News du samedi 31 Janvier 2009
■ Un
appel génial à la solidarité planétaire – Grâce
au web, à des ordis et des écouteurs, des musiciens et chanteurs de
différents endroits dans le monde interprètent ensemble la chanson
Stand
By Me (vidéo 05:27). Événement émouvant, vraiment.
Voyez la liste des
interprètes : Roger Ridley (chante un couplet à Santa Monica,
Californie), Grandpa Elliott (assure la suite depuis New
Orléans, Louisiana), Clarence Bekker (Amsterdam, Pays-Bas),
Twin Eagle Drum-Group (Zani, New Mexico), François Viguié
(Toulouse, France), Cesar Pope (Rio, Brazil), Dimitri
Dolganov (Moscow, Russie), Roberto Luti (New Orleans,
Louisiana), Geraldo & Dionisio (Caracas, Venezuela),
Junior Kissangwa Mbouta (Congo), Pokei Klaas (Guguletu, South
Africa), Django Degen (Barcelona, Spain), Sinamuva
(Umlazi, South Africa), Stefano Tomaselli (Pisa, Italy) et
Vusi Mahlasele (Mamelodi, South Africa).
Performance largement
supérieure à We
Are The World (07:10), des années 1980 : USA-Africa. De grandes
stars y avaient participé, mais elles étaient concentrées au même
endroit. À l'époque, le Net n'existait pas ni du reste la
technologie permettant l'interconnexion simultanée entre pays.
N'empêche que cette vieille tune d'une vingtaine d'années donne
encore de nos jours quelques frissons dans le dos.
■ USA
: Un Noir élu président du parti républicain – Michael
Steele, l'élu en question : «C'est
fantastique, c'est avec grande humilité et le sens du devoir que
j'accepte».
■ Montréal
: interdiction de cacher son visage lors d'une manif ? – La
ville y pense sérieusement. Le chroniqueur montréalais Richard
Martineau
est d'accord avec l'adoption d'un règlement municipal à cet effet.
Et à ceux affirmant que ce serait une attaque contre les droits et
libertés des citoyens, il rétorque : «S'il
y a quelque chose que je trouve lâche et minable
(…) ce
sont les gens qui n'ont pas le courage d'assumer leurs opinions
(à visage découvert).»
PS : De ce règlement
potentiel, je ne vois qu'un seul avantage. Les civils déguisés en
manifestants n'attendant qu'un signal de leur supérieure pour
propager la violence au sein d'une manif pacifique, agiraient enfin à
visière levée. Pour le reste, il n'y a que des désavantages.
Les citoyens engagés
socio-politiquement ont appris à dissimuler leur visage lorsqu'ils
manifestent contre la brutalité policière. Car il y a risque
raisonnable que des civils leur causent des ennuies ultérieurement.
Idem lors d'une décision de la déontologie policière, qui penche
beaucoup trop souvent du côté de la police.
Ce ne sont pas les
seuls occasions où le citoyen peut avoir de bonnes raisons de ne pas
afficher ses traits publiquement : manifs de fonctionnaires contre le
gouvernement, des employeurs, la discrimination à l'égard des
homos, etc. Enfin, il y a ceux tenant des manifs festives et portant
des masques amusants.
Avoir
le courage de ses opinions, oui. Reconnaissons tout de même qu'il
est plus facile de rédiger une chronique chez soi que de crier son
ras-le-bol dans la rue. Oui, ce règlement municipal en devenir
porterait un sérieux coup de poing sur la gueule à la liberté
d'expression.
■ Rapport
Poitras : de faux-semblants se manifestent déjà – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Avant
même la fin de cette année 1999, on saura que ni
le premier ministre péquiste Lucien Bouchard ni son ministre de la
sécurité publique Serge Ménard n'auront ce courage.
Car, il faut bien le dire, ce rapport n’est encore à cette
étape-ci qu’un rapport, rien d’autre.
Le
ministre Ménard et ses fonctionnaires immédiats doivent dans un
premier temps effectuer le tri des recommandations, décider quelles
seront celles que l’on appliquera intégralement ou non, et les
autres qui demeureront sur la tablette. Ensuite, Ménard soumettra
ses propres recommandations à l’ensemble du Conseil des ministres
du gouvernement Bouchard. C’est
là que tout se décidera.
Cette fin de janvier, on
perçoit déjà de faux-semblants.
Le dg de la Sûreté du Québec, le
citoyen Florent Gagné, déclare,
sans donner de précisions, que
plusieurs des changements proposés par la Commission Poitras
liés à la réorganisation des enquêtes majeures et des affaires
internes ont
été réalisés depuis deux ans,
ou sont en voie de l’être. (André Cédilot –
La Presse du 30 janvier 1999)
Si l’on en croit le rapport, ajoute
le journaliste André Cédilot de La Presse, les membres de la
Commission Poitras ne semblent guère impressionnés par certaines
des modifications déjà apportées.
En
aparté, soulignons qu’un mois après, la Communauté urbaine de
Montréal (CUM) souhaite ajuster sa police à l’heure des
recommandations du rapport Poitras. Michel
Prescott,
chef du RCM, un parti politique municipal, réussit à faire adopter
une résolution qui permettra de vérifier si elles sont adaptables.
(Éric Trottier – La Presse du 18 février 1999)
Le
journaliste Éric Trottier de La Presse énumère
certains souhaits formulés par Prescott
: exclusion des superviseurs des rangs du syndicat des policiers ;
publication, dans le rapport annuel du corps policier, du suivi des
dossiers disciplinaires, déontologiques et criminels de ses membres
; création d’une police des polices ; etc.
On
n’en a plus entendu parler par la suite. Depuis
le début de 2002,
Prescott, qui a sabordé entre-temps son parti, est membre du Comité
exécutif de la nouvelle Ville de Montréal, issue de la fusion
municipale, et de qui relève la police. Désormais
au pouvoir, il a la possibilité d’agir. (Suite
demain)
■ Les
déstabilisations psychologiques à l'origine de suicides – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Se
peut-il que des écoliers et des étudiants soient violents ? Une
étude a été effectuée, en 1999, auprès des 1 300 membres des 146
conseils d’établissement des écoles primaires et secondaires de
la Commission scolaire de Montréal. (Marie-Claude Malboeuf – La
Presse du 17 juin 1999)
Les résultats démontrent que la perception
varie. Au point où la journaliste Marie-Claude Malboeuf de La Presse
se demande qui
a raison
: l’équipe des lunettes
noires
(des professeurs et des élèves) ou celle des lunettes
roses
(des directeurs d’écoles et des parents)? Cependant, on n’y
évalue que «les
impressions»
des membres, «sans
avoir vérifié si les problèmes surviennent bel et bien».
En mai 2003, Michel
Janosz
de l’Institut de recherche pour le développement social des
jeunes, participait, à Québec, à une conférence internationale
sur la violence à l’école. (Michèle Ouimet –
La Presse du 17 mai 2003)
La question lui était posée : la
violence y existe-t-il?
«Oui et
non,
répondait-il,
(précisant)
qu’aucune étude ne permet d’affirmer que la situation s’est
dégradée depuis 20 ans. L’école
est un des endroits les plus sûrs pour un enfant. Des
études américaines démontrent que la violence se déroule surtout
à l’extérieur de l’école. La
cour d’école n’est pas une jungle.»
Logique
tout de même de penser qu’elle y existe, l’école après tout
est le reflet de la société en général. Néanmoins, des élèves
ne doivent pas être les seuls à agresser physiquement et
psychologiquement.
En
novembre 2001, l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ) a lancé
une campagne contre l’intimidation chez les jeunes, dans l’espoir
de les sensibiliser à ses effets dévastateurs. (Lia Lévesque,
Presse canadienne – La Presse du 8 novembre 2001)
L’intimidation
n’est pas le seul fait du «taxage»,
celui
des menaces aussi, des insultes et tentatives organisées pour isoler
une personne, la rejeter, monter les autres contre elle.C’est
un acte de pouvoir, semblable au harcèlement en milieu de travail,
et qui pourtant perdure à cause de la loi du silence,
ont résumé, en conférence de presse, à Montréal, Rose-Marie
Charest,
présidente de l’OPQ, et Richard Gagné,
psychologue à la Commission scolaire de Granby.
«On
ne sait pas s’il y en a plus aujourd’hui qu’avant»,
admet la présidente Charest. Mais chose certaine, ses effets sont
néfastes, tant à court qu’à plus long terme. Des enfants en sont
rendus à avoir peur d’aller à l’école, l’absentéisme
augmente, le décrochage aussi, certains vont jusqu’au suicide.
En
Angleterre,
d’après le psychologue Gagné, les autorités affirment que ces
actes sont à l’origine, chaque année, du suicide de 18 et 20
enfants.
Il estime qu’environ 8% des élèves en seraient victimes plusieurs
fois par semaine, peut-être un ou deux par classe.
Pas
inoffensifs, ces petits jeux-là. Quand
on affirme que les atteintes répétées à la dignité d’une
personne et les déstabilisations psychologiques à répétition
conduisent directement au burnout, pire au suicide, on n’invente
rien. L’histoire
qui suit le démontre. Elle
se déroule en Colombie-Britannique en novembre 2000. (Michèle
Ouimet – La Presse du 10 avril 2002)
L’éditorialiste
Michèle Ouimet de La Presse étale les faits. Tout commence par une
dispute banale. Trois jeunes filles accusent une amie, Dawn-Marie
Wesley, de répandre de fausses rumeurs sur leur compte. Elles
la menacent, la harcèlent, la bousculent. Dawn-Marie
se met à avoir peur. Après l’école, elle n’ose plus retourner
seule à la maison. Les railleries se transforment en menaces de
mort. Paniquée, Dawn-Marie pleure.
Un
soir, après un coup de fil particulièrement pénible, elle se pend
avec la laisse du chien.
À côté d’elle, une note explique son geste et son désarroi.
Elle n’avait que 14 ans.
S’ensuit
un procès. Une
des trois filles est reconnue coupable de harcèlement criminel.
Le juge Rounthwaite a été renversé par le silence des autres
élèves qui ont vue la jeune Dawn-Marie se faire intimider. Pourquoi
se sont-ils écrasés devant la tyrannie et le pouvoir des
tourmenteurs, pourquoi
personne n’a levé le petit doigt pour la défendre?(Suite
demain)
News du vendredi 30 Janvier 2009
■ Plusieurs officiers souhaitaient des changements radicaux – (Suite
tome
3
de L'Étau Policier) Suivons
l’évolution de l’actualité post-Commission Poitras. Ce rapport
suscite de nombreuses réactions. Accordons la priorité
à l’un des membres du Comité ad hoc à l’origine de cette
enquête,
nous le lui devons bien : Isabelle.
Celui-ci, on le sait, a refusé la réintégration. Il peut donc se
permettre de le commenter librement et publiquement.
Ce qui n’est
pas le cas de ses deux collègues, Arsenault et Boudreault, qui l’ont
acceptée. N’allons pas le leur reprocher, ils ont déjà
suffisamment donné à la Société civile pour prendre le risque
d’une autre suspension pour «déloyauté»
à l’endroit de l’institution policière.
Dans une entrevue avec le
journaliste André Cédilot de La Presse, Isabelle s’en prend aux
témoignages que d’anciens collègues ont livrés devant la
Commission Poitras. (André Cédilot –
La Presse du 30 janvier 1999) Il juge qu’ils ont peu collaboré,
n’ont pas réussi à admettre les faits, à accepter les erreurs
commises. «C’est
étonnant d’entendre des officiers de carrière dire qu’ils n’ont
plus de notes ni d’agendas, qu’ils ne les gardent jamais. C’est
fort étonnant. Pour quelqu’un comme moi qui ai passé 27 ans et
demi à la Sûreté du Québec, c’est très difficile à croire.»
Selon lui, la
recommandation de la commission de mettre en place un Conseil
de contrôle permanent
est une
mesure prometteuse.
«Il
est toujours bon de discuter de la gestion d’un corps policier avec
quelqu’un de l’externe. Comme pour une entreprise, un conseil
d’administration composé de personnes indépendantes, de
l’extérieur, pourrait l’aider»,
précise Isabelle.
Pour
sa part, l’ex-inspecteur-chef Jacques Letendre,
à sa retraite, est
ravi
: «Il
faut absolument un organisme de surveillance pour s’assurer que
tout fonctionne selon les règles de l’art.
C’est sûr que ça ne plaît pas à tout le monde. À la longue,
ils vont s’apercevoir que c’est le meilleur outil de gestion. Un
chien de garde, ça ne peut qu’être bénéfique, ça oblige à se
surpasser et à continuellement réviser les méthodes de travail.»
Le journaliste signale que Letendre s’est fait des ennemis en
dévoilant ( à la Commission Poitras ) tous les dessous de l’enquête
visant à trouver les responsables des preuves fabriquées dans
l’affaire Matticks.
Il
ne le regrette pas : «C’est
justement un autre
avantage d’un Conseil de contrôle indépendant,
en ce sens que ceux
qui ont des récriminations à formuler pourront, au besoin, le faire
aisément, sans craindre les réactions de quiconque».
D’après lui, les problèmes émanent d’un groupe d’élites des
enquêtes criminelles, que «la
direction ne parvient pas à mâter, faute de leadership et de
respect de la discipline. »
La
moitié au moins des officiers, souligne-t-il, souhaitaient depuis
longtemps des changements radicaux, mais personne n’osait en parler
ouvertement de crainte de nuire à leur carrière.
Il espère que le gouvernement et le nouveau directeur de la Sûreté
du Québec, Florent Gagné, auront le courage de passer à l’action
en innovant et la réorganisant en profondeur. (Suite
demain)
■ Janvier
1999, émeute à la polyvalente Hyacinthe-Delorme – (Suite
tome
2
de L'Étau Policier) Après
la police, en uniforme et en civil, de plus en plus omniprésente
dans les écoles, l’enseignement et l’imposition de comportements
conformistes, le suivi de jeunes imposé par des psy, le ritalin,
etc., ne
voilà-t-il pas qu’on fera en sorte de couper de plus en plus ras
l’herbe sous le pied d’ados désirant gagner des sous.
Toutes
ces mesures ont un lien de parenté directe avec le modus operandi de
notre police communautaire… bidon : éjection
de la société sans procès, sabotages clandestins, démarches pour
faire perdre son emploi à un citoyen récalcitrant, ou l’empêcher
d’en obtenir un, etc.
Décidément, partout où l’on porte le regard et tend l’oreille,
en ces années-là, on constate, dans notre société, un virage à
droite sur le chapeau des roues. Médias et Société civile, sauf
trop rares exceptions, gobent tout sans mot dire. Pendant ce temps
l’Étau scolaire se resserre… Même que la situation doit y être
pire qu’ailleurs dans la Société civile.
Car de
nombreux faits démontrent que la police cherche aussi à dresser les
jeunes.
Un événement aurait mérité une enquête indépendante sur le
corps policier de la Ville de St-Hyacinthe impliqué,
histoire de savoir ce qui s’était vraiment passé : l’émeute
de 200 à 300 ados de la polyvalente Hyacinthe-Delorme, en janvier
1999.
(Hélène Boyer –
Journal de Montréal du 28 janvier 1999)
La journaliste Hélène
Boyer du Journal de Montréal rapporte que quelques jours plus tôt,
la police avait arrêtée et «menottée»
une ado qui avait «fait
un geste obscène à l’égard des policiers».
Au cours de l’émeute qui s’en est suivie, des ados ont lancé
des briques, des plaques de glace et des œufs sur les cinq
autos-patrouille de la police de St-Hyacinthe, fracassant des vitres
et causant d’importants dommages.
Dans
l’article, les policiers se disent surpris de l’accueil violent
que les jeunes leur ont réservé. Comme
il est trop souvent coutume, la journaliste n’a pas donné au
lecteur la version des ados :
eux aussi ont droit de parole. Réflexe conditionné? Qu’elle se
console, les médias vont rarement chercher leur opinion quand
survient un événement quelconque.
Au
Québec, en milieu scolaire, une émeute du genre ne se produit à
peu près jamais. Vraiment étonnant, pour ne pas dire plus, que des
policiers, blancs comme neige, fassent l’objet d’autant de
violence de la part d’ados. Avaient-ils
empiété leurs droits fondamentaux, par exemple en portant atteinte
à leur dignité?Le
pouvoir municipal de St-Hyacinthe n’a pas fait la lumière sur
l’émeute. Et les ministres péquistes de l’Éducation et de la
Sécurité publique, à l’époque Serge Ménard, sont demeurés
cois. (Suite demain)
News du jeudi 29 Janvier 2009
■ L'enquête
Poitras ne visait que certains dérapages de la SQ – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Les
médias feront peu état du point de presse, absorbés qu’ils sont
à rapporter les éléments essentiels de cet énorme enquête Poitras.
Mentionnons en seulement quelques passages, sans trop nous y attarder
puisqu’il est préférable d’attendre, pour une meilleure
compréhension de la suite, que le ministre péquiste Serge Ménard
dévoile, environ 11 mois plus tard, ce qu’il retiendra et
rejettera des recommandations des commissaires. C’est en comparant
ces dernières aux éléments de la réformette du ministre que l’on
saisira l’écart à bien des égards.
D’abord
deux
préalables incontournables.
À quelques occasions, les commissaires y énoncent clairement que la
Commission n’était pas une cour de justice et qu’elle ne devait
pas statuer sur la responsabilité civile ou criminelle de qui que ce
soit. Jamais
une enquête, et celle-ci n’échappe pas à cette règle, ne peut
offrir les mêmes garanties qu’un procès en matière de preuve ou
de procédure,
écrivent-ils.
Autre
mise en garde des commissaires : «Il
ne faudrait pas tomber dans le piège de croire que le nom de la
Commission, la “Commission d’enquête chargée de faire enquête
sur la Sûreté du Québec (SQ)”, en définit le mandat. Il est en fait
beaucoup plus restreint que le nom l’indique. Nombre
d’activités, de services et de types d’enquête de ce corps
policier ne sont aucunement visés par la présente enquête».
De plus, la Commission n’a pas eux accès à tous les documents
dont elle avait besoin, notamment à la convention collective des
policiers, ultra secrète.
Constat
général de la Commission Poitras : les
dérapages de l’affaire Matticks ne constituent pas qu’un
épiphénomène
(aux effets secondaires). Des problèmes beaucoup plus sérieux y
existaient et ils ne sont pas entièrement résorbés quelque trois
ans plus tard. La Commission
recommande
notamment un dispositif essentiel : la création d’un Conseil
de contrôle permanent
composé de civils afin de surveiller les agissements de la Sûreté
du Québec. Et, pour s’assurer que ses recommandations seront
appliquées, la création d’un Comité
de suivi pour cinq ans.
Enfin,
elle
rend hommage
aux policiers qui ont agi de façon généralement exemplaire dans
leur enquête ou leur gestion relativement à l’affaire Matticks et
qui ont également témoigné et collaboré de façon tout aussi
exemplaire à ses travaux : les quatre membres du Comité ad
hoc (Arseneault,
Boudreault, Isabelle et St-Antoine,
directeur général adjoint), Louise
Pagé,
directrice générale adjointe, Jacques
Letendre,
directeur de l’Éthique professionnel, et Jean
Bossé.
(Suite
demain)
■ Le
décrocheur quitte-t-il l’école ou bien le moule formaliste? – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Deux
mois après, nous sommes en octobre 2002, le
ministre péquiste de l'Éducation, Sylvain
Simard,
complète
la boucle. Profitant du colloque du Conseil canadien de l’éducation
en milieux défavorisés, tenu à Montréal, il exhorte les
entrepreneurs à faire preuve de retenue dans l’embauche
d’étudiants (Tristan Péquin – La Presse du 28 octobre 2002) :
«Certaines
entreprises sont en train de vider (sic)
les
classes dans les milieux professionnels,
déclare-t-il.
Cette situation est encore pire dans les régions où l’économie
est en bonne santé.»
Citant
le cas de la région de l’Outaouais, il estime qu’avec un taux de
chômage relativement bas de 7%, il n’est pas normal qu’elle
compte 35,7% de décrochage au secondaire. D’après les plus
récentes statistique auxquelles il se réfère, plus de la moitié
des élèves de cinquième secondaire occupent un emploi à temps
partiel pendant l’année scolaire.
De
ce nombre, près de 35% travaillent plus de 11 heures par semaine. «À
cet âge, occuper un emploi apporte une certaine fierté aux jeunes,
mais il ne faut quand même pas que cela nuise à leur
apprentissage»,
se dit-il d’avis. Il évoque la possibilité de mettre en place des
mécanismes pour «encadrer
plus sévèrement
(sic) le
travail chez les élèves du secondaire».
En
mobilisant des civils de la Sûreté du Québec? La question ne lui a
pas été posée. Il indique néanmoins qu’une «autorégulation»
serait préférable : «Nous
travaillons de près avec les chambres de commerce pour assurer une
prise de conscience du milieu des affaires. Il y a encore beaucoup de
sensibilisation à faire, mais
les entrepreneurs sont en train de se rendre compte que s’ils ne
collaborent pas, ils se tirent une balle dans le pied.»
Dans
un article publié le mois suivant, la journaliste Rima Elkouri de La
Presse écrit que, avant
de crier à l’hécatombe, et contrairement à ce que pourrait
laisser croire le présent débat, le problème de décrochage au
Québec, chez les garçons comme chez les filles, est moins important
aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 20 ans.
(Rima Elkouri – La Presse du premier novembre 2002)
En
1979,
41% des jeunes de 19 ans n’avaient pas de diplôme d’études
secondaires. En
2000,
cette proportion tombait à 19% – 24% pour les garçons, 14% pour
les filles –. Reconnaissons que la journaliste a mis des points sur
les i et des barres sur les t irréfutables, ce qui lui arrive
souvent, du reste.
Nous
voilà en présence d'un
beau cas de rationalisation mutilante,
à la fois étatique et institutionnelle, où la performance a
préséance sur les libertés individuelles. On dit ordinairement que
ces libertés s’arrêtent là où commence la souffrance
collective. En quoi le décrochage scolaire torture-t-il la
collectivité? Il n’y aucune trace de criminalité là-dedans,
seulement, si on y regarde bien, de la performance néolibérale.
Et
aussi, il faut bien le dire, du contrôle et du nettoyage sociaux.
N’ayons pas peur des mots : ce
que faisaient le ministre péquiste Simard
et la CSL, entre autres commissions scolaires, c’était
carrément de la répression.
Très souvent sans
aller aux racines du mal qu’ils
se proposent de guérir. Car ils ont une préférence marquée pour
la croisade intempestive, la tolérance zéro.
Des
points d’interrogation se bousculent aussi. L’employeur
faisant fi aux recommandations du ministre subirait-il des
représailles…
souterraines, montées
et exécutées par des Zorro déguisés en civil?
Et
l’étudiant
persistant dans son antiformalisme, pour des raisons qui sont les
siennes, serait-il
pourchassé d’un employeur à l’autre? Porterait-on atteinte à
ses droits et libertés, à sa dignité?
A-t-il le droit de préférer travailler plutôt que d’étudier ou
de faire les deux simultanément?
S’est-on demandé pourquoi il
n’aime pas trop l’école? Le
décrocheur, quitte-t-il l’école ou bien le moule formaliste et
d’esprit étroit, qui l’écorche psychologiquement, et dans
lequel on s’ingénie, chaque jour, à l’entrer, de gré ou de
force?
Trop de vinaigre et pas suffisamment de miel? Des ministres,
directeurs d’écoles et enseignants font
preuve d’une créativité débordante quand il s’agit de mater
des jeunes.
(Suite demain)
News du mercredi 28 Janvier 2009
■ Lock-out
au Journal de Montréal – Aujourd'hui
mercredi 28 janvier, les journaliste (vidéo
01:11) du Journal de
Montréal,
propriété de Quebecor, en lock-out
depuis quelques jours, ont lancé leur propre quotidien sur
le web. Ils imitent en cela leurs collègues du Journal de
Québec,
autre propriété de Quebecor, lors de leur conflit de travail qui a
pris fin récemment après une grève de 16 mois.
PS : Les journalistes du
Journal de Québec ont fermé leur site depuis leur retour au
travail. Ceux du Journal de Montréal feront probablement de
même lorsque le conflit prendra fin. Tous ont développé un profond
sentiment de dépendance à l'égard de leur employeur, Pierre Karl
Péladeau. Faut reconnaître que cela les obligerait à de très gros
sacrifices sur le plan financier. Gagnez décemment sa croute est un
impératif, davantage le cas quand on a des enfants. Alors, ce n'est
pas demain la veille qu'ils deviendront leur propre patron en créant
un site permanent de news.
Quebecor
est un empire dans le domaine de l'information et des communications
: quotidiens,
journaux régionaux,
journaux alternatifs,
sans oublier les télécommunications, loisirs et nouveaux médias :
explorez les
menues au centre de la page. Puissance et pouvoir font une paire
gagnante sur bien des plans. À cet empire médiatique s'ajoute celui
de Power
Corporation de la famille de Paul Desmarais.
Beaucoup de médias
au Québec, mais la presque totalité entre les mains de ces deux
hommes. Dormez en paix, citoyens, on s'occupe de vous. Merci
au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications
canadiennes (CRTC) pour son beau travail.
■ Sans condom ? – Pas
question !
■ Des
écoliers ignares devant un prof possédant son sujet – (Suite tome
3 de
L'Étau Policier) Pour
la suite et fin de ce feuilleton déontologique, la nécessité
s’impose, si on ne veut pas s’égarer en cours de route, de
respecter une certaine chronologie. Car des événements viendront
s’y emboîter qui
jetteront un éclairage cru sur le rôle véritable du ministre
péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard.
Restons en donc là pour l’instant, et permettons-nous de regarder
ailleurs.
Il
s’en est passées des péripéties depuis ce jour du 15 juin 1995
où la juge Corbeil-Laramée a annulé le procès contre le clan
Matticks, et libéré les sept accusés, à cause de quatre preuves
fabriquées par des policiers de la Sûreté du Québec :
enquête du Comité ad hoc au sein de ce corps policier, avec tous
les bâtons dans les roues que l’on sait ; enquête parallèle,
celle-là déontologique et lancée par le ministre Ménard, avec les
conséquences qu’on a vues : le droit au silence des policiers
impliquées et ceux susceptibles de l’être ; accusation contre
quatre policier, verdict d’acquittement rendu par le jury ; enquête
externe du juge Jean-Pierre Bonin, qui démission peu de temps après
; etc.
C’est dans cette foulée
que le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard avait crée la
«Commission
d’enquête chargée de faire enquête sur la Sûreté du Québec».
Ne faisons pas de cas de ses audiences, nous en avons déjà traitées
et continuerons de le faire plus loin. Soulignons seulement que
celle-ci remet son rapport au gouvernement le 30 décembre 1998.
Reportons-nous à un mois plus tard, le 29 janvier 1999, lorsque le
ministre péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard, le
dévoile publiquement.
Un grand jour pour les
journalistes : à 14h30 pile, des copies leur en seront
distribuées. Cependant, une décision du ministre les embête :
il a prévu un point de presse… 30 minutes après, à 15h. (La
Presse du 30 janvier 1999) Rapide le ministre. Les journalistes ne
disposeraient que d’une toute petite demi heure pour prendre
connaissance de ce rapport d’au delà de 2 770 pages et des deux CD
l’accompagnant, ou de son résumé de 100 pages (175
recommandations). Mission impossible. Ils obtiennent finalement qu’il
leur soit remis deux heures plutôt, donc à 13h.
Quinze
heure, la conférence de presse du ministre démarre. D’entrée de
jeu, Ménard leur conseille d’attendre quelques jours avant d’aller
chercher des réactions au rapport Poitras, de prendre le temps de
bien le lire, de l’analyser. «Sauf
moi, bien sûr, qui suis disponible tout de suite»,
leur dit-il.
Le
ministre, lui, en a un exemplaire depuis un certain temps. Son
entourage de conseillers juridiques, d’attachés politiques et de
presse ont largement eu le temps de le digérer, repérer
les questions embarrassantes
qu’on pourraient lui poser, et préparer
des parades.
Les
journalistes,
eux, qui en ont un depuis seulement deux heures, doivent
sans doute se sentir comme des écoliers ignares devant un prof
possédant son sujet à fond.
(Suite
demain)
■ Le
totalitarisme émerge toujours de la clandestinité – (Suite tome
2 de
L'Étau Policier) Le
décrochage scolaire, que voilà un dossier exigeant un examen
général. Au Québec, à l’été 2002, il a pris du volume.
Nécessaire de l’ouvrir, ce dossier, parce qu’il permet de faire
un parallèle particulièrement intéressant avec le fameux concept
de la police communautaire.
On
le sait, les
activités clandestines et illégales de la police en civil,
à l’image du pétrole sortant du ventre crevé d’un navire
citerne, finissent
par émerger à la surface,
s’épandent un peu partout, contribuant ainsi à polluer davantage
l’espace sociétal. Il est un fait bien réel que c’est
toujours dans les profondeurs de la clandestinité que le
totalitarisme naît et se développe.
Avec le temps, il devient comme allant de soi, alors on essaie de
l’en sortir, de l’inscrire noir sur blanc dans des lois. En
attendant le grand jour, il commence à devenir un modèle, certes
encore illégal, mais d’une telle grandeur morale, voyez-vous,
qu’on se doit de s’en inspirer.
Alors, on se cache de moins en moins, n’hésite pas en à vanter
publiquement les mérites. Ainsi en est-il dans le cas qui suit.
Cela
commence en août 2002, lorsque la Commission
scolaire des Laurentides
(CSL) mobilise
directions d’écoles, enseignants, CLSC, direction de la protection
de la jeunesse et des parents pour qu’ils participent à son combat
contre le décrochage scolaire, qui atteint alors 39%, l’un des
pourcentages les plus élevés de la province. (NDLR :
S’agissant d’une statistique du pouvoir, devrait-on conjuguer au
conditionnel?) (Jean-Paul Charbonneau –
La Presse du 24 août 2002)
En outre, une vingtaine de «partenaires»
signent à cette fin un engagement d’honneur, au théâtre Le
Patriote de Ste-Agathe, en présence d’un grand nombre d’élèves.
L’objectif : «pousser»
ces derniers jusqu’en cinquième secondaire ou en quatrième, année
d’étude requise à la formation professionnelle. Déjà,
à cette étape, ça sentait la police communautaire, qui compte,
comme on sait, sur des «partenaires»
issus de tous les milieux.
Le
directeur général de la CSL, Serge
Tessier :
«Dans
notre région, le salaire moyen n’est pas très élevé et souvent
un jeune abandonne l’école afin d’aller sur le marché du
travail, soit pour aider ses parents ou simplement pour se faire de
l’argent».
Son adjointe, Lucette
Maillot,
mentionne, de son côté, qu’il arrive souvent de voir des jeunes
encore aux études de travailler une trentaine d’heures par
semaine. «Avec
autant d’heures, il est presque impossible de réussir en classe»,
précise-t-elle.
La
commission scolaire embauche même une personne ressource qui aura
comme principale tâche de «sensibiliser
les employeurs»
afin qu’ils diminuent le nombre d’heures de travail des élèves
et les encouragent à poursuivre leurs études.
Notons
qu’ici, les choses vont rondement : des «partenaires»,
nous passons à l’étape suivante, la construction d’une
désapprobation… communautaire. Une troisième se profile déjà à
l’horizon. Le ministre péquiste de l’Éducation, Sylvain Simard,
salue l’initiative, ajoutant souhaiter qu’«elle
serve de modèle aux autres commission scolaires de la province».
(Suite
demain)
News du mardi 27 Janvier 2009
■ Côte-des-Neiges,
la mosaïque culturelle – C'est
un arrondissement de Montréal. Porte d'entrée au pays? Peut-être
bien parce qu'il y a eu des vagues successives d'immigrants : Juifs,
Grecs, Italiens, Asiatiques, Africains, Maghrébins, etc.
Ainsi que
vous allez l'apprendre (vidéo
50:26), il n'a rien à voir avec le reste du Québec. Chaque
nouvel arrivant a une histoire de guerre, de famille, de rupture, de
répression. Certains ont vécu des années d'errance, en situation
de grands dangers, de
pauvreté extrême.
L'endroit est cosmopolite
et très densément peuplé. Les femmes sont nombreuses mais isolées
à cause de la langue et le manque d'autonomie. Une Africaine raconte
avoir divorcé parce que son conjoint était trop violent. Avant
d'arriver au Canada, elle ne savait pas ce qu'était la liberté.
Elle en a fait la découverte au cours de ses premières années.
«C'est un pays libre, je peux faire ce que je veux.»
La plus part des isolées,
selon elle, ne connaissent pas leurs droits. Elles viennent de pays
où les lois sont différentes. Les conjoints ne les laissent pas
sortir. Dans beaucoup de cas, l'écart entre la culture occidentale
et la leur est énorme. Au Pakistan, par exemple, signale une
intervenante, ils sont 100 ans en arrière : «Ici, je me sens en
sécurité.» Les jeunes sont plus aptes à s'adapter que les
parents. Bien qu'il y en ait qui acceptent à cause des enfants de se
moderniser, d'autres s'y refusent. Choc des civilisations.
On
y dénombrerait plus de services publics et privés à caractère
social qu'ailleurs sur le territoire de Montréal : cafétéria
communautaire, café rencontres, etc. Sur une clôture, un carton :
No justice for Black. Du racisme aussi. Témoignage d'une jeune Noire :
«Dans
les magasins, je me sens surveillée comme une voleuse. J'essaie de
pas m'en faire avec ça. J'ai l'habitude.»
■ France
: le fichier STIC (suite) –
Le système de traitement des infractions constatées (STIC) est un
fichier policier. Lors d'un contrôle, la Commission Nationale de
l'Informatique et des libertés (CNIL) a constaté l'absence
quasi-systématique de transmission par les parquets des suites
judiciaires nécessaires à la mise à jour du STIC:
classement sans suite, acquittements, décisions de non-lieu et
requalifications pénales.
Alors, faute d'actualisation, des milliers
de personnes demeurent dans ce fichier. Les
conséquences peuvent être très lourdes
: perte d’un emploi, refus d’embauche, impossibilité de passer
un concours administratif, etc. La CNIL a constaté aussi une
absence de sensibilité à l'égard des conséquences graves en
découlant pour celles-ci.
J'ai
déjà parlé de cette affaire. Ce qu'il y a de neuf, c'est qu'au
lieu de vous référer à un article, je vous présente une entrevue
vidéo (05:50) avec le président de la CNIL, Alex
Türk.
Lisez
plus bas dans cette page l'article que j'ai publié jeudi 22 janvier
France
: Décisions judiciaires non transmises au fichier STIC
Lisez
surtout le rapport
de 32 pages, format pdf, de la CNIL
■ La
comédie de la déontologie policière se poursuit – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Décembre
2001, plus ou moins neuf mois après l’article de Lessard, la
journaliste Rollande Parent de la Presse canadien brosse un tableau
de la situation. (Rollande Parent, Presse canadienne – La Presse du
17 décembre 2001)
Depuis
le début de l’enquête déontologique, amorcée deux ans et demi
plus tôt, il n’y a eu que… 57 journées d’auditions.
Différents facteurs expliquent ce retard. Les
deux avocates qui représentaient le commissaire ont abandonné le
dossier en cour de route :
Me Danielle Simoneau a pris sa retraite et Me Anne-Marie Plouffe a
quitté pour accéder au Tribunal des normes du travail.
Ensuite
plusieurs requêtes ont été portées en Cour supérieure, puis en
Cour d’appel.
Les avocats des policiers ont attaqué la compétence du comité,
faisant valoir que leurs clients avaient été acquittés au
criminel. (NDLR : Allusion aux quatre policiers acquittés, en
juin 1996, par le jury du procès que présidait le juge Yves
Mayrand, de la Cour supérieure du Québec.)
À un autre moment,
c’est le libellé des fautes reprochées aux accusés ou encore
«l’impartialité
de Me Migneault
(du Comité déontologique),
nommé par le gouvernement pour cinq ans, qui étaient attaqués».
Ce
mois de décembre-là, un
autre obstacle paralyse l’enquête.
Les avocats des policiers estimaient que le comité ne leur avait pas
remis tous les éléments de la preuve. Son président leur ayant
donné tort, ils s’étaient tournés vers la Cour supérieure, qui
leur avait donné raison, «après
avoir réfléchi à la question pas mal longtemps»,
fait observer la journaliste Parent : saisi de la demande en
avril 2000, le
juge Louis Crête de la Cour supérieure avait rendu une décision
deux ans plus tard.
Cependant, le commissaire… en avait appelé de cette décision.
Les
choses en sont là et pourraient y demeurer encore un bon bout de
temps, ce dossier risquant de ne pas être considéré comme
prioritaire, rapporte la journaliste. En
attendant, l’enquête du Comité de déontologie demeure inactive. (Suite
demain)
■ L'école
doit apprendre à l'enfant la liberté – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Charles
E. Caouette,
professeur honoraire au Département de psychologie de l’Université
de Montréal, affirme qu’aimer
les enfants, c’est les respecter en tant qu’enfants.
(Charles E. Caouette – Revue Notre-Dame de janvier 2001) Ils ont
des aspirations bien à eux. Ils ont le droit de vivre leur enfance
et n’ont pas à devenir de petits adultes avant le temps. Caouette
n’en croit pas moins qu’il faut leur apprendre la liberté.
L’école
pense qu’elle aide et motive les jeunes quand elle les stresse,
parce qu’elle pense que c’est la meilleure façon de les préparer
à la vie. Alors, elle
leur pousse dans le dos, les oblige à performer, à dépasser les
autres.
En agissant ainsi, elle
enlève aux enfants le désir d’apprendre et diminue leur
motivation.
Ensuite, elle cherche quoi inventer pour les stimuler : de l’argent
scolaire, des sorties – l’école propose le voyage organisé le
plus ennuyeux qui soit –, des cadeaux. Mais rien n’y fait,
apprendre est devenu pénible.
L’école
est censée être un lieu où les enfants font l’apprentissage de
la vie. Mais on
les empêche de vivre,
dit-il. Ils n’ont pas le droit de parler, de marcher et, encore
moins, de déranger. Tout le monde va aux toilettes en même temps.
Tous mémorisent les mêmes choses en même temps. L’école leur
apprend à fonctionner comme ils devront le faire plus tard à
l’usine et au travail. Or, tout le marché du travail est en pleine
transformation, qu’on pense seulement à la montée du travail
autonome.
Le
professeur de psychologie soutient que l’école
doit plutôt enseigner aux enfants à devenir libres, avec les
risques que cela comporte.
«Ceux
qui détiennent le pouvoir,
spécifie-t-il,
privilégient encore une éducation qui conditionne les gens. Ils
voient
l’autonomie personnelle comme dangereuse (sic)
au
sens où plus une personne devient autonome, moins il est possible
d’avoir de pouvoir sur elle.
«En réalité,
affirme-t-il,
plus les personnes sont autonomes, plus elles sont efficaces et plus
il est possible de créer des relations enrichissantes avec elles.
Elles
deviennent des personnes-clés sur lesquelles on peut compter pour
bâtir un monde viable pour tous.»
Caouette
aborde aussi une autre problématique : la
majorité des gens voient les décrocheurs comme des jeunes qui ont
accumulé des échecs. «Et
si c’était l’école dans sa forme actuelle qui n’était pas
faite pour eux? Si
l’erreur c’était l’école elle-même?
interroge-t-il. (...)
«Si
l’école actuelle ne répond pas aux besoins des décrocheurs, ce
n’est peut-être pas eux que nous devons juger et condamner.
Il faut peut-être leur offrir un autre genre de ressource éducative.
Ces
jeunes ont le droit à l’éducation comme les autres.
À tous les ordres d’enseignement, nous devons développer
davantage les écoles alternatives au Québec. Cela éviterait de
provoquer des échecs»,
soutient-il. (Suite demain)
News du lundi 26 Janvier 2009
■ Pilotes
de brousse au Québec – Ceux
dont il sera question ici sillonnent la toundra du Grand
Nord québécois (carte géographique de leur territoire) qui
s'étend jusqu'au Détroit d'Hudson et de la Baie d'Ungava. Leur base
d'attache est celle d'Air Saguenay, à Schefferville
(cliquez sur la photo pour l'agrandir), au nord du Québec.
Un aperçu du
documentaire Aviature
(48:46). Pierre Cabana, pilote de brousse se rend à l'office de la
base pour un briefing sur l'itinéraire de la journée. Carte à
l'appui, le préposé lui explique...«Un moteur à livrer au camp
6. Tu déposes tes 3 passagers au camp 15. Tu t'en vas ensuite au
camp 14, tu prends 2 autres passagers avec leur viande pour les
transférer au camp 17. Du 17, tu pars à vide, tu reviens à 15 et
tu t'en vas à Schefferville. Ça te donne une ride (parcours) de
480 milles.» Le pilote, doit faire le plein d'essence, regarde
sa montre : «Là, y'est 2h (14h). On a pas de temps à
perdre.»
Vous allez aussi faire la
connaissance de quelques autres pilotes de brousse. Frédéric
Jalbert, est l'un deux. Quatre passagers montent à bord. Chargement
de marchandises à l'aide d'un tracteur équipé d'une plate-forme.
On survole de beaux lacs et rivières, belles forêts, on amerrit,
avec une vision comme si nous étions aux commandes. Plein air, belle
vie!
Témoignage de Georges
Venne, pilote-prospecteur... «Pas tout le monde qui peut faire ce
métier. Faut être un petit peu passionné ou un peu fou. Quand on
part, on sait jamais quant on revient. Pour moi, c'est mieux que
pilote de ligne (pas d'atterrissages routiniers, pas de pistes
asphaltées comme dans les grands aéroports). Dans le brousse, on
peut faire 15 atterrissages et amerrissages par jour, sur des
rivières et lacs différents, dans des conditions différentes. Sur
des skis ou des flotteurs. Au cours d'une semaine, on peut en faire
150.»
Le GPS est bien utile. Il
indique le cap que je dois prendre. Le problème avant, c'était la
navigation. Est-ce qu'on avait aussi assez d'essence pour atteindre
la destination? Avec le GPS, plus de problème. Idéal pour la
prospection minière. Du haut des airs, on peut repérer des
gisements de minéraux.
On
traite aussi des hauts et des bas du métier. Il comporte des
risques. L'avion est une mécanique, donc qui peut faillir au moment
on s'y attend pas. «Il
y a bien plus de pilotes chanceux que de bons pilotes. La chance se
prépare un peu en prenant bien soin de son avion. Mais il y a un
risque que vous ne pouvez pas éviter.»
Autre témoignage : «Des
peurs? T'as pas le temps, après oui.»
■ Comme
d'habitude, la
déontologie policière s'enlise – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Dans
un article publié en juin 1999, la journaliste Christiane Desjardins
de La Presse nous avertit que les
audiences en déontologie seront longues et laborieuses, ou mourront
dans l’oeuf très rapidement.
(Christiane Desjardins – La Presse du 7 juin 1999)
Les
dix avocats des dix accusés ont en effet présenté une série de
requêtes qui, si elles étaient acceptées, feraient
avorter bon nombre de citations et pourraient bien torpiller les
audiences.
Sinon, les débats pourraient s’étirer devant des tribunaux de
plus haute instance. Quand aux débats sur l’affaire, ils ne
devraient débuter qu’à la fin de septembre, et déjà 60 jours
sont prévus. Au départ, on ne prévoyait pas terminer avant le
printemps de l’an 2000. Maintenant on parle de l’été 2000, note
la journaliste.
Le lendemain, nous
apprenons que l’avocate du commissaire à la déontologie, Me
Danielle Simoneau, est en mesure de faire la preuve requise sur près
du tiers des accusations, soit 35 sur 109.
(Rollande Parent, Presse canadienne –
La Presse du 8 juin 1999) La journaliste Rollande Parent de la Presse
canadienne précise que le policier Richard Tétrault sur lequel pèse
une seule accusation, n’aurait pas à comparaître. Quant aux neuf
autres, seules les citations portant sur la fabrication de preuves
dans l’affaire Matticks demeurent.
Octobre
1999, l’enquête en déontologie s’enclenche.
Enfin ! se dit-on, nous allons connaître le vrai fond de l’histoire.
Bonnes poires, c’est ce que nous croyons. Environ
six mois s’écoulent,
puis en mai 2000 la journaliste Parent de la Presse canadienne
rapporte que le
processus s’enlise au point où «il
devient impossible de savoir quand s’arrêtera la machine».
(Rollande Parent, Presse canadienne – La Presse du 4 mai 2000)
Le
dernier calendrier établi prévoyait la fin des travaux pour février
2001, dans
le meilleur des cas,
signale-t-elle. Trois
des huit policiers en cause ont pris leur retraite
: Pierre Duclos, Lucien Landry et Claude Charron. Par ailleurs, une
série de requête ont été présentées en Cour supérieure,
ce qui a forcé, à chaque fois, la suspension temporaire des
travaux.
Et pour compléter le portrait,
l’un des deux procureurs représentant le commissaire doit prendre
sa retraite en octobre 2000 tandis que l’autre est en congé
maladie pour une période indéterminée. Plus le temps passe, plus
les documents s’accumulent,
constate la journaliste.
À
la mi-mars 2001, près
de six ans après l’avortement du procès contre le clan Matticks,
écrit le journaliste Denis Lessard de La Presse, les contribuables
québécois paient encore un
million par année en honoraires d’avocats
pour la défense des policiers accusés. (Denis Lessard – La Presse
du 15 mars 2001)
Depuis
près de deux ans, leurs
avocats multiplient les actes de procédure
: requêtes en révision de décisions antérieures, en demandes de
sursis, en vérification de constitutionnalité, autant de mesures
qui obligent tous les avocats à aller entendre leurs collègues sur
des questions de procédures.
De plus, une fois que le Comité de
déontologie aura tranché, toute l’affaire est susceptible de
repartir en comité de discipline, un
autre labyrinthe.
Il signale qu’une note interne du comité évoque «des
délais prévisibles de plusieurs années avant la fin des
procédures»
et surtout «le
coût élevé des procédures judiciaires et des nombreux avocats
impliqués aux dossiers».
(Suite demain)
■ École
: infantilisation à des fins de contrôle et nettoyage – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Le
formalisme en milieu scolaire se manifeste également dans d’autres
activités.
La
journaliste Sonia Sarfati de La Presse raconte, dans un article de
décembre 1999, que la
dramaturge québécoise
Jasmine Dubé,
dans sa pièce de théâtre Pierrette Pan, ministre de l’Enfance et
des Produits dérivés
(Éditions Leméac) et dédiée aux enfants, fait dire à sa ministre
Pan (Sonia Sarfati – La Presse du 31 décembre 1999) : «Négocier
? Discuter? Les enfants, on leur donne un centimètre, ils veulent un
kilomètre! On leur donne un cornet de crème glacée, ils veulent le
pôle Nord! On leur donne la liberté d’expression, on peut plus
placer un mot!»
C’est un
passage de la pièce qui la fait grimacer,
note la journaliste. Parce qu’elle sait, elle, à quel point sa
ministre de l’Enfance contribue à véhiculer le mythe de
l’enfant-roi.
«Les
enfants n’ont pas de pouvoir,
fait observer Dubé.
Ils n’ont pas d’argent, ne votent pas. Malgré
tout ce qu’on dit, ils ont une bien petite place dans notre
société. Peut-on parler d’enfants-rois simplement parce qu’il
existe, pour eux, plus d’accessoires et de produits dérivés qu’il
y en avait autrefois?»
La dramaturge voit les enfants comme ses égaux : «Ils
vivent en même temps que nous les mêmes événements que nous. Je
refuse de les tenir à l’écart de la vie.»
La
journaliste relate que celle-ci s’est mise à l’écriture, une
quinzaine d’années auparavant, parce qu’elle
en avait assez de voir «ses
égaux»
assister à de jolis spectacles où le cliché rivalisait avec la
morale, à de gentilles pièces de théâtre qui sentaient la
condescendance et le jugement de «celui-qui-sait»
sur «celui-qui-saura».
Les
propos de la dramaturge québécoise sont un peu beaucoup confortés
par ceux de Suzanne
Côté-Gauthier.
(Rima Elkouri – La Presse du 31 décembre 1999) Cette grand-maman
est bénévole à l’Association Au rendez-vous des cultures, dont
le but est de jeter des ponts entre les générations et gens de
différentes cultures. Elle le fait en racontant des histoires aux
enfants. Elle estime que c’est depuis toujours la meilleure façon
de garder un lien entre les petits et les grands.
Mais
attention, fait-elle remarquer à la journaliste Rima Elkouri de La
Presse, tous
les contes ne plaisent pas nécessairement aux tout-petits. Les
histoires qui procurent quelques frissons sont nettement plus
populaires que les contes doucereux.
«Les
enfants préfèrent l’histoire de l’oncle qui a cambriolé une
banque à celle de celui qui est gérant de banque! Ils sont bien
contents de savoir que leurs grands-parents n’ont pas été
toujours sages.»
De toutes façons, ce n’est pas pour donner des leçons qu’on
raconte, ajoute-t-elle : «On
ne peut transmettre des valeurs en donnant des leçons. C’est bien
davantage par notre façon d’agir. Par ce qu’on fait, par ce
qu’on est.»
Glissons
ici ce commentaire de Dominic
Champagne,
l’un des dirigeants de la troupe montréalaise Théâtre Il va sans
dire, auteur notamment de la pièce L’Asile. (Marie-Christine Blais
– La Presse du 27 février 1999)
La présentant comme étant un
conte philosophique, Champagne, lui-même père de famille, dit à la
journaliste Marie-Christine Blais de La Presse qu’ «on
est dans une ère où la rectitude politique déforme les contes pour
extraire tout le grotesque et le tragique, sous prétexte de protéger
les enfants, ce qui a justement l’effet pervers contraire. Or, il
faut dire à la candeur : va te promener dans la forêt obscure, va
vaincre les épreuves et tu vas en sortir peut-être pas aussi
candide, mais vivant et plus grand».
On
le voit, l’infantilisation
étant la norme, il ne reste plus grand place à l’expérience
individuelle ou collective : infantilisation comme instrument de
contrôle et de nettoyage sociaux,
ne le perdons pas de vu. (Suite demain)
News du dimanche 25 Janvier 2009
■ Intégration
d'un Africain au Québec – Oumar
Guissé (pas homard, c'est ce qu'on bouffe, c'est pas ça,
corrige-t-il un interlocuteur : OU...mar... Et l'autre d'insister
parce que le son est le même) vient du Burkina Faso. Son métier :
mécanicien, dépanne des voisins, fait du déménagement aussi.
Reçoit des messages dans sa boîte vocale, bris mécaniques et
autres. Ça n'arrête pas. Parcours les endroits où sont entassées
des carcasses de voitures, à la recherche de pièces qui serviront
lorsqu'il effectuera des réparations.
Travailler tout en
échangeant entre Africains sur différents sujets : la langue au
Québec (français, anglais). L'un compare avec le Mali où on parle
une cinquantaine de dialectes, alors... Oui, mais tronc d'arbre qui
flotte sur l'eau ne devient jamais crocodile, rétorque l'autre. Le
mariage, occasion de longues discussions. Pourquoi deux femmes
(Islam)? J'aime la deuxième au même titre de la première, répond
son vis-à-vis. L'adultère est interdit, faudrait que je me marie
avec elle. Ma femme est d'accord, où est le problème?
Lors
du tournage (vidéo
de 53:01), Oumar s'apprêtait à visiter sa famille, en Afrique,
magasinait pour lui apporter des cadeaux. Faut pas arriver les mains
vides, important de changer ses conditions de vie. Lorsqu'on ne
comble pas les attentes, c'est un échec, on devient un paria. Jusque
là, des achats de 1 800$ et ça continue. S'il oublie une personne,
elle ne sera pas contente. À son départ pour Burkina Faso, son
compte de banque sera à zéro. On le verra distribuer les cadeaux et
se marier.
■ Des
complicités permettent à Dupré
et Arcand de s'en sortir – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Et
les Dupré et Arcand,
gestionnaires de l’enquête sur le clan Mattkics, dont le procès
avait avorté en raison des quatre preuves fabriquées, et qui, de
plus, ont été mis en cause dans l’incident du 26 août 1995,
comment
s’en tirent-ils?
La
Commission Poitras signale qu’à la suite de l’annonce publique
du dg Barbeau sur leur affectation administrative en attendant leur
enquête, la population devait penser que des mesures énergiques
seraient prises à leur encontre.
Il
en sera tout autre. Le défaut de respecter les prescriptions du
Règlement sur la déontologie et de celui de la discipline de la
Sûreté du Québec, et plus particulièrement celui… d’enclencher
le processus disciplinaire, mènera inéluctablement à un
cul-de-sac.
Notons que le dg
Guy Coulombe
se demandait lui-même… s’il était nécessaire d’intervenir.
Et
les autres policiers impliqués dans l’affaire Matticks?
Décrivons brièvement la longue agonie de celle-ci. Le théâtre de
l’action : le
Comité de déontologie policière et ses coulisses. Entrons dans ses
dédales et méandres, mal éclairés en plus. Nous ferons juste
quelques pas, en nous tenant fermement la main, autrement nous
risquerions de se perdre de vue.
Brossons
rapidement le contexte. Trois
années et demie après l’arrêt des procédures contre le clan
Matticks décrété par la juge Corbeil-Laramées, la
Commission Poitras dépose son rapport. Il
est rendu public un mois plus tard, en janvier 1999.
Ses auteurs proposent une réforme majeure de la Sûreté du Québec,
que nous traiterons plus loin : pour l’heure, le labyrinthe
déontologique accapare suffisamment tous nos sens pour se permettre
de regarder ailleurs.
Le
mois suivant, à la mi février, le
Comité de déontologie porte des accusations contre dix policiers de
la Sûreté du Québec, dont les quatre acquittés par un jury en
juin 1996 (Martin
Pelchat – La Presse du 13 février 1999) : le caporal Lucien
Landry,
retraité depuis 1997, est cité sous 16 chefs d’accusation,
notamment ceux d’avoir caché des informations pertinentes au
dossier et incité des policiers à fournir de fausses informations
au procureur de la Couronne ; les
agents Pierre Duclos
(16 chefs d’accusation), Dany
Fafard
(8) et Michel
Patry (4).
De leur côté, Mario Simard (on sait désormais de ce qu’il est
advenu de son cas) et Roger
Primeau
qui avaient témoigné contre leurs quatre collègues, sont cité sous
20 chefs d’accusation chacun, dont celui d’avoir menti à
l’avocate de la Couronne, Me Madeleine Giauque. Les quatre derniers
sont l’enquêteur Claude
Charron
(10), les agents Mario
Morissette
(7), Laurent
Laflamme
(4) et Richard
Tétrault
(4). (Suite
demain)
■ Dans
les classes, les profs mis au pas – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) À
l’automne 2000, le ministre péquiste de l’Éducation, François
Legault, lançait une réforme dans des écoles québécoises. Un
document de 600
pages
l’accompagnait. Michèle Ouimet de La Presse, devenue entre-temps
éditorialiste, écrit que le programme est tellement détaillé
qu’il dicte (encore) pratiquement aux enseignants «comment
faire un pas dans leur classe».
(Michèle Ouimet – La Presse des 11 et 13 novembre 2000)
Par
contre, les élèves doivent lire désormais quatre oeuvres
littéraires par année. Mais ils lisent encore des baux, des mémos,
des articles de journaux et des consignes. Elle cite Larose : «
(…) C’est
comme si on enseignait la géographie avec des prospectus de voyage».L’éditorialiste
lui donne raison.
Du
côté de l’écriture, elle constate que«la
situation est tout aussi désespérante
(…) De
quoi tuer n’importe quel élan créateur»,
conclut-elle. Le programme avait suscité des commentaires, ce qui
avait forcé le ministre à produire un document plus digeste, et
le nombre de pages était réduit à 350.
(Silvia Galipeau – La Presse du 25 août 2001)
Cependant,
la situation n’était pas réglée pour autant. Le programme invite
les élèves à apprécier des œuvres littéraires, mais
où sont-elles dans les biblios scolaires?
Et où sont les sous pour en acheter? «Au
chapitre des bibliothèques, par exemple, la problématique du manque
de ressources professionnelles et de livres demeure,
s’indigne la présidente de la Centrale des syndicats du Québec
(CSQ), Monique Richard.
Les lacunes en ce sens sont énormes.»
Aux
dernières nouvelles, le ministre semblait prêt à délier un peu
les cordons de sa bourse. Le
coût est élevé parce que les biblios scolaires ont toujours vécu
dans l’indigence, beaucoup de livres dans les rayons sont de
vieilles affaires n’intéressant plus personne, juste bonnes pour
la poubelle.
En
2001, une étude révélait que près de 80%
des bibliothèques scolaires québécoises
offraient une collection de livres de référence de «faible
valeur». (Mario Cloutier – La presse
du 14 janvier 2005) La situation n’étaient guère plus reluisante
en ce qui a trait aux ouvrages littéraires, rapportent ses auteurs :
«Il est impératif que les
bibliothèques coupent définitivement les liens avec un héritage
documentaire caduc.» En outre, ils
estimaient qu’elles devaient remplacer
près de la moitié de leur collection «sur-le-champ».
Cette
année-là, le gouvernement du Québec n’investissait que 7$ par
élève pour l’acquisition de nouveaux livres. Début 2005, le
ministre libéral de l’Éducation, Pierre Reid, fera passer le
ratio à 65$, sur une période de trois ans. (Suite demain)
News du samedi 24 Janvier 2009
■ Musiciens,
chanteurs et comédiens engagés socialement – De
nos jours, une denrée rare mais il en existe. Ainsi la compagnie
Jolie Môme, fortement ancrée à gauche. Elle organise des soirées
Dîner-Spectacle à son théâtre La Belle Étoile, à Ville
Saint-Denis, en France : se produit aussi dans la rue et fait des
tournées.
Elle met en chansons et en scène les luttes, les espoirs
et les solidarités. Exemples de son implication sociale : cabaret
d'urgence contre le bombardement de l'Afghanistan, soutien aux
grévistes de Mac'Do, soutien aux sans-papiers, soutien aux
prisonniers politiques palestiniens, la liste est longue.
Sur vidéo (visionnez
plein écran), une soirée cabaret : Légitime
Colère. On voit les artistes prenant le repas avant l'arrivée
des spectateurs, assurant ensuite le service aux tables. Et quant
tout ce monde a bien bouffé et bavardé, le spectacle commence.
Bonne ambiance.
Autres vidéos + des
photos sur le site de Jolie
Môme
■ Vous
avez déjà vu un Amérindien du Canada... – ...construire
un canot d'écorce? Pas moi, en tout cas. Alors, ç'a été une belle
découverte lorsque j'ai visionné un documentaire à ce sujet
(57:55). Un art de plus en plus oublié. Les matériaux : écorce de
bouleau, planches de cèdres, racines de sapin et sève gommante
d'arbres résineux. Rien d'autre, sauf l'essentiel : le savoir-faire.
Regardez
travailler César
Newashish, un Attikamek de Manouane, en Haute-Mauricie, au Québec. Qui est peut-être à moins de 100 kilomètres du village où je demeure. Alors quasiment un voisin, que je vous présente avec fierté.
■ Le
salon de coiffure... – ...est
l'endroit public où le citoyen-la citoyenne se confie le plus. Cela
explique pourquoi la police en civil y est infiltrée, soit
directement, c'est-à-dire par des civils exerçant le métier de
coiffeur ou coiffeuse, ou indirectement, par l'entremise de
coiffeurs-coiffeuses collabos.
Ce n'est vraiment pas
l'endroit où parler librement de soi ou des autres. Vidéo
tournée à San Diego (09:20) et sous-titrée en français.
■ Arseneault-Boudreault-et-Isabelle,
des flics respectables – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Et
le trio
Arseneault-Boudreault-et-Isabelle,
comment se sort-il de cette épreuve? Lorsque la Commission Poitras
dépose son rapport à la fin de 1998, il en
sorte grandi.
Les trois «moutons
noirs»
souhaitent réintégrer leurs fonctions, attendent avec impatience le
signal du nouveau dg de la Sûreté du Québec, le citoyen Florent
Gagné.
Ce
n’est pas la première fois qu’ils la réclament. Selon
l’un de leurs avocats, Me Keable, l’autre étant Me Michel Nolin,
lors de l’entrée en scène du dg Coulombe, à la fin de 1996, ses
clients avaient proposé que si la commission leur donnait tort, ils
s’engageaient à démissionner dès le lendemain du dépôt du
rapport. «Ils
ont été blanchis. Eh! bien qu’on leur ouvre les portes
sur-le-champ avec les honneurs qu’ils méritent»,
clame Me Keable.
La Sûreté du Québec
consentira à les réintégrer en janvier 1999, ce qui mettra un
terme à leur relevé provisoire. Il
aura duré plus de deux ans.
Arsenault et Boudreault l’accepteront, Isabelle
la refusera,
choisira de demeurer en poste à St-Georges-de-Beauce où il dirige
les services policier et des incendies : «J’ai
regardé les avantages d’un côté comme de l’autre. Mais quand
je me suis remémoré de quelle façon j’étais sorti de la Sûreté
du Québec, ça m’a aidé à prendre ma décision. C’est
relié à des mauvais souvenirs»,
confiera-t-il.
N’avait été de
l’intervention du trio, y aurait-il eu une Commission Poitras? Non.
L’affaire
était partie dans la mauvaise direction, vers des bureaux aux
planchers recouverts de tapis mur à mur et aux portes bardées de
cuir, bien entendu closes, où l’on peut parler tout à son aise
sans craindre les manchettes des médias.
Il est clair que pouvoir
péquiste, haute direction de la Sûreté du Québec et Association
des policiers provinciaux du Québec (APPQ), dont Jocelyn Turcotte
était le président, souhaitaient ébruiter le moins possible la
sale affaire. Le
travail acharné des Arseneault, Boudreault et Isabelle est porteur
d’espoir.
Quand
à Mario Simard,
qui avait avoué s’être parjuré au procès du clan Matticks, en
1995, et incriminé les quatre policiers accusés d’y avoir planté
les quatre preuves, lors de leur procès en 1996, il
subira de graves représailles affectant l’ensemble de sa carrière
et de sa vie personnelle.
En
effet, six ans après avoir témoigné, il continue d’en subir les
contrecoups, rapporte, en avril 2002, le journaliste André Cédilot
de La Presse. (André Cédilot – La Presse du 3 avril 2002) Dans
son rapport, la
Commission Poitras avait recommandé le retrait des plaintes portées
contre lui. Cependant, le Comité de déontologie… tarde à rendre
jugement sur
sa requête
en arrêt du processus judiciaire.
La Sûreté du Québec refuse de
lui attribuer des tâches policières tant que son dossier ne sera
pas réglé. En attendant, elle l’affecte à des activités de
commis de bureau. Ainsi, depuis juin 1999, il est un peu l’équivalent
d’un «gérant
de photocopieuses»,
précise le journaliste.
Ce mois d’avril, la
juge Ginette Piché de la Cour supérieure donne 15 jours au Comité
de déontologie pour décider du sort de Simard.
«Il
s’agit ici d’un cas flagrant où il y a déni de justice et abus
de pouvoir à l’égard d’une personne,
écrit-elle.
Il est trop facile de dire que le cas du policier Simard est
sympathique, mais qu’on ne peut rien faire.
(…) Ce
qui arrive à ce policier est inadmissible.
Il a été le premier à collaborer avec la justice dans la trop
tristement célèbre affaire Matticks. Pour le récompenser, quelques
jours après que la Commission Poitras rende son rapport public, on
le fait comparaître devant le Comité de déontologie, alors même
que l’une des recommandations du rapport Poitras est de retirer
toute plainte contre Simard»,
souligne-t-elle.
Le
mois de décembre suivant marque la fin de son enfer. Le juge Herbert
Marx, de la Cour supérieure, décrète l’arrêt des procédures
déontologiques, tout
de même environ huit mois après le délai de 15 jours décrété
par la juge Piché de la Cour supérieur.
(André Cédilot –
La Presse du 20 décembre 2002) Il estime que le feuilleton a assez
duré : «Sa
carrière stagne depuis fort longtemps. En toute justice, il ne
devrait pas être contraint de subir encore des mois, voire des
années, les instances administratives avant de reprendre sa vie
professionnelle. (…)
Ce
qui arrive à ce policier est inadmissible».
(Suite
demain)
■ Besoin de profs, pas des propagandistes du conformisme – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Formalisme
dans l’enseignement aussi. En décembre 1999, la journaliste
Michèle Ouimet de La Presse rapportait que le ministère de
l’Éducation n’en finissait plus de pondre des programmes
découpant la matière en milliers d’objectifs et dictant aux
enseignants «comment
faire un pas dans leur classe».
(Michèle Ouimet – La Presse du 31 décembre 1999)
À
titre d’exemple, il préconise l’enseignement du français à
partir notamment du vécu des enfants, d’articles publiés dans les
journaux et des modes d’emploi affichés sur les boîtes de
conserve. Le ministère boude les grands auteurs, écrivait la
journaliste. Bouderie
ou censure déguisée des grands auteurs?
Lisons la suite de l’article.
La
journaliste a interrogé Pierre
Lemaire.
Pendant 30 ans, celui-ci a enseigné le français dans des écoles
secondaires publiques de Montréal. En juin 1999, il a pris sa
retraite, ulcéré par les bureaucrates du ministère.
Lemaire compare leur programme à un supermarché de compétences aux
habilités vides de contenu.
L’ex-professeur,
raconte la journaliste, a
résisté aux assauts pédagogiques du ministère,
il a fait lire à ses élèves de cinquième secondaire L’Étranger
d’Albert Camus. Au début, ils n’étaient pas très emballés,
mais ont par la suite changé d’avis.
Lemaire : «Ils
ont soif de grandes oeuvres, a-t-il
confié à la journaliste.(Le
roman) créait
une onde de choc dans la classe. Ils se questionnaient sur
l’indifférence apparente du personnage principal devant la mort de
sa mère. On avait de grandes discussions. Ils apprenaient à penser,
à écrire leur pensée et à la dire en trouvant les mots justes.»
Dans
son livre L’Amour du pauvre, qui lui a valu bien des critiques,
nous rappelle la journaliste Ouimet, Jean
Larose,
professeur d’études françaises à l’Université de Montréal,
fustigeait lui aussi l’éducation axée sur la communication et
l’expression du vécu. (Jean Larose –
L’Amour du pauvre – Éditions Boréal)
La
plupart des intellectuels se sont tus, sauf lui,
signale-t-elle, qui cite ce passage du livre de l’auteur : «(...)
cet
enseignement produit des esprits conformistes, souvent bouillants
d’aspirations innovatrices (...)
mais
incapables de concevoir d’autres réalités que celles de leur
milieu et de leur expérience immédiate.
(...) (Les élèves sont) condamnés
à réinventer le bouton à quatre trous et à refaire pour eux-mêmes
toutes les découvertes de la vie intellectuelles en se croyant les
premiers à avoir eu chacune de leurs idées.»
La
journaliste a rencontré Larose : «Il
faut admirer pour apprendre,
lui explique-t-il.
Si vous utilisez des formes inférieures pour enseigner, si, par
exemple, on apprend le français en lisant des articles de journaux
ou des modes d’emploi, c’est trop pauvre. C’est une erreur
pédagogique profonde. (...)
Au
Québec, on a un parti pris anti-littéraire, anti-intellectuel et
contre culturel. Tout l’héritage du passé est suspect. On
n’enseigne pas le français, on fait son procès, on l’inculpe
(sic).»
Après
la lecture de cet article révélateur, on
réalise que le ministère québécois de l’Éducation utilise les
écoles pour produire des citoyens qui entreront, sans rouspéter,
dans le moule du conformisme de l’État.
Rien de nouveau là. Je le sais pour avoir couvert comme journaliste,
à la fin des années 1960 et au début des années 1970, la
Commission des écoles catholiques de Hull et la Commission scolaire
régionale de l’Outaouais.
Si
vous n’avez pas lu les auteurs décrivant une autre réalité que
celle où vous baignez, il y a peu de chance que vous cherchiez à
l’améliorer.Le
ministère ne boude pas les grands auteurs, il en a peur. Il censure
donc le prof, qui ne peut s’aventurer hors de la norme programmée.
L’école a besoin de profs qui ne soient pas des propagandistes du
conformisme.
(Suite demain)
News du vendredi 23 Janvier 2009
■ Vidéos
bizarroïdes... – ...Genre
qu'on voit pas souvent. Il m'arrive de visionner de ces trucs. Le
niveau de liberté d'expression est assez élevé, ce n'est pas
toujours esthétique, ça nous amène dans toutes les directions sans
qu'on ait une idée de l'endroit où on va. Et à la fin, il arrive
aussi parfois qu'on ne sache pas trop pourquoi on nous a fait faire
autant de kilométrage.
Si vous aimez tout ce qui vous est étranger,
embarquez sans connaître la destination. Attendez-vous à quelques
surprises en cours de route.
Everyone,
everywhere (Vidéo 03:56)
The
Bird's Midair Heatstroke (Vidéo
03:55)
Tween
my lips (Vidéo
02:02)
■ Triomphe
du totalitarisme policier sur l'État de droit – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Bouchard
et Turcotte n’ont pas non plus enquêté l’incident du 26 août
1995,
au cours duquel Dupré et Arcan, deux gradés, s’en étaient pris
verbalement à Isabelle. Ilsn’ont
pas interrogé non plus Dupré, Arcand,
Laprise et Pigeon, qui font pourtant l’objet de sévères reproches
dans le rapport d’étape de St-Antoine, ex-responsable du Comité
ad hoc. Et qui étaient de plus directement visés dans la requête
en révision judiciaire (requête déposée par les trois enquêteurs
du Comité ad hoc en Cour supérieure pour obtenir l’annulation de
l’enquête du Commissaire Bonin).
Ce
qui est «pour
le moins étonnant et témoigne d’un certain parti pris de leur
part»,
signalera la Commission. Ajoutant
qu’elle pourrait multiplier les exemples tirés de la preuve qui
l’ont amenée à s’interroger sur le but véritable que
poursuivaient Bouchard-Turcotte.
Elle
fera le constat que ces deux enquêteurs ont largement débordé les
paramètres du mandat qui leur avait été confié. Soit dans le but
de… «bonifier»
certains éléments de la preuve ou pour carrément trouver de
nouveaux éléments incriminant, «extrinsèques
aux fait reprochés dans les plaintes».
Elle
qualifiera l’opération d’une «excursion
de pêche»,
avec l’espoir manifeste de découvrir une quelconque preuve qui
n’avait aucun lien avec les faits reprochés dans les plaintes
disciplinaires.
Des
exemples : vérifications
des dépenses de fonctionnement, d’opération et d’achats
d’Arseneault, Boudreault et Isabelle ; interrogatoire
d’une douzaine de témoins pour déterminer si certaines de leurs
dépenses ont été imputées dans d’autres comptes, ou comme
dépenses secrètes ; passage
au peigne fin
de leurs relevés d’appels et de factures téléphoniques ;
vérifications
de leurs transactions dans les banques informatisées du Centre de
renseignements policiers du Québec (CRPQ), du module d’informations
policières (MIP) et des banques de renseignements criminels ;
recherche
sur l’embauche et le mode de rémunération de la secrétaire
Latour du Comité ad hoc : leur curiosité est aiguisée quand
ils découvrent que son conjoint serait le frère de Louise Pagé,
directrice générale adjointe, qui avait refusé de les rencontrer.
Ils consultent même le CRPQ pour en obtenir confirmation.
Enfin,
dans leur rapport, Bouchard et Turcotte citent plusieurs témoignages
démontrant une attitude déloyale d’Arseneault, Boudreault et
Isabelle à l’endroit de la Sûreté du Québec et de ses
dirigeants. Or, dans certains cas, ceux-ci n’ont pas été émis ou
encore les déclarations rapportées n’ont pas été faites en
présence de plusieurs officiers, contrairement à ce qu’ils
affirment.
La
Commission s’étonnera de tous les efforts déployés par les
enquêteurs Bouchard et Turcotte. Leur démarche trahit les
sentiments qui les animaient et soulève plus que des doutes sur leur
impartialité et objectivité. Tous
ces éléments tendent à démontrer qu’ils ont manifesté un parti
pris à l’encontre des trois membres du Comité ad hoc.
Compte tenu de la période trouble que traversait la Sûreté du
Québec, la Commission se demandera si le dg Barbeau et son
successeur intérimaire Boilard ont vraiment voulu une enquête
objective et indépendante. (NDLR : Sans omettre le citoyen Guy
Coulombe qui avait hérité du poste de dg quelque temps après.)
Elle
la qualifiera de «grave
erreur»,
émettra l’avis qu’elle aurait dû être confiée à l’externe.
À
qui le policier doit-il finalement loyauté?
La Commission signalera que pour certains officiers, le premier
devoir de loyauté du membre est envers l’organisation policière.
L’Association
des policiers provinciaux du Québec
(APPQ), dans son journal interne Au Devoir, est plus terre-à-terre :
«La
loyauté a longtemps été assurée par deux mécanismes : une
culture paramilitaire et une rémunération au-dessus de la moyenne
des travailleurs possédant une qualification semblable.»
Une
critique formulée sur la place publique et entachant l’image de
l’organisation est condamnable et susceptible de donner lieu à une
poursuite disciplinaire contre son auteur.
Que
conclure de ces propos? Que la loyauté à l’institution policière
a priorité sur la loyauté à l’égard de la loi. Triomphe du
totalitarisme policier sur l’État de droit. L’État dans l’État,
quoi. (Suite
demain)
■ Sans
la tolérance et la liberté, à quoi sert l'école? – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) On a assisté à une affaire semblable, en avril
1999, à l’école
secondaire des Sources,
à Dollard-des-Ormeaux, également à Montréal. (Marc Thibodeau –
La Presse du 16 avril 1999) Une
ado en avait été expulsée parce qu’elle avait teint ses cheveux
violet.
Selon
le directeur
de l’école,Jacques
Théoret,
le code de vie de l’institution interdit les coiffures et les
couleurs «excentriques»
: l’excentrique,
on l’a vu sur la liste, est une vitre cassée.
Quelques centaines d’élèves ont manifesté leur appui à leur
consoeur, un midi, dans la cours de l’école. La direction a fait
appel à la police de l’île de Montréal, qui s’y est rendue,
mais n’a pas jugé bon d’intervenir.
Le
directeur Théoret
a doctement expliqué aux élèves
que seul le conseil d’établissement pouvait revoir le code de vie.
Le problème, c’est que celui-ci se réunissait seulement à la
mi-mai, donc un mois plus tard.
Autrement dit, l’ado
n’avait guère le choix,
car si elle attendait la tenue de cette réunion, elle
risquait de rater son année scolaire.
Par contre, si elle se conformait illico au code de vie, elle
réintégrait l’école et complétait son année. L’entonnoir
de la contrainte.
Au moment d’écrire ces lignes, j’ignore qu’elle a été sa
décision.
Le
code de vie de Théoret est de fait un outil de répression
permettant de procéder au nettoyage social parmi les élèves de
l’école.
Et, dites-moi, pourquoi avoir alerté la police ? Peur de l’osmose,
peur de la liberté d’expression, peur du droit de manifester son
désaccord?
Comme
le sociologue Touraine, demandons-nous à
quoi sert l'école si elle n'est pas capable de faire partager la
tolérance et la volonté de liberté à des enfants et des ados?
(Alain Touraine – Qu'est-ce que la démocratie ? – Éditions
Fayard) Pourquoi aurait-elle si peu confiance en elle-même qu'elle
devrait fermer ses portes à ceux ou celles qui sont différents en
quelque chose?
Le
sociologue
Touraine qualifie d’ «(...) inacceptable
qu'on refuse a priori de voir le sujet humain, sa créativité et sa
liberté, chercher d'autres voies de formation et d'expression».
(Suite demain)
News du jeudi 22 Janvier 2009
■ France
: Décisions judiciaires non transmises au fichier STIC – Le
système de traitement des infractions constatées (STIC) est un
fichier policier. Lors d'un contrôle, la Commission Nationale de
l'Informatique et des libertés (CNIL) a constaté l'absence
quasi-systématique de transmission par les parquets des suites
judiciaires nécessaires à la mise à jour du STIC
: classement sans suite, acquittements, décisions de non-lieu et
requalifications pénales.
Elle signale que les
conséquences peuvent être très lourdes pour les personnes
concernées par une enquête administrative : perte d’un emploi,
refus d’embauche, impossibilité de passer un concours
administratif, etc. Elle a constaté aussi une
absence de sensibilité à l'égard des conséquences graves en
découlant pour celles-ci.
Selon elle, cette
situation est dû principalement à l’absence de terminaux
permettant aux magistrats d’accéder aux informations du STIC,
pourtant expressément prévus par la loi mais aussi à un manque de
moyens humains au niveau des greffes. Dans certains cas, des
demandes d’effacement sont formulées mais elles ne sont pas
prises en compte par le ministère de l’intérieur.
La conception même du
fichier STIC n’est pas directement en cause. C’est l’inadéquation
entre les moyens mis en oeuvre par les ministères et les objectifs
assignés à ce grand fichier de la police qui pose problème. La CNIL réclame une utilisation du STIC plus respectueuse
du droit des personnes.
Rapport de la CNIL
sur le STIC : 32 pages, forme PDF
PS
: Je traite de cette affaire pour démontrer qu'en France, bien que
tout ne soit pas parfait, et très loin de là, il existe au moins un
organisme public pour défendre les droits des citoyens. Alors
qu'ici, au
Québec, aucun organisme neutre ne contrôle les fichiers de nos
corps policiers. Ceux-ci peuvent y écrire n'importe quoi à votre
sujet.
Tous
les premiers ministres que nous avons eus jusqu'à ce jour au Québec
n'ont RIEN
fait
pour en protéger les citoyens. Et
celui qui est actuellement au pouvoir, le libéral Jean Charest, ne
fera probablement RIEN,
lui aussi. Idem de l'homme de droite dirigeant le Canada, le
conservateur Stephen Harper, et ses prédécesseurs.
■ Obama... – …un gros
changement. Dessin de NONO, letelegramme.com.
■ Des
enquêteurs en situation apparente de conflit d'intérêts – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Ce n’est pas le seul os à faire problème.
Falardeau, le coordonnateur de l’enquête du Comité ad hoc, avait
été également la cible de critiques de la part d’Arseneault,
Boudreault et Isabelle. Or
Falardeau est le supérieur hiérarchique de Bouchard et Turcotte :
le premier, directeur de la Surveillance du territoire, relève de
lui, le deuxième, dans certains dossiers ponctuels.
Le
dg Boilard ayant confié l’enquête disciplinaire à deux des
subalternes de Fallardeau, on court le risque de les placer dans une
situation s’apparentant au conflit d’intérêts. Ainsi
à Bouchard qui s’inquiète de devoir interroger son patron
Falardeau, le dg lui indique qu’il ne l’interrogera pas comme
suspect mais comme… témoin. En tout, Bouchard et Turcotte
rencontrent plus de 30 personnes.
Examinons
la méthode d’enquête qu’ils utilisent lors de leurs rencontres
avec l’ex-dg Barbeau, Falardeau
et St-Antoine,
et telle que le rapportera la Commission Poitras. Une
première entrevue a lieu avec ces deux derniers au cours de laquelle
des déclarations notées sont remises par les enquêteurs, à la
suite de quoi une version dactylographiée leur est transmise. Dans
les jours qui suivent, les deux témoins y apportent des corrections
ou complètent d’un ajout ou d’une seconde déclaration qu’ils
signent.
Dans
le cas de l’ex-dg
Barbeau,
la première rencontre se déroule le 13 janvier 1997. Un
projet de déclaration lui aurait été acheminé
à la fin de janvier ou au début février. Barbeau, après avoir
consulté ses avocats sur certaines informations qui pouvaient être
utilisées dans le cadre de la Commission Poitras, communique avec
les deux enquêteurs afin de la modifier. Une
nouvelle version est alors rédigée, avec l’aide de ses avocats,
et signée par lui, le 14 mars 1997, bénéficiant ainsi d’un
délais de deux mois.
Devant
la Commission Poitras, Barbeau, bien qu’il reconnaîtra le
caractère inusité de la procédure, prétendra que, vues les
circonstances, on
ne doit pas s’en formaliser.
Bouchard
et Turcotte ont interrogé Barbeau sur le
mandat qu’il avait donné aux trois enquêteurs du Comité ad hoc
le 5 juillet 1995. D’après lui, tout devait être mis en œuvre
pour faire la lumière sur l’affaire Matticks : déterminer
s’il y avait eu fabrication de preuves et si la gestion de cette
enquête avait été faite avec toute la rigueur, l’encadrement et
la supervision nécessaires par les officiers supérieurs des
escouades concernées.
Cependant dans leur
rapport, ils expriment l’opinion que le Comité ad doc l’a
bonifié
et cherché par différents moyens à le concrétiser à l’insu ou
à l’encontre de la direction de la Sûreté du Québec.
Invité
par la Commission Poitras à s’expliquer, Turcotte déclarera que
les trois officiers s’étaient concentrés sur le volet gestion et
supervision du dossier. Utilisant comme métaphore une maison dont la
construction doit débuter par les fondations, ils auraient dû,
d’après lui, se concentrer en premier lieu sur les responsabilités
individuelles des policiers impliqués dans l’enquête sur le clan
Matticks pour ensuite examiner les autres volets.
Belle métaphore,
certes, mais incompatible avec la toile de fond. Ainsi
dans la mise en situation de leur rapport, ils
se contentent de relater brièvement une réunion tenue par
Arsenault,
le 28 septembre 1995, avec les cinq directeurs des Enquêtes
criminelles afin d’obtenir leur collaboration à l’enquête du
Comité ad hoc.
Or, la preuve colligée
par la Commission Poitras démontrera qu’elle avait été convoquée
d’urgence par le dg Barbeau,
qui était prêt à sévir contre les directeurs récalcitrants. Le
dg donna instruction à trois de ses directeurs généraux adjoints
de les rencontrer et leur
lire «l’acte
d’émeute»
pour les rappeler à l’ordre.
Barbeau dira à la Commission que cet événement ne fut pas étranger
au fait que trois de ces directeurs prirent leur retraite quelque
temps après. Selon
cette dernière, cette rencontre revêtait une grande importance dans
la mesure où elle démontrait l’ampleur de la fronde et de
l’opposition à l’enquête.
(Suite
demain)
■ L'étudiante
montréalaise aux mèches bleues interdites – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Le journaliste Hugue Dumas de La Presse
rapporte, en août 2001, qu’au Québec le port de l’uniforme est
surtout le fait d’écoles publiques anglophones et d’écoles
privées, qu’on l’y voit peu dans les écoles publiques
francophones. (Hugue Dumas – La Presse du 28 août 2001)
Il
énumère quelques uns des arguments de ceux le favorisant :
l’un voudrait bien l’imposer à toutes les écoles de sa
commission scolaire, «malheureusement»
la nouvelle loi donne beaucoup de pouvoir à chaque école ;
l’uniforme aplanit les inégalités sociales, surtout en milieu
défavorisé, mais ne les efface pas complément ; ça enlève des
soucis – le matin quand on ne sait pas quoi trop se mettre – ; il
développe le sentiment d’appartenance et impose le respect, est
également sécuritaire, car tous les intrus dans la cour d’école
sont facilement identifiables.
Et
les élèves, eux, qu’en pense les filles aiment-ils ? «Au
début, tu chiales, tu veux t’affirmer»
; «C’est
certain queraient avoir des jupes plus courtes et que
les gars aimeraient porter leurs pantalons plus bas sur les hanches».
Du
côté de l’Alliance des professeurs de Montréal, on se dit peu
chaud à l’idée de voir les élèves défiler dans un uniforme
identique : «Nous
essayons d’éduquer les élèves à la diversité et au respect,
souligne son président, François Audet.
Et
la facture en début d’année est déjà assez salée pour les
parents. Un fardeau de plus ne serait pas le bienvenu.»
La demande vient surtout de la population immigrante pour laquelle
l’école est une fierté.
La
journaliste Rima Elkouri de La Presse rappelle, en août 2003, que,
au Québec, le débat pour ou contre le port de l’uniforme est
devenu un grand classique de la rentrée scolaire, avec
ses mêmes arguments poussiéreux, à quelques variations près.
(Rima Melkouri – La Presse du 20 août 2003)
Cette année-là, «le
chandail bedaine»
posait problème. Pour
ceux qui s’opposent à sa propagation, l’uniforme permet
non seulement de
mettre fin au règne du vilain nombril,
mais aussi de contrer les inégalités sociales, le taxage, les
troubles de comportement, le harcèlement sexuel, la surconsommation,
la dictature des grandes marques.
À les entendre, continue-t-elle,
l’uniforme serait un remède miracle permettant de balayer le grand
désordre qui règne en ce moment à l’école.
«Quand
on érige
(l’uniforme) au
rang des questions existentielles visant à rétablir les bonnes
valeurs d’antan, la justice sociale, le sens de la discipline, la
simplicité volontaire et je ne sais quoi d’autre encore, je ne
suis plus»,
signale-t-elle.
Deux
ans plus tard, l’uniforme prenait de l’ampleur. La journaliste
Marie Allard de La Presse écrit que pour
combattre les tenues sexy des élèves, plusieurs écoles en exigent
désormais le port.
(Marie Allard – Cyberpresse du 30 août 2006) Tant à Verdun,
Laval, LaSalle ou Dollard-des-Ormeaux, des polyvalentes publiques ont
décidé d’adopter un t-shirt, un polo ou tout un costume
obligatoire. Près de 10 000 ados sont touchés, rien que sur
l’île de Montréal.
Selon
Denis Pouliot,
porte-parole de la Fédération des commissions scolaires, un avis
juridique confirme «qu’une
école publique peut dire à un élève de retourner chez lui s’il
ne porte pas l’uniforme, ce n’est pas contraire à la Charte des
droits et libertés».
Affirmation
qu’il vaudrait la peine de contester devant un tribunal, jusqu’en
Cour suprême si besoin.
Il
est un fait confirmé qu’au
Québec on met les jeunes au pas, en les insérant dans un moule.
Avec le temps, ils en prennent l’empreinte,deviennent
en quelque sorte des bibelots se ressemblant tous, plutôt que des
citoyens libres et de ce fait différents les uns des autres. Des
produits de la chaîne de montage, quoi. L’approche varie, elle
peut-être subliminale ou carrément répressive. C’est un fait
maintes et maintes fois constaté que l’école est l’un des hauts
lieux du conformisme.
On
l’a vu dans le
cas de l'étudiante montréalaise aux mèches bleues.
En 1998, la direction de l’école secondaire
Marguerite-de-Lajemmerais, à Montréal, avait exigé qu’elle
enlève la couleur interdite. L’étudiante
avait refusé de se plier à ce diktat, préférant changer d’école.
Cette jeune fille constitue un bel exemple à imiter
dans notre société politiquement et puritainement corrects. Cet
événement n’est pas un cas isolé, absolument pas. (Suite demain)
News du mercredi 21 Janvier 2009
■ Afin
d'économiser l'énergie... – …des écologistes français coupent clandestinement
(vidéo 03:02) l'électricité d'établissements commerciaux. Cette
approche fasciste est particulièrement répugnante. J'y vois un lien
de parenté étroit avec les civils et leurs collabos qui se cachent
aussi dans l'ombre et le silence pour porter atteinte aux droits et
libertés des citoyens.
■ Le
discours d'investiture d'Obama – Hier,
il y en a sûrement qui ont manqué sa diffusion en direct sur le
web. Sur
cette vidéo (21:11) vous aurez l'intégral et traduit en
français. Dans la page s'affichant, 2e élément du sommet de la
colonne du centre, cliquez sur Écoutez
le discours d'investiture de Barack Obama.
Vous pouvez le visionner plein écran.
Faut
absolument
que vous écoutiez aussi le discours (traduit en français) de sa
conjointe Michelle prononcé lors de la convention démocrate, l'été
dernier. Incroyable performance d'une femme intelligente et
déterminée à rendre le monde meilleur. Les Obama sont un couple
très engagé socialement : conscience sociale développée. Même
colonne du centre, 6e élément, cliquez sur Le
discours de Michelle Obama, le 25 août 2008.
Lu
sur le web aujourd'hui, notamment sur france-info
: lorsque les médias sont unanimement favorables à l'élection d'un
chef d'État, c'est qu'il y aura du changement, que l'histoire est au
rendez-vous.
■ Turcotte
: «(...) quant
à moi, je les passerais au bout du pont» – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Le trio Arsenault-Isabelle-et-Boudreault fera
l’objet d’une enquête interne. C’est Barbeau qui l’a
commandée une couple de jours avant son départ : elle survivra
au court intérim de Boilard et à l’arrivée du citoyen Coulombe
aux commandes. Il avait mandaté à cette fin l’inspecteur-chef
Gilles Bouchard et l’inspecteur Robert Lafrenière, en vertu de
l’article 32 du Règlement sur la déontologie et la discipline des
membres du corps policier. Le nouveau dg Boilard en assumera la
gestion.
Le
mandat est élaboré par l’inspecteur-chef Jacques Letendre,
directeur de l’Éthique professionnelle. Celui-ci, qui n’y
participera pas, ne conteste par le droit des trois enquêteurs
d’avoir présenté devant les tribunaux une demande de révision
judiciaire sur le manque d’impartialité du commissaire Bonin et le
mode d’enquête retenu.
Il
conteste le fait qu’ils ont critiqué publiquement leur employeur,
la Sûreté du Québec, et porté atteinte à la réputation de
celle-ci, en plus d’avoir livré des informations à des personnes
non autorisées sans avoir obtenu l’autorisation préalable du dg.
Cependant, tout cela reste à prouver.
Par
la suite, Lafrenière, parce que son absence de l’Unité d’urgence
cause problème, sera remplacé par l’inspecteur-chef Jean-Claude
Turcotte. C’est Bouchard qui propose sa candidature pour l’assister
dans son travail. Le dg Boilard lui demande de s’assurer que
celui-ci n’est pas impliqué dans l’affaire Matticks et qu’il
n’y a pas matière à conflit entre lui et les trois ex-enquêteurs
du Comité ad hoc.
Boilard
témoignera devant la Commission Poitras qu’il importait que les
plaintes disciplinaires pendantes soient examinées sans parti
pris et que le rapport de l’enquête comporte à la fois les
informations inculpatoires et disculpatoires.
Tout
semble être au beau fixe, jusqu’au moment où Louise Pagé, sur le
point de quitter sa fonction de directrice générale adjointe,
intervient dans le dossier au milieu de janvier 1997. Ayant appris
que Turcotte fait tandem avec Bouchard, elle s’en inquiète. C’est
qu’elle a été directement témoin d’un incident survenu le 26
septembre précédent.
Au
cours d’une réception soulignant le départ d’employés civils,
Turcotte aurait tenu des propos déplacés à l’endroit des trois
enquêteurs du Comité ad hoc. D’après Pagé, Turcotte lui aurait
dit : «Qu’est-ce
que l’état-major attend pour faire quelque chose avec ces trois
crosseurs-là? Quant à moi, je les passerais au bout du pont.»
Elle l’aurait rappelé à l’ordre, lui signifiant qu’il n’était
pas habilité à porter un tel jugement.
Pagé
rencontre Boilard, l’informe
de ses appréhensions sur l’impartialité deTurcotte.
Celui-ci, bien qu’il soit étonné, affirme
n’avoir aucun problème à ce qu’il continue son travail,
d’autant plus qu’une vingtaine de témoins ont déjà été
rencontrés sans qu’aucune plainte ne soit formulée à son
encontre.
Par
la suite, il demande à Bouchard d’en vérifier le fondement auprès
des personnes présentes à cette réception. Cela fait, Bouchard le
rassure, Turcotte n’a pas dit ça, il a simplement dit que si les
trois enquêteurs s’étaient comportés comme le voulaient les
rumeurs, ils devaient être mis à la porte.
Interrogé
par Boilard, Turcotte confirme en quelque sorte la version de
Bouchard. Le
dg le sermonne un peu, mais ne juge pas nécessaire de le remplacer,
parce que, d’après lui, il a toutes les qualités requises pour
mener l’enquête. La
Commission Poitras sera d’un avis contraire : «Il
aurait dû.»
(Suite demain)
■ L'objet
de police est de tenir les hommes tous coupables – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Roché
dit que la question de la réalité de la
déviance urbaine est contestée par de nombreux
spécialistes en matière sociale.
(Sebastian Roché – Le sentiment d’insécurité – Éditions
PUF)
Barbara Jankowski,
chercheur de l’Institut des Hautes études de la sécurité
intérieure, à Paris, écrit qu’en France, l’ordre
public
(NDLR : Contrôles et nettoyages sociaux) demeure
prioritaire au détriment de la sécurité publique
(NDLR : Lutte contre la criminalité). (André Normandeau –
Une police professionnelle de type communautaire – Éditions du
Méridien).
Ce constat, note-t-elle, n’est pas nouveau, ainsi que
le confirme certaines études. (Jankowski cite Gatto et Thoenig,
1992). «Les
services extérieurs de l’État privilégient l’ordre public de
façon absolue et permanente et lorsqu’ils traitent le domaine de
la sécurité publique, ils privilégient un autre impératif :
l’évitement à l’erreur.»
Gleizal,
quant à lui, écrit que l'objet
de police est de tenir les hommes tous coupables, pour faire régner
l'ordre, défini comme un point zéro, mais aussi comme l'incarnation
de Dieu.
(Jean-Jacques Gleizal –
Le désordre policier –
Presses universitaires de France)
Le policier est un instituteur qui
enseigne la loi et
surtout un prêtre héritier des grands inquisiteurs.
Aujourd'hui, nous
apprend-il aussi, l'ordre
n'est plus absence de… désordre, il implique la promotion d'une…
politique.
Mais la lutte pour
l'ordre est ingrate, tout est toujours à recommencer, le désordre
perce sous l'ordre. Le nouveau oblige toujours à redéfinir les
bases de l'ordre, à remettre en cause ses préjugés. La norme est
alors bafouée. L'homme
hier normal est devenu anormal. Il a franchi les ponts, les
barrières, il est allé au-delà vers des zones inconnues.
Ajoutons à ses propos que la liberté est ce pas de plus…
Étalons
des exemples, en commençant par les jeunes, sur ce plan beaucoup
plus vulnérables que les adultes. En février 1999, le gouvernement
ontarien de Mike Harris
songeait à inculquer les bonnes manières et imposer une norme
vestimentaire aux ados, dans les écoles,
rapportait la Presse canadienne. (Presse canadienne – La Presse du
17 février 1999)
Réagissant
à ses propos, Walter Prodilchak,
professeur de sociologie à l’Université de Toronto, signalait que
les ados n’ont pas droit de vote, ni porte-parole, qu’ils ne
peuvent lui répondre quoi que ce soit : «C’est
comme s’en prendre à un groupe incapable de se défendre.»
Le
journaliste citait également Anthony Doob,
professeur de criminologie de la même université : «Les
adultes disent la même chose
(que Harris) depuis
des siècles. C’est le phénomène de la vieillesse : on croit
qu’on est merveilleux et qu’eux
(les ados) sont
pourris.»
(Suite demain)
News du mardi 20 Janvier 2009
■ Le
site... –
...le plus tricoté serré du web. Jamais vu autant d'infos dans une
page d'accueil. Faites descendre l'ascenseur jusqu'au sous-sol, vous
verrez. Qui va lire tout ça?
C'est de l'anti-communication.
■ En
direct : ce mardi 20 janvier, l'investiture d'Obama – Sur
le site de la télé de Radio-Canada
International, vous verrez tout. EN DIRECT et EN FRANÇAIS. Il y
a plein caméras et de journalistes chevronnés sur place. Il faut
quelques secondes avant que la vidéo s'active.
■ Déplacements bruyants et désordonnés à la SQ – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) La
requête du trio Arsenault-Boudreault-et-Isabelle en Cour supérieure,
le 22 août 1996, et, surtout l’utilisation des médias par leur
avocat, Me Jean-F. Keable, dont une entrevue à l’émission Le
Point de Radio-Canada, où il exigeait une enquête publique en
expliquant pourquoi, ont
souverainement déplu à des membres de l’état-major, dont le dg
Barbeau.
Ce dernier, après avoir consulté Me William Atkinson, en vient à
la conclusion que les affirmations qui y ont alors été émises sont
vraisemblablement contraire aux Règlements de déontologie et de
discipline de la Sûreté du Québec (SQ),
notamment au devoir de loyauté de ces officiers que leur impose leur
serment d’allégeance et d’office.
L’affaire était
déjà dans l’air depuis un certain temps...
Environ six mois plus tôt, le 12 février 1995, un couple de mois
avant la requête du trio en Cour supérieure, l’inspecteur Francis
Pelletier avait rencontré Gilles Fallardeau, coordonnateur du Comité
ad hoc, et fait état de «quelques
commentaires»
entendus la semaine précédente, précisant : «Ils
(Arseneault, Boudreault et Isabelle) sont
un petit peu enquêteurs, juges et bourreaux, là, un petit peu, là.»
Il aurait ajouté qu’il y avait «peut-être
lieu de faire attention un petit peu».
Lui avait dit «entretenir
des doutes sur la loyauté
(sic) des
membres du Comité ad hoc qui se prennent pour des justiciers au
détriment de la Sûreté du Québec». Pelletier les considérait comme «dangereux
pour l’organisation»,
soutenait qu’ils n’étaient pas «loyaux»
et qu’Arsenault
«semblait
vouloir attaquer le leadership»
du dg Barbeau :
au début de l’automne de la même année, le dg nommera Pelletier
au Comité déontologique, à l’examen des… plaintes.
Le
2 octobre 1996, pour reprendre le fil des événements, le dg Barbeau
en discute avec le ministre péquiste Robert Perreault. Barbeau
privilégie le recours à un relevé provisoire des trois enquêteurs
plutôt qu’à une affectation administrative.
Le
ministre lui aurait exprimé ses fortes réserves et son désaccord à
ce qu’ils reçoivent un traitement différent de celui réservé
aux Dupré et Arcan qui, eux, ont été affectés à des tâches
administratives. La
disparité serait considérable : les trois officiers y
perdraient leur statut de policier et n’auraient plus accès aux
locaux de la Sûreté du Québec.
Le
15 octobre, Barbeau ne tient pas compte des avertissements du
ministre.
Vers 8h30, il tente de le rejoindre mais il est en réunion. Il
s’adresse au chef de cabinet de celui-ci, Me Isabelle Demers, lui
demande de l’informer de sa décision de procéder par voie de
relevés provisoires. Le
ministre l’aurait rappelé une heure plus tard pour lui faire part
de son «total
désaccord».
Agir de la sorte aura un effet «boomerang»
et se retournera contre le corps policier. Barbeau n’en poursuit
pas moins l’opération.
Le
18, à la demande du ministre, le dg de la Sûreté du Québec quitte
ses fonctions de façon précipitée :
le 13 mai 1998, il sera nommé vice-président de la Commission
québécoise des libérations conditionnelles, sur la recommandation
du ministre péquiste de la Sécurité publique, Pierre Bélanger. Le
même jour, Georges
Boilard,
directeur général adjoint, assure
l’intérim jusqu’au 26 novembre,
date d’entrée en fonction du citoyen Guy Coulombe.
Le
23,
à la demande du ministre Perreault, le
gouvernement péquiste de Lucien Bouchard constitue par décret la
«Commission d’enquête
chargée de faire enquête sur la Sûreté du Québec»,
qui portera le nom de celui qui la présidera, l’ex-juge en chef de
la Cour supérieure, Lawrence Poitras. Il sera secondé de Me Louise
Viau, Me André Perreault et de Me Bernard Roy, ce dernier agira à
titre de procureur en chef.
Après
bien des tergiversations, le gouvernement Bouchard, acculé au pied
du mur, reconnaît finalement l’obligation de l’enquête publique
réclamée par le trio Arsenault-Isabelle-et-Boudreault. (Suite
demain)
■ Civils
et collabos court-circuitent
les règles démocratiques – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Les
deux criminologues américains Wilson
et Kelling
nous donnent une toute petite idée du modus operandi policier, en
nous entraînant dans une ronde policière. (André Normandeau –
Une police professionnelle de type communautaire – Éditions du
Méridien) Ils
voulaient vérifier quelle était la définition de la loi et l’ordre
que des policiers appliquaient sur le terrain.
Leur enquête s’est déroulée à Newark, dans l’État du New
Jersey, au milieu des années 1970.
Même
s’il date un peu, ce témoignage conserve encore toute sa
fraîcheur. Les
méthodes policières n’ont pas changé : plus
ça change, plus c’est pareil.
De fait, deux éléments s’y sont greffés. Dans les années 1990,
les nouvelles technologies de l’information, dont les mégabanques
informatisées, et le fameux concept de la prétendue police
communautaire. S’en
est suivi une véritable mutation qui a décuplé, je ne sais par
quel coefficient mais il est important, la capacité de la police de
mâter la population, individu par individu.
Pour ces policiers, les
habitants du quartier où ils patrouillaient se divisaient en deux
catégories : les
habitués
(les «braves
gens»
et les «déviants»)
et les
étrangers.
Le rôle des policiers consistaient à surveiller ces derniers, tout
en s’assurant que les habitués «peu
recommandables»
observent un certain nombre de règles tacites –
c’est-à-dire non écrites, non dites.
Ils considéraient les étrangers du secteur, sinon avec
appréhension, en tout cas avec suspicion.
Si une dispute éclatait
entre un client et un commerçant, ils
partaient du principe que le patron avait raison, surtout quand le
client était un étranger.
S’en trouvait-il un à traîner dans la rue? Ils lui demandait
notamment ce qui motivait sa présence. Quand les réponses étaient
jugées insatisfaisantes, ils lui intimaient l’ordre de dégager.
Ceux qui ne respectaient pas les règles informelles –
non écrites, non dites –
se faisaient arrêter pour vagabondage. (NDLR :
Notons que, aux yeux de l’autorité policière, un suspect est
souvent un coupable contre lequel elle n’a aucune preuve
matérielle.)
Les
règles des comportements étaient définies et appliquées en
collaboration avec les habitués qui se trouvaient dans la rue.
D’autres quartiers pouvaient en avoir de différentes, cependant
tout le monde comprenait que celles-ci s’appliquaient dans ce
quartier-là. «Les
mesures prises par les policiers correspondaient parfois à
l’application pure de la loi.
D’autres
fois, elles étaient informelles, sortaient du strict cadre légal
(sic) et
visaient à maintenir l’ordre public au niveau jugé satisfaisant
par les habitants du quartier»,
explicitent les deux auteurs. Ici, ils nous confirment que pour
maintenir cet «ordre
public»,
la police agit illégalement.
Autre élément
important : «les
habitants du quartier»
décidaient des normes s’y appliquant. Cependant, les deux
criminologues vont un peu vite en besogne puisque celles-ci n’étaient
pas établies par la majorité des citoyens.
Une question légitime se pose, car la
police invoque souvent pour justifier ses interventions injustifiées
des plaintes que leur auraient faites des citoyens alors que
celles-ci sont pas mal moins nombreuses qu’elle le soutient.
En plus, tous
des anonymes
et de ce fait suscitant cette interrogation : n’est-ce
pas plutôt la police qui impose au citoyen la façon dont il doit se
comporter dans l’espace public?
Dans
une démocratie,
il n’appartient pas à une poignée de citoyens et à des flics de
décider de règles qui seront imposés à tous.
Si l’on ajoute à cela que la police intervenait à l’extérieur
du cadre légal, là,
nous sommes en plein Far West.
Ce qui fait peur dans ce genre de système d’inspiration
totalitaire, c’est sa justice expéditive, son lynchage
psychologique.
Voici
une
poignée de citoyens-lyncheurs décrétant illégal tout ce qui ne
correspond pas à leur propre vision de ce qui est acceptable.
En procédant ainsi, on
court-circuite les règles du processus démocratique
qui, justement, se nourrit de l’énergie du désaccord et des
débats qui en naissent.
Dans
une démocratie, ce rôle est dévolu aux élus, pas aux lyncheurs.
Ce
sont les élus qui passent les lois, et eux seuls. Et c’est très
précisément pour éviter l’arbitraire qu’ils ont été désignés
à cette fin par la Société civile. En outre, ces
élus sont imputables, la population peut donc les remplacer par
d’autres quand elle est insatisfaite de leurs politiques.
(Suite demain)
News du lundi 19 Janvier 2009
■ Se
changer les idées... – ...oublier
les tracas du jour, regarder cette vidéo
amusante (05:55).
■ Dziekanski
: 2e volet de l'enquête a débuté aujourd'hui lundi – Des
dizaines de témoins diront ce qu'ils savent des dernières heures de
sa vie. Robert Dziekanski est arrivé à Vancouver le 13 octobre 2007
pour rejoindre sa mère et vivre avec elle en Colombie-Britannique.
Dix heures plus tard, nerveux et confus, l'homme a commencé à
lancer des meubles dans la section des arrivées internationales de
l'aéroport. Quatre agents de la Gendarmerie royale du Canada arrivés
sur les lieux lui ont administré cinq
décharges de Taser : vidéo (05:56).
Au
cours des six prochaines semaines, le juge à la retraite Thomas
Braidwood cherchera à déterminer ce qui s'est passé depuis le
moment où Dziekanski a pris l'avion, en Pologne, jusqu'à sa mort
sur le sol de l'aéroport de Vancouver. (Source RCI)
■ Demain,
assermentation d'Obama – Bref
tour d'horizon. Hier, il a prononcé une allocution
au Lincoln Memorial, à Washington : traduite en français (06:47). A
suivi ensuite le spectacle We
Are One (02:01) : Sheryl Crow, Will.I.Am, Jamie Foxx, Usher (on y
voit Obama taper des mains et danser), Shakira, Stevie Wonder et
Beyonce.
Shepard Fairey, auteur du
poster d'Obama (HOPE
: 01:43), est devenu la star de la pop culture. Les médias se
l'arrachent (01:51) : «I
fill verry good».
■ Les
vols
de documents et effractions à répétition de la SQ – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Le
22 août, Arseneault, Boudreault et Isabelle contestent en Cour
supérieure la mise sur pied de l'enquête du ministre péquiste
Robert Perreault. Dans leur requête, ils
soulèvent des faits qui créent une crainte raisonnable d’apparence
de partialité
dans la mesure où le commissaire enquêteur Bonin semble subir
l’influence du ministre Perreault et du dg Barbeau.
Contestent
aussi la décision du commissaire de ne pas tenir d’audiences
publiques
et d’avoir adopté un procédé qui empêche leur procureur Me
Jean-F. Keable d’être présent aux audiences, pour interroger et
contre interroger des témoins, produire la preuve et avoir accès à
toute preuve recueillie.
Ils
accusent publiquement le dg Barbeau et l’état-major d’avoir nui
à leur enquête pour préserver l’image de la Sûreté du Québec
(SQ), s’en prennent à la réputation des principaux dirigeants des
enquêtes criminelles, et réclament une enquête publique
(Rollande Parent, Presse canadienne – La Presse du 17 décembre
2001) : le 11 octobre, la Cour supérieure rejettera leur
requête.
Le
9 septembre, Gilles Fallardeau reçoit un appel du commissaire
enquêteur Bonin
l’informant qu’il s’est
fait voler 12 dossiers, à ses bureaux du palais de justice de
Montréal.
En
octobre, quelques jours avant de témoigner devant ce dernier, Louise
Pagé, directrice générale adjointe, subit le même sort.
Des pages du cahier où elle relate les incidents vécus à l’été
1995 et au début de l’automne 1996 ont été arrachées elle ne
sait par qui. Le vol est survenu dans son bureau, au septième étage
du grand quartier général, où se trouvent les bureaux des membres
de l’état-major. Pourtant
l’accès y est restreint. Après
avoir vérifié s’il n’y a pas de micros clandestins dans son
bureau, on juge pertinent d’en changer les serrures.
Rien
de surprenant là. L’affaire
Matticks a été ponctuée d’activités clandestines, de toute
évidence d’origine policière. La Commission Poitras parlera de
vols et d’effractions à répétition.
Fallardeau,
directeur général adjoint et coordonnateur du Comité ad hoc,
s’est fait voler
– des documents? – dans son véhicule. De plus, du
matériel
susceptible d’aider les trois enquêteurs à reconstituer le fil
des événements a
disparu mystérieusement.
Georges
Boilard,
directeur général adjoint, s’est
plaint, quant à lui, du vol d’un dossier
portant la mention “Matticks” dans son véhicule stationné à
l’aéroport de Dorval, vers la mi octobre 1996.
Au cours de la même
période, on
a mentionné aussi une intrusion dans le système informatique de
l’état-major.
Manifestement, un groupe de policiers a mis tout en œuvre pour leur
rendre la tâche impossible.
Puis,
de façon tout à fait inattendue : le 18 octobre, quatre mois
après sa nomination, le
commissaire Bonin démissionne de ses fonctions.
Dans une lettre au ministre Perreault, il fait part de son
«impossibilité
de poursuivre l’enquête en raison du fossé entre les attentes
créées par le déclenchement de l’enquête et
les contraintes
(sic) imposées
par la loi l’encadrant».
Le
juge parle d’une «escalade
entre les différentes personnes sujettes à l’enquête
(…) manifestées
par la violence des échanges entre les divers avocats représentant
les parties»
et du «climat
qui en résulte»,
ajoutant que «presque
tous les éditorialistes du Québec réclament une enquête
publique».
(Suite
demain)
■ Normes illégales tenues comme «obligatoires» – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Ainsi
en est-il de ceux
qui se lèvent tard régulièrement, courent les cafés et les bars,
et se couchent au levé du soleil sans n’avoir rien foutu de leur
dix doigts.
Des sans énergie, plus intéressés aux jouissances de la vie qu’au
travail, des bons à tout faire et propres à rien qui, avachis à
des bars terrasses ou des restos aux grandes baies vitrées,
n’arrêtent
pas de regarder passer les femmes sur le trottoir, les yeux fixés
sur les seins se balançant librement sous la blouse et la croupe
moulée dans un pantalon ou short serré.
On
n’aime pas tenues et démarches sexées. Idem les petits
vauriens,
les blancs-becs
qui plastronnent, les moches,
les petits
morveux,
ceux qui cherchent à attirer l’attention, se dandinent en
déambulant comme
s’ils avaient des ressorts collés aux semelles.
Sautiller ainsi, c’est
déjà afficher une certaine autonomie, potentiellement dangereux
pour l’ordre établi.
La police, hypersensible, peut aussi l’interpréter comme un
affront à son autorité.
Les ados jouant à se
battre entre eux ou se poursuivant dans la rue, comportement normal à
cet âge, sont aussi des citoyens à surveiller de près. L’insolence
ou le je-m’en-foutisme de l’ado est perçu comme une volonté
d’affrontement, une insoumission à l’autorité. Des
ados qui, croyant vivre dans une société libre et tolérante,
commettent l’erreur d’exprimer cette liberté avec désinvolture,
parfois l’index pointé vers le haut.
Plus concrètement, l’ado
est accusé de l’écart qu’il creuse par rapport à l’adulte,
de la relativisation qu’il effectue d’un ensemble de normes
tenues comme «obligatoires»,
inutilement contraignantes, et inscrites dans aucune loi.
Ces normes servent à la reproduction d’un mythe justifiant la
position des adultes à l’égard des jeunes.
Cependant, l’injure
suprême pour la police, c’est d’être rebelle,
de résister à son ordre établi, refuser de plier l’échine sous
son joug, rouspéter et argumenter à propos de tout et de rien, être
renfrognés, etc. Cette
conception obtuse de l’ordre est déclinée en sous-types et
sous-sous-types... qui viennent s’ajouter à la liste.
Tous
ces comportements font parti d’un autre mot fourre-tout : les
«désordres
quotidiens»
portant atteinte «à
la qualité de vie des citoyens».
Un autre mot les désigne : l’incivilité. Ils sont perçus comme
une rupture de l’ordre social minimal en deçà duquel, paraît-il,
la vie en commun ne serait plus possible.
La police en civil accorde
la priorité à la résolution de ce qu’elle considère comme des
problèmes, qui de fait n’en sont pas, et s’y investit
massivement. Tout
cela, n’a rien à voir avec la criminalité,
quoi qu’elle en dise, tout
à voir avec les films Bienvenue à Plaisantville et Show Truman.
L’intolérance
est en tête de liste de l’ordre du jour. Là
où opèrent des commerçants, ce sont eux qui décident en partie de
ce que sera la discipline dans les rues
de notre Cité policière, Montréal, et celles du petit village
policier de Lac Bouchette, entre autres endroits.
Une
fois qu’on a compris ça, on sait ce que signifient très
exactement ordre social, contrôle social, nettoyage social et
conformisme. Ou
ce que veulent dire plus explicitement pouvoir et pseudo police
communautaire quand ils prétendent vouloir créer une meilleure
qualité de vie dans les quartiers.
Soyons
clairs : toute société génère des normes sociales. Plusieurs
de celles-ci vont de soi, font partie de nos rapports quotidiens avec
les autres citoyens. Dans un monde civilisé, le respect et
l’adhésion à certains comportements ou attitudes s’imposent au
bon sens.
Par
contre, d’autres sont carrément arbitraires, empiètent les droits
des citoyens, relèvent de la morale bourgeoise, de la rectitude
politique.
Lorsque le pouvoir en a bien imprégné le tissu social de son
village, de sa municipalité, de sa municipalité régionale de Comté
(MRC) ou de «Montréal,
ma Ville!»
– la
Ville de qui, au fait?
–, ses composantes acquièrent une force comparable à celle de la
loi, sans
pourtant n’avoir jamais été adoptées légalement, ni fait
l’objet d’un débat public. Cela n’empêche pas la police et
ses collabos de les utiliser et de polluer l’air sociétal.
(Suite demain)
News du dimanche 18 Janvier 2009
■ They
are Different... – …Un extrait musical de l'œuvre théâtrale The Mountain of Peace, une
production de Frances Key
et The International Peace Performers. Une dramatique anti-guerre
(05:09), magistralement interprétée.
■ Chanter
son ras-le-bol... – ...au
lieu de manifester bruyamment dans la rue, porter des pancartes,
scander des slogans. Est-ce mieux que d'être surveillés de près
par des civils infiltrés et encerclés par une escouade anti-émeute
en uniforme n'attendant qu'un signal pour disperser les mécontents?
Disons que l'approche est pour le moins originale.
À Birmingham
(08:53), en Angleterre, des citoyens ont formé une chorale des
plaintes, pour se vider le cœur et dire publiquement ce qui ne va
pas dans la cité ou le pays. Ils se produisent dans la rue, des
piétons s'arrêtent, ont du plaisir à les entendre car l'approche
est humoristique : la bière est trop chère, les bus arrivent
toujours en retard, etc. Pas seulement là, dans des salles aussi,
devant un auditoire.
Des
chorales du genre, il en existe aussi ailleurs, la liste est longue :
Chicago
(07:56), Hambourg
(09:16), Saint-Pétersbourg
(09:45), Jérusalem
(06:32), Helsinki
(08:28), etc. Dans les pays non-anglophones, les paroles sont
sous-titrées en anglais.
■ Acquittement
des 4 policiers, remous médiatiques – (Suite
tome
3
de L'Étau Policier)
Le 6 juin 1996, alors que les jurés délibèrent, les médias
rendent public un rapport de l’un des membres du Comité ad hoc
relatant l’incident du 26 août de l’année précédente, à la
résidence de Pichette, au cours duquel l’enquêteur Isabelle avait
fait l’objet de pression de la part de deux haut gradés, Dupré et
Arcand.
Le
9, après dix semaines de procès, le jury rend un verdict
d’acquittement, les quatre policiers accusés s’en sortent sains
et saufs. Cette
fin en queue de poisson n’a rien de surprenante. La
Commission Poitras ne sera pas étonné que le témoignage de Simard
ait été jugé confus, brouillon et imprécis, si
on considère qu’il avait été esseulé, ostracisé et traité
comme un paria par sa propre confrérie.
Ajoutons
aux propos de la Commission que le braquage auquel a été confronté
le Comité ad hoc est à l’origine d’une preuve nettement
déficiente. Chez les policiers suspects, ou susceptibles de le
devenir, le droit au silence a prévalu. La
bouée de sauvetage lancée par le ministre péquiste Serge Ménard –
son enquête déontologique –
les a empêchés de couler, si tant est qu’ils étaient coupables.
Chez
les autres, qui n’étaient pas suspectés et ne risquaient
aucunement de l’être, ils
ont respecté la loi du silence, l’omerta.
C’est
la fin du mandat du Comité ad hoc, les trois enquêteurs doivent
retourner à leur… poste respectif. Dès
le lendemain, le dg Serge Barbeau annonce… la suspension de Simard,
qui a avoué s’être parjuré lors du procès du clan Matticks,
«pour
son manque de loyauté envers la Sûreté du Québec».
Dans sa lettre, la conjointe de Simard relatera cet événement,
l’équivalent d’un véritable coup de massue : «On
ne comprenait plus rien. C’est écoeurant, puni et puni encore pour
avoir osé dire la vérité.
(…) Reste
à savoir comment nous allons sortir de ce cauchemar et à quel prix.
La règle dit que l’honnêteté finit toujours par payer.»
L’acquittement
n’est pas sans causer des remous, surtout dans les médias. Ils
sont tels que le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard se doit
d’intervenir : cette affaire ne peut demeurer en l’état. Le
nouveau ministre de la Sécurité publique, Robert Perreault,
rejette, ainsi que l’avait fait son prédécesseur Ménard, l’idée
de procéder en vertu de la Loi sur les commissions d’enquête
parce que ce serait trop long, lourd et coûteux. (NDLR :
Perreault avait succédé à Ménard le 29 janvier précédent.
Pourquoi ce départ?)
De plus, selon lui, elle paralyserait ce corps
policier alors engagé dans deux grandes opérations : création
de l’escouade Carcajou afin de lutter contre le crime organisé et
réorganisation territoriale des corps policiers, qu’on a vue dans
un chapitre précédent.
Le
12 juin 1996, il
annonce la nomination d’un commissaire enquêteur, le juge
Jean-Pierre Bonin, de la Cour du Québec, pour mener cette fois une
enquête externe, donc indépendante de la Sûreté du Québec.
Son mandat repose sur l’article 181 de la Loi sur l’organisation
policière. Elle portera «sur
la Sûreté du Québec quant à l’organisation et à la conduite
des enquêtes internes, quant aux événements survenus le 26 août
1995, lors d’une rencontre sociale au domicile de Laurent Pichette,
capitaine, et sur la manière dont les enquêteurs désignés sont
supervisés et appuyés par les officiers supérieurs ainsi que les
pratiques qui ont cours le cas échéant, en pareilles
circonstances.»
Dans
les médias, le ministre Perreault déborde de confiance sur le
succès de l’entreprise. De fait, son enquête ne sera qu’un feu
de paille.
(Suite demain)
■ Rééduquer
et éjecter les
pièces mal usinées –
(Suite tome
2
de L'Étau Policier) Qui
sont les autres “déviants”? Pour avoir enquêté pendant six ans
et demie dans l’underground policier québécois et avoir vu et
senti bien des choses, je sais que le vocable désigne beaucoup de
citoyens. Beaucoup... Toutefois, l’expérience sur le terrain ne
suffisait pas à répondre complètement à cette question. Il a
fallu cueillir quelques bribes ici et là, au hasard des ouvrages
lus.
Pouvoir
politique et police mettent dans ce vocable fourre-tout les citoyens
qui ne sont pas des criminels mais dont les comportements dérangent
par rapport à leurs attentes sociales. Ils
les considèrent comme des pièces mal usinées, qu’il faut
rééduquer et éjecter de la société s’ils persistent à faire
de travers ce qu’ils pourraient faire comme il faut.
Là, nous entrons plus profondément dans le vaste monde de
l’arbitraire, c’est-à-dire de la rectitude politique, du
puritainement correct et de toutes formulations semblables.
C’est ainsi que des
comportements n’ayant rien à voir avec l’infraction d’une loi,
et normaux dans une société tolérante, sont officieusement
prohibés. Officieusement, car cela reste dans le domaine du non dit,
du non écrit nulle part. On
comprendra que ceux qui nous gouvernent, gendarment et surveillent ne
peuvent le claironner sur les toits parce que beaucoup de citoyens
s’objecteraient à cette discrimination sociale et spatiale.
Ces “déviants” sont
surtout ceux qui, pour diverses raisons, ont
été écartés ou se sont écartés d’eux-mêmes du droit chemin,
notamment celui du néolibéralisme
: citoyens au salaire minimum, travailleurs occasionnels, chômeurs,
assistés sociaux, familles monoparentales, ados, squeegees, punks,
handicapés, ex-psychiatrisés, alcoolos, drogués, etc.
Si
vous appartenez à l’une de ces catégories, un rien suffira pour
vous attirer le regard de policiers en civils,
de gardiens en civil de la sécurité privée et de
citoyens-mouchards.
Commettre
une infraction au code des bonnes manières constitue aussi une
“déviance” :
faire preuve d’insolence ou d’impolitesse en public, s’engueuler,
faire des colères, proférer des insultes, etc. Se manifester
bruyamment chez soi ou dans la rue : claquer des portes, crier, faire
jouer de la musique un peu fort, brailler des chansons folles à
tue-tête ou pas, etc.
Également le fait pour un homme de porter les
cheveux jusqu’aux épaules, ou noués en queue de cheval, ou
ébouriffés. Et pour les deux sexes, une coupe bizarroïde, teindre
une mèche ou toute la chevelure d’une ou plusieurs couleur
interdites,
être vêtu de manière voyante et criarde, un peu excentrique.
À
éviter vêtements roses pour homme, des shorts trop courts ou trop
longs – plus près des chevilles que des genoux –, ou le fond de
culotte trop bas, vêtements aux coupes vieillottes, couleurs
démodées, tenue napoléonienne. Idem des vêtements en désordre,
ouverts ou mal fermés. Que
voilà une liberté d’allure excessive.
N’est pas recommandé non plus d’avoir des vêtements troués ou
sales, des chaussures boueuses ou des espadrilles ou bottes délacés.
(Suite demain)
News du samedi 17 Janvier 2009
■ Poésie,
surveillance et scandale –
Les
photos de la nuit sont fascinantes
Il se
lève ou se couche?
Attention,
on
vous surveille de très près
Dédiée
aux
puritainement corrects du Québec et d'ailleurs
■ Clip
de Duffy... – ...Mercy
(03:47) Son style nous sort des sentiers battus.
■ Cannavino
: «T’aimes-tu
ça te sentir comme un hostie de rat ?» – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Le
27, Gilles St-Antoine, plus ou moins trois mois après sa nomination
comme coordonnateur du Comité ad hoc, prend sa retraite. Gilles
Falardeau, un autre directeur général adjoint, le remplace.
Le mois
de décembre suivant, avant même que le procès des quatre policiers
ne débute, on
constate déjà un trou béant dans la preuve :
une vingtaine de collègues policiers ont refusé de déposer leurs
rapports d’activités sur les événements touchant, de près ou de
loin, la perquisition de la rue Prince.
Blocage
manifeste, refus systématique de collaboration de policiers et, sauf
quelques exceptions, de plusieurs officiers.
Cela coïncide aussi avec les… négociations entre la Sûreté du
Québec et l’Association des policiers provinciaux du Québec
(APPQ) pour le renouvellement de la convention collective.
Alors
quand débute le procès avec jurés et présidé par le juge Yves
Mayrand, de la Cour supérieure du Québec, on
imagine que l’avocat de la Couronne et les officiers enquêteurs du
Comité ad hoc doivent croiser les doigts en espérant que Mario
Simard, principal témoin, saura malgré tout à la hauteur. Des
policiers réservent même à leurs quatre collègues accusés une
«haie
d’honneur».
Deux
jours après y avoir témoigné, il se plaint auprès de Boudreault
d’une rencontre qu’il a eue avec Antonio
Cannavino,
au quartier général de la Sûreté du Québec, à Québec :
celui-ci n’occupait pas encore la présidence de l’APPQ, il n’y
accèdera qu’après le départ de Jocelyn Turcotte, en novembre
1996. Il lui aurait demandé : «T’aimes-tu
ça te sentir comme un hostie de rat ?»
Puis : «Ça
va être ta fête mon grand».
Peu après Simard aurait insisté pour qu’il y ait des plaintes
criminelles ou déontologiques de loger contre Cannavino.
Plus
tard, dans une lettre de 14 pages, déposée à la Commission
Poitras, Josée
Toupin, conjointe de Simard,
relatera les pressions, frustrations et privations que le couple a
subies. «Le
stress, la peur, l’obsession font partie de notre vie de tous les
jours depuis le 14 septembre 1995»,
écrit-elle.
Son conjoint Simard, selon elle, était inquiet de la
réaction de ses collègues, craignait
même pour sa vie,
a mis cinq jours à retourner au bureau. Ainsi, le lendemain (de son
témoignage devant le juge Mayrand), téléavertisseur et téléphone
de Simard se sont mis à sonner, dont des appels d’au moins deux
policiers visés par l’enquête.
Informés
par Simard, inquiet, les enquêteurs Arsenault, Boudreault et
Isabelle l’incitent à demeurer chez lui, mais le téléphone ne
dérougit pas. Sa conjointe reçoit aussi un appel inhabituel d’un
membre de l’escouade du crime organisé lui demandant où est
Mario. Par
mesure préventive, Simard se cache, passe d’un motel à l’autre,
jusqu’à ce que lui et sa conjointe, ainsi qu’on la vu plus haut,
aient été mutés à Québec.
«Il
était en train de devenir fou,
écrit sa conjointe. (…)
C’était
l’enfer. Nous avions tous les deux le moral bas et les chicanes
étaient fréquentes. On a même pensé au suicide.
(…) Le
stress, l’incertitude, la crainte le suivait partout. Après chaque
journée de procès, il arrivait défait. Il ne mangeait plus, ne
dormait plus, n’avait plus d’énergie.» (Suite
demain)
■ Les
flics intolérants sont des inadaptés sociaux – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Tout
de même surprenant
que les criminologues n’aillent jamais jusqu’aux véritables
racines du sentiment d’insécurité.
Selon Lagrange, ce sentiment naît d’une dégradation générale
des liens sociaux, précède les fixations sur des éléments précis.
(Hugues Lagrange – Réponses à l’insécurité – Grenoble
CERAT)
«Ce
sentiment est alors la matrice de peurs spécifiques – d’être
cambriolé, d’être agressé – et non une expression synthétique,
décentrées, issue de ces appréhensions éparses. La
donnée psychologique est première, elle cherche des objets adéquats
dans lesquels s’incarner, prenant alors l’apparence de peurs
particulières.»
Ajoutons
à son propos que les
citoyens,
et de nombreuses études le démontrent, sont
davantage préoccupés des aléas de la vie que de la criminalité.
Cependant, quand
ça ne va pas, on cherche un bouc émissaire pour évacuer un peu
d’adrénaline.
(J’en fais la démonstration dans L’Étau Policier, tome 1.) Plus
explicitement, de quoi parle-t-on, entre autres?
De
l’endettement
des ménages,
qui constitue
la plus grande source d’insécurité.
(Étude du Conseil canadien de développement social – L’indice
de sécurité personnel – 2002) (Gilles Toupin – La Presse du 15
juillet 2002) Beaucoup de gens utilisent leur marge de crédit pour
joindre les deux bouts. La
taille des hypothèques fait le plus mal :
en 1984, elle rognait 38% de leur revenu disponible, en 2002, elle en
bouffe 67,9%. Des tendances du marché du travail aussi, de l’accès
aux soins de santé, etc.
Cependant,
le sentiment d’insécurité émane en très grande partie du
pouvoir politique et de sa police qui, utilisant le discours de la
peur, multiplient les divisions au sein de la Société civile pour
mieux régner. De
la
violence médiatique
non relativisée également, de l’anxieux
social
souffrant d’une hypertrophie du système de défense, de
l’intolérant,
qui est de fait un inadapté social incapable de composer
intelligemment et démocratiquement avec le pluralisme. C'est le cas
des civils de l'extrême droite policière. (Suite
demain)
News du vendredi 16 Janvier 2009
■ Toc,
Toc ! Entreeez... – ...vous
êtes les
bienvenues – Ici itou
Beauté et
laideur – Paysage enjolivé
Maison sur
un mur – Beau
petit couple heureux
Est-ce W?
– Petite rue colorée
Mettre le couvercle sur
quelque chose qui
sent pas bon
Photo
réussie
– Vie urbaine
■ Par
ici la sortie... – Hier,
dernier
discours de W. Bush, porte-étendard de l'aigle républicain. Il
a probablement été le chef d'État le plus dénoncé et dont on
s'est le plus moqué, qu'on a le plus ridiculisé, détesté aussi.
Il aura eu la malchance d'avoir dirigé les USA à une époque où
les internautes maîtrisaient de plus en plus le montage vidéo.
Quelques
unes des vidéos le démontrant :
La meilleure de toutes,
vidéo
(01:17)
Duo Bush-Blair :
Endless Love
Joyeux Noël de W
Bush, vidéo
(04:21)
Sundy bloody,
vidéo
(03:07)
The
end of the world,
vidéo
(02:59)
■ Certains
pensaient à lui mettre une balle dans la tête – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) À
l’Unité d’urgence de Québec où Mario Simard est transféré,
des policiers de l’Escouade de la répression du banditisme lancent
une campagne de salissage à son encontre,
encouragent leurs collègues à refuser de travailler avec lui et de
s’en méfier.
Autour
du 24 septembre 1995, un tract anonyme circule au grand quartier
général de la Sûreté du Québec. Il en est la cible, sa photo y
figure. On y dénonce sa collaboration avec le Comité ad hoc, l’y
décrit comme un délateur.
Tract
symptomatique du malaise et de l’esprit de vindicte existant alors
chez certains effectifs policiers et
contribuant à rendre plus difficile l’enquête,
relatera la Commission Poitras. Rédigé dans un langage outrancier
et injurieux, il est porteur,
entre autres, d’un message clair
pour dissuader tout policier qui songerait, un tant soit peu, à
collaborer avec les enquêteurs ou tout officier appelés à lui
prêter main-forte.
Le 12 octobre, le
Comité ad hoc porte des accusations contre quatre policiers,
notamment de fabrication de preuves, d’entrave à la justice et de
parjure : le caporal Lucien Landry et les agents Pierre Duclos, Dany
Fafard et Michel Patry.
La direction des Affaires internes de la Sûreté du Québec –
à ne pas confondre avec le Comité ad hoc –souhaitait
faire en sorte qu’ils ne soient pas traités comme tout autre
suspect, que l’identification ait lieu à un autre endroit que
celui où on identifie habituellement les criminels : prise des
photos, empreintes, mensurations.
Dans une note adressée
au dg Barbeau, ce jour-là, Arseneault écrit : «Le
mot d’ordre syndical de garder le silence a été respecté à la
lettre
et cette attitude paradoxale pour un syndicat de policiers nous
forcera à assigner une vingtaine de témoins policiers qui ont
participé à différents stades de l’enquête
(sur le clan Matticks) et
à les présenter devant la Cour sans
savoir à l’avance ce qu’ils viendront dire ou taire de leurs
activités professionnelles comme policier(…).»
Le
15, Mario Simard informe l’enquêteur Boudreault avoir rencontré
l’agent Pierre Samson dans un centre commercial de la Rive-Sud de
Montréal. Celui-ci
lui aurait dit que certains pensaient à lui mettre une balle dans la
tête ou de la cocaïne dans sa voiture,
et que Pierre Duclos, l’un des accusés, songeait à se suicider,
et l’aurait également invité à «changer
de bord».
Selon
Isabelle, Simard lui aurait dit qu’il ne dormait plus et que lui et
son épouse étaient extrêmement nerveux depuis sa rencontre avec
Samson.
À
cette même date, les enquêteurs Isabelle et Boudreault rencontrent
l’agent Préfontaine au sujet de sa participation à la
perquisition au 90, rue Prince. Le lendemain, 200 collègues de ce
dernier, à l’Unité d’urgence de Montréal, occupent leurs
locaux et refusent de travailler. Par la suite, ils renoncent à leur
moyen de pression. (Suite demain)
■ Si
la population savait, elle sursauterait d'indignation – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Wilson
et Kelling déplorent qu’on a tendance à oublier cette autre peur,
celle d’être dérangé par des individus au comportement
“déviant”. «Il
ne s’agit pas forcément ici de personnes violentes, ni de
délinquants, mais plutôt d’individus louches, à la conduite
imprévisible :mendiants,
ivrognes, drogués, adolescents turbulents, prostituées, désœuvrés
de tout poil, handicapés mentaux (sic),
etc.»
Skogan y ajoute les
jeunes faisant de l’école buissonnière.
(André Normandeau – Une police professionnelle de type
communautaire – Éditions du Méridien)
De
trois, nous
voilà rendu à dix,
incluant des handicapés mentaux. L’et caetera à la fin de
l’énumération des deux criminologues indique qu’ils l’ont
écourtée, donc qu’il y a d’autres groupes. Est-ce parce que,
bien connue du milieu de la criminologie, il n’était pas utile de
la reproduire au complet?
La vraie raison réside
dans le fait qu’ils ne pouvaient en dresser la liste au complet
sans révéler du même coup un important volet du rôle caché que
joue d’abord et avant tout la police en civil. La
population ne doit pas en être informée car il est beaucoup
d’éléments inavouables qui ne manqueraient pas de la faire
sursauter d’indignation. Règle
générale, les criminologues se taisent donc à ce sujet.
Ils ne
sont pas libres de dévoiler ce qu’ils savent parce que leurs
principaux employeurs se recrutent surtout chez les membres du
pouvoir, de la police et des titulaires de départements
universitaires.
Dans ces milieux, on l’accepterait plutôt mal. Alors, ils
utilisent un langage très référencé, pas toujours facile à
décrypter pour le non-initié, parce que laissant place à des non
dits difficiles à capter.
Susan
Estrich, de la Faculté de droit de Harvard, aux États-Unis, a
rassemblé, selon Wilson et Kelling, une série «impressionnante»
d’études portant sur la peur urbaine. Ceux-ci rapportent quelques
uns de ses travaux de recherche.
À Portland, dans l’Oregon, des
adultes ont affirmé à Estrich changer
de trottoir à la seule vue d’un groupe de jeunes.
À Baltimore, la moitié des interviewés lui ont dit traverser
la rue pour éviter un jeune à l’air bizarre.
À des résidents d’un grand ensemble auxquels
elle demandait d’identifier l’endroit le plus dangereux, ils lui
ont désigné celui où des jeunes se rassemblent pour boire un coup
et jouer de la musique, «bien
qu’aucun acte de délinquance n’y ait jamais été commis»,
souligne-t-elle.
Dans les quartiers de Boston, la peur la plus vive a
été exprimée par des habitants de bâtiments où le chahut et
l’impolitesse, «et
non la délinquance»,
précise-t-elle encore, sont monnaie courante.
Wilson
et Kelling reconnaissent que l’observateur extérieur ne
dispose pas d’éléments suffisants pour décider si l’angoisse
aujourd’hui endémique dans les grandes villes dépend de la
véritable «criminalité»
ou du simple sentiment que la rue n’est pas sûre, qu’elle est le
lieu de rencontres déplaisantes ou inquiétantes.
(Suite demain)
News du jeudi 15 Janvier 2009
■ Les
arts contemporains – Deux
pages complètes. Cliquez sur chaque image pour l'agrandir et avoir
accès à d'autres oeuvres. Colonne de gauche, il y a aussi : les
singuliers, les papiers et...les érotiques. De belles
femmes charnues pour se refaire une âme, dixit Ferdinand
Céline :
Voyage au bout de la nuit –
Éditions Gallimard.
■ Les
hommes volant – Ils
portent une combinaison spéciale composée de membranes sous les
bras et dans l'entre-jambe : comme l'écureuil volant. Ça les
empêche de tomber à la verticale. Alors, ils planent sur de très
longues distances. Un parachute au dos leur permet d'atterrir. Assez
spectaculaire, surtout, et c'est la cas ici, lorsqu'ils se lancent
dans le vide du sommet d'une haute montagne. J'ignore à quelle
vitesse ils se déplacent, mais ça
va vite. Impressionnantes, les images rapprochées de la vidéo
(03:44) : visionnez la plein écran.
■ Les
étudiants et l'argent – Il
y a les privilégiés et les autres. Ceux pouvant compter sur les
parents, d'autres juste un peu ou pas du tout. Quoique la situation
décrite ici ne soit pas si terrible. Plus que probable qu'en
cherchant davantage le portrait serait différent. Alors, parlons
plutôt d'un
aperçu (cliquez sur les images, suivez aussi les flèches) que
d'un tour d'horizon complet. Sujets abordés : logement, coût,
travail et santé.
25
étudiants vivant illégalement dans un édifice : squat. Quand on
arrive, on reste caché le plus longtemps possible. Dans ce cas-ci,
le concierge l'a su. En mars, il a enfoncé la porte, insuffisamment
blindée, dit-on, et est reparti avec toutes les...fenêtres : un peu
rude ce mois-là. Peut-être qu'il pensait qu'en les apportant, on
allait partir.
Une seule cuisine et le seul endroit où il y a de
l'eau chaude. Tous les gros travaux (plomberie, électricité, etc.),
sauf dans les chambres, effectués et défrayés collectivement. Mal
vu par les gens, le squat. On essaie d'en améliorer l'image. On
n'est pas des anarchistes, pour nous c'est l'occasion de se lancer
dans la vie, d'étudier.
Ce
témoignage est le pire de tous, les autres plutôt sympas. 4 filles
vivant ensemble, chacune disposant de son propre frigo. Une étudiante
appréciant vivre dans une petit chambre : on a tout dans la même
pièce, sauf la douche. Par contre, beaucoup d'escaliers à monter.
■ Un
policier avoue, un climat de panique s'installe – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Par la suite, embûches et intimidations se
multiplient. Trop nombreuses toutefois pour être toutes relatées.
Retenons en quelques unes.
À l’automne 1995, l’enquêteur
Isabelle
reçoit près de dix appels sur son téléavertisseur. Les numéros
apparaissant sur l’afficheur sont ceux d’un salon funéraire ou
d’un centre de prières, où il entend le message enregistré
suivant : «Nous
allons prier pour vous.»
Difficile d’être plus explicite, signalera la Commission. Isabelle
est même menacé de sévices sexuels.
Témoignage
d’Arsenault
aussi :
«On
nous faisait la remarque que nous devions enquêter de façon moins
forte les crimes qui étaient reprochés par la juge Corbeil-Laramée
(…)
aux
policiers de la Sûreté du Québec, puisque ç’a été fait dans
le but de mettre derrière les barreaux des criminels.»
Me
Madeleine Giauque, avocate de la Couronne, qui avait piloté le
procès contre le clan Matticks,
reçoit aussi des appels anonymes à connotation sexuelle. Cela
survient après avoir rencontré les membres du Comité ad hoc.
De
même que Louise
Pagé, directrice générale adjointe :
c’est elle qui avait demandé au dg Barbeau, dans une lettre, la
mise sur pied d’un Comité ad hoc. Cela l’affecte au point où
elle craint pour sa sécurité. Ainsi ce jour où elle est dans un
resto. Son téléavertisseur sonne, elle compose sur son cellulaire
le numéro affiché et, à sa surprise, elle s’aperçoit que c’est
celui du resto où elle est attablée. «J’ai
eu un petit peur là aussi».
Parmi
les policiers ayant participé de près ou de loin à l’enquête
qui devait mener à l’arrestation et au procès du clan Matticks,
seuls
Mario Simard et Roger Primeau défient la loi du silence…
Mais ne devrait-on pas parler plutôt du
droit au silence, à cause du chevauchement des deux enquêtes, celle
du Comité ad hoc et celle du ministre Ménard?
Car les déclarations des deux policiers seront communiquées par la
suite au Comité de déontologie, donc les incrimineront. Le
policier n’est pas différent du citoyen, il n’est pas obligé de
contribuer à sa propre inculpation.
Simard et Primeau avaient participé à la perquisition de mai 1994
au 90, rue Prince.
À la fin de l’été
1995, Simard avoue aux trois enquêteurs du Comité ad hoc s’être
parjuré au procès du clan Matticks, qu’on lui avait demandé de
mentir pour couvrir la fabrication des quatre preuves. Il incrimine
aussi quatre de ses collègues. Ce n’est pas long que la nouvelle
de sa rencontre avec les enquêteurs se propage. Un climat de panique
s’installe.
Au domicile de Simard,
appels téléphoniques et messages dans sa boîte vocale se font de
plus en plus pressants. On veut savoir ce qu’il a dit, et
surtout s’il a incriminé des collègues. Le but de ces manœuvre
est, de toute évidence, de l’amener à se rétracter ou nuancer
son témoignage. Sa version des faits revêt une importance
stratégique car il devient le principal témoin à charge.
Les
moyens de pression utilisés sont tantôt subtils, tantôt grossiers.
Quelque part à la fin de l’été 1995, les trois officiers
enquêteurs décident de le retirer de son lieu de travail, ainsi que
sa conjointe du reste, également membre du même corps policier, et
les logent aussi à un autre endroit qu’à leur domicile.
Le
21 septembre, l’inspecteur Déry fait part aux enquêteurs
Arsenault et Boudreault de son accord avec les précautions prises,
pour éviter que des policiers «désespérés»
puissent s’en prendre à lui et le «lyncher».
(Suite
demain)
■ Les
vitres cassées du mobilier urbain et rural – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Abordons la question des vitres cassées du
mobilier urbain et rural. Formulation
désignant les citoyens qui ne sont pas criminalisés mais dont les
comportements et tenues vestimentaires déplaisent
aux élus municipaux et gouvernementaux, aux policiers en civil, à
leur collabos, dont plusieurs membres de la société marchande, et
aux agents en civil de la sécurité privée. Analogie avec les
vitres cassées d’une maison abandonnée, enlaidissant
l’environnement. Nous
verrons que ces cibles numérotées sont beaucoup plus nombreuses
qu’on le croit généralement.
Selon les
criminologues américains Wilson et Kelling,
les comportements d’abandon mènent à l’effondrement des
contrôles sociaux. (André Normandeau –
Une police professionnelle de type communautaire –
Éditions du Méridien)La
vitre cassée qu’on ne remplace pas en est le point de départ.
Elle peut entraîner le bris d’autres vitres et ultimement
transformer un quartier, en quelques années et même quelques mois,
précisent-ils, «en
une jungle terrifiante
(sic),
inhospitalière»
: les adultes cesseront bientôt de réprimander leurs enfants
turbulents, les familles quitteront l’endroit et seront remplacées
par des personnes sans attaches, les adolescents se rassembleront
devant la boutique du coin et refuseront de partir quand le
propriétaire le leur demandera, des bagarres surviendront, les
ordures s’accumuleront, des gens se mettront à boire en face de
l’épicerie.
Puis
les deux auteurs font allusion, sans
ne jamais toutefois le désigner de son nom,
au nettoyage social. «Parce
qu’ils ont peur, les gens s’évitent, affaiblissant ainsi les
contrôles sociaux.(...)
de
nombreux habitants auront le sentiment que la délinquance
(...) connaît
une augmentation, et modifieront leur comportement en conséquence :
ils sortiront plus rarement et, lorsqu’ils seront à l’extérieur,
resteront à l’écart des autres, se déplaçant l’oeil aux
aguets, le visage fermé, d’un pas pressé, appliquant le credo du
“ne nous en mêlons pas”.
(...)
«Un
citoyen qui a peur de l’ivrogne
et de son odeur,
qui s’effraie à la vue d’un
adolescent tapageur
et craint le
mendiant importun,
ne se contente pas d’exprimer son dégoût face à des
comportements inconvenants. Il exprime également par là la sagesse
populaire, somme toute exacte,
précisent-ils,
qui veut que la
délinquance grave prospère sur l’impuissance à maîtriser les
comportements déviants.»
Wilson et Kelling ne reconnaissent pas moins que ce scénario ne
débouche pas inéluctablement sur la délinquance, ajoutant tout de
même qu’il y a moins de risques que cela se produise dans les
lieux où les contrôles informels sont possibles.
Leurs propos permettent
d’enrichir nos connaissances. Nous
savons désormais qui le pouvoir et sa police désignent sans les
nommer lorsqu’ils parlent des «déviants»
: l’ivrogne, l’ado tapageur, le mendiant. Cependant,
ceux-ci constituent seulement quelques éléments de la liste de ceux
qui dérangent.
En outre, il y a une
phrase de Wilson et Kelling valant d’être relue, elle contient un
autre élément d’information qu’on ne peut négliger : «Parce
qu’ils ont peur, les gens s’évitent, affaiblissant ainsi les
contrôles sociaux.»
À quoi les deux criminologues font-ils allusion? C’est que moins
les gens sortent de leur domicile, moins
ils sont accessibles aux policiers et policières en civil, et à
leurs collabos, cherchant à les infiltrer pour leur soutirer et
accumuler des renseignements dans les mégabanques informatisées sur
eux-mêmes et leur entourage.
Cet
énoncé de Wilson et Kelling était sans doute fondé il y a
quelques décennies, mais ce n’est plus tout à fait le cas
maintenant. De
nos jours, il n’est plus tout à fait nécessaire de circuler dans
la rue pour être javellisé, essoré, asséché, amidonné et enfin
repassé par les blanchisseurs policiers en civil,
car ceux-ci, appuyés par leurs collabos et les gardiens en civil de
la sécurité privée, ont infiltré les endroits où le citoyen
gagne sa vie et consomme des biens et services : centres
commerciaux, boutiques, salons de coiffure, restos, bars, lieux de
spectacles, etc.
Mieux,
même plus besoin de sortir de chez soi, parce qu’ils assurent
désormais le service à domicile, déguisés en toutes sortes de
personnages et sous différents prétextes :
vendeurs itinérants, livreurs, etc. Sans omettre des voisins, des
connaissances, des amis, que l’on invite chez soi, ou qui
s’invitent eux-mêmes, sans que l’on sache que certains sont soit
des civils, soit de leurs collabos. Si
vous n’êtes pas sensibilisés à ces intrusions, vous n’y verrez
que du feu. (Suite
demain)
News du mercredi 14 Janvier 2009
■ De
grandes et belles photos – 11
séries de photos dans la même page : Earth,
observerd (23
photos)
; The 2009 Dakar Rally (30) ; The
end of the Christmas Season (30)
;
Scenes from the Gaza Strip (34) ; Icy
days and nights (34)
; Ski Jumping World Cup (30) ; Israel
and Gaza (37)
; Big Picture on Holiday (?) ; Round
trip with Endeavour (31)
; 2008, the in photographs (40) ; 2008
in photographs (40)
; The year 2008 in photographs (40). Après chaque série, il faut
revenir à la page de départ pour voir la suivante et ainsi de
suite.
■ Dupré
et Arcand ont tenté de faire dévier l'enquête – (Suite tome
3 de
L'Étau Policier) La preuve soumise devant la Commission Poitras
démontrera que l’incident avait été perçu par Isabelle comme un
signal que deux hauts gradés de la Sûreté du Québec, Dupré et
Arcand, s’opposaient à l’enquête commandée par le dg.
Isabelle va même jusqu’à dire avoir senti qu’il n’aurait pas
leur collaboration. Du reste, l’événement marque la fin de
l’amitié qui les unissait jusque là. Incident
peu banal, assimilable à une tentative d’intimidation de la part
des patrons de certains policiers affectés au dossier Matticks qui
feraient l’objet de l’enquête, fera remarquer la Commission.
Par
exemple, lorsque Arcand a parlé des «crosseurs
à Québec»,
Isabelle croyait qu’on tentait de le diminuer. Quand il a fait
allusion au cas de l’officier Alain Gagnon, tombé malade après
avoir enquêté les événements d’Oka, Arcand
cherchait à lui passer le message que la pression allait devenir
énorme s’il enquêtait, que lui aussi tomberait malade.
Quand Dupré a demandé où couchait Arsenault, Isabelle a perçu
qu’il voulait exercer une surveillance sur celui-ci. Rapporte aussi
que lorsque Arcand a fait allusion à Primeau et Simard et à la
possibilité de les passer au polygraphe, il
s’agissait d’une tactique pour faire dévier l’enquête.
La
Commission signalera que Dupré et Arcand étaient sans conteste deux
personnes très importantes au sein de la Sûreté du Québec. Leurs
critiques à l’encontre de l’enquête devaient être prises avec
un très grand sérieux. Elle fera part de sa conviction que lorsque
Dupré a invité Isabelle à prendre un verre à l’écart des
autres, lui et Arcand savaient ce qu’ils lui réservaient.
Elle
considèrera que les propos d’Arcand étaient la manifestation
d’une volonté de s’immiscer dans un processus d’enquête dont
il pouvait être l’un des objets.
Le rôle d’Arcand dans l’enquête Matticks le plaçait en conflit
d’intérêts. Au sujet de Dupré, elle soulignera qu’il n’est
pas intervenu auprès d’Arcand pour qu’il cesse de harceler
Isabelle. Son
attitude a contribué à faire comprendre à Isabelle que l’enquête
serait difficile puisque non appuyée par certains hauts gradés.
Rappelons-le,
Dupré occupait le rang de directeur général adjoint, était membre
de l’état-major et le supérieur hiérarchique d’Isabelle et
Arcand. De plus, Dupré
avait été impliqué avec ce dernier dans la gestion de l’enquête
sur le clan Matticks, qui a débouchée sur l’avortement du procès.
Or, le fait de se retrouver dans une seule de ces situations aurait
dû suffire pour qu’il agisse en dirigeant responsable.
La
Commission interprètera son comportement comme un appui aux propos
tenus par Arcand et visant à déstabiliser l’enquête du Comité
ad hoc.
Elle réprouvera «énergiquement
le fait qu’un membre d’une enquête interne ait pu faire l’objet
d’une séance de pressions et déplore vivement la passivité d’un
haut gradé qui y a assisté et participé».
Le
matin du 31 août, St-Antoine rapporte l’incident au dg Barbeau,
qui lui suggère d’enquêter immédiatement. St-Antoine s’y
serait objecté parce que cela pouvait nuire à l’enquête du
Comité ad hoc, qui prenait de plus en plus l’aspect d’une
enquête criminelle, avec, parmi les témoins à rencontrer, Dupré
et Arcand. Il se serait de plus senti en conflit d’intérêts,
aurait recommandé au dg d’utiliser d’autres personnes que les
membres du Comité ad hoc.
Cependant,
le dg prendra du temps à intervenir.
De septembre 1995 à janvier 1996, période correspondant à son
inaction et son silence, des officiers impliqués dans les aspects
les plus sensibles de la mission de ce corps policier ont continué à
occuper des fonctions importantes et visibles alors que leur conduite
se devait d’être examinée. Le ministre péquiste de la Sécurité
publique, Serge Ménard, n’en sera informé qu’au milieu de
janvier 1996.
Le dg Barbeau entretiendra longuement la Commission sur
sa décision de ne pas s’immiscer dans l’enquête ad hoc, même
pour la soutenir, puisque, arguera-t-il, il aurait à décider en
dernier ressort de ce qu’il adviendrait des policiers contre
lesquels des accusations criminelles pouvaient être portées. (Suite
demain)
■ Prix
de la connaissance : la
perte de l’innocence – (Suite tome
2 de
L'Étau Policier) L’écrivain
brésilien Coelho considère que l’Internet,
malgré tous les dangers qu’il comporte, peut contribuer à ce que
tout le monde ait la possibilité de faire entendre sa voix, aussi
discordante soit-elle.
(Juan Arias – Conversations avec Paulo Coelho – Éditions Anne
Carrière, 1999 pour la version française)
«Si
les puissants ne le gâchent pas en se l’appropriant, je pense que
cela peut devenir un
formidable forum de débat universel,
d’où personne ne se sentira exclu. Cela peut créer une
saine anarchie,
que ne pourront pas contrôler ceux qui détiennent le pouvoir
mondial.»
Selon
lui, «c’est
contribuer à transformer ce que j’appelle l’ “Académie”,
c’est-à-dire le savoir conventionnel, fossilisé, bureaucratisé,
qui croit posséder la seule sagesse, le pouvoir des privilèges. Il
faudra de nouveau lâcher la bride à la créativité, donner la
parole à l’homme ordinaire ; considérer qu’il ne doit pas y
avoir de privilèges du savoir qui se prévalent de leurs titres et
mérites pour imposer leur culture aux autres.»
Coelho atteint sa cible en plein cœur !
Michael
Dertouzos aussi, qui est, lui, professeur de sciences informatiques
et de génie électrique à Cambridge, au Massachusetts, aux
États-Unis. (Les technologies de demain –
La Presse du 7 octobre 2000) Il
croit que Big Brother est en péril parce que l’Internet rapproche
déjà des millions de gens.
«Dans
dix ans
(en 2010),
ils
seront un milliard.
Grâce à lui tout le monde peut faire entendre sa voix. Il a donc
une grande influence “démocratisante”. Et
ce n’est pas la voix d’un seul magazine ou d’une seule chaîne
de télévision. C’est exactement le contraire.
Cela détruit le concept de Big Brother. Cette technologie
particulière nous rend beaucoup plus aptes à être entendus et à
entendre les autres. Vous avez bien vu la vitesse à laquelle le
rapport Star sur le président Clinton (sa
liaison avec une fonctionnaire) a
circulé dans le monde!»,
illustre-t-il.
Il
nourrit l’espoir qu’après avoir connu trois révolutions –
agraire basée sur la charrue, industrielle basée sur le moteur et
informatique basée sur l’ordinateur –
nous arrêtions d’avoir des révolutions basées sur des objets.
«J’aimerais
que nous ayons une quatrième révolution, dans laquelle nous
essayons de comprendre la plus précieuse ressource que nous
possédions : nous-même.»
Concluons
en empruntant des néologismes de je ne sais plus qui : il y a
donc espoir que notre «démocrasouillée»
ou «démocraviolée»
par le pouvoir, la police en civil, ses collabos et les agents en
civil de la sécurité privée retrouve un jour un peu de sa
virginité. Pour cela, il faudra que des citoyens étalent leur
mécontentement sur… l’Internet, notamment ceux victime de
l’arbitraire policier. Comment être certain que des cyberpoliciers
ne bousilleront pas leur site Web?
Se
pose aussi cette question : qui lira ces témoignages? Car
notre société est composée de citoyens qui veulent savoir et
d’autres qui ne veulent rien savoir. Au
cours de mon enquête, une habituée de la cafétéria du Comité
social Centre-Sud de Montréal m’a
fait remarquer que celui n’ayant rien à se reprocher n’a rien à
craindre de la police.
Un citoyen de Lac Bouchette, au Saguenay-Lac-St-Jean, m’a fait le
même commentaire. Je crois que beaucoup de citoyens pensent ainsi.
La réplique la plus
étonnante de toutes est celle que m’a servie un préposé au
service des ventes d’équipements informatiques, dans un boutique
de la région du Saguenay-Lac-St-Jean. Quand je fréquente
régulièrement un établissement commercial, je cherche toujours à
établir un climat propice aux confidences. Mon but est notamment de
dénicher des témoignages d’employés collaborant avec la police.
Pour les mettre dans l’ambiance, je brosse un petit topo de mon
enquête. Ce
préposé m’a lancé : «Oui
mais, moi, si je n’ai pas envie de le savoir?»
J’en suis resté bouche bée. Cela revenait à dire que des gens
n’ont pas besoin de le savoir. Je n’ai pas argumenté. À quoi
bon!
La
vérité dérange-t-elle, effraie-t-elle? J’ai déjà écrit qu’il
y a un prix à payer pour l’intelligence des choses : la perte
de l’innocence. S’accroche-t-on à ses illusions comme le
naufragé à sa bouée de sauvetage?
On aurait donc la «démocraviolée»
qu’on mérite? J’ose croire qu’après la lecture de ces pages,
ceux pensant ainsi feront preuve de suffisamment de courage pour
regarder la réalité bien en face. Pour
qu’on passe enfin de la téléréalité et la société-réalité.
(Suite demain)
News du mardi 13 Janvier 2009
■ Montréal
: Café-Graffiti – Il
a tout de l'atelier où ados et jeunes adultes peuvent s'exprimer sur
le plan artistique et échanger avec des copains. On leur enseigne à
concevoir des croquis qu'ils pourront ensuite concrétiser légalement
sur des murs extérieurs. Plusieurs de leurs oeuvres sont affichées
à l'intérieur du café et à vendre, sur les lieux ou via le Net.
Plusieurs ont beaucoup de talent. Achetez-en, ça leur fera plaisir.
On leur offre également
d'autres services : écouter de la musique, lire, pratiquer le break
dancing, etc. Ils forment une grande famille... Ce café est sûrement
un plus dans ce quartier. Excellente initiative, à imiter partout
dans le monde.
Les jeunes ont besoin
d'endroits du genre. Besoin aussi qu'on les prenne au sérieux, les
aide, les encourage, les aime, même s'ils ne sont pas les nôtres. Les
intégrer, en faire des citoyens à part entière, bien dans leur
peau, engagés et utiles à la société.
Vidéo
(06:01) entrevues-franco, narration-anglo
Adresse : 4237,
Ste-Catherine Est, Montréal (QC) H1V1X4
Adresse courriel :
raymondviger@journaldelarue.ca
Téléphone :
(514) 259-6900
Site
du Café-Graffiti
■ Ce
qui frappe... – ...
dès le début de la
vidéo que vous allez voir (plus bas dans la page s'affichant,
colonne de gauche), c'est l'illustration. On ne peut manquer de faire
le lien avec le poster
d'Obama (plus bas dans la page) conçu par l'artiste Shepard
Fairey (site à explorer) et qui a fait fureur lors de la
campagne électorale américaine. Normal, il est également le
concepteur des images de la vidéo. Un style qu'on voit pas souvent
et cohérent du début à la fin.
Le
thème de la chanson, par contre, n'a rien de bien neuf : argent,
capitalisme sauvage, pétrole, surveillance, guerre, etc. Le monde à
l'envers qu'on cherche à mettre à l'endroit.
■ Arcan
à Isabelle : «Tu
vas trouver ça dur enquêter des polices» – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Le 26 août 1995, un incident a lieu au cours
d’une soirée privée au domicile de Pichette. Capital,
le récit qu’en fera Isabelle devant la Commission Poitras, car
ce sera l’un des points de départ d’une série d’entraves et
de difficultés de toutes sortes que les enquêteurs du Comité ad
hoc rencontreront sur leur chemin.
Pas
étonnant que la Commission l’examinera «soigneusement».
Les
principaux acteurs en sont Dupré,
Arcand
et Isabelle,
qui, depuis quelques années déjà, entretiennent des liens d’amitié
personnels et professionnels. Cependant les relations entre Isabelle
et Dupré étant déjà tendues, la soirée s’annonce peu amicale.
Isabelle sera effectivement pris à partie par Arcand et Dupré pour
le rôle qu’il s’apprête à jouer dans l’enquête.
Peu
après 22h, Dupré et Arcand l’invitent à «prendre
une bouteille
(de vin) dehors».
Au moment où ils prennent place à une table, Arcand
commence à déblatérer, lançant à Isabelle : «T’es
un crosseur (un
traître).
Vous êtes des crosseurs à Québec. Tu
vas trouver ça dur enquêter des polices. Tu vois ce qui est arrivé
à Alain Gagnon ton ancien commandant. |