunion de deux jours dans le Grand Nord canadien.

Il faut savoir que depuis la création du G20, le G7 a perdu beaucoup de poids et se démène pour rester pertinent en promouvant des politiques économiques et financières alternatives. Les économies émergentes (Chine, Russie, Brésil et Inde, tous membres du G20) talonnent le G7. De l'aveu même du ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, il ne joue plus le rôle moteur d'autrefois. (Textes à lire, par ordre d'importance : Reuters, AFP et RCI)

PS : Le total de la dette des membres du G7 est de 30 375 milliards$. De cette somme, combien est attribuable aux crises financière, économique et sociale? Qui paiera la facture astronomique de ces plans de relance, la société ou le marché financier responsable du krach?

  Le secteur public officialise la prolifération du partage de données personnelles et confidentielles - (Suite tome 2 de l'Étau Policier) En 1997, un enquêteur de la Commission d'accès à l'information du Québec (CAIQ), Bernard Dionne, s'est intéressé au mégafichier du Centre de renseignements des policiers du Québec (CRPQ) (André Noël -- La Presse du 17 décembre 2000) Qu'a-t-il trouvé?

«(...) des renseignements nominatifs sur les plaignants, témoins pertinents, suspects, victimes, prévenus, les bien volés, le contrôle des armes à feu, les permis d'alcool, permis des agences de sécurité, etc. Le CRPQ contient environ six millions de dossiers», notait Dionne. En 1996, on y avait dénombré 61 millions de transactions et consultations.

Ici, se pose la question à savoir si Dionne a eu le temps de tout voir. Analyser le contenu d'une mégabanque ne peut être le job d'un seul homme et une affaire de quelques semaines ou mois. Ce devrait faire l'objet d'une surveillance continuelle. Se pose aussi celle à savoir si on lui a tout montré. On peut en douter, et fortement. Des auteurs ont déjà signalé la réticence des responsables de ces mégabanques à s'ouvrir aux enquêteurs. Dionne avait-il annoncé sa visite quelques jours auparavant?

Laperrière et Patenaude se disaient d'avis, en 1994, que c'est la diffusion incontrôlée des renseignements personnels qui pose les menaces les plus grandes à la protection de la vie privée. (Traité des problèmes sociaux -- Institut québécois de recherche sur la culture -- Ouvrage collectif sous la direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin, 1 164 pages, 1994)

Ils mentionnaient le cas du secteur public où on ne compte plus les exceptions législatives permettant aux administrations de se dispenser du consentement des individus pour diffuser des renseignements personnels à leur sujet, ou pour en collecter auprès de tiers à l'insu des personnes concernées et sans garantie de fiabilité. Ils s'inquiétaient du fait que les législations, au lieu de restreindre, encadrent et même officialisent la prolifération des moyens de surveillance étatique et quelquefois privée. (Suite demain)

■  Un village infiltré de la cave au grenier par des civils de la Sûreté du Québec et des collabos - (Suite tome 1 de l'Étau Policier) À Lac Bouchette, tout est infiltré mur à mur. Outre les commerces, les associations et autres organismes sans but lucratif, dont le Centre Vacance Nature, un centre de plein air. À l'hiver 2000-2001, j'y faisais régulièrement un arrêt pour me réchauffer, boire un café et fumer une cigarette : le vélo l'hiver, il y a des fois où c'est frigorifiant.... À cet endroit, l'infiltration est verticale, du conseil d'administration au personnel : oui, des civils et des collabos y travaillent.

Infiltrés aussi, les HLM, le Foyer Lac Bouchette -- un foyer de personnes âgées --, l'Ermitage St-Antoine. Infiltrés également, la fonction publique municipale et le conseil municipal? Chose certaine, ils sont à peu près tous des collabos : deux conseillers participent à des patrouilles. Lors d'une élection municipale, l'un des candidats défaits, qui se présentait à ce poste pour la première fois, était un civil de la Sûreté du Québec. Infiltrées également, l'aréna et la biblio municipale. J'ai fréquentée cette dernière régulièrement pendant environ deux ans, en moyenne une fois par semaine. Attardons-nous y un peu.

En milieu rurale, la biblio régionale du Saguenay-Lac-St-Jean alimente, à tous les deux ou trois mois, la biblio locale. Celle-ci lui retourne une centaine de livres, la régionale les lui remplace. Cette dernière choisirait les titres. Cependant, entre les rotations, l'usager peut, par l'entremise de la biblio locale, en commander à la régionale.

Quelque part au cours de l'hiver 2001-2002, le nombre des livres sociopolitiques provenant de la biblio régionale a diminué, diminué... Au point où plus aucune nouveauté ne présentait quelque intérêt à mes yeux. Même qu'on a sauté une rotation. Bien sûr, j'aurai pu commander des titres, mais cela impliquait presque un mois d'attente, des fois d'avantage, et n'en obtenais qu'un sur dix. Avait-on créé artificiellement une disette, cherchait-on indirectement à m'expulser de la biblio? Je le crois.

Puis au printemps, une bénévole avec laquelle je me sentais quelques atomes crochus, a cessé d'y travailler. Au début, je m'inquiétais de son absence, mais on me rétorquait, un peu vexé ou agacé : «Avec nous, est-ce que ça va faire pareil?» Je n'insistais pas. Puis un jour, on m'a enfin avoué qu'elle n'y travaillait plus.

Par la suite, j'ai su d'un proche de la biblio qu'elle avait quitté parce qu'elle ne s'y sentais plus tout à fait la bienvenue. Éjectée en douce? J'y avais d'ailleurs déjà été témoin d'un malaise entre elle et une civile. J'en ignore la raison, mais il était évident que la bénévole n'appréciait pas ce qu'elle lui demandait de faire. Je la sentais visiblement irritée. (Suite demain)

News du samedi 6 Février 2010---------------

  Ce 6 février, Journée internationale contre les mutilations génitales – L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pointe du doigt certains des pays concernés : Côte-d'Ivoire (l'un des pires), Égypte, Soudan, Kenya, Nigéria, Guinée et Yémen. Elle estime que de 120 à 140 millions de femmes sont touchées et que 3 millions de filles risquent d'être mutilées cette année (texte de l'ONU + rapport détaillé de mars 2008 de l'OMS + d'autres infos à explorer).

Des exciseuses et accoucheuses opèrent sans anesthésie avec des ciseaux, des lames de rasoir ou des couteaux. Ces pratiques aboutissent à l'ablation partielle ou totale ou à l'altération des organes génitaux externes pour des raisons non médicales. Des professionnels de la santé sont aussi impliqués. De plus, la pratique perdure après la migration en Occident, bien qu'on ne puisse en évaluer l'importance : la vigilance citoyenne s'impose ici.

  Beat envoûtant – Sauf dans les toutes dernières secondes de la vidéo où ça se gâte un peu. Mais bon, la magie faut savoir la prendre là où elle est. Un montage (03:51) du Festival musicale del Mediterraneo.

  Pink - Glitter in the air : image fixe (03:48). Grande capacité d'expression.

■  Big Brother et Big Sister, c'est la police en civil, pas l'État - (Suite tome 2 de l'Étau Policier) Revenons aux mégabanques policières, car elles sont autrement plus menaçantes pour les droits et libertés des citoyens. Car, d'après mon enquête de six années et demi dans l'underground policier, Big Brother et Big Sister, c'est surtout la police en civil, ce n'est pas un gouvernement, fédéral ou provincial.

Certes, dans un État autoritaire, ou une province, le pouvoir utilise ses lois et sa police pour opprimer le citoyen. Cependant, les renseignements qu'il accumule ne portent que sur ses relations avec celui-ci, ce qui est déjà beaucoup remarquez bien, mais bien peu comparer à ce que la police en civil, ses collabos et les agents et agentes de sécurité en civil soutirent quotidiennement du citoyen : chaque corps policier possède sa mégabanque, qu'il actualise au jour le jour.

En plus d'avoir accès aux renseignements que l'État détient sur chacun, la police en civil va en chercher d'autres sur le terrain qu'on ne retrouvent pas dans les mégabanques gouvernementales. Mieux outillée que l'État, elle pénètre au fin fond de l'intimité du citoyen. Bref, elle en sait considérablement plus sur celui-ci que l'État.

Au fait, combien de renseignements détient-elle sur chacun des Québécois? Connaissant sa boulimie, le nombre doit être largement supérieur, très largement... aux 2 000 que la mégabanque fédérale du DRHC contenait sur chacun des Canadiens.

Pourquoi épier la population? Pour répondre à cette question, référons-nous à un document de l'ex-Communauté urbaine de Montréal publié en 1996 (La Police de quartier -- Ensemble pour mieux servir -- Communauté urbaine de Montréal et Police de la CUM, 1996) : le rôle de la police de quartier est de «définir le profil de chaque quartier, les particularités locales et les caractéristiques de la population».

Un autre extrait mérite une citation en règle : «L'élément fondamental dans le fonctionnement même d'une organisation policière est de connaître le territoire desservi, connaître les gens qui y vivent, comment ils pensent (sic) et être en relation avec eux quotidiennement (NDLR : et être habillé en civil)». Les nombreux contacts que les policiers établissent avec les citoyens créent inévitablement un sentiment de confiance mutuelle, «propice à l'échange d'informations», condition de base pour la réalisation des nombreuses activités policières... (Suite demain)

■  Les civils possèdent l'art de créer à la fois l'offre et la demande - (Suite tome 1 de l'Étau Policier) Au village, ceux qui ont l'air un peu voyou et bagarreur sont de fait des civils, jeunes et vieux. Ce sont des leurres qu'ils lancent à droite et à gauche pour attirer ceux qui seraient tentés de commettre un petit vol, une petite fraude ou autres petites entorses à la loi, mais d'abord et surtout pour réprimer clandestinement les citoyens portant atteinte aux politiquement et puritainement corrects et sortir de l'espace publique ceux y circulant sans raison.

Ils ont également une autre mission... Ne sachant pas qu'ils sont des flics, la population doit penser que se sont des gens qui ne font pas grand chose de leurs dix doigts, décrochent de temps à autre de petits emplois d'une journée ou deux, et probablement criminalisés et peu recommandables.

Sans omettre un fait capital : la police en civil propage dans le village de fausses rumeurs sur leurs collègues déguisés en bons en rien ou en voyous, qui sont ensuite reprises et colportées par des collabos. Un village n'est pas une grande Cité, alors ce n'est pas long qu'elles trouvent écho au sein de la population. Quelques collabos très proche de la police savent que ce sont des mensonges, mais n'en continuent pas moins leur beau travail.

Ainsi ce chauffeur de taxi clandestin, qui passe son temps à me dire du mal de certains civils, sciemment, dans le but évident d'étoffer leur fausse identité. Combien de fois l'ai-je entendu me dire qu'un tel, c'est un homo, que tel autre ne travaille pas, n'arrête pas de boire et se droguer ; que tel autre encore vend de la drogue et a déjà fait de la prison ; que telle femme, c'est une putain ; que cette autre, c'est une divorcée qui se laisse mener par le bout du nez par son fils, un inadapté social qui ne va pas à l'école, et que sa maison est remplie de chats ; etc. La liste est longue... En somme, du monde qu'il faut éviter et fuir, car potentiellement dangereux.

Peut-on trouver mieux pour mousser la prévention contre la criminalité, inciter les citoyens à se ranger derrière la police? Celle-ci est passée maître dans l'art de devenir indispensable à leurs yeux, en créant à la fois l'offre et la demande. Peut-elle aller jusqu'à monter de toutes pièces de faux actes criminels? J'en suis convaincu, bien que dans le petit village je n'en aie pas été témoin, ni à Montréal du reste.

De toute façon, ces coups fourrés, à moins d'une chance inouïe, vous ne pouvez en être témoin. Ils sont soigneusement planifiés et suffisamment compartimentés pour que vous n'y voyiez que du feu. Il n'empêche que deux incidents, qui m'ont été rapportés, me portent à croire que la police en civil en était peut-être à l'origine : des civils se disant victimes de... faux vols. (Suite demain)

News du vendredi 5 Février 2010---------------

■  Ce vendredi 5 février : le G7 en réunion dans le grand nord canadien, à Iqaluit – Radio-Canada rapporte que le cadre réglementaire de l'après-crise du secteur financier ne fait pas l'unanimité. Les USA proposent des limitations à l'activité des banques, le Canada affiche des réserves et l'Union européenne n'arrive pas à unifier ses membres sur les mesures à prendre.

Les participants à cette rencontre : les sept ministres des Finances (Canada, USA, Japon, Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni) + les gouverneurs des banques centrales + le Fonds monétaire international + la Banque mondiale + la Commission européenne. Et comme bonus (sic), pas de manifestants dans les jambes, Iqaluit, capitale du territoire du Nunavut, étant située au bord de l'océan Arctique et l'avion le seul moyen de transport + dépaysement assuré aussi : vidéo (06:53).

■  Visite d'un hôpital psy – Une vidéo (53:54) de la télévision suisse romane (TSR). Journaliste depuis quelques lunes, suis conscient que n'entre pas qui veut dans une institution du genre, encore moins un média. Faut montrer patte blanche (ne pas avoir de mauvaises intentions journalistiques...), s'engager à respecter certaines règles de confidentialité.

Le directeur d'un établissement du genre n'est pas disposé à tout exhiber devant les caméras. En outre, celles-ci gèlent les attitudes déviantes du personnel. Pour être bien franc, j'hésitais à la mettre en ligne sur mon site jusqu'au moment où j'ai vu qu'elle était accompagnée d'un forum. Parmi ceux qui ont visionné la vidéo, 89 (au moment d'écrire cette ligne) ont fait des commentaires, ce qui permet de voir l'autre côté de la médaille. Vidéo et forum se complétant, ça vaut le coup de voir et lire. L'équipe de TSR a fait du bon boulot.

  Stoddard : "De moins en moins évident pour le commun des mortels de savoir comment protéger sa vie privée" - (Suite tome 2 de l'Étau Policier) En avril 2000, Comeau démissionne de la présidence de la Commission d'accès à l'information du Québec (CAIQ), poste qu'il occupait depuis octobre 1990. Le journaliste Normand Delisle de la Presse canadienne signale qu'aucune raison n'a été invoquée pour expliquer son départ, qu'il qualifie de brusque. (Normand Delisle, la Presse canadienne -- La Presse du 13 avril 2000)

Il signale que l'organisme a connu, depuis 1998, plusieurs soubresauts importants. Outre l'enquête qu'il a effectuée sur des fuites de renseignements confidentiels survenues au ministère (péquiste) du Revenu, enquête qui devait avorter, le journaliste cite d'autres entorses à la loi.

En 1997, un employé de la CAIQ avait révélé que des renseignements personnels et confidentiels pouvaient être obtenus contre rémunération par certaines agences privées (NDLR : Agences de la sécurité privée?). Pour des sommes variant entre 40 et 200$, n'importe qui pouvait se procurer le rapport d'impôt, le dossier de santé ou le dossier de police de n'importe quel citoyen québécois.

Nécessaire de savoir aussi qu'en vertu de la Loi québécoise sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, les entreprise peuvent communiquer le dossier d'un employé sans obtenir le consentement de celui-ci. (Voir le dépliant La loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé ; La vie privée, ça se respecte! -- Gouvernement du Québec) Notamment à une personne chargée de prévenir, détecter ou réprimer le crime. Quand on sait que la police veut tout savoir sur chacun des citoyens, rien ne garantit qu'elle n'intervient que pour ces seuls motifs.

Juillet 2000, Me Jennifer Stoddard, nommée par le gouvernement, succède à Comeau à la présidence de la CAIQ. Le journaliste Pierre April de la Presse canadienne rapporte ses propos (Pierre April, Presse canadienne -- La Presse du 20 juillet 2000) : «Je tiens mon mandat et les prérogatives de mes fonctions de la loi et des grands principes constitutionnels sur les droits fondamentaux des Québécois et lorsque j'aurai de bonnes raisons, après étude, de croire que le droit à la vie privée est mis en péril par une initiative privée ou publique, je n'hésiterai pas à intervenir.»

Elle affirme qu'elle participera au besoin à un débat public qui le remettrait en cause. Se dit prête à exercer son droit de parole pour rassurer les gens : «Je suis très ouverte à une telle idée. Je pense qu'ils protègent leurs droits dans la mesure où ils sont informés sur la façon de le faire. À l'ère des technologies avancées, il devient de moins en moins évident pour le commun des mortels de savoir comment protéger sa vie privée.» (Suite demain)

  «Ben là, par exemple !», a réagi une dame après l'avoir informée que les civils entraient dans les maisons - (Suite tome 1 de l'Étau Policier) Par la suite, lorsque j'entendrai ce boum-boum-boum, il aura une toute autre signification, associée à la violence policière, psychologique et physique. C'est de fait l'équivalent d'un couvre-feu. Il est parfois accompagné d'accélérations inquiétantes, de crissements de pneus. Les grosses gueules au volant n'ont rien de rassurantes.

Cette démonstration de force, car c'en est une, joue le même rôle que les VTT. C'est l'avertissement de la police en civil de dégager... mais seulement pour ceux sachant décoder ses messages subliminaux. Les citoyens du village doivent bien l'entendre, eux aussi, ce battage à fond de caisses. Peut-on avancer que la très grande majorité en ignorent la véritable signification? Je le crois.

Combien sont-ils, ceux qui savent? Je l'ignore. Faudrait interroger des citoyens. Je n'ose pas. Ici, suis coincé exactement comme je l'étais lors de mon enquête à Montréal. Peur de tomber sur un collabo ou un flic que je n'ai pas encore repéré. Comportement obligé si l'on veut éviter les dérapages musclés de la police. Interroger des citoyens entrait dans la catégorie des choses à ne pas faire, surtout pas. De toute façon, ils me coupent de tout contact extérieur.

En outre, mes connaissances en matière policière n'ont aucune commune mesure avec celles des citoyens. J'enquête sur les activités clandestines de l'underground policier depuis plusieurs années, normal que je sois plus informé qu'eux. À cela se greffent toutes mes années en journalisme, où j'ai appris bien des choses.

Je sais aussi que, pour nombre d'entre eux, la police a une valeur émotionnelle. L'argument massue : le citoyen qui n'a rien à se reprocher n'a pas peur de la police. Quoi rétorquer à ça? Comme disait l'autre : raisonner de manière rationnelle avec des gens qui ne le sont pas, et sur des questions qui ne le sont pas non plus, ça donne rien.

Les rares occasions où je me suis vraiment ouvert la trappe, j'ai néanmoins constaté qu'ils cliquaient lorsque je leur disais que les civils et leurs collabos entrent même dans les maisons privées. Une femme m'a lancé, en se soulevant de sa chaise pour éviter un faux plis à sa robe et se croiser la jambe : «Ben là, par exemple!»

Elle était sur sa galerie, on s'était salué, la connaissant de vu, m'étais arrêté un moment pour en jaser et essayer de connaître le fond de sa pensée. Jusqu'à ce moment, elle n'avait pas réagi à mes propos. À partir de là, je crois qu'elle a commencé à comprendre de quoi il s'agissait exactement. (Suite demain)

News du jeudi 4 Février 2010---------------

■  Des experts indépendants lorsque des agents de la GRC feront l'objet d'une enquête – La nouvelle politique de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), dévoilée aujourd'hui, s'applique dès maintenant. On parle ici d'interventions policières occasionnant décès, blessures et comportements criminels.

PS : Où est le changement? Incomplet parce qu'exception faite de la police des polices de la province de l'Ontario, ailleurs au pays ce sont des membres d'autres corps policiers qui enquêteront. La solidarité policière, tous corps confondus, l'équivalent d'un syndicat défendant ses membres. L'assurance d'un retour d'ascenseur en cas de bavures.

  Source des crises : un "hold-up" de ce qui fait d'être humain et vivre ensemble – France culture et le quotidien Libération nous offre un débat fondamental (01H31) sur les crises financière, économique et social. Le thème : la crise des valeurs est-elle la clé de la crise?

Max Armenet, l'un des participants : L'avidité était revendiquée comme une valeur positive, elle a conduit à la catastrophe mondiale que nous vivons. Pour en sortir, ne faut-il pas, plutôt que de questionner les techniques des valeurs boursières, questionner finalement les valeurs qui font la société et comment définir une valeur?

Catherine Dolto, médecin et haptopsychothérapeute... Il y a les valeurs vénales et celles qui élèvent l'homme au plus haut niveau d'humanité. C'est vraiment cela qu'on vit. Les valeurs qui unissent les gens ont été complètement mises de côté. Un espèce de hold-up de qu'est-ce qui fait que d'être des humains et de vivre ensemble. Valoriser nécessite de la force. Nous sommes dans une crise des forces de vie. On voit bien que beaucoup de jeunes sont actuellement dans une fatigue de soi, parce qu'ils sont englués là-dedans. Et qu'est-ce c'est si n'est de ne pas disposer de ses forces de vie?

Emmanuel Faber, dg du groupe Danonne, une multinationale. Ce qu'on voit depuis la crise et ses conséquences, c'est le divorce entre la finance et l'économie et l'économie et le social. On n'aurait jamais dû les séparer. En inversant les rôles, pour au moins certains des acteurs, à savoir le social au service de l'économique et l'économique au service du financier, on arrive à l'absurdité de la situation actuelle.

Question de l'animateur Emmanuel Laurentin : qu'est-ce qui explique le divorce? Réponse de Faber : Max parlait tout à l'heure de l'avidité... Depuis 30 ans, on lit dans tous les manuels de gestion que le rôle de l'entreprise est de maximiser les dividendes des actionnaires. Le seul terme "maximiser", le seul fait de non partage et d'unidirectionnalité crée en soi les conditions théoriques et académiques qui justifient ensuite que l'avidité puisse être érigée en valeur positive.

PS : Le hold-up est généralisé dans bien d'autres activités humaines, se décline à d'autres niveaux sociaux. Ainsi le hold-up des droits et libertés commis par la police en civil partout dans le monde. Là aussi des forces de vie sont anéanties.

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