News du samedi 28 Février 2009
■ Petit État dans l'État se prenant pour dieu le père – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Une
machine réticente à se faire ausculter? Dans son rapport 2002-2003,
le Conseil
de surveillance
des activités de la Sûreté
du Québec (SQ) écrira
qu’«il
n’est pas aisé d’apprécier une organisation opérationnelle de
plus de 7 000 employés, dont la majeure partie est constituée
d’agents de la paix répartie sur le vaste territoire du Québec(son
rapport annuel est accessible sur le site Web du ministère de la
Sécurité public :
www.msp.gouv.qc.ca).Au
surplus, indiquent
ses auteurs,
l’inconfort
(sic) de
la Sûreté
(du Québec) à
l’égard du principe même de la création du Conseil et l’analyse
des activités d’une organisation,
dont la mission a pour effet de l’entourer d’une aire de
discrétion nécessaire à l’accomplissement de ses
responsabilités, sont
autant d’éléments contribuant à rehausser le niveau de
complexité de la mission du Conseil.»
Par
ailleurs, le quotidien Le Soleil obtiendra quatre avis rédigés en
2002 et 2003 par le Conseil de surveillance. Ce
corps policier, écrira l’organisme, tarde à corriger les lacunes
en matière d’affaires internes et de gestion des enquêtes
criminelles soulevée par la Commission Poitras
(Le Soleil – La Presse du 8 juillet 2004) : absence
d’évaluation du personnel d’enquête, manque de vision du rôle
fondamental des technologies de l’information, structure d’enquête
floue et imprécise.
Selon
le Conseil de surveillance, le flou et l’imprécision des enquêtes
«rendent
bien difficile une gestion des personnes et des opérations selon les
principes de gestion qui doivent normalement être mis en œuvre dans
les services publics imputables»
Notons
que le ministère de la Sécurité publique avait refusé de
transmettre les documents au journaliste, mais changera d’avis
après une première audition devant la Commission d’accès à
l’information du Québec.
Le
journaliste Martin Pelchat de La Presse rapporte aussi les
commentaires du criminologue André
Normandeau
qui, bien que reconnaissant les mérites de Corbo, aurait souhaité
que Me
Bernard Roy soit
nommé au sein du conseil : «Il
aurait été une sorte de conscience pour le suivi de la Commission
Poitras.»
En
outre, il doute que les moyens mis à la disposition du Conseil de
surveillance lui permettront de jouer son rôle adéquatement. Il se
demande comment, avec un budget
500 000$ par an,
celui-ci pourra opposer à la Sûreté du Québec, dotée d’un
budget
de 400M$
(chiffre énoncé en février 2001), des dossiers étoffés. «Ça
ne fait ni sérieux ni rigoureux»,
juge-t-il. Il aurait fallu doter le conseil d’une équipe de cinq à
six recherchistes. Or, elle ne comptera que sur un seul employé à
plein temps, le dg Sylvain Ayotte.
«Il
ne faut pas se contenter d’écouter les directeurs(Florent
Gagné et ses successeurs) ou
M. Cannavino(président
de l’Association des policiers provinciaux du Québec),
qui vont vous dire que tout va bien, etc.»
(NDLR :
Dans son rapport 2002-2003, le Conseil de surveillance indiquera
disposer de quatre employés, dont un cadre.) (Suite
demain)
■ Les sans-abri, des animaux domestiques bien dressés – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) On
voit un peu plus clairement le
cercle infernal où vivent ces citoyens :
errance, absence de soutien social, mendicité – pas de bs parce
que pas de domicile fixe –, soupes populaire, centres
d’hébergement, et
la répression policière, en uniforme et en civil, comme bonus.
Les
centres d’hébergement ne leur sont accessibles qu’à l’heure
des repas et la nuit pour dormir. Le reste du temps, ils
flânent parce qu’ils n’ont pas d’endroits où aller.
Si on leur en offrait, ils
s’y rendraient au lieu de s’épuiser à marcher sans fin et sans
but…
Et c’est d’avantage le cas quand il pleut ou l’hiver, quand il
fait froid.
Il
y a nécessité, obligation
même,
de prévoir de ces lieux où ils pourraient regarder la télé,
visionner des films,
surfer sur le Web,
jouer au billard,
etc. Des gymnases
aussi où ils participeraient à des jeux
d’équipes,
des piscines,
etc. : remarquez qu’il en existe déjà, mais les sans-abri
n’y sont pas admis.
Meilleure
condition physique, meilleur
tonus aussi, par conséquent plus
aptes à envisager des solutions
pour améliorer leurs conditions de vie et se construire un meilleur
avenir. Des lieux gratuits, sur présentation d’une carte de
sans-abri. Voilà
ce que devrait faire une Société civile
se préoccupant, pas seulement du bonheur de chacun de ses membres,
mais en faire aussi
des citoyens à part entière.
Largement
préférable à la répression policière.
Ces
faits démontrent l’intérêt
que le Québec porte à cette catégorie de citoyens.
En somme, la désinstitutionalisation sans
le minimum vital d’argent
pour vivre. La
liberté, oui, mais accompagnée de la misère noire. Les
have not, c’est bien connu, subissent leur sort sans s’époumoner
ni même murmurer sur la place publique ou dans les médias.
La
police en civil veille à ce qu’ils l’acceptent sans mot dire.
Ils sont devenus avec le temps, le temps faisant tout accepter à la
longue, des citoyens aussi dociles que des animaux domestiques bien
dressés. Ce n’est cependant pas le cas de certaines jeunes vitres
cassées du système. Effectivement,
une petite minorité est consciente de la situation qui lui est
imposée : subir et fermer sa gueule. (Suite
demain)
News du vendredi 27 Février 2009
■ Montréal tiendra des consultations sur le sentiment sécurité... – ...des
jeunes dans l'espace publique, les 11, 12 et 25 mars prochains. Y
sont conviés les citoyens de 12 à 30 ans. Une initiative de Claude
Dauphin,
présidents
du comité exécutif de la Ville de Montréal et de la commission de
la sécurité publique, responsable des activités de la police. Et
initiée conjointement avec le Conseil
jeunesse de la Ville.
Outre
la question première, d'autres leur seront posées. Par exemple,
quelles sont les caractéristiques d’un espace public sécuritaire?
Que penser des attroupements dans les espaces publics? Les
organisateurs accueilleront également les suggestions et
recommandations des jeunes, etc.
Heureuse
initiative? Non. Parce que le sentiment de sécurité englobe
forcément l'insécurité, un sentiment à manipuler avec des
pincettes en se bouchant le nez. Car il y a de tout là-dedans.
Mathieu,
se
référant au sociologue Lagrange, explique que ceux qui ont réfléchi
sur la complexité de l’âme humaine connaissent les phénomènes
de «déplacement» des sentiments, qu’on appelle aussi des
«transferts».
(Jean-Luc Mathieu –
L’insécurité –
Éditions Que sais-je?) (Hugues Lagrange –
Réponses à l’insécurité –
Grenoble CERAT) Le support apparent d’un sentiment, d’un
ressentiment, n’est pas celui qui en est véritablement à
l’origine. Ce mécanisme entre en jeu lorsqu’on questionne des
personnes sur leur insécurité.
Il
cite Lagrange : «On peut
voir dans l’altération des liens sociaux, dans le bouleversement
des équilibres démographiques et économiques, les déterminations
d’un mal-vivre, d’un sentiment de frustration et d’incertitude
à l’égard de l’avenir qui, par un transfert sur cette catégorie
d’actes universellement condamnés que sont les crimes, produit
dans l’esprit public une réalité nouvelle : le sentiment de
sécurité». Il se produit
un renversement dans l’ordre des facteurs. Le sentiment
d’inquiétude naît d’une dégradation générale des liens
sociaux, précède les «fixations»
sur des éléments précis.
«Ce
sentiment est alors la matrice de peurs spécifiques –
d’être cambriolé, d’être agressé –
et non une expression synthétique, décentrée, issue de ces
appréhensions éparses. La donnée psychologique est première, elle
cherche des objets adéquats dans lesquels s’incarner, prenant
alors l’apparence de peurs particulières.»
PS : Les élus ne
connaissent probablement pas les racines profondes de l'insécurité.
Ignorent, probablement aussi, qu'une consultation du genre permet,
plus souvent qu'autrement, de justifier des mesures répressives
injustifiées.
Sans omettre un fait connu et reconnu par ceux qui
sont au courant : gros à parier que des civils et des collabos,
déguisés en citoyens responsables, participeront à ces
consultations et décriront une situation plus inquiétante qu'elle
ne l'est en réalité.
■ Attiser la paranoïa... – ...Le
démagogue sème la peur partout sur son passage, à des fins de
domination politique. Il est le pire ennemi de la démocratie. Civils
et collabos sont passés maîtres en la matière.
Le chanteur
français Charlelie Couture, sans vouloir lui prêter des intentions,
me semble dénoncer tout de même un peu la situation : Appel
à l’aide
(Touchez à rien, la musique s'enclenche d'elle-même).
■ La SQ, une machine réticente à se faire ausculter – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Reprenons
le fil d’Ariane… En février 2001, le ministre péquiste de la
Sécurité publique, Serge
Ménard,
dévoile le nom des membres du Conseil de surveillance sur les
activités de la Sûreté du Québec (SQ),
qu’il
identifie comme étant «notre
police nationale».
Claude
Corbo,
ex-recteur de l’UQÀM et auteur de quelques ouvrages sur la police,
en est nommé président. (Martin Pelchat – La Presse des 20 et 21
février 2001) Les autres sont Clément
Godbout,
ex-président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ),
Gretta
Chambers,
ex-chancelière de l’Université McGill, Jacques
Pigeon,
ex-sous-ministre des Communications, et Me
Jean-Pierre Lussier,
ex-procureur de la commission Keable sur les agissements illégaux de
la GRC lors de la crise d’octobre 1970. Sylvain
Ayotte
en est désigné directeur général.
Rapportant les propos que
lui a tenus Me
Bernard Roy,
ex-procureur en chef de la Commission Poitras, le journaliste Martin
Pelchat de La Presse écrit que le Conseil de surveillance aura fort
à faire pour changer la culture prévalant à la Sûreté du Québec.
Tout en se disant encouragé par le calibre des personnes choisies
pour y siéger, Me Roy se dit d’avis que celles-ci «risquent
de se faire endormir ou enterrer sous la bureaucratie et la paperasse
par une machine réticente à se faire ausculter».
Un risque d’autant plus grand que le Conseil de surveillance
mis de l’avant par Québec «est
loin du chien de garde
(Conseil de contrôle)»
réclamé par la Commission Poitras. (Suite
demain)
■ Aucune compassion des élus à l'égard des sans-abri – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Ce
ne sont pas les seules composantes du problème : des provinces
imposent aussi des pénalités aux bénéficiaires d’aide sociale
qui,
pour arriver à joindre les deux bouts, partageant
leur logement.
Au Québec, la coupe varient entre 50 et 100$ par mois.
Le
maire Tremblay
annonce qu’«il
y a un engagement au cours de la prochaine année d’éliminer
éventuellement la pénalité pour cohabitation».
Ce qui deviendra une réalité au début de juillet suivant dans les
municipalités où le taux de logements disponibles se situe en
dessous d’1,5%. (Karim Benessaieh – La Presse du 26 juin 2002) La
décision est prise par la ministre péquiste de la Solidarité
sociale, Linda Goupil.
Cependant, des
conditions sont imposées :
faire la preuve qu’ils doivent en partager l’occupation ou ne
peuvent s’en trouver à cause de la pénurie, déménager
dans un des territoires désignés
et ne pas avoir abandonné le leur volontairement.
Bien
qu’il ait été impossible d’assurer le suivi de tous ces
projets, reconnaissons qu’en ce mois de janvier 2002, le maire
Tremblay a pris le dossier à bras-le-corps.
Autre
entrefilet significatif
de la compassion
des élus provinciaux à l’endroit des sans domiciles fixes :
ceux-ci
n’avaient accès à aucune prestation d’aide sociale.
L’un d’eux avait intenté des poursuites. Coïncidence, mars
2002, le Tribunal administratif du Québec statue que cette
façon de faire est «démesurée».
(Karim Benessaieh –
La Presse du 28 mars 2002) Il ordonne au gouvernement du Québec de
revoir l’application de sa Loi sur le soutien du revenu. Ce citoyen
récupérera tout l’argent dont il a été privé.
Son
avocat, Me William De
Merchant,
précise néanmoins que la
rétroactivité ne s’appliquera pas aux autres sans-abri
qui, pour la plupart, ont subi le même sort, estime-t-il.
Denis
Lévesque,
de Projet Genèse : «La
pratique des bureaux d’aide sociale à cet égard est injuste, non
fondée sur la loi et elle prive de leur droit à un revenu de
subsistance les personnes mêmes qui en ont le plus besoin».
L’organisme demande que ceux-ci puissent obtenir leurs prestations
directement du bureau d’aide sociale. (Suite
demain)
News du jeudi 26 Février 2009
■ Après l'affaire UBS, la Suisse se cherche une parade – Hier,
elle a nommé une délégation qui a pour mandat, selon la Tribune de
Genève, d'élaborer une stratégie et défendre l'avenir de sa place
financière. Elle passera en revue les questions financières,
fiscales et celle du secret bancaire. Cacher des revenus du fisc
n'est pas un délit dans ce pays.
Ce
même jour, lors d'un très bref point de presse, Hans-Rudolf Merz
(vidéo 01:47), président de la confédération, a notamment
répondu aux accusations de la passivité de l'État dans l'affaire
de la Banque UBS et des pressions des USA : UBS aidait sur place des
Américains à frauder le fisc.
Par
ailleurs, la Tribune de Genève demande à ses lecteur de participer
à son forum...
Comment régler la crise USA contre UBS?Que
doit faire la Suisse? Élargir son entraide judiciaire? Défendre bec
et ongles le secret le secret bancaire? Changer sa norme pénale et
déclarer la soustraction fiscale punissable?
Un dénommé Kaklon
y pose une question : Pourquoi garder un système qui ne protège que
des gens malhonnêtes? On ne peut pas vouloir profiter de la société
dans laquelle on vit sans y participer. C'est plutôt égoïste.
Furax,
pour sa part, écrit : Les USA et l'Europe veulent donner des leçons
au monde entier. Kad,
quant à lui : Quoi qu'il arrive, le secret bancaire doit être
maintenu.
La
Suisse se protège, mais ne protège pas les autres. Ainsi cette
nouvelle de romandie.com,
qui rapportait mercredi que les douaniers suisses sont intervenus
1176 fois en 2008 pour des affaires de marchandises contrefaites ou
piratées, contre 460 fois l'année précédente. La hausse est
attribuable à l'entrée en vigueur de la révision du droits des
marques et des designs.
La
crise économique sévit aussi dans ce paradis fiscal, elle s'avère
plus
aiguë que prévu.
Notamment ses exportations
horlogères,
qui accusent un recul de 20 à 30%.
En passant, vous saviez que
monaco célèbre son 40ème anniversaire? Pas le paradis fiscal, la
montre suisse monaco. Pourquoi avoir choisi ce nom? Son fabricant en
cherchait un qui séduirait un public chic et haut-de-gamme, un
public habitué aux endroits comme Monte-Carlo qui, à l’époque
des années Grace Kelly, étaient très en vogue.
PS
: La loi et l'ordre, c'est sérieux dans ce pays. Pour vous donner
une petite idée, visionnez, dans mes ARCHIVES-VIDÉOS, celle portant sur l'assermentation de nouvelles recrues policières.
■ Le pouvoir s'est donné ce qu'il refuse aux citoyens – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Dès
le lendemain, le ministre péquiste Serge
Ménard
rebondit dans l’actualité (Rollande Parent, la Presse canadienne –
La Presse du 3 mars 2000) : «M. Normandeau dit que le ministre a
peur que les policiers disent qu’il a une maitresse ou qu’il a
déjà pris un coup un soir, alors que je ne conduis plus»,
rétorque-t-il visiblement agacé, fait remarquer la journaliste
Parent de la Presse Canadienne.
Ménard
explique que, depuis une vingtaine d’années, les officiers de la
Sûreté du Québec n’assurent plus la protection des ministres.
«Le
service de protection des personnalités politiques est un corps
distinct qui est dans une unité distincte de celle des policiers de
la Sûreté du Québec, qui a une direction distincte et qui relève
directement du ministère de la Sécurité publique.
(...) C’est
un peu fort de dire qu’on a peur alors qu’on propose d’établir
pour les policiers la règle de la dénonciation et de l’obligation
de collaborer avec les enquêteurs».
Si l’on interprète
bien les propos du ministre, le
pouvoir s’est donné ce qu’il refuse à la Société civile,
bien que l’on ignore si cela a été réalisé sous un gouvernement
péquiste ou libéral : un
peu l’équivalent d’une «police
des polices».
Il est clair que le pouvoir a davantage confiance en son propre corps
policier qu’en celui de la Sûreté du Québec, par exemple.
Ce corps distinct des
autres du Québec, obéissant directement aux ordres du ministre de
la Sécurité publique, est-il
confiné à cette seule et unique activité,
la protection des ministres? Normalement,
le responsable de ces policiers devrait rendre des comptes une fois
l’an à l’Assemblée nationale. La transparence permet d’éviter
bien… des abus.
Autre point. Difficile de
croire que la connaissance de secrets d’alcôves, de petites
combines électorales ou de contrats accordés à des amis suffisent
à un syndicat policier pour tenir en laisse un ministre ou un
gouvernement. Il faut beaucoup plus, considérablement plus. Glissons
ici cette opportune citation de Casamayor
(Louis Casamayor –
La Police –
Gallimard) : «On
peut imaginer cent mille agents de police qui ne poseraient pas de
problèmes, alors qu'un seul en poserait de terribles, par exemple
s’il possédait les secrets du maître du pays. On pourrait alors
se demander qui est le véritable maître. En fait, une société a
plusieurs maîtres»,
constate Casamayor.
Contrôles et
nettoyages sociaux
auxquels se livre l’underground policier entrent
plus vraisemblablement dans la catégorie des secrets du maître d’un
pays,
d’une province, d’une MRC, d’une municipalité. Pour les
syndicats policiers, ce secret est l’équivalent d’une arme
suffisamment dissuasive. Ce qui n’exclut pas secrets d’alcôves,
petites combines électorales ou contrats accordés à des amis,
remarquez bien, mais en d’autres occasions, par exemple lors d’une
campagne électorale.
Redisons-le : la police
en civil est une machine à rumeurs d’une efficacité redoutable,
effrayante même. Elle est plus puissante que la démocratie. Facile
d’écarter un candidat, dont on sait qu’il n’épouse pas
l’orthodoxie policière, ou qu’il est un défenseur des droits et
libertés.
A-t-on déjà vu, au Québec, un parti politique, ou un candidat,
inscrire à son programme électoral la problématique policière?
Sans aucun doute y a-t-il plusieurs maîtres dans un pays, une
province, une MRC, une municipalité. (Suite
demain)
■ HLM, les élus s’étaient soustraits à leurs obligations – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Le
maire Tremblay alerte les élus
afin qu’ils s’impliquent davantage dans le dossier : «On
a fermé les yeux pendant des années, que ce soit les gouvernements
fédéral et provincial ou l’administration municipale».
En attendant, il faut trouver un toit pour ces gens. (Marie-Claude
Girard – La Presse du 9 janvier 2002) Le situation est difficile.
Il s’engage à ce qu’il y ait des places en refuges. S’il y a
débordement cet hiver 2002-2003, matériel et soutien additionnels
seront disponibles.
«Il
y a de plus en plus de familles monoparentales qui risquent à court
terme de perdre leur logement. Des familles où il y a parfois trois
ou quatre enfants»,
souligne-t-il.
(…) On
veut que ce soit une ville humaine, centrée sur le citoyen. (…)
Ce
n’est pas un problème de refuge un soir, ou d’un repas. C’est
plus une question d’un logement social à prix abordable où les
personnes vont avoir une certaine stabilité».
À
Montréal, la
rareté a provoqué une hausse des prix.
( Alexandre Sirois – La Presse du 8 janvier 2002 ) Pénurie de
maisons de chambres aussi. (Louise Leduc – La Presse du 9 janvier
2002) Selon un rapport de la ville, entre 1977 et 1992, 48%
des chambres de la métropole, soit 5 000, ont disparu.
Début
2002, un porte-parole de la ministre péquiste déléguée à la
lutte contre la pauvreté et l’exclusion, Nicole
Léger, annonce la construction 6 500 unités à prix
accessibles, dont
1 000 à Montréal.
(Alexandre Sirois – La Presse du 8 janvier 2002) Sa collègue des
Affaires municipales et de la Métropole, Louise
Harel, en accorde 5 000 à la ville sur deux ans.
(Marie-Claude Girard – La Presse du 15 janvier 2002)
Cependant,
tous ne sont pas des HLM mais offerts à prix plus élevés. Si
un HLM ne peut coûter plus de 25% du revenu des locataires, ceux qui
seront construits se loueront environ 400$ par mois.
Selon
Saillant
du
FRAPRU, il
y a 12 635 ménages en attente de logements, et ce n’est que la
pointe de l’iceberg,
chiffre confirmé par Montréal. Puis,
en avril 2002, l’administration
municipale déniche 25 terrains où ériger un premier lot de 1 000.
(Éric Trottier – La Presse du 16 avril 2002) Ils seront notamment
mis à la disposition des organismes communautaires, qui pourront
soumettre des projets d’immeubles. Première grande vague de
construction de logements sociaux depuis le début des années 1990.
Comment la situation
avait-elle pu se détériorer à ce point? Des élus s’étaient
soustraits à leurs obligations.
Le gouvernement fédéral libéral de Jean Chrétien s’était
retiré du financement en 1994. En
1999, il avait débloqué finalement 300M$.
(Louise Leduc –
La Presse du 22 octobre 2001)
Seulement
voilà, près
de deux ans plus tard,
les organismes communautaires québécois n’avaient toujours pas
reçu un seul sou noir, alors que les
fonds somnolaient dans les coffres.
Ce n’est que le premier décembre 2001 que les provinces et le
fédéral signeront une entente. (Pierre April et Rollande Parent de
la Presse canadienne –
La
Presse des premier et 22 décembre 2001)
Pas
le choix, les élus : la pénurie de logements à prix
raisonnables faisaient la manchette régulièrement dans les médias.
(Suite demain)
News du mercredi 25 Février 2009
■ Le bas de laine des québécois a rétréci de 40 milliards$ – La
nouvelle a été dévoilée aujourd'hui par l'institution en
question, la Caisse de dépôts et de placements du Québec. Qui en
sont les déposants? Sept
fonds, la presque totalité des fonds de retraite. L'actif net de
155,4 milliards$ en 2007 est passé à 120,1 en 2008.
Il y avait un
peu de tout dans la lessiveuse dont, vous vous en doutez bien, du
papier commercial adossé à des actifs (PCAA) : la vente de maisons
à des gens n'ayant pas les moyens d'en acheter. Bref, le pire bilan
de son histoire.
Point de
presse du président par intérim de la Caisse de dépôts et de
placements du Québec, Fernand Perreault
(vidéo de 28:41) ; commentaires
de Paul Larocque et Jean Lapierre (04:44) ; résumé du journaliste
Alain Laforest
(03:38) ; entrevue avec un ex-président de la Caisse de dépôt,
Jean-Claude Scraire
(03:01).
PS
: Je vous invite à visionner la fiction de rue89
illustrant clairement cette autre sale affaire, celle des subprimes :
la vente de maisons à des gents insolvables. Vous comprendrez tout.
C'est là que la crise financière et économique que nous vivons
aujourd'hui à pris son origine. L'effet domino a été dévastateur
partout dans le monde. Dans les pays pauvres, les conséquences sont
hallucinantes : selon l'ONU, entre 200 000 et 400 000 enfants de plus mourront de
faim, entre autres, chaque année. Et si la crise perdure, ce chiffre
passera à plus d'1 million. Peut-on accepter ça? Cent fois non!
■ Des policiers faisant du chantage auprès d'élus? – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Le
criminologue André
Normandeau
a émis l’opinion, en mars 2000, que la
timidité des réformes annoncées par le gouvernement du Québec ait
quelque chose à voir avec des mesures de chantage exercées par des
policiers.
(Rollande Parent, la Presse canadienne – La Presse du 2 mars 2000)
(NDLR : Cependant, il n’en fait pas clairement la
démonstration, ce qui porte à penser qu’il en sait peut-être
plus long qu’il en dit.)
Dans
une entrevue accordée à la journaliste Rollande Parent de la Presse
canadienne, Normandeau se dit «frappé»
que sur tous les aspects, sauf celui de la formation policière, le
projet de loi du ministre péquiste Serge Ménard
ne tienne pas compte des différents rapports sur la police publiés
au cours des dix années précédentes : Commissions Poitras,
Bellemare, Gilbert, Guérin, Malouf, Verdon.
«Il
(le ministre Ménard) n’est pas allé très loin, compte tenu de
toutes les recommandations faites.»
D’après
Normandeau, il est possible que des policiers fassent du chantage,
tant auprès des gouvernements fédéral, du Québec et de l’Ontario
que de maires de municipalités. Le chantage viserait spécifiquement
les élus responsables de la gestion de corps policiers : outre des
maires, le solliciteur général du Canada et des ministres
eux-mêmes.
À
ce sujet, il se réfère à l’enquête sur l’avenir de la police
au Canada qu’il a menée conjointement avec Barry Leighton, à la
fin des années 1980, à la demande du solliciteur général du
Canada de l’époque. (André Normandeau et Barry Leighton – Une
vision de l'avenir de la police au Canada : Police-défi 2000 –
Direction de la police et de la sécurité, Secrétariat du Ministère
du Solliciteur général du Canada, 1990)
Normandeau
relate avoir sillonné le pays, et effectué 600 entrevues : «Ce
qui m’avait vraiment frappé était que les élus politiques, les
maires des villes de plus de 50 000 habitants, ne consacraient que
deux ou trois heures par année à la police et s’en tenaient aux
questions budgétaires.»
À Normandeau qui s’enquérait du pourquoi de cette réserve, des
élus lui ont répondu : «Souvent les syndicats policiers nous
disent de nous mêler de nos affaires.» (Suite
demain)
■ Incurie du Canada en matière de logements sociaux – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Cependant,
Tremblay,
lui, décide
de s’en occuper, du dossier.
Il rencontre deux des sans-abri qui y logeaient, dont Serge :
«Je
suis quand même satisfait parce que Pierre Bourque (l’ex-maire)
ne
nous a jamais rencontré».
Il demande au nouveau maire de faire quelque chose pour augmenter le
nombre de logements à prix abordables.
D’autres
intervenants du milieu en confirment
la pénurie.
Le directeur général de la Old Brewery Mission, rue St-Laurent, à
Montréal, Robert
Warren,
organisme offrant gîte et couvert à des itinérants, signale que le
phénomène de sans-abri passant les nuits d’hiver à l’extérieur
n’est pas nouveau.
Les
sans-logis n’ont pas besoin de lits supplémentaires, dans les
établissements comme le sien, mais
de logements à la mesure de leurs moyens ainsi que des services
médicaux,
déclare-t-il. Près de la moitié de sa clientèle disparaîtrait
s’il y en avait un nombre suffisant. D’autres le disent
également, ainsi le FRAPRU, son porte-parole Saillant
(Sébastien Rodrigue – La Presse du 7 janvier 2002) : il
faut en construire au lieu de financer de plus en plus les refuges
pour sans-abri.
Du
côté de l’administration municipale, toutes les solutions sont
envisagées, même l’utilisation de bâtiments municipaux pour les
loger, confirme-t-on. Le maire
Tremblay affirme le moment venu d’aider ces personnes puisque l’
«on a
décidé comme société de fermer les institutions et de mettre les
gens littéralement dans la rue». (NDLR :
Allusion à la désinstitutionnalisation dans les hôpitaux
psychiatriques.)
Saillant
du FRAPRU apporte un élément neuf : «On
paie aujourd’hui pour des gestes posés par le
gouvernement du Canada
depuis le début des années 1990. S’il
avait gardé le même niveau d’investissement, il y aurait 50 000
logements sociaux de plus au Québec.»
Il manque 11 000 logements à Montréal pour atteindre un seuil
normal de 3% de logements vacants, signale-t-il.
Michel Magny, un
sans-abri : «Il
faut placer les sans-abri dans des situations où ils prennent leurs
responsabilités. Ça
revalorise les gens et la solution ne repose pas dans les refuges».
(Suite
demain)
News du mardi 24 Février 2009
■ Les subprimes, vous vous souvenez? – Rue89 a réalisé une
fiction (06:32) illustrant clairement chacune des étapes :
acheteur potentiel d'une maison, courtier en prêts immobiliers,
banquiers, Gros Malins de Wall Street, coquille aux Îles Caïmans
(paradis fiscale), experts comptables complaisants... Résultat? Les
victimes ciblées, notamment des fonds de retraite, perdent des
milliards.
■ Things Have Changed... – ...L'une des plus belles tunes de Dylan
(05:11).
■ Paradis fiscaux, la grande évasion – Frédéric
Brunnquell est le réalisateur de ce documentaire
(49:08). Dès le début, il donne la parole à François Fillon,
premier ministre de France : «Suis
à la tête d'un État qui est en faillite sur le plan financier.
Suis à la tête d'un État qui est en déficit chronique depuis 15
ans. Suis à la tête d'un État qui n'a jamais voté un budget en
équilibre depuis 25 ans.»
Et
Brunnquell d'ajouter : «Et
moi, je suis le citoyen de cette France en déficit depuis 20 ans.
Pourtant, je paie mes impôts. Alors, je me demande
où est passé l'argent qui nous manque si cruellement. J'ai cherché.
Et j'ai découvert que tous les ans s'évadaient de France dans les
paradis fiscaux 50 milliards d'euros, soit plus que le déficit
budgétaire.»
PS
: La sale affaire de la banque suisse UBS (lisez les news à ce
sujet, plus bas dans cette page), provoquera peut-être un
durcissement des États à l'égard des banques encourageant la
fraude fiscale. Beaucoup
de pays vivent la situation décrite par Brunnquell,
pas seulement la France.
Il s'est rendu dans plusieurs paradis fiscaux afin d'enquêter.
Alors, il a plein de choses à nous faire découvrir. Un documentaire
utile à la société.
■ Se poser des questions pour la survie de la démocratie – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Une
couple de mois après la publication du rapport Poitras,
le
journaliste André Cédilot de La Presse rapporte, en mars 1999, ces
propos de Pierre
Desmarais II,
un ex-président de la Communauté urbaine de Montréal (CUM), qui, à
l’époque, était responsable de la police de l’île de Montréal
(André Cédilot – La Presse du 28 mars 1999) : «Les
policiers sont compétents et sans doute les mieux préparés de
tous les employés avec lesquels j’ai eu à négocier. Et
ce n’est pas juste une image que je fais, ils portent des
revolvers. Ils sont très, très puissants.
(...) Quand
ça ne marche pas à leur goût, ils descendent dans la rue. Deux
milles policiers en uniforme, ça impressionne. On ne peut rien
contre eux.»
Il a maintes fois dénoncé, dans le passé, «le
trop grand pouvoir syndical»
de ces policiers, précise le journaliste.
Autre problème : le
journaliste raconte qu’après des années, l’ex-président de la
CUM n’accepte toujours pas que ceux-ci aient le
contrôle de leur richissime caisse de retraite
de près de trois milliards de dollars (chiffre de mars 1999). «On
contribue deux fois plus qu’eux au fonds de pension et ils en ont
le contrôle. C’est pourtant l’argent des contribuables. C’est
une anomalie inqualifiable»,
s’indigne Desmarais II.
À
la fois éclairant et préoccupant, cet article du journaliste
Cédilot. Ce «très
très puissant syndicat des policiers de l’île de Montréal»,
et celui de la Sûreté du Québec, tout aussi omnipotent, donne-t-il
parfois le mandat à certains de ses membres d’enquêter sur des
élus gouvernementaux et municipaux?
Sur leur vie privée et professionnelle, certes, mais aussi sur les
motifs cachés de certaines législations et règlements qu’ils
adoptent?
Nécessaire,
pour la survie d'une démocratie, de se poser ces questions.
Car la police en civil est une machine à rumeurs bien huilée,
pouvant facilement couler certaines renseignements pour discréditer
un ministre, un maire, et sans que personne ne sache qu’elle est
là-dessous.
Après
avoir enquêté six ans et demi dans l’underground policier, je
n’écarte plus cette hypothèse : quelques flics en civil filant,
infiltrant et déstabilisant des élus ou des candidats à une
élection. Je
ne l’écarte plus, mais j’hésitais à l’énoncer dans ces
pages jusqu’au moment où... (Suite
demain)
■ Montréal : le triple saut arrière du maire Pierre Bourque – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Après
trois inspections du centre Préfontaire, écrit le journaliste Yves
Boisvert de La Presse, ne voilà-t-il pas que les inspecteurs
découvrent enfin ce qu’ils cherchent (Yves Boisvert – La
Presse du 8 septembre 2001) : une fissure quelque part dans
l’édifice. Boisvert parle de «la
recherche désespérée d’un prétexte d’expulsion pour ne pas
avouer que Pierre Bourque a improvisé magistralement».
Et démontrant que l’édifice n’est pas tout à fait sécuritaire…
Le
maire Bourque parvient à ses fins : les
jeunes sont obligés de quitter l’immeuble.
À l’improvisation dont parle le journaliste, ajoutons le double
langage,
la mauvaise foi. Là où il aurait fallu faire preuve de
compréhension, d’un peu de patience, surtout de tolérance, le
pouvoir municipal a préféré charcuter plutôt que d’aider.
Bourque a peut-être pensé que l’affaire était réglée, qu’on
n’en entendrait plus parler. Ce n’était cependant pas la fin du
commencement, mais que… le début.
Plus
ou moins cinq
mois après,
nous sommes en plein hiver, au début de janvier 2002, la
pénurie de logements à prix abordables refait surface.
Des pompiers de Montréal, à la demande de la police, démolissent
des cabanes en carton et bouts de planches érigées par des
sans-abri sous un viaduc, à l’angle des rues Amherst et
Notre-Dame. (Sébastien Rodrigue –
La
Presse du 7 janvier 2002)
Des médias s’emparent de l’affaire. À
partir de ce moment, le maire de la nouvelle Ville de Montréal,
Gérald
Tremblay,
hérite d’un dossier que
son prédécesseur Bourque a laissé en friche au cours des huit
années où il a exercé le pouvoir :
les villes de l’île de Montréal avaient fusionnées avec
Montréal, d’où le nom de nouvelle Ville. (Suite demain)
News du lundi 23 Février 2009
■ Lutte anti-terroristes : sans une action décisive immédiate... – ...les
atteintes portées au cadre des droits de l’homme pourraient avoir
des conséquences irrémédiables.
Telle est l'une des conclusions d'un Comité créé par la Commission
internationale de juristes (CIJ),
basée à Genève, enfin d'examiner l'impact global des mesures
anti-terroristes et leur compatibilité avec les droits de l'homme.
Ce
Comité était composé de 8 juristes internationaux, dont Arthur
Chaskalson, ancien juge en chef d’Afrique du Sud, président du
comité ; et Mary Robinson, ancien Haut Commissaire des Nations Unies
aux droits de l’homme et ancienne Présidente de l’Irlande. Son
enquête internationale, la plus complète et la plus importante
jamais réalisée, précise-t-on, a nécessité seize audiences
couvrant plus de quarante pays, dont le Canada,
étalées sur une période de trois ans.
Audiences
publiques et privées, aussi bien avec des victimes de violences
terroristes que des personnes dont les droits ont été bafoués à
la suite de l’application de mesures visant à lutter contre le
terrorisme. Ils ont également entendu des dirigeants politiques
importants, des représentants des gouvernements, des organisations
non gouvernementales, des juges, des avocats, des journalistes et des
membres d'agences de renseignement et de sécurité.
Dans
leur rapport (version
en français, 14 pages), ils soulignent la nécessité absolue
d'adapter des lois, politiques et pratiques en matière de lutte
contre le terrorisme conformément aux normes internationales
relatives aux droits de l'homme. Sans une action décisive immédiate,
les atteintes portées au cadre des droits de l’homme pourraient
avoir des conséquences irrémédiables.
Selon
eux, certains États ont entrepris de lutter contre le terrorisme en
adoptant à la hâte une série de mesures remettant en cause les
valeurs consacrées par les normes juridiques internationales
soigneusement élaborées depuis la deuxième guerre mondiale.
Ils
ont été surpris de constater que peu d’attention avait été
accordée aux conséquences à long terme que ce type de mesures
avaient entraînées dans certains pays, notamment en Amérique du
Sud. Il est urgent que les États s’engagent à l’échelle
nationale et internationale à développer une stratégie globale de
lutte contre le terrorisme, en interdisant le recours à la torture
et toute autre forme de violation des droits de l’homme.
■ Québec : les citoyens se libèrent de plus en plus... – …de
l'information des médias traditionnels, grâce à l'Internet. Un
sondage de branchez-vous.com
démontre que la télé l'emporte encore comme première source
d'information (41% des adultes québécois branchés sur l'Internet),
mais que l'internet occupe la deuxième place (30%), précédant les
journaux (19%) et la radio (10%) : sondage décortiqué.
Lisez
également l'intéressante analyse de Paul
Cauchon du quotidien Le Devoir.
■ Tant qu’à rêver, rêvons en couleur, sur écran IMAX – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Ces
flics en civil risqueraient d’être traduits devant un Comité de
déontologie ou, plus grave, devant une véritable cour de justice
puis... condamnés, et leurs victimes dédommagées. À
la limite, il pourrait même arriver qu’un avocat de la Couronne,
refusant de jouer le jeu classique, parce que plus épris de justice
que la plupart de ses collègues – les avocats de la Couronne sont
nommés par le pouvoir –, remonte
la hiérarchie policière, d’où justement émanent les ordres.
On devine aisément le tohu-bohu qui en résulterait si
le directeur d’un corps policier ou
son entourage était accusé d’avoir ordonné ou toléré que son
personnel se livrent systématiquement à des atteintes aux droits
fondamentaux.
Tant qu’à rêver,
rêvons en couleur, sur écran IMAX. Imaginons
ce directeur de police
ou son entourage dévoilant à la cour qu’il
obéissait ainsi aux directives
du maire du petit village
ou de la Cité,
ou du préfet
de la MRC, ou du ministre
québécois de la Sécurité publique ou de l’un de ses bras droits
de la fonction publique. Maire, préfet, ministre ou fonctionnaire
devant répondre de leurs actes devant un tribunal, trouvés
coupable, déchus de leurs fonctions et condamnés à des amendes.
À la limite, là aussi, on peut
même aller jusqu’au premier ministre dirigeant cette province, ce
pays.
Le pouvoir se sent donc directement menacé. On comprend un peu mieux
le dilemme du pouvoir, dans
ce cas-ci péquiste,
de surcroît indépendantiste : la
Sûreté du Québec sera bien utile le jour de l’indépendance
venue.
Le
pouvoir sait que s’il veut continuer de façonner la Société
civile à son image et sa ressemblance, il se doit de les ménager.
Les
ménager, c’est en même temps s’assurer de les avoir de son
bord, et du même coup les museler.
De
leur côté, policiers et agents de sécurité savent que ces
activités souterraines
qu’exigent le pouvoir, sans compter celles qu’ils initient
eux-mêmes, comportent
leur cortège d’horreurs.
Ils sont bien placés pour être au parfum, puisqu’ils en sont
eux-mêmes les exécutants. Si l’un d’eux décidait de parler, il
dévoilerait bien des choses.
Le
pouvoir émerge de la connaissance. Quand
vous connaissez les petits secrets de certains élus, vous les tenez
dans le creux de votre main. Ainsi
les policiers de l’île de Montréal, lorsque mécontents des
offres salariales, qui refusent de porter l’uniforme. Allusion
subtile aux activités clandestines des civils. On
comprend mieux pourquoi le pouvoir politique craint les gros
syndicats policiers, dont le «très,
très puissant syndicat des policiers de l’île de Montréal».
(Suite
demain)
■ «Le politique est une chose, le légal en est une autre» – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Ces
ados et adultes démunis ont aussi des supporteurs. René
Charest,
du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de
Montréal : «Ce
que ces jeunes-là ont fait en un mois(sensibiliser
la population à la pénurie de logements à prix accessibles),
ça prend habituellement six, sept mois et même des années pour le
faire.
Les squatteurs avaient commencé à s’organiser sérieusement. La
ville, de son côté, n’a fait que chercher les éléments qui lui
permettraient de les expulser. C’est déloyal.»
Arthur
Sandborn,
président du Conseil central de la Confédération des syndicats
nationaux (CSN) : «Depuis
quelques semaines, ces jeunes y ont cru,
ils se sont organisés,
(…) ils
avaient décidé de donner une chance au système auquel ils ne
croient pas et là, pour des
raisons bêtement électoralistes,
ils se font dire que ça ne marche plus.»
«La
police sera prête à intervenir quand nous aurons découvert une
infraction majeure»,
avoue ensuite le maire Bourque. Sans quoi, Montréal devra procéder
comme tout propriétaire aux prises avec un locataire indésirable.
Ce
qu’il omet de dire, c’est qu’il a réclamé l’intervention de
la police mais a essuyé un refus.
Le
président de la Fraternité des policiers de l’île de Montréal,
Georges
Painchaud,
s’en réjouit. (Martin Pelchat –
La Presse du 7 septembre 2001) Il incite le directeur de ce corps
policier, Michel Sarrazin, à ne pas céder aux pressions politiques.
«On
ne peut pas –
et là-dessus il faut féliciter la direction –
demander au Service de police de régler des problèmes qui, à la
source, sont d’ordre politique, déclare
Painchaud.
Si on commence à faire ça, les gens auraient raison de dire qu’on
s’en va vers un État policier.»
Painchaud
étale le fond de sa pensée : «La
police est là pour intervenir lorsqu’une intervention est
nécessaire. Il faut qu’il y ait infraction aux règlements, au
Code de la route, ou criminel. On ne peut pas intervenir pour faire
plaisir à l’homme politique ou à une certaine presse (…).
La
police doit obligatoirement montrer sa neutralité.
Et je pense qu’actuellement, le service réussit bien
(…) À
date, le constat a été fait : il n’y a pas d’infraction.»
Painchaud voit même «une première»
dans cette position prudente. «Et
j’espère que ce n’est qu’un début,
souhaite-t-il.
Ça
devrait rassurer la population de voir que la police a pris le
concept que le politique, c’est une chose, et que le légal en est
une autre.
Et le légal doit être complètement neutre.»
Il
fait bon d’entendre Painchaud, policier de surcroît, énoncer ce
principe universel. Évidemment, il
aurait pu saisir l’occasion pour divulguer le travail souterrain de
la police en civil,
mais ne lui en demandons pas trop. (Suite demain)
News du dimanche 22 Février 2009
■ Le paradis fiscal suisse perd de sa superbe – La
sale affaire de la banque suisse UBS est loin d'être terminée.
Bakshich.info,
en plus de faire un tour d'horizon de la situation en Europe,
raconte, dans le détail, comment des enquêteurs USA s'y sont pris
pour épingler des représentants d'UBS, qui aidait des Américains à
frauder le fisc.
Lefigaro.fr
publie, pour sa part, une entrevue avec un avocat helvétique,
spécialiste du droit bancaire, qui qualifie de violente la pression
américaine exercé sur cette institution bancaire.
PS
: Dénoncer la violence des méthodes américaines, mais taire celle
des
fraudeurs fiscaux à l'égard des citoyens privés de ressources
dont ils pourraient profiter. Notamment en matière sociale. Aux USA
seulement, la perte annuelle est estimée à 100 milliards. Delà
la nécessité pour les gouvernements de faire en sorte que les
investissements profitent à l'intérêt public, et non pas seulement
à des intérêts égoïstes.
■ Comment l'argent vient-il à manquer? – Isaac Isitan, l'auteur de la vidéo
(55:56) que je vous propose, décortique les mécanismes de création
et de régulation du contrôle monétaire à l'échelle nationale et
internationale.
Son terrain d'investigation : Argentine (pas
chanceux, les habitants de ce pays), Turquie et L'État de New York.
Il traite des initiatives communautaires alternatives et de réseaux
parallèles de troc, deux stratégies de survie. Ce documentaire
démontre la débrouillardise dont sont capables des citoyens
déterminés à se prendre en main, de s'en sortir.
■ De la démocratie, oui, mais pas trop, juste un peu – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) En
un mot comme en un million, le
pouvoir tient comme à la prunelle de ses yeux aux contrôles et
nettoyages sociaux des vitres cassées,
parmi autres couches de la population. La
police aussi du reste,
qui veut laver socialement plus blanc que le plus puissant détersif.
Le
pouvoir craint comme la peste l’osmose entre citoyens,
l’émergence de revendications sociales et, à la limite,
l’émergence d’une démocratie de libération. Il veut bien de la
démocratie, mais pas trop, juste un peu.
Hautement dangereuse,
la démocratie. Car il risquerait de ne plus être le seul à
mener à coups de clairons et de roulements de tambour l’agenda
politique, obligé qu’il serait de tenir compte dorénavant des
revendications des différents groupes de la Société civile.
Revendications publiques risquant de perturber son mandat,
ternir son image de bon gouvernement et peut-être même mettre en
péril sa réélection, ou un troisième référendum sur
l’indépendance du Québec.
Disons aussi qu’il
arrive souvent qu’un pouvoir soit convaincu que les bonnes
solutions ne peuvent émaner que de lui. Quoi qu’il arrive qu’il
ait raison de le penser, certaines étant déraisonnables. Sa
survie dépend donc en partie des contrôles et nettoyages sociaux.
Ce
sont les policiers en civil, et leurs nombreux collabos, qui
s’occupent de ce job,
tant de la Sûreté du Québec que de la police de l’île de
Montréal et des autres corps policiers municipaux et régionaux du
Québec : sans omettre les agents et, ne soyons pas sexiste,
agentes de sécurité privée en civil. Sans eux, il n’y aurait
personne pour passer le balai au rez-de-chaussée. Que la cave ne
soit pas très propre importe peu ou prou, du moment que l’espace
public reluise comme un sou neuf.
En
outre, le pouvoir péquiste n’est pas sans savoir que les purs et
durs de l’ordre et du conformisme, plus
précisément des membres des états-majors policiers,
certains grands commis de l’État et universitaires bardés de
diplômes mais ne connaissant strictement rien d’autre que leur
propre discipline, n’apprécieraient pas du tout que des citoyens y
surprennent des leurs en flagrant délit d’atteintes aux droits
fondamentaux. Car les
trompettes médiatiques ne manqueraient pas de retentir.
Éminemment explosif. (Suite
demain)
■ Des civils avaient-ils ameuté des citoyens du secteur? – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) François
Saillant,
coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain
(FRAPRU), attire
l’attention sur la pénurie de logements locatifs,
croit que le dossier viendra hanter la nouvelle administration au
lendemain des élections municipales de 4 novembre 2001.
Gérald
Tremblay,
alors candidat à la mairie et chef de l’Union des citoyens de
l’île de Montréal (UCIM), et qui ne sait pas encore qu’il sera
élu et héritera du dossier, intervient lui aussi : «Pierre
Bourque a capitulé devant un certain nombre de personnes et
récompensé la désobéissance civile.»
De
même que Michèle
Ouimet,
éditorialiste de La Presse, qui estime que la ville a créé un
dangereux précédent. (Michèle Ouimet – La Presse du 3 août
2001) Elle n’en reconnaît pas moins la crise du logement sévissant
alors dans la métropole. Plus
de 8 500 personnes
sont inscrites sur les listes d’attente des HLM, certaines depuis
plus de cinq ans, et la
moitié d’entre elles gagnent moins de 9 000$ par année,
souligne-t-elle. Mais Pierre
Bourque continue de «balayer
le problème sous le tapis»,
écrit-elle.
Environ
un mois après, nous sommes à la fin d’août, Bourque
adresse plusieurs reproches à ces jeunes :
le projet d’une coopérative n’avance pas, ils ne contrôlent pas
les entrées et sorties de l’édifice, il s’y commet des actes de
vandalisme, on y interdit l’accès à des employés municipaux, et
en fin de liste, craignant que certains ne profitent de la situation
en occupant les lieux sans «réels
problèmes d’habitation»,
il leur donne trois jours pour évacuer les lieux. (Silvia Galipeau –
La Presse du 1e
septembre 2001) De
qui Bourque tient certains de ces renseignements, pensez-vous?
De
son côté, Goulet
proteste,
les jeunes ne sont pas demeurés inactifs. Ils ont mis sur pied une
cuisine
collective,
un compost,
une petite
ferme,
et projettent d’ouvrir une garderie, une biblio et une imprimerie.
Et si la coopérative n’a pas encore progressé, c’est qu’elle
prend du temps à monter.
Elle relate que la ville a d’abord donné
de six mois à deux ans au groupe pour s’organiser, «avant
de faire volte-face et exiger qu’on mette sur pied le projet
en un semaine. Ils
sont vraiment de mauvaise foi»,
soupire-t-elle. Elle raconte qu’«on
n’a jamais eu le temps d’expliquer notre projet, car ils nous ont
annoncé dès le début que nous avions
(trois jours) pour
quitter les lieux. Leur décision était prise avant même de nous
rencontrer.»
Bourque,
alors en campagne électorale municipale, se sent un peu obligé
d’annoncer qu’il ne demandera pas à la police de les évincer,
qu’il utilisera des moyens légaux. (Éric Trottier – La Presse
du 5 septembre 2001) Il ordonne à des inspecteurs et pompiers de
s’assurer que l’immeuble occupé répond à toutes les normes de
sécurité. Rue Rachel, une
trentaine (?!) de voitures de police se tiennent aux abords de
l’immeuble.
Des
voisins n’hésitent pas à invectiver leurs nouveaux voisins :
«Décrissez
donc ! On ne veut pas d’crottés dans notre quartier!»
Bien que La Presse ne le mentionne pas, il est possible
que la police en civil avait entrepris son travail de sape
souterrain, en ameutant discrètement des citoyens du secteur. Et
qu’il se trouvait peut-être des civils parmi les citoyens du
quartier qui les engueulaient pour qu’ils vident les lieux.
(Suite demain)
News du samedi 21 Février 2009
■ Autre paradis fiscal : la Principauté de Monaco – Robinson
écrit qu'à Monaco, une femme peut porter ses bijoux sans crainte. (Jeffrey Robinson – Rainier et Grâce – Éditions Accropole,
1989) Tout cela est voulu, et le Prince Rainier tient à ce qu’il
en soit toujours ainsi. «Nous
avons des caméras vidéo dans les endroits clés de la Principauté,
à l’angle des rues, dans les ascenseurs,
lui confie Rainier. C’est
un moyen très dissuasif, et nous étendons le système. Il faut voir
la vérité en face, si quelqu’un se sait filmé, il ne va pas
faire grand-chose, car la police est de l’autre côté.»
Robinson
lui soulignant que ces caméras ont déclenché des tollés de «Non
à Big Brother!», Rainier s’insurge : «C’est injuste.
Nous ne sommes pas un État policier. J’ai entendu les gens le
dire, mais je ne suis pas d’accord. Qu’est-ce que c’est un État
policier? s’interroge-t-il. Un endroit où la police se mêle de
votre vie, de vos paroles et de vos façons de penser. Ce n’est pas
le cas ici. Il n’y a aucune limitation aux libertés individuelles.
«Notre
police est une force de dissuasion. La plupart des hommes sont en
civil. Nous formons une petite communauté et tout le monde se
connaît. Il y a de grands déséquilibres dans le monde. Certaines
personnes ont honte de faire preuve d’autorité et de discipline.
Pour moi, ce ne sont pas des menaces à la liberté. Sans autorité
et sans discipline, c’est l’anarchie. Et cela, c’est la vraie
menace à la liberté.»
PS : La population de Monaco est
constituée en partie de citoyens qui ont quitté leur pays d’origine
pour se protéger du fisc : est citoyen celui y possédant un
appartement et y vivant six mois par année. Grâce à sa police, ses
caméras et autres technologies de l’information, Monaco protège
leurs biens. Normal, dira-t-on. Oui, et parfaitement, parce que nul
n’a le droit de voler le bien d’autrui.
Cependant,
constatons qu’on ferme les yeux sur les délits fiscaux de ces
Monégasques. Mais il y a pire. Ce paradis fiscale (Monaco compte une
trentaine de banques, chiffre de 1986) n’encourage pas seulement le
blanchiment de l’argent “propre” mais aussi de l’argent
“sale” généré par des activités illicites : secret bancaire,
là aussi.
Mais de cela, on ne se préoccupe pas, du moment que le
petit État d’opérette attire des riches de ce monde et que madame
ne risque pas de se faire voler ses bijoux, c’est tout ce qui
compte.
■ Moins de démocratie jusqu'à ce jour lointain, imprévisible – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Il
y a aussi le braquage potentiel des policiers dans l’hypothèse où
le gouvernement du Québec les assujettissait à une police des
polices. Justifiée,
cette crainte du ministre?
Jusqu’à un certain point, oui. Historiquement, les
pouvoirs ont toujours plié l’échine devant la police. Alors,
celle-ci
a développé un réflexion conditionné : elle n’a
qu’à se braquer pour obtenir ce qu’elle veut,
ou une bonne partie.
Dans
les faits, ce que nous disait le
ministre péquiste Serge Ménard,
c’est qu’il
fallait se contenter de moins démocratie d’ici à ce qu’un jour,
imprévisible et lointain, sa réformette produise les fruits
espérés.
Au Chili, après la réinstauration de la démocratie, le pouvoir y
allait sur la pointe des pieds pour ne pas braquer l’armée du
généralissime Pinochet.
Cependant,
le Québec n’est pas le Chili et sa police n’est pas une armée.
Alors,
ce qui était justifié dans ce pays, les pas feutrés du
gouvernement
péquiste de Lucien Bouchard
ne l’étaient pas. Excessivement rare qu’un premier ministre
essaie, à tout le moins, de mettre la police au pas. À ma
connaissance, le président François
Mitterrand
de la France est le seul.
Autre point : la
formation des recrues policières
via la création d’une École nationale de la police.
Le
ministre compte sur l’arrivée d’une nouvelle génération
d’effectifs pour contrer la «culture
de la déviance».
Je ne crois pas au succès de cette mesure. Les
recrues formées par cette école seront rapidement converties par
l'extrême droite policière déjà en place de l’efficacité des
bonnes vieilles méthodes illégales.
Pour que la mesure du
ministre ait des chances de réussite, il
aurait fallu imposer le recyclage des directeurs des corps policiers
et leur état-major. Les policiers sont comme du «tapioca», ils
prennent la saveur que veut bien le chef de police. (Patrick
J. Knoll –
Regard sur les affaires internes, les Perspectives internationales –
Rapport présenté à la Commission d’enquête Poitras sur des
illégalités de la Sûreté du Québec)
C’est le cas pour les
enquêtes internes, ce l’est aussi, selon moi, dans celui des
rapports entre le policier en civil et le citoyen. Chaque directeur,
accédant à la fonction, devrait s’engager à respecter les droits
et libertés.
Le
gouvernement péquiste de Lucien
Bouchard,
et il n’était pas le premier, a
démontré qu’il ne désirait pas investir dans la démocratie.
La police en étant pourtant l’un des rouages les plus importants,
pourquoi
alors ce refus?Les
motifs se trouvent dans ce livre. Suffit
d’avoir exploré l’underground policier pour s’apercevoir que
notre société est démocratique au rez-de-chaussée (police en
uniforme), et encore s’agit-il d’une démocratie électorale aux
quatre ans, quoi que actualisée tout de même quotidiennement par
les médias, et policière dans son sous-sol (police en civil).
Le
rez-de-chaussée est la
vitrine
que le pouvoir exhibe aux yeux des citoyens : regardez
comme nos policiers sont beaux, bien habillés, propres et
professionnels.
Il croit que les citoyens n’ont pas à savoir ce qui se passe au
sous-sol. Sans
doute pense-t-il que cela ne les regarde pas, même s’ils en sont
directement affectés, bien sûr sans le savoir.
On
voit tout de suite le
danger que représente par exemple un Conseil de contrôle permanent
constitué de citoyens. Tout
à coup que de ses membres y descendraient et découvriraient le
bric-à-brac y régnant. (Suite
demain)
■ Squat par manque de logements à prix abordables – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Par
ailleurs, l’allusion
de Poirier à la «destruction
des abris de fortune»
est fondée.
Examinons un cas, parmi d’autres, mais très particulier car il
enclenchera une série d’événements imprévus. Ici, nous allons
voir ce qui arrive lorsque
le pouvoir,
par désintérêt de la chose ou autrement, néglige
de construire suffisamment de logements à prix modiques
pour abriter des pauvres.
À
l’été 2001, des ados et de jeunes adultes, qui éprouvent de la
difficulté à dénicher des logements à la mesure de leurs moyens
financiers, protestent
en squattant la maison Louis-H-Lafontaine,
rue Overdale, à Montréal. (Pascale Breton, Catherine Gauthier,
Laura-Julie Perreault et Alexandre Vigneault – La Presse des 1e, 2
et 3 août 2001)
«Les
logements sociaux, il en manque déjà et les listes (d’attente)
sont
interminables,
soutient la porte-parole du Comité des sans-emploi et des
squatteurs, Marie-Claude Goulet, 22 ans, une étudiante en médecine.
Les
gens de la rue sont considérés comme des marginaux et n’y ont pas
accès.»
La
maison Louis-H-Lafontaine devient vite un point de chute social,
pour les squatteurs, mais aussi leurs amis, des étudiants
universitaires, des militants antimondialisation, des punks, etc. Ils
sont entre 150 et 200 et forment un mélange hétérogène de
«militants radicaux» et de véritables sans-abri, ces derniers
estimés à une cinquantaine.
Peu après, son proprio
demande à la police de les en expulser. Le
maire Pierre Bourque
rencontre six délégués des squatteurs, leur indique clairement
qu’ils devront quitter les lieux, s’engage
à reloger promptement ceux qui en auront besoin et charge le Service
de l’habitation de la ville de trouver un immeuble où ils pourront
éventuellement former une coopérative.
Par la suite, il
tient parole, leur offre le Centre Préfontaine,
une immense bâtisse de quatre étages, ex-centre de désintoxication
appartenant à la ville, angle Rachel et Préfontaine, et inoccupé
depuis quatre ans. Les squatteurs passent au vote et accepte. Bourque
se dit satisfait de ce «dénouement
heureux».
Les squatteurs crient victoire. «On
a posé nos conditions,
raconte Marie-Claude
Goulet.
On a demandé l’autogestion, la gratuité, pas de comptes
(d’électricité) ni
de loyers, l’amnistie de tous les squatteurs, et on
a gagné.»
Des
jeunes n’en affirment pas moins que leur intervention dans ce
dossier n’est pas finie. «Il
faut continuer à lutter et ne plus accepter les injustices et
l’oppression dans notre société»,
clame Goulet.
Voilà une déclaration de nature à inquiéter le pouvoir… qui, on
le sait, s’émeut de peu.
Dans
leurs nouveaux locaux, ils tiennent une longue réunion, mettent sur
pied une dizaine de comités chargés de tâches spécifiques :
rénovation, entretien, alimentation, liaisons extérieures, etc.
Selon
Goulet, il est question de mettre des locaux à la disposition
de groupes communautaires non subventionnés ou de… «groupes
politiques»,
afin qu’ils puissent y tenir réunions et assemblées. «Ce
lieu et ce projet permettent à des gens de reprendre leur vie en
main»,
affirme-t-elle. Sauf que personne ne peut dire combien de temps ils
pourront y demeurer. Le maire Bourque parle déjà d’une solution
«temporaire»…
Le
contexte politique de cette histoire est important : Montréal
est en campagne électorale municipale. Bourque
sollicite un troisième mandat, et ces vitres cassées ne font pas
l’unanimité.
Des citoyens sont en effet choqués de les avoir comme voisins, dont
l’une s’est plainte d’avoir été dérangée par le bruit d’une
fête tenue au cours de la nuit. Comme quelques autres du secteur,
elle craint pour la quiétude du quartier et ne comprend pas pourquoi
on les loge gratuitement, en leur payant l’électricité. Des
représentants des jeunes rassurent les résidents inquiets.
Quelque
temps après, nous apprendrons, dans une chronique de la journaliste
Nathalie Petrowski de La Presse, que le centre Préfontaine est situé
au milieu d’une zone industrielle, entre un Canadian Tire et un
immense jardin communautaire. (Nathalie Petrowski – La Presse du 6
septembre 2001) Les premiers voisins sont à trois coins de rue et
peuvent difficilement être dérangés par leur musique, écrit-elle.
(Suite demain)
News du vendredi 20 Février 2009
■ La sale affaire de la banque suisse UBS s'amplifie (suite) – Contexte,
en bref... Il y a quelques jours, la justice américaine a condamné
UBS à une amende de 780 millions pour avoir aidé des Américains à
cacher des comptes bancaires au fisc. D'après l'entente, la banque
suisse s'était engagée à dévoiler l'identité de 250 comptes de
ses riches clients américains. (Pour la suite, lisez plus bas dans
cette page mon texte et les hyperliens du jeudi 19 février, 04H01,
titré : La banque suisse UBS épinglée par les USA)
Passons maintenant à ce
qu'il y a de neuf aujourd'hui dans cet important dossier.
L'express.fr
rapporte que le ministère américain de la Justice a porté plainte au civil
devant un juge fédéral de Miami, Floride, afin d'exiger que la
banque suisse UBS livre des informations sur... 52 000 comptes
secrets détenus par des Américains : ici, on ne parle plus de 250
comptes...
En
outre, les réactions des journaux suisses s'amplifient également :
«méthodes de gangster»,
«coup de Trafalgar»,
«(Washington) est prêt à user de tous les moyens pour parvenir à
ses fins», «Capitulation»,
«Impuissance».
PS : La
Suisse, indéniablement le coffre-fort de la planète. Lorsqu'une
masse de capitaux aussi volumineuse est concentrée sur un aussi
petit territoire, en plus peu peuplé, ce ne sont plus les élus qui
décident, mais le capital. Remarquez, il règne en maître partout
sur la planète, le capital, mais ça doit être encore pire dans un
pays comme celui-là. Le poids de l'argent pèse lourd.
Les
banquiers et gros clients de l'étranger bénéficiant d'un statut de
résidents doivent intervenir là où ils le jugement nécessaire,
directement ou indirectement, c'est-à-dire par hommes de paille
interposés. Au sein même du cockpit de l'État, bien sûr, c'est
l'abc de la navigation sécuritaire dans le vaste monde de la
finance.
À des niveaux stratégiques inférieures aussi, notamment
en faisant en sorte de limiter les dépenses publiques, par exemple
en matière sociale. Dans les médias aussi, c'est inévitable
: les réactions d'aujourd'hui des journaux suisses en témoignent.
J'ai
diffusé sur mon site, il y a déjà quelques mois, un reportage
vidéo sur la classe moyenne de ce pays, qui représenterait presque
la moitié de la population. Celle-ci regroupe les citoyens pas assez
à l'aise pour vivre sans se soucier du lendemain et pas assez
pauvres pour obtenir de l'aide social. Dans le reportage, on fait
état du fait qu'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts.
Certains intervenants se demandent même où va l'argent.
L'impression de citoyens ayant perdu le contrôle démocratique de leur pays.
Contrairement à la...légende, la Suisse est beaucoup moins neutre
qu'elle le prétend.
■ Campagne contre l'exclusion et la discrimination – Voyons ce qui arrive lorsque la
société est divisée par classes, par catégories. Vidéo
(04:01) réalisée par des élèves de l'école nationale supérieure
des arts décoratifs (ENSAD), en France.
■ Une truc infaillible... – ...pour
s'évader de prison. Mode d'emploi en 32
secondes.
■ Extrémisme religieux, désespoir de croyances perdant pied? – Dieu (créationnisme) et Darwin. Les religions ont toujours manifesté de
la méfiance à l'égard de la raison, écrit Zawgyi
: visitez également son
site. Heureux celui
qui croit sans avoir vu! Ainsi sont posés les jalons d’une
idéologie fondée sur la foi et sur la passion, interdisant toute
rationalisation, toute réflexion, toute remise en cause.
Absolutisme
auquel se refuserait tout scientifique, se souvenant que tout
postulat n’est vrai que tant qu’il n’a pas été réfuté,
précise-t-il. A l’inverse des religions, méfiantes face à
l’intelligence, pourtant divine si nous avons été faits à Son
image, non? Un peu de logique, que Diable ! Ainsi
continuent-elles à en appeler à nos sentiments, pour le meilleur et
souvent pour le pire.
■ Faut pas compter sur la police pour faire le ménage – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Et
celui de l’éditorialiste Pierre
Gravel
de La Presse (Pierre Gravel – La Presse du 23 décembre 1999) : «Il
est indéniable qu’on
est ici bien loin du retentissant coup de force contre la Sûreté du
Québec auquel on aurait pu s’attendre.
Voire même espérer. Surtout après le coûteux et difficile
exercice qui, à la suite de l’inimaginable gâchis révélé par
l’affaire Matticks, a eu pour effet de projeter une
lumière brutale sur la gravité des problèmes structurels, des
mentalités tordues et des agissements répréhensibles qui sont
devenus typiques de certains de ses services. Plus spécifiquement
ceux des enquêtes criminelles et de la discipline interne.»
Faisant
le constat que la réforme du ministre péquiste Serge
Ménard
n’a pas suscité une opposition hargneuse de la part des policiers,
Gravel pense que le ministre a peut-être préféré miser sur le
fait que le temps jouera en faveur des changements qu’il reconnaît
nécessaires, sans provoquer, dans l’immédiat, des secousses qui
rendraient l’appareil policier encore plus difficile à contrôler.
D’où cette priorité accordée à la formation de futurs
policiers.
Le
ministre demande un acte de foi. Seul l’avenir indiquera qui, du
ministre ou des membres de la Commission Poitras, a eu raison.
Gravel se croise les doigts en espérant que, dans quelques années,
une nouvelle commission d’enquête ne sera pas nécessaire.
Avant
d’aller plus loin, passons au tamis les argumentsque
le ministre Ménard a servi aux médias pour justifier sa décision
de ne pas implanter une «police
des polices».
L’un veut que le
nombre d’allégations annuelles contre des policiers, environ 350,
représente un pourcentage bien inférieur à celui prévalant au
sein de la population en général. Le ministre, qui ne pouvait pas
ne pas savoir, oubliait de chiffrer les innombrables atteintes aux
droits fondamentaux commises par la police en civil et ses collabos
et dont on n’entend jamais parler.
En
affirmant en outre qu’une
police des polices coûterait trop cher,
il associait un coût à la démocratie. Que le gouvernement élimine
quelques éléphants blancs. Du reste, et contrairement à ce que le
ministre prétend, il
suffit de peu de moyens pour lutter contre la délinquance policière.
L’idéale est une ligne sans frais et sécurisée… donnant
directement accès à un Conseil de contrôle, du genre de celui
recommandé par la Commission Poitras.
Ailleurs,
on procède autrement, mais de façon moins efficace, puisque les
appels sont dirigés vers des policiers : faut
pas compter sur eux pour faire le grand ménage.
Ainsi, des services de police ont doté de lignes ouvertes leur
division des Affaires internes, mises à la disposition des citoyens,
témoins ou victimes de méfaits policiers, et à des policiers
désirant dénoncer les inconduites de collègues : la
Commission
de New York
chargée de combattre la corruption policière, la Police
métropolitaine de Londres
et le Service
de police de la Nouvelles-Galles du Sud.
(Patrick J. Knoll, professeur de droit à l’Université de Calgary,
Canada –
Regard sur les affaires internes, Les Perspectives internationales,
25 août 1997 –
Commission Poitras) Ils ne sont pas tenus de s’identifier et leur
voix n’est pas enregistrée.
Dans
sa réformette, le ministre a choisi de ne pas l’appliquer.Par
contre,
le gouvernement péquiste de Lucien
Bouchard
a mis à la disposition des non-fumeurs une
ligne délation sans frais
pour s’assurer que sa loi anti-tabac soit respectée. Le pouvoir
politique développe beaucoup d’ingéniosité pour mâter le
citoyen. Comme il a besoin de sa police pour faire ce job, on
comprendra qu’il ne puisse lui appliquer la même médecine. (Suite
demain)
■ Le sans-abri est un citoyen et a des droits – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Rares
sont les universitaires se préoccupant,
en tout cas publiquement, des
droits de ces vitres cassées.
Mario
Poirier
est l’un d’eux. (Mario Poirier – La Presse du 14 janvier 2002)
Psychologue clinicien depuis une vingtaine d’années, il a
principalement œuvré dans les milieux communautaire du centre-ville
de Montréal. En 2002, il était professeur agrégé de psychologie
à l’Université du Québec et membre du Collectif de recherche en
itinérance.
Dans
une lettre publiée par La Presse, il
prend leur défense,
se dit d’avis que si on veut aider les sans-logis, il faut pourtant
bien prendre conscience des velléités de contrôle social entourant
cette forme de marginalité. Réaliser
que (chacun) est également un citoyen
et ne demande pas nécessairement tous les changements qu’on
aimerait lui imposer.
«Comme
citoyen,
il a bien le droit d’utiliser
les espaces publics,
de déambuler
dans les rues,
de s’asseoir
dans les parcs et,
pourquoi pas, de piquer
à l’occasion un petit somme sur un banc,
de parler
aux passants
ou de s’asseoir
quiètement dans un restaurant pour prendre un café.
Comme citoyen, il a des droits, une réalité qu’on peut avoir
tendance à oublier, en la masquant par une analyse sommaire,
superficielle
(…),
fait-il observer.
«Il
faut soutenir considérablement les droits civiques des sans-abriset
leur accès à la parole publique
et aux lieux où leurs problèmes sont politiquement discutés :
ferait-on des politiques pour les femmes et les jeunes sans les
femmes et les jeunes? Comment
se fait-il qu’on ne leur demande jamais ce qu’ils pensent
de la destruction des abris de fortune de leurs pairs ou ce qu’ils
proposent pour améliorer concrètement leur condition de vie?
(…)
«En
conclusion, n’est-il pas temps que nous réfléchissions tous à la
façon que nous pourrions avoir de dépasser ces deux bornes de nos
réactions ataviques face à leur marginalité : nos bouffées
soudaines et délirantes de charité (à
Noël) (…) suivies
par nos fantaisie ou nos comportements de harcèlement punitif et de
contrôle social. On
donne d’une main et on frappe de l’autre!
«Peut-on
contenir ces dérapages spontanés et penser
à plus long terme? Respecter la personne au-delà de son
vagabondage?
Faire place à une approche où le
clochard ne serait plus perçu comme un corps vide de sens
à entreposer pour son propre bien, ni non plus comme une menace
ambulante qui fait tache dans
notre société si bien policée?»
Poirier
touche là un point capital de l’ensemble de la problématique
issue de la répression policière. Si
on veut avoir une bonne idée de la façon dont le pouvoir et sa
police en civil traitent l’ensemble des citoyens, il suffit
d’examiner un tant soi peu tout ce qui est déjà visible à l’œil
nu :
traitement et «déjudiciarisation»
des ados, traitement des sans-abri, traitement des malades
psychiatriques, dont nous parlerons dans un moment, traitement des
prisonniers, qu’on abordera aussi, etc. La liste est longue.
C’est
à partir de ce qui est visible que l’on découvre peu à peu
l’invisible : les innombrables interventions illégales et
inutilement mutilantes de la police en civil et de ses collabos.
Conclusion : le
pouvoir et sa police ne se comportent pas mieux à l’endroit de
l’ensemble des citoyens.
Delà,
encore une fois, l’importance de défendre les droits de tout le
monde, incluant ceux des sans-abri. Les défendre, c’est en même
temps sauvegarder les nôtres. Va-t-on
enfin, et une fois pour toutes, comprendre le principe de
l’universalité des droits?
(Suite demain)
News du jeudi 19 Février 2009
■ À Radio-Canada.ca... – ...suivez en direct la
visite du président
Obama au Canada.
■ La banque suisse UBS épinglée par les USA – Elle
a été condamnée à verser 780 millions de dollars à la justice
américaine dans une affaire d'évasion fiscale. UBS a reconnu
avoir aidé des contribuables américains à cacher des comptes
bancaires au fisc. On parle ici de 19 000 comptes totalisant 18
milliards de dollars. Elle s'est engagée à dévoiler l'identité de
250 de ses riches clients américains.
Deux
articles : france24
et letemps,
journal suisse.
PS
: La nouvelle est d'importance majeure du fait que la Suisse est
considérée comme l'un des paradis fiscaux. L'Allemagne, son voisin
frontalier, l'a identifiée publiquement comme telle, il y a quelque
temps.
Elle l'a accusée de ne rien faire sur le plan législatif
(ex. encadrer le secret bancaire) pour empêcher que des banquiers
suisses encouragent la fraude fiscale, en sollicitant notamment des
Allemands fortunés, désirant fuir leur responsabilité sociale. Et des dirigeants de pays pauvres en Afrique, qui accumulent des fortunes?
Cette condamnation, un signal fort aux nombreux
autres paradis fiscaux? Avant de conclure, préférable d'attendre la
suite.
■ Sûreté du Québec : police politique des péquistes – (Suite tome
3 de
L'Étau Policier) Un
citoyen luttant contre la brutalité policière doutait aussi de la
volonté du ministre d’y faire le ménage. Ce même mois de février
1999, Yves
Manseau,
président du Mouvement Action Justice (MAJ) déclarait (Christiane
Desjardins – La Presse du 1e février 1999) : «Il
(le ministre péquiste Serge Ménard) fait
partie du problème aussi,
signalait-il.
Il était au courant depuis longtemps de ce qui s’y passe, mais
c’est l’affaire Matticks qui l’a obligé d’agir. Il faut être
vigilant, car la réforme sera introduite par ceux-là mêmes qui ont
préféré maintenir le statu quo jusqu’ici.»
Manseau, qui tenait une conférence de presse conjointe avec Dan
Philip, président de la Ligue des Noirs du Québec, insistait sur la
création rapide d’organismes civils chargés de la surveillance
des institutions policières.
Quelques jours plus tôt,
il y avait eu aussi cette déclaration du président de la Fédération
des policiers municipaux du Québec, Yves
Prud’Homme,
l’un des très rares flics à faire allusion
aux intentions politiques cachées et reliées au projet
d’indépendance du gouvernement péquiste et de son ministre de la
Sécurité publique
: «Pour
que le ministre de la Sécurité publique puisse garder son
indépendance, il ne doit pas être le patron de la Sûreté du
Québec.»
(Jean-Paul Charbonneau –
La Presse du 30 janvier 1999)
Ce ministre, membre du gouvernement du
Québec, est responsable de toutes les mesures d’urgence et de la
sécurité de la population du Québec, expliquait-il. «C’est
ce même gouvernement qui accorde les budgets de la Sûreté du
Québec et qui veut en faire sa police nationale
(sic).
Comment
voulez-vous que le ministre de la Sécurité publique n’ait pas de
parti pris quand vient le temps de prendre position sur une demande
de la direction de ce corps policier?»
Prud’Homme
soutenait que «le
ministre de la Sécurité publique s’occupe particulièrement de la
Sûreté du Québec au détriment des autres corps policiers»,
municipaux ceux-là. En février 2002, vers la fin de l’implantation
de la carte policière en sol québécois, il l’accusait d’avoir
manqué à sa promesse de maintenir les effectifs à peu près égaux
entre la Sûreté du Québec, la police de l’île de Montréal et
les autres corps policiers municipaux de la province. (André Cédilot
– La Presse du 6 février 2002) «Ça
devait être un tiers, un tiers, un tiers»,
rappelait-il. (...)
le
gouvernement est en train de sacrifier la plus belle réforme des 30
dernières années pour se créer une police d’État
(sic)».
Important
de ramener ce que déclarait Tony
Cannavino,
président de l’Association des policiers provinciaux du Québec
(APPQ) en novembre 1999. Il
craignait «le
retour à une police politique»
parce que le ministre se donnait à son avis trop de pouvoirs sur le
Conseil de surveillance. Cannavino aurait préféré qu’ils soient
plutôt attribués aux élus d’une commission parlementaire.
Peu
auparavant, Cannavino avait fait cette autre déclaration (Martin
Pelchat – La Presse du 27 novembre 1999) : «Le
fait de garder
(le Conseil de surveillance) sous
la gouverne du ministre
(Ménard),
ça donne l’impression d’une police politique. (...)
Il
faut garder une distance entre le politique et l’organisation
policière».
(Suite
demain)
■ Les sans-abri ont besoin de logements, pas de répression – (Suite tome
2 de
L'Étau Policier) Un
autre lecteur de La Presse se manifeste en février 2004 :
Bernard
St-Jacques,
organisateur communautaire pour le Réseau d’aide aux personnes
seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). (Bernard St-Jacques –
La Presse du 2 février 2004)
Il signale que, dans le plan de
réorganisation des
49 postes de quartier de la police de l’île de Montréal,
il est, entre autres, question de mettre
l’emphase sur la petite criminalité.
«Le
plan d’optimisation,
explique-t-il,
prévoit ajouter
26 codes d’appels,
vous savez ces codes mentionnés lors des communications entre une
centrale et les patrouilleurs suite à l’appel d’un client? Le
problème est que, parmi
ceux-ci, on identifie carrément le vagabondage, la mendicité, la
prostitution et le regroupement de jeunes comme étant des actes
d’incivilités.»
Résumons son
argumentation. Le
vagabondage est autant, sinon plus, le fait de facteurs structurels –pauvreté,
exclusion sociale…–
que de causes individuelles.
L’itinérant est trop souvent amené à
survivre dans de piètres conditions
et subir bon nombre de problématiques, comme la judiciarisation.
Mendicité, prostitution et rassemblement de jeunes de la rue
procèdent du même principe.
«Le
fait d’associer ouvertement le vagabondage à un acte d’incivilité
constitue un dangereux précédent, d’autant plus qu’il envoie un
message clair à monsieur et madame tout le monde voulant que (ces
personnes) soient
malfaisantes et dangereuses.»
St-Jacques propose d’essayer de comprendre avant de préjuger et de
criminaliser.
La
mendicité
est effectivement une autre dimension de la problématique. Rien de
tout à fait neuf là. Retournons à 1998. À Montréal, cette
année-là, si
on ne l’interdit pas, on ne l’accepte pas partout,
en tout cas pas dans le Vieux-Montréal touristique, et désormais de
moins en moins dans le centre-ville, semble bien.
Plusieurs
villes canadiennes l’interdisent
d’ailleurs par le biais de règlements municipaux, dont Ottawa,
Sudbury,
Kingston,
Charlottetown,
Vancouver
et Winnipeg.
(Presse canadienne – La Presse du 3 septembre 1998) Leur
maire a chassé de leur centre-ville les sans-abri et jeunes de la
rue,
ce que s’apprêtaient à faire, à l’été 2000, “Montréal
ma ville” et sa police,
avec l’aide notamment du YMCA.
La Ville de qui, dites-vous? Le slogan publicitaire ne le mentionne
pas.
Or,
toutes
ces municipalités violent la Charte canadienne des droits et
libertés,
estime l’auteur d’une étude, Arthur
Schafer,
directeur du Centre d’éthique professionnelle et appliquée de
l’Université du Manitoba. Schafer, dont la Presse canadienne
relate les propos, est d’avis que demander
de l’argent aux passants est aussi valable que de mener une
collecte de fonds par téléphone.
D’après lui, les deux cas, sans-abri et jeunes de la rue, relèvent
de la liberté d’expression. Il soutient aussi que les
mendiants ont le droit de tenter de gagner leur vie en quêtant. «La
criminalisation de la mendicité
(...) s’attaque
aussi à leur dignité et à leur fierté, à leur droit de
s’épanouir au contact des autres citoyens.»
Ces
villes canadiennes,
dont Montréal, se
sont-elle inspirées par hasard du modèle américain?
Richard Hétu de La Presse croit que les sans-abri de New York ne
devraient pas s’ennuyer de Rudolph
Giuliani,
qui en a été le maire de 1993 à 2001. (Richard Hétu – La
Presse du 29 janvier 2002) C’est du moins l’avis de la National
Coalition for the Homeless, organisme basé à Washington, qui a
publié un rapport sur la situation des sans-abri dans 80 villes
américaines. (Le
journaliste cite Illegal to be Homeless : The Criminalization of
Homelessnes in the United States.)
Selon
Donald
Whitehead,
directeur de la coalition, New York fait partie de celles qui ont
choisi de «criminaliser»
le problème des sans-abri au cours des dernières années. «Celle-ci
ainsi que San Franciso et Atlanta sont considérées comme les plus
cruelles à ce chapitre.
(La problématique) ne
disparaîtra pas en mettant des gens derrière des barreaux,
estime-t-il.
Nous devons nous attaquer aux causes systémiques et considérer de
vraies solutions. Le poids de la pauvreté ne doit pas être exacerbé
par la criminalisation des pauvres.»
La
solution? «Il
faut des logements abordables, des soins de santé pour tous et des
salaires décents.»
Whitehead met le doigt en plein dessus, nous le verrons. (Suite
demain)
News du mercredi 18 Février 2009
■ Crise mondiale : Strauss-Kahn du FMI guère optimiste – Hier
sur France
Inter (vidéo 09:53), Dominique Strauss-Kahn, directeur général
du Fonds Monétaire International (FMI), a apporté un point de vue
différent de celui que nous sérine le gouvernement canadien. C'est
que le premier ministre, le conservateur Stephen Harper, parle de la
situation du Canada sans vraiment traiter de la cohésion existant
entre les pays relativement aux mesures prises par chacun pour
juguler la crise économique.
Hors,
il s'avère, selon Strauss-Kahn, que les pays, et sans viser
nommément le Canada, ne font pas tout ce qu'ils devraient pour
atteindre cet objectif. Incohérence il y a. Ainsi qu'il l'explique,
les dirigeants des pays tiennent des sommets (les G7, la semaine
dernière, et 20, qui se tiendra en avril prochain), bien sûr, mais
après chacun retourne dans son patelin et fait ce qu'il veut.
Seulement voilà, la crise économique est d'envergure mondiale.
La
toile de fond de cette entrevue a trait au fait que les pays
exportent et importent, qu'ils sont économiquement dépendants les
uns les autres.
Pour le
Canada, par exemple, cela signifie que si le volume de ses
exportations n'arrête pas de diminuer, il y aura davantage de mises
à pieds dans les entreprises canadiennes et même des fermetures.
Donc, davantage de chômage au pays, donc diminution simultanée de
la consommation de biens et services. Inversement, les pays exportant
au Canada, notamment, exporteront moins, avec les mêmes
conséquences.
Tout comme dans un orchestre symphonique de plus d'une
centaine de musiciens, chacun a une partition à jouer, sans fausses
notes.
PS
: Au début de l'entrevue, Strauss-Kahn fait une remarque sur les
propos tenus par un humoriste un peu plus tôt portant sur son
adultère : sa relation avec une employée du FMI.
■ Une Sûreté du Québec au-dessus de la loi – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) L’éditorialiste
Pierre
Gravel
de La Presse est l’un des rares à avoir pressenti, peut-être même
plus que pressentir, les événements. Puisons dans trois de ses
éditoriaux, publiés en décembre 1998 et janvier et février 1999.
(Pierre Gravel – La Presse de 24 décembre 1998 et des 18 janvier
et 6 février 1999)
Établissons
le contexte. Ce mois de décembre
1998, le premier ministre péquiste Lucien Bouchard avait redonné à
Serge Ménard le volant du ministère de la Sécurité publique.
Le prédécesseur de Bouchard, Jacques
Parizeau,
le lui avait déjà confié la première fois en 1994. Ménard
était-il vraiment l’homme le plus apte à sortir le véhicule de
la Sûreté du Québec du fossé où il s’était enlisé?
L’éditorialiste Gravel s’interrogeait.
Sa
nomination «fait
bien des heureux»,
constatait Gravel,
à commencer par le principal intéressé (Ménard), qui espérait un
retour à ce ministère où il se sent particulièrement à l’aise.
L’éditorialiste
s’inquiétait de la «mentalité»
régnant au sein de ce corps policier, de son sentiment «d’être
au dessus de la loi et, surtout, de n’avoir de compte à rendre à
personne».
Il
rappelait que c’est Ménard lui-même qui, le décrivant comme
l’homme de la situation, avait nommé Barbeau à sa direction.
(NDLR : Dans un article publié le 30 janvier 1999, le
journaliste André Cédilot de La Presse écrit que la Commission
Poitras a reproché à Barbeau d’avoir manqué de leadership et de
jugement.)
«Quand
on sait,
se remémorait Gravel,
qu’il y a à peine deux mois le
même ministre se disait convaincu de l’inopportunité d’une
telle commission d’enquête
en raison de ses coûts et du
risque qu’elle distribue
des blâmes aux personnes impliquées et
blesse l’organisation
(la Sûreté du Québec),
on ne peut que se poser des questions. Et se dire que le
vrai défi
qui attend M. Ménard ne
sera évidemment pas de se faire accepter par ce corps policier.
Mais de démontrer qu’il sera en mesure non
pas de le couvrir, mais d’en devenir le vrai patron pour
en achever la transformation en profondeur qui vient à peine de
commencer.»
Et lorsque Ménard
déclarait qu’il lui faudrait un peu plus de temps que prévu pour
présenter sa réforme, l’éditorialiste Gravel donnait la chance
au coureur : «Par
contre, à la lumière des
nombreuses manœuvres dilatoires que plusieurs membres de la Sûreté
du Québec ont utilisées pour paralyser les travaux de la commission
(Poitras) et
même, ces jours derniers, pour
tenter d’empêcher la diffusion du rapport,
on a le droit de s’interroger quant au sort qui l’attend. Surtout
à la lumière de ce qu’on sait de l’opinion fort négative de ce
ministre (Ménard)
sur
ce type d’enquête.
Et de son inquiétude quant à l’effet éventuel de ce document sur
l’image et le moral de la Sûreté du Québec».
L’éditorialiste
signalait que bien
des gens du corps policier avaient été soulagés en voyant Ménard
retrouver son poste à la Sécurité publique.
Au
début de février 1999, Gravel revenait à la charge, écrivait
qu’apparemment, Ménard,
qui avait une copie du rapport depuis un mois, semblait
l’ «avoir
encore de travers dans la gorge.
(Pierre Gravel - La Presse du 6 février 1999) Au
point d’avoir été jusqu’ici incapable d’en dire autre chose
que des banalités tout en promettant des commentaires plus
détaillés… plus tard!»
(Suite
demain)
■ «Mon crisse, je t’avais dit que je voulais plus te voir-là» – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Qu’elle
est la version de la police? La commandante
Johanne Paquin,
du poste 21, aurait affirmé que les policiers ne remettent des
contraventions aux marginaux du carré St-Louis et des environs
que lorsqu’ils commettent des incivilités. Jeter
sa cendre par terre, en est-ce une?
La question ne lui pas été posée.
Sa
déclaration a fait tiquer Pierre
Rivard
qui, dans une lettre à La Presse, relate
passer deux fois par jour dans ce secteur et n’en avoir jamais été
témoin,
ni de harcèlement, ni d’agressivité de la part de marginaux.
(Pierre Rivard – La Presse du 8 décembre 2003) Il ne dit pas qu’il
n’y en a jamais, il dit n’en avoir jamais été témoin. Et
compte tenu du nombre de fois qu’il circule dans le coin, il
doute que les incivilités soient généralisées.
Par
contre, il a été témoin
à quelques reprises de la façon
pour le moins cavalière
avec laquelle les policiers du poste 21 interpellent les marginaux :
«Mon
crisse, je t’avais dit que je ne voulais plus te voir-là.»
; ou encore : «T’en
veux-tu encore, des tickets?»
; etc.
Il
raconte qu’un midi, il prenait place sur un banc lorsque deux
marginaux sont venus s’y asseoir. Deux policières arrivent peu
après, l’une
interpelle l’une d’eux vulgairement,
menace de lui donner un ticket pour «flânage»
s’il ne quitte pas les lieux.
Rivard,
l’auteur de la lettre, intervient, lui fait observer qu’elle
devrait commencer par lui, puisqu’il est arrivé avant eux, et que
s’ils
flânent, lui aussi flâne.
Les policières l’ignorent, les deux marginaux ne disent rien, ne
bougent pas.
Une
policière leur demandent leurs papiers, sort stylo et carnet de
contraventions. Rivard
remet sa carte d’affaires
à l’un des marginaux, lui précise : «Si
vous avez une contravention, appelez-moi, j’irai témoigner en
votre faveur et je dénoncerai la discrimination dont vous êtes
victimes.» Une
policière menace de l’arrêter
pour entrave au travail de la police, Rivard
la met au défi de le faire.
Finalement, l’une dit à l’autre : «Allons-nous
en, on reviendra plus tard.»
Et Rivard d’expliquer parce
qu’il y avait un témoin gênant, vestonné et cravaté, lui.
(Suite demain)
News du mardi 17 Février 2009
■ Un pur joyau du cinéma burlesque – Tordant...vous
n'avez pas idée comment! La vidéo (06:51), à
voir absolument, met en scène Buster (casse-cou)
Keaton, un humoriste américain mondialement connu dans les années
1960 et antérieures. Il y vit une série d'aventures inimaginables.
On le voit pris dans un ouragan où les maisons s'écroulent autour
de lui. S'accrocher à un arbre, mais le vent le déracine et voilà
notre clown partit dans les airs.
À
l'époque du tournage (1928), les effets spéciaux dont on dispose de
nos jours n'existaient, on se demande bien comment le réalisateur du
film a pu créer tout ce chaos.
■ France : les Enfoirés continuent... – ...de
recueillir de l'argent pour les Restos du Coeur. Et ça dure depuis
1986. À chaque année, des artistes y participent avec plaisir. Ç'a
commencé du temps de l'humoriste et acteur Coluche, de célèbre
mémoire, qui est le fondateur de ces restos : aujourd'hui, on en
dénombre au-delà de 110.
Anecdote...
«L'histoire
a commencé avec l'arrivée de Coluche dans ma loge»,
relate Jean-Jacques Goldman. Coluche : «Salut,
il nous faudrait une chanson pour les Restos du Coeur, un truc qui
cartone, toi tu sais faire.»
Goldman : «Quant?»
Coluche : «La
semaine prochaine.»
Goldman : «Tout
était déjà là : la force de Coluche, la force de l'idée, la
séduction des deux, et l'impossible qui se fait. Et tout est encore
là. Intact. Sauf lui.»
Coluche
forme ensuite la première bande d'Enfoirés : Goldman, Montand,
Baye, Platini et Drucker.
Écoutez
«le
truc qui cartone»:
vidéo (04:06), vous en trouverez plusieurs autres dans cette page.
Site des
Enfoirés, l'histoire
des Enfoirés et celle des Restos
du Coeur.
■ 2 mondes : la justice policière et la justice citoyenne – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Le
10 avril 2002, le ministre péquiste Serge
Ménard,
muté entre-temps à la tête du ministère péquiste des Transports,
s’étonne du jugement Flynn, répète à quelques reprises qu’il
n’a fait que dire la vérité, ce qui allait de soi devant une
commission d’enquête. (Pascale Breton et André Duchesne – La
Presse du 12 avril 2002)
«J’étais
sous serment en répondant aux questions. Et comme tout autre témoin,
j’avais à dire toute la vérité. On s’attend d’un témoin à
ce qu’il soit sincère et franc».
Il soutient n’avoir qu’exercer son devoir de ministre et n’avoir
émis aucune déclaration publique. «Entre
la sincérité et la candeur, on passe par la franchise»,
souligne-t-il en allusion aux propos du juge Flynn.
De son côté,
l’association des policiers provinciaux du Québec (APPQ) est ravie
du verdict. (Hugue Dumas –
La Presse du 12 avril 2002) Son président Tony
Cannavino :
«Ça
devenait difficile pour les membres du Comité de déontologie de
garder leur impartialité. C’est leur patron qui renouvelle leur
mandat. Et leur patron tient des propos sans équivoque devant la
Commission Poitras. Ça les place donc dans une situation
inconfortable.»
Le commentaire le plus
pertinent, on le doit à l’avocat de l’APPQ, Robert
Castiglio :
«Le
gouvernement a pris de gros risques en commandant une enquête
publique alors que d’autres procédures étaient en marche
parallèlement.
(…) C’était
risqué. La Charte est claire : tout citoyen a droit de voir sa
cause entendue par un tribunal impartial et indépendant. Le problème
avec une commission d’enquête, c’est qu’on permet à des
témoins d’émettre des opinions et des états d’âme, ce qui
n’est pas possible devant un tribunal. Le
ministre a été piégé par le fonctionnement de la commission
d’enquête.»
Ajoutons
ce commentaire d’André
Normandeau,
qui se dit déçu de l’arrêt des procédures : «Avec
les preuves accumulées, je jugeais que le comité
(de déontologie) pouvait
faire son travail jusqu’au bout.»
Le
public, d’après lui, pourrait maintenant garder une image négative
du système de justice qui ne traite pas les policiers comme des
«citoyens ordinaires».
Complétons
avec ce commentaire de l’éditorialiste de La Presse, Pierre
Gravel
(Pierre Gravel – La Presse du 14 avril 2002) : «On
aurait dû s’en douter. (…)
Depuis
la fabrication de preuves par des policiers jusqu’à l’abandon de
procédures judiciaires en passant par des manœuvres d’intimidation,
des acquittements surprenants ou la multiplication des démarches
dilatoires ou de contestation de jugements, on aura eu droit à
presque toutes les péripéties d’un excellent scénario pour un
film d’horreur.»
Des
journalistes
ont demandé au ministre péquiste de la Justice, Paul
Bégin,
si
le jugement Flynn ne laisse pas entendre que des propos tenus lors
d’une commission d’enquête peuvent être retenus contre la
personne qui les tient.
Il a refusé de répondre, évoquant l’impossibilité de commenter
une cause toujours devant la cour. (NDLR : songeait-il à
contester la décision?) (Gilles Normand – La Presse du 17 mai
2002)
Fameuse!
cette question des journalistes.
Qu’avaient-ils d’autre en tête exactement? Ce passage du
jugement Flynn où, traitant de la déclaration du ministre, il écrit
que celui-ci a répondu avec «sincérité
et même une certaine candeur
(sic)» aux questions de la commission Poitras?
Les
journalistes ont-ils soupçonné que les propos du ministre visaient
peut-être à tuer dans l’œuf toutes poursuites intentées contre
des policiers de la Sûreté du Québec? (Suite
demain)
■ Montréal : des jeunes sans-abri très en forme – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Voyons
ce que cela donne sur le terrain. Depuis 2000, apprend-on en
novembre 2003, la police de l’île de Montréal sévit contre les
sans-abri. En
plus des interventions clandestines,
une activité répressive où elle excelle, elle
leur distribue des contraventions.
En près de trois ans, les résultats sont édifiants, au
point où une trentaine d’organismes d’aide aux sans-abri lancent
l’opération “Droits devant”,
allusion probable aux droits et libertés.
Ils
ont répertorié 700 contraventions démontrant, selon eux, qu’ils
sont harcelés par la police. (Louise Leduc – La Presse du 26
novembre 2003) Ainsi, traverser
un chemin public ailleurs qu’à l’intersection :
27$ d’amende. «Piéton
ne s’étant pas conformé au feu de circulation alors qu’il n’y
a pas de feu de piéton» :
37$. «Jetersur
le sol du domaine public des cendres (de
cigarettes?)»
: 85$.
Tellement incroyable, cette dernière infraction, que je la
rapporte avec hésitation : j’ai vainement tenté d’obtenir
des infos à ce sujet auprès de l’un de ces organismes. Cependant,
il est un fait que la police n’a pas contesté publiquement ce
passage de l’article.
Une initiative de la
police? Non,
c’est la Ville de Montréal qui a décidé de «serrer
la vis»,
de l’aveu même du conseiller municipal Peter Yeomans,
membre du Comité exécutif et responsable du corps policier. Ce
n’est pas du harcèlement, insiste-t-il, mais un équilibre à
trouver entre les droits de chacun, particulièrement
à l’encontre des quelque 500 squeegees à Montréal.
«Plusieurs
personnes, et notamment les femmes, se sentent agressées par eux
quand, en fin de journée, ils sont plus agressifs parce qu’ils
n’ont pas récolté l’argent qu’ils espéraient,
explique Yeoman, qui ajoute : il
faut dire que leur apparence, aussi, a de quoi choquer (sic). (…)
Il ne
faut pas laisser ce monde-là dehors à n’avoir aucun objectif de
vie. Je ne veux pas prêcher, mais je ne veux pas voir ces vies être
gaspillées.»
Émouvante
rhétorique : Montréal, on le voit, adore aussi les jeunes, et
s’en occupe. Et de qui Yeomans tient-il ses renseignements,
pensez-vous? Et quelles sont ces femmes qui se sentent agressées et
combien sont-elles? Y
a-t-il parmi elles des anxieuses sociales, des intolérantes et des…
policières en civil?
Et les squeegees, eux, qu’en pensent-ils. Des réponses à ces
questions permettraient de vérifier si la mesure extrémiste est
justifiée. Il
semble bien que les médias n’aient pas fait enquête à ce sujet…
Un oubli sans doute.
Comment
les organismes participant à l’opération “Droits devant”
ont-ils répertorié ces 700 contraventions? France Labelle,
directrice du Refuge des jeunes, explique, au cours d’un point de
presse, en recevoir chaque mois des piles dont l’organisme ne sait
comment en disposer puisque la plupart des “contrevenants” n’ont
fait qu’y passer : «Et
c’est souvent quand ils sont sur la bonne voie, qu’ils ont une
adresse et se sont trouvé un travail que ces contraventions impayées
reviennent les hanter.
(…). Comment
se fait-il qu’un jeune de la rue est si vite accusé de flâner
alors que d’autres citoyens peuvent attendre quelqu’un 30 ou 45
minutes sans être embêtés? Quelle est la frontière entre attendre
et flâner?»
Écoutons
aussi le commentaire de Dan
Bigras,
l’un des très rares artistes québécois à se préoccuper du sort
fait aux jeunes, qui parraine, depuis plusieurs années, l’organisme
de Labelle: «En
tout cas, ça donne des jeunes très en forme, qui courent tout le
temps, ironise-t-il.
Ils doivent fuir les Hell’s
(Angels),
la mafia, les pédophiles, la police. Ils n’ont le droit d’être
nulle part.»
(Suite demain)
News du lundi 16 Février 2009
■ L'une des meilleures chansons... – ...du
web depuis quelque temps. À chaque fois que je l'écoute, j'ouvre
mes haut-parleurs au max. Elle nous sort de la routine musicale.
Duffy : Mercy
(03:47).
■ Argument solide : l'impartialité du TAQ – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Une
autre question demeure suspendue entre ciel et terre : pourquoi
avoir attendu près de trois ans
avant d’utiliser les propos du ministre Ménard devant la
Commission Poitras? Témoignage de Ménard en mai 1997, contestation
des accusés en mars 2000.
Les
avocats des policiers n’avaient pas jugés utile d’apporter cet
argument massue. C’est seulement lors de ce procès devant le juge
Flynn
qu’ils ont axé leur défense dans cette direction. Ce
dernier avait du reste qualifié de tardive leur requête. Le
représentant du procureur général du Québec et celui du Comité
de déontologie aussi, qui avaient signalé que les avocats de la
partie adverse, et les policiers eux-mêmes, étaient au
courant depuis belle lurette des propos du ministre «devenus
subitement litigieux» :
la plupart avaient participé activement aux audiences de la
Commission Poitras.
Les
avocats des policiers avaient prévu une parade pour contrer cet
argument. Ils avaient déposé devant le juge des déclarations
assermentées où ils s’en expliquaient. Oui,
ils étaient au courant de la déclaration du ministre.
Non, ils ne s’en sont pas servis. Pourquoi? Parce qu’ils ne la
croyaient pas pertinente à leur cause.
C’est
seulement en janvier 2000 qu’ils ont tout compris, lorsque
la Cour supérieure avait statué que les «juges»
de tribunaux administratifs du Québec ne disposaient pas des
conditions minimales de travail pour rendre des décision
impartiales.
«C’est
là qu’on a décidé d’attaquer l’indépendance du Comité de
déontologie policière»,
avait plaidé Me Gérald Soulière devant le juge Flynn. Par la
suite, avec son collègue Daniel Fabien, avait-il relaté, il avait
fait le tri des déclarations les plus utiles pour la cour.
Ces
avocats de la défense se référaient vraisemblablement à la
décision, en décembre 1999, du juge
André Rochon,
de la Cour supérieure, dans l’affaire du Tribunal administratif du
Québec (TAQ), et confirmé en septembre 2001, près de deux ans plus
tard, par les juges de la Cour d’appel du Québec André Brassard,
René Dussault et Marie Deschamps (Yves Boisvert et Christiane
Desjardins – La Presse des 17 et 18 décembre 1999 et du 7
septembre 2001) : le
TAQ n’offre pas aux citoyens luttant contre le gouvernement la
garantie d’une justice impartiale,
pour les mêmes raisons élaborées plus haut.
D’après
le professeur Yves
Ouellette,
une sommité en la matière au Canada, selon La Presse : «(...)
(Le TAQ) c’est une tentative sournoise d’occulter les tribunaux
de droit commun, comme la Cour supérieure.
Ces immenses pouvoirs sont donnés à des gens qui sont au fond des
fonctionnaires.» (Suite
demain)
■ Montréal : un YMCA impliqué dans la répression – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Le
sort réservé aux jeunes n’est pas tellement différent de celui
des
adultes éclopés de la vie.
Eux aussi sont des
sans voix, des sans pouvoir, des «have
not».
La police, en uniforme et en civil, veille à les contenir le plus
loin possible des espaces publics les plus achalandés ou à les
maintenir dans leur espace privé respectif. Exagération?
Début
1999, la Ville de Montréal investit 60 000$ dans une campagne de
publicité pour amadouer les commerçants du Marché Bonsecours, dans
le Vieux-Montréal, qui protestent contre la venue de sans-abri dans
leurs établissements. (Gilles Gauthier – La Presse du 26 janvier
1999) Geste d’une grande noblesse de la part des élus, sommes-nous
portés à penser, mais
la suite de l’article nous fait changer d’avis.
On
empêchera la clientèle de l’Accueil Bonneau, soupe populaire
située dans le même secteur, de se mêler aux touristes. Cela
illustre bien la ségrégation spatiale dont on parle. Nous sommes là
en présence d’un cas type d’atteinte au droit de circuler
librement au Canada. De toute évidence, les sans-abri n’ont pas le
look requis.
Autre
fait. La Société de développement commercial (SDC) du centre-ville
de Montréal lançait à la fin de l’été 2000 son plan d’action
pour revitaliser le centre-ville, améliorer le mobilier urbain,
l’aménagement, la sécurité et la propreté. (Mathieu Perreault –
La Presse du 12 septembre 2000) Des
rues propres jusqu’en décembre et moins de sans-abri,
rapporte le journaliste Mathieu Perreault de La Presse.
Deux
travailleurs sociaux supervisés par le YMCA essaieront de convaincre
les sans-abri d’aller dormir et mendier ailleurs qu’au
centre-ville. C’est qu’en juin, un sondage sur les perceptions du
centre-ville a révélé «qu’ils
constituent un
irritant…
(…) Les
places d’affaires ont aussi des problèmes à traiter avec les
itinérants»,
déclare le directeur général de la SDC, Maurice Boucher. Une photo
accompagne l’article : le maire Pierre Bourque, sourire affiché,
serrant la main de Boucher.
YMCA
(Young Men’s Christian Association)? Voilà
un acronyme nous rappelant certains faits.
Sheila
Laursen,
directrice des programmes communautaires au YMCA, est
membre du comité des aviseurs du poste 20
de la pseudo police communautaire de l’île de Montréal.
Environ
huit mois plus tôt, en janvier 2000, dans une lettre cosignée, les
membres de ce comité avaient protesté contre un article de la
journaliste Isabelle Hachey de La Presse faisant
état de la hausse importante de la répression policière envers les
sans-abri.
Ils avaient qualifié l’article d’alarmiste
et ne correspondant pas à leur réalité.
Et
ne voilà-t-il pas que deux travailleurs sociaux supervisés par un
YMCA de la même ville essaieront de «convaincre»
les sans-abri d’aller dormir et mendier ailleurs qu’au
centre-ville...
«Convaincre»,
dites-vous? Comment
se comportera-t-on à leur endroit s’ils persistent à vouloir y
demeurer? Aucun
doute : la police en civil prendra les choses en mains, suivant ses
méthodes usuelles illégales. Aux atteintes au droit de circuler
librement, s’ajouteront de multiples atteintes à la dignité.
(Suite
demain)
News du dimanche 15 Février 2009
■ Crise économique : des millions de personnes encaissent... – ...pas
de l'argent, des coups. Selon
la Banque mondiale, les dernières estimations de l'année en cours
vont contraindre 46 millions
de personnes de plus qu’on le pensait avant la crise à vivre avec
moins de 1.25$
par jour. En outre, 53
autres millions
devront se contenter de moins
de 2.00$
par jour.
À ces chiffres il faut en ajouter entre 130
et 155 millions
qui, en raison de l'augmentation des prix de l'alimentation et de
l'énergie, ont sombré dans la pauvreté en 2008.
Et pour
enjoliver le portrait, la plongée des taux de croissance
économique entraînera des retards considérables dans la
réduction de la mortalité infantile. (NDLR : On fait probablement
allusion ici au fait qu'à cause de la décroissance, les pays
occidentaux seront moins généreux à l'égard des pays pauvres)
Les
premières estimations pour les années de 2009 à 2015 prévoient le
décès probable de 200,000 à 400,000 enfants par an en
moyenne et, si la crise perdure, un total de 1,4 à 2,8 millions
d’enfants.
Pour plus de détails,
allez sur le site
de la Banque mondiale. Plus bas,
dans la page s'affichant, un graphique illustrant la situation dans
les pays les plus touchés par la crise économique et identifiés
ainsi : pays où la croissance ralentit, pays menacés d'un haut
niveau de pauvreté et pays vivant un haut niveau de pauvreté. Les
pays les plus exposés au risque d’aggravation de la pauvreté se
situent au centre du graphique.
PS
: Les requins du capitalisme sauvage ont vraiment fait de quoi être
fiers d'eux. Faudra pas oublier de les en remercier.
■ La face cachée de la guerre Canada-Afghanistan – Jamais
de photos prises sur
le terrain
nous montrant le vrai visage de la guerre : un soldat tué, ses
compagnons effarés, ou blessé, qu'ils traitent sur place ou
transportent tant bien que mal sur un terrain accidenté. Jamais.
Ici, au Canada, on ne nous montre que les cercueils dissimulés sous
des drapeaux et portés par des soldats tirés à quatre épingles,
plis du pantalon bien droit.
Lors
de la guerre des USA au Vietnam les photographes des agences de
presse étaient sur le terrain. Presque que chaque jour les grands
quotidiens et magazines publiaient de leurs photos.
Regardez-en
quelques unes (cliquez dessus pour les agrandir). Demandez-vous
pourquoi on vous cache ce visage de la guerre en Afghanistan.
Pourquoi aussi il y a des soldats tués sur le terrain et que jamais
de soldats blessés ne meurent dans les hôpitaux.
Des
brancardiers
transportent des blessés ; un soldat en aide
un autre à s'extirper d'un terrain mouvant ; scène dramatique
; deux blessés qu'on transporte à bras-le-corps
; ils sont quatre
à en dégager un ; sept se portent au
secours de l'un d'eux ; agonisant
dans les bras d'un ami. Si vous voulez en voir d'avantage, cliquez
ici.
■ USA : des athées sortent de l'ombre – Ken
Bronstein, président des New York City Atheists (NYCA) : «Nous
sommes à un tournant de l'histoire du pays. Les athées font leur
coming out. Je fais l'analogie avec la communauté homosexuelle (…)
nous souffrons de la
même discrimination.»
Des athées ont même leur slogan : «Faites
la grasse matinée le dimanche
(NDLR :...au lieu d'aller à l'église?)».
Lisez
l'article du journaliste Alexis
Buisson de Rue89.
PS
: Les citoyens ont le droit de pratiquer la religion de leur choix.
Celle-ci, d'autre part, se doit de respecter les droits et libertés.
À Lac Bouchette (province de Québec, Canada), dans ce petit village
policier d'un peu plus de 1 300 habitants, et où j'habite,
l'influence des Chevaliers de Colomb et des Filles d'Ysabelle, deux
organismes de la droite catho, est énorme. Ils sont infiltrés un
peu partout et de leurs membres sont des collabos de la police.
Devrait-on y créer un organisme d'athées pour y établir un
équilibre reflétant mieux la vie terrestre?
■ Avortement des procédures déontologiques – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Sur
ce plan, la suite et fin de l’affaire Matticks le prouve. Le
10 avril 2002, un coup de tonnerre retentit dans l’actualité.
Le juge
Bernard Flynn,
de la Cour supérieure, met
fin aux procédures du Comité de déontologie chargé d’enquêter
sur les 8 policiers de l’ancienne brigade du banditisme de la
Sûreté du Québec accusés dans l’affaire Matticks (André
Cédilot – La Presse du 11 avril 2002) : Roger
Primeau,
Lucien
Landry,
Claude
Charron,
Pierre
Duclos,
Michel
Patry,
Mario
Morissette,
Laurent
Laflamme
et Mario
Simard
(on a vu son cas plus haut).
Sa décision repose sur deux arguments.
Il puise le premier dans un événement survenu quelques années plus
tôt, plus exactement les 28 et 29 mai 1997. Il
a trait à des propos tenus par le ministre péquiste Serge Ménard
alors qu’il témoignait devant la Commission Poitras.
Qu’avait
donc dit le ministre?
Dit qu’à la suite de l’avortement du procès contre le clan
Matticks, survenu le 15 juin 1995, et attribuable à la fabrication
de quatre preuves par des membres de la Sûreté du Québec, il
s’était engagé à découvrir et à punir les coupables. Ce
pourquoi il avait ordonné une enquête déontologique le mois de
juillet suivant.
Se référant à un événement plus récent,
l’acquittement en juin 1996 des quatre policiers accusés d’en
être les auteurs, il avait dit qu’il ne l’acceptait pas, ne
croyait absolument pas à la défense de bonne foi évoquée par
ceux-ci. Selon lui, les policiers avaient bel et bien commis un acte
criminel : «Le
coupable est parmi le groupe, mais on ne sait pas lequel… Il y
avait eu de l’inconduite… J’avais la conviction qu’un acte
contraire à la déontologie avait été commis…».
Cette
déclaration du ministre Ménard démontre clairement, se dit d’avis
le juge
Flynn,
que celui-ci avait déjà confirmé la culpabilité des policiers «et
que c’est vraisemblablement la conclusion que tirerait de ces
propos la personne désignée
(Me Gilles Mignault) pour
entendre l’affaire devant le Comité de déontologie».
Ses membres, nommés par le pouvoir, sont soumis à des
renouvellements de contrat aux cinq ans, donc vulnérables aux
pressions politiques.
Par ses propos, le ministre a placé l’assesseur (Me Mignault) dans
une situation pour le moins inconfortable.
Citant
la jurisprudence, il rappelle que les
lois se doivent de protéger le membre d’un tribunal administratif
contre les sautes d’humeur de l’État,
à plus forte raison quand il s’agit de décisions affectant
certaines de ses politiques.
Et le juge d’expliciter que le
ministre n’avait fait que répondre avec «sincérité
et même une
certaine candeur
(sic) »
aux questions des membres de la Commission Poitras. «On
ne saurait lui en faire reproche»,
précise-t-il.
Le pire,
c’est que le juge a raison, et totalement. Les policiers, comme
tout accusé, ont droit à un tribunal neutre et au-dessus de tout
soupçon. Finalement,
on ne saura sans doute jamais qui, dans l’affaire Matticks, a
fabriqué les quatre preuves.
(Suite demain)
■ Tolérance zéro, contre les jeunes, en tout et partout – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Développons
un autre volet. Bien qu’invisible à l’œil non initié, le
citoyen franchit un tourniquet quand il entre dans l’espace public
pour aller travailler, consommer, s’amuser ou flâner. Ce
tourniquet ne sépare pas que le bien du mal, mais aussi le beau du
laid, ce qui se fait et ne se fait pas. Simple
question d’esthétisme, d’hygiénisme.
Par
exemple, si
vous êtes un punk, il n’y a pas beaucoup d’endroits où vous
êtes le bienvenu.
La ségrégation spatiale est une réalité bien réelle. Signalons
une intervention du politique. Le maire
Pierre Bourque
a cédé à l’UQÀM, en août 1999, la place Pasteur, rue St-Denis,
à Montréal. (André Noël – La Presse du 12 août 1999)
L’objectif : en chasser les jeunes marginaux qui s’y
rassemblaient depuis des années.
Cet
espace public étant devenu espace privé, l’UQÀM peut désormais
les en éloigner sans coup férir, ce que ne pouvait faire la ville.
Un cas éloquent d’entourloupes qu’utilisent des élus pour
contourner l’un des droits de la Charte canadienne, celui de
circuler librement dans l’espace public.
Jesus
Jimenez Orte,
président de la Ligue des droits et libertés, section de Québec,
est d’avis que «les
jeunes forment le groupe le plus visé actuellement par
l’intolérance.
(Jesus Jimenez Orte –
Revue Notre-Dame de décembre 2000)
Les
12 à 18 ans, tout particulièrement. Les
jeunes n’ont pas tellement d’endroits pour se faire entendre ni
de lieux où aller.(...)
On ne
tolère même pas que les jeunes puissent flâner quand c’est l’un
des droits fondamentaux de pouvoir circuler librement.»
Ces
jeunes font peur et ils sont considérés comme dangereux,
rapporte-t-il. On refuse donc qu’ils occupent les places de ville.
Greffons à son propos qu’il en est ainsi dans les petites
villages, comme Lac
Bouchette,
au Saguenay-Lac-St-Jean, et les petites villes, comme Roberval,
située dans la même région.
Orte
va plus loin : «La
société québécoise est en train de commettre beaucoup d’erreurs
par rapport à la jeunesse. Beaucoup
de comportements antisociaux chez les jeunes sont les conséquences
de manifestations d’intolérance.
Pour ceux-ci, c’est la tolérance zéro en tout et partout.
D’ailleurs, cette expression utilisée pour l’alcool est très
représentative de ce qu’on peut tolérer et ne peut pas tolérer
de leur part. (Cette
intolérance) ne
s’applique donc pas qu’à la consommation d’alcool.
«On
est en train d’oublier les jeunes, d’hypothéquer leur futur.
Sans qu’on s’en soit rendu compte, on a évacué de tous les
grands débats la question de la relève, de l’éducation»,
déplore-t-il. (Suite demain)
News du samedi 14 Février 2009
■ Cathos négationnistes... – ...La
peau des pauvres coûte moins chère que le vison, du caviar pour le
chat, etc. Et dans le bas de la page, les ARCHIVES. D'autres
caricatures classées
selon des thèmes, genre : censure et sans reproche, éjaculation
féroce, orgasmathique, et ainsi de suite. Régalez-vous!
■ La recette pour être heureux, très heureux – Si
vous êtes pas convaincu après avoir vu la
vidéo (02:39), vous aurez au moins rit pendant le visionnement.
C'est qu'on insiste vraiment beaucoup, trop...
■ World Press Photo of the Year 2008 – Mise
en garde : des photos témoignent d'événements particulièrement
barbares. Certains disent qu'il ne faut pas afficher les actes
violents.
Je suis de ceux croyant, au contraire, qu'il est nécessaire
de montrer la vie telle qu'elle est. Suis contre toute forme de
puritanisme. Ne rien cacher, conscientise le citoyen, l'incite à
juger et dénoncer des actes répréhensibles. Ne jamais fermer les
yeux, mais le citoyen demeure libre de regarder ou pas.
Cliquez
sur les
photos, certaines donnent accès à plusieurs autres, que vous
pouvez agrandir d'un clic.
■ Droit divin du pouvoir de nommer des amis – (Suite tome
3 de
L'Étau Policier) Lors
du dévoilement du nom des membres du Conseil de surveillance, le
ministre péquiste Serge
Ménardavait
parlé avec enthousiasme des «nombreux
changement apportés par l’actuelle direction de la Sûreté du
Québec»
depuis le dévoilement du rapport Poitras, en janvier 1999. Pour
sa part, son dg Florent Gagné se disait fier des progrès accomplis
au cours des années précédentes.
Probablement
en allusion à l’une ou l’autre de ces déclarations, Me
Bernard Roy
doute qu’en seulement deux ans, on y ait concrétisé la
transformation souhaitée par la Commission Poitras. «La
culture policière, c’est un peu comme le Titanic, on ne tourne pas
le paquebot sur un 10 cents.»
Et puis il y a ce commentaire de Normandeau
: «Même
s’ils disent qu’ils y ont fait des changements, ce sont des
failles importantes que la Commission Poitras avait constatées. Ça
ne se change pas du jour au lendemain.»
Autre
élément particulièrement significatif : c’est le ministre
Ménard lui-même qui a nommé les cinq membres du Conseil de
surveillance,alors
que la Commission Poitras recommandait que ses président et
vice-président le soient par l’Assemblée nationale. «De
façon à s’assurer que ces gens ne soient pas là comme
faire-valoir, mais davantage pour s’assurer que les choses
changent»,
commentait Me Roy, à l’issu du dévoilement de la réforme
péquiste.
Ce
gouvernement n’était pas le premier, ni le dernier, à s’arroger
ce droit
divin de nommer des citoyens à des postes aussi importants pour la
survie de notre démocratie.
Même si, dans le cas nous intéressant, le choix semble au-dessus de
tout soupçon, nécessité il y a d’en interroger tout de même la
pratique, profondément enracinée dans nos moeurs politiques, toutes
juridictions confondues.
Ainsi
le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS),
qui possède aussi son Comité de surveillance et dont ses membres
ont pour mission de veiller à ce que ses activités demeurent à
l’intérieur du cadre de la loi. En juin 1999, selon une dépêche
de la Presse canadienne, le premier ministre fédéral libéral du
Canada, Jean
Chrétien, y nommait l’ex-premier ministre libéral du
Nouveau-Brunswick Frank McKenna et l’ex-député réformiste Ray
Speaker.
(Presse canadienne – Journal de Montréal du 11 juin 1999)
Les
droits des Canadiens seraient-ils mieux protégés si l’État
attribuait cette fonction à un comité indépendant formé de
juristes spécialisés notamment en droits fondamentaux, par exemple
de la trempe de l’avocat montréalais Julius Grey? Oui,
indéniablement. Ce n’est surtout pas la place de politiciens
rompus aux règles prévalant dans les arcades du pouvoir, où les
retours d’ascenseur sont monnaies courantes – le give and
take –.
Ni
du reste celle de citoyens ne connaissant strictement rien des
méthodes usuelles prévalant dans les milieux du renseignement et
contre-espionnage. Dans le livre Entrée clandestine du journaliste
Andrew Mitrovica, publié par les Éditions Trait d’Union, il
ressort que c’est le cas des membres du Comité de surveillances
des activités du SCRS, le CSARS.
Les
droits fondamentaux sont trop importants pour être laissés aux
mains de ces derniers ou d’amis du pouvoir,
quels qu’ils soient. N’en constatons pas moins que les membres du
Comité de surveillance de la Sûreté du Québec choisis par le
gouvernement péquiste jouissent tout de même d’une plus grande
crédibilité que certains membres du Comité de surveillance du SCRS
désignés par le premier ministre Chrétien.
Mais
ainsi que le signalait l’éditorialiste Pierre
Gravel
de La Presse, dans un contexte analogue, la nomination des juges
de la Cour suprême (Pierre Gravel – La Presse du 8 juillet 1999) :
«Ce
n’est pas la valeur ou la faiblesse d’une nomination qui confirme
ou nie la dimension plus ou moins démocratique du processus qui y a
mené. Autrement,
on serait obligé de conclure qu’une dictature qui prendrait
généralement de bonnes décisions devrait donc être considérée
comme une forme de gouvernement acceptable.»
(Suite demain)
■ Disparité colossale dans le traitement des jeunes – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Après
avoir pris connaissance de tout ce qui précède, sans compter ce qui
suivra, on ne peut faire autrement que de remarquer la disparité
colossale entre ce qui se passe sur le terrain versus l’indignation
manifestée publiquement par le gouvernement péquiste de Lucien
Bouchard avant et après l’adoption de la Loi canadienne C-7 sur
les jeunes contrevenants.
Appuyé
par ce dernier, les bloquistes de Gilles Duceppe ont multiplié les
interventions au Parlement canadien. (Joël-Denis Bellavance – La
Presse du 14 décembre 2001, des 29 et 30 janvier, et des 5 et 6
février 2002)
Ne
retenons qu’une de ces indignations, celle du ministre péquiste de
la Justice, Paul
Bégin,
qualifiant la nouvelle loi fédérale de «désastre» (Presse
canadienne – La Presse du 6 février 2002) : «C’est
une journée très triste,
déclare-t-il. (...) C’est
une loi répressive qui considère les jeunes comme des bandits.
Mettre un jeune en prison avec des criminels endurcis, c’est
l’envoyer à l’école du crime.»
Cependant,
pas un mot du ministre sur
la répression de la police et de ses collabos, clandestine,
illégale, quotidienne et charcutante que subissent des ados dans
l’espace public québécois.
Le
tollé péquiste et bloquiste porte sur l’âge des jeunes
contrevenants. Selon eux, la nouvelle loi permettra aux tribunaux
d’imposer aux ados de 14 ans et plus, au lieu de 16 ans et plus
comme c’était le cas auparavant, des peines d’adultes lorsqu’ils
sont trouvés coupables de crimes graves, dont le meurtre. La
ministre fédérale libérale de la Justice, Anne McLellan, a affirmé
que la loi laissera aux provinces le soin de décider de l’âge à
partir duquel les peines pour adultes s’appliqueront.
De
fait, un seul reproche peut être adressé à l’encontre de cette
loi, entrée en vigueur en mars 2003 (Presse canadienne – La
Presse du 31 mars 2003) : elle
favorise l’inégalité des sentences d’une province à l’autre.
L’ado vivant dans une province où sévit un gouvernement de droite
risque d’être plus sévèrement puni. Deux
poids, deux mesures, en somme, dans ce pays où la justice devrait
être la même pour tous ses citoyens. (Suite demain)
News du vendredi 13 Février 2009
■ Le Commissariat à la protection... – ...de
la vie privée du Canada a dévoilé, il y a quelques jours, les
gagnants de son concours annuel de vidéos "Ma
vie privée et moi"
destiné aux jeunes canadiens de 12 à 18 ans. Toutes les vidéos
sont disponibles ici.
Moi,
je n'en retiens qu'une seule. Vous allez voir que le scénario est
volontairement caricaturé pour que le citoyen comprenne de quoi il
s'agit : un civil suivant un citoyen. Dans la vraie vie, le filateur
ne talonne pas sa cible, il serait rapidement repéré, surtout dans
une rue déserte, ce qui est le cas ici : la meilleure filature
demeure l'infiltration de la cible.
Même si elle a été tournée
par un jeune amateur, le message de la
vidéo (01:48) passe bien. J'aime la dernière séquence :
la cible filme son filateur... D'une grande simplicité, mais
efficace.
■ Canada : la GRC restreindra l'usage du taser – Hier
jeudi, le Commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC),
William Elliott, témoignant devant le comité de la sécurité
publique de la Chambre des communes, à Ottawa, a reconnu que le
taser peut tuer, particulièrement quand la personne est très
agitée.
Il a indiqué que lorsqu'un suspect n'offrira qu'une faible
résistance, les policiers n'utiliseront pas cette arme. Son usage
sera limité aux cas où la vie d'un policier ou la sécurité
publique seront menacées. (Source : RCI)
PS : La
vie est une valeur universelle. Les corps policiers doivent la
valoriser au maximum.
■ La SQ, «une machine réticente à se faire ausculter» – (Suite tome
3
de L'Étau Policier) Reprenons le fil d’Ariane… En février 2001, le ministre péquiste
de la Sécurité publique, Serge Ménard, dévoile le nom des membres
du Conseil de surveillance sur les activités de la Sûreté du
Québec (SQ),
qu’il identifie comme étant «notre
police nationale».
Claude
Corbo,
ex-recteur de l’UQÀM et auteur de quelques ouvrages sur la police,
en est nommé président. (Martin Pelchat – La Presse des 20 et 21
février 2001) Les autres sont Clément
Godbout,
ex-président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ),
Gretta
Chambers,
ex-chancelière de l’Université McGill, Jacques
Pigeon,
ex-sous-ministre des Communications, et Me
Jean-Pierre Lussier,
ex-procureur de la commission Keable sur les agissements illégaux de
la GRC lors de la crise d’octobre 1970. Sylvain Ayotte en est
désigné directeur général.
Rapportant les propos que
lui a tenus Me
Bernard Roy,
ex-procureur en chef de la Commission Poitras, le journaliste Martin
Pelchat de La Presse écrit que le Conseil
de surveillance aura fort à faire pour changer la culture prévalant
à la Sûreté du Québec.
Tout en se disant encouragé par le calibre des personnes choisies
pour y siéger, Me Roy se dit d’avis que celles-ci «risquent
de se faire endormir ou enterrer sous la bureaucratie et la paperasse
par une machine réticente à se faire ausculter».
Un
risque d’autant plus grand que le Conseil de surveillance
mis de l’avant par Québec «est
loin du chien de garde
(Conseil de contrôle)»
réclamé par la Commission Poitras.
Une
machine réticente à se faire ausculter?
Dans son rapport 2002-2003, le Conseil de surveillance des activités
de la Sûreté du Québec écrira qu’«il
n’est pas aisé d’apprécier une organisation opérationnelle de
plus de 7 000 employés, dont la majeure partie est constituée
d’agents de la paix répartie sur le vaste territoire du Québec(son
rapport annuel est accessible sur le site Web du ministère de la
Sécurité public :
www.msp.gouv.qc.ca).
«Au
surplus, indiquent
ses auteurs,
l’inconfort
(sic) de
la Sûreté
(du Québec) à
l’égard du principe même de la création du Conseil et l’analyse
des activités d’une organisation, dont la mission a pour effet de
l’entourer d’une aire de discrétion nécessaire à
l’accomplissement de ses responsabilités, sont autant d’éléments
contribuant à rehausser le niveau de complexité de la mission du
Conseil.»
Par
ailleurs, le quotidien Le Soleil obtiendra quatre avis rédigés en
2002 et 2003 par le Conseil de surveillance. Ce corps policier,
écrira l’organisme, tarde
à corriger les lacunes en matière d’affaires internes et de
gestion des enquêtes criminelles soulevée par la Commission Poitras
(Le Soleil – La Presse du 8 juillet 2004) : absence
d’évaluation du personnel d’enquête, manque de vision du rôle
fondamental des technologies de l’information, structure d’enquête
floue et imprécise.
Selon
le Conseil de surveillance, le flou et l’imprécision des enquêtes«rendent
bien difficile une gestion des personnes et des opérations selon les
principes de gestion qui doivent normalement être mis en œuvre dans
les services publics imputables.»
Notons
que le ministère de la Sécurité publique avait refusé de
transmettre les documents au journaliste, mais changera d’avis
après une première audition devant la Commission d’accès à
l’information du Québec.
Le
journaliste Martin Pelchat de La Presse rapporte aussi les
commentaires du criminologue André
Normandeau
qui, bien que reconnaissant les mérites de Corbo, aurait souhaité
que Me Bernard Roy soit nommé au sein du conseil : «Il
aurait été une sorte de conscience pour le suivi de la Commission
Poitras.»
En
outre, il
doute que les moyens mis à la disposition du Conseil de surveillance
lui permettront de jouer son rôle adéquatement.
Il se demande comment, avec un budget 500 000$ par an, celui-ci
pourra opposer à la Sûreté du Québec, dotée d’un budget de
400M$ (chiffre énoncé en février 2001), des dossiers étoffés.
«Ça
ne fait ni sérieux ni rigoureux»,
juge-t-il. Il aurait fallu doter le conseil d’une équipe de cinq à
six recherchistes. Or, elle ne comptera que sur un seul employé à
plein temps, le dg Sylvain Ayotte.
«Il
ne faut pas se contenter d’écouter les directeurs
(Florent Gagné et ses successeurs) ou
M. Cannavino (président
de l’Association des policiers provinciaux du Québec),
qui vont vous dire que tout va bien, etc.»
(NDLR :
Dans son rapport 2002-2003, le Conseil de surveillance indiquera
disposer de quatre employés, dont un cadre.) (Suite
demain)
■ Des policiers maltraitent des jeunes – (Suite tome
2
de L'Étau Policier) Examinons
sur le terrain d’autres formes de répression dont sont victimes
des jeunes vitres cassées. À l’été 2000, un policiers de l’île
de Montréal, Mitchell
Janhevich,
est suspendu sans solde pendant trois jours par le Comité de
déontologie. (Marcel Laroche – La Presse du 23 juillet 1999)
En
avril 1998, il
avait aspergé de poivre de Cayenne le visage d’un mineur menotté,
mains derrière le dos, et placé sur la banquette arrière de
l’auto-patrouille.
Paraît-il qu’il s’apprêtait à cracher sur le policier qui
avait procédé à son arrestation. Le commissaire du comité, Me
Jacques Monette, souligne que le gaz doit être utilisé à bon
escient, et non dans un mouvement d’impatience.
La procureur du
commissaire, Me Danielle Simoneau, note l’absence de repentir du
policier. L’avocat
de Janhevich, Me Yves Clermont, plaide en effet que son client n’a
pas à se repentir parce convaincu d’avoir agi de bonne foi.
Ce
corps policier n’est pas le seul à manquer de respect à l’égard
des jeunes, à les maltraiter, celui
de Terrebonne aussi, entre autres.
Dans un article daté de l’été 2000, le journaliste Bruno Bisson
de La Presse écrit que la
violence avec laquelle un policier a battu un ado de 16 ans et
l’apathie de trois de ses collègues qui en ont été témoins sans
intervenir, viennent de leur valoir des suspensions
de 5 à 15 jours (Rollande Parent de la Presse canadienne, et Bruno
Bisson –
La Presse des 29 juin et 2 août 2000) : Patrick
Lepage, Rémi Labonté, Yves Laniel et Luc Richard.
Voyons
les faits relatés par la journaliste Rollande Parent de la Presse
canadienne. En début de soirée du 16 mars 1997, la victime et deux
de ses amis se rendent dans la cour de l’école Esther-Blondin de
Terrebonne rejoindre deux copains. Puis tout ce monde se met à
bavarder, quelques uns allument un joint.
Des
autos-patrouille arrivent, les
jeunes se sauvent, le policier Patrick Lepage les rattrape,
hume l’odeur de cannabis, décide de les fouiller, la victime s’y
refuse. Lepage trouve deux petits sacs de plastique vides dans l’une
de ses poches. Les policiers veulent savoir ce qu’ils contenaient,
l’ado refuse de répondre.
Le
ton monte, Lepage le couvre d’injures et, la fouille terminée, lui
assène un petit coup sec dans le ventre. L’ado le repousse, Lepage
le saisit à la gorge, l’ado le repousse encore, Lepage tombe à
terre.
Alors que deux collègues policiers maîtrisent l’ado, Lepage se
relève, prend un élan de quelques pas et lui administre un violent
coup de poing dans le ventre, l’ado en a le souffle coupé, la
douleur le plie en deux, puis Lepage le jette au sol, lui passe les
menottes.
Cependant,
il n’en a pas terminé avec Lepage, loin de là, signale la
journaliste. Menotté, il se retrouve sur la banquette arrière de
l’auto-patrouille. On n’a pas jugé bon de boucler sa ceinture de
sécurité et, en cours de route, Lepage
applique brusquement les freins, l’ado est projeté contre la vitre
séparant les deux banquettes.
Arrivé au poste, Lepage
le sort de l’auto-patrouille en l’agrippant par les cheveux,
l’amène au sous-sol dans un petit local, le
projette sur le plancher, lui administre de nombreux coups de pieds
aux jambes, le saisit par les cheveux pour qu’il le regarde et lui
dit : «Check
moé ben la face, tu vas t’en souvenir, mon hostie».
Selon
Me
Suzanne Lévesque,
présidente du Comité
de déontologie,
Lepage avait serré l’ado à l’encolure, technique
potentiellement dangereuse : «Nul
doute ici que le rapport de force de trois policiers était nettement
suffisant pour venir à bout de l’adolescent sans devoir appliquer
une technique aussi risquée.
(...) À
la lumière de la preuve retenue, la façon dont l’agent Lepage
s’est comporté, avec violence et vengeance, gratuitement et même
délibérément, est totalement inadmissible.»
Elle note également qu’il est le seul policier à prétendre que
le jeune était «visiblement
sous l’effet de stupéfiants».
Lepage est suspendu sans solde pour 15 jours.
Quant
à Rémi
Labonté,
Yves
Laniel
et Luc
Richard,
ils ne sont pas intervenus pour calmer leur collègue. Elle souligne
que «l’absence
de conscience professionnelle dont ils ont fait preuve, en laissant
agir leur confrère, est contraire à la norme de conduite qui impose
aux policiers de se comporter de manière à préserver la confiance
et la considération que requiert leur fonction».
Reconnus coupables de complicité, tous trois écopent d’une
suspension de 5 jours sans solde. (Suite demain)
News du jeudi 12 Février 2009
■ Le doigt d'honneur à l'index ! – Ainsi
que je le rapportais plus bas, la Commission de contrôle
cinématographique de l'Ontario, l'une des provinces du Canada, vient
d'ajouter le "doigt
d'honneur"
à sa liste officielle de comportements grossiers sur grand écran.
Ce geste est décrit comme un simulacre
d'érection dans son manuel
traitant de l'évaluation de l'impact psychologique des films :
article ici.
Doigt
d'honneur aux censeurs ontariens
: Vidéo (04:02). Pourquoi
fait-on le doigt d'honneur? Bref historique : sur wikipédia
et ici.
Doigt d'honneur gonflable
et parapluie
(plus bas dans la page qui s'affiche) : on arrête pas le progrès. À
certaines heures permis,
lorsque les enfants sont couchés. Doigt d'honneur présidentiel...
Après le doigt
d'honneur, les censeurs ontariens vont-ils s'en prendre au mot PHOQUE
(03:02)? Lequel est le plus utilisé : Fuck, shit ou bullshit? La
durée de la vidéo
est de 27:18, alors lorsque vous en aurez suffisamment entendu,
revenez ici. Petite
leçon sur le mot anglais fuck (02:31).
■ RadioHead – Enregistrement vidéo (52:19) dans leur propre studio. Un atelier
de travail en désordre, des vieux jeans. Pas de chrome, authenticité
assurée. Les deux premières tunes, surtout la deuxième, sont les
meilleures, selon moi.
■ Montréal : plusieurs avocats et la ligue des droits et libertés... – ...s'opposent
à la modification d'un règlement qui permettrait au maire Gérald
Tremblay d'interdire le déguisement du visage lors d'une manif. Ils
s'en prennent aussi à des articles de règlements en vigueur.
Notamment l'attroupement de 3 personnes ou plus ayant un but commun
et le fait de gêner la circulation d'un citoyen.
Dans une lettre
publiée par le quotidien Le
Devoir, ils considèrent que ces dispositions touchent à
l'exercice de la liberté d'expression qui est pourtant au cœur
d'une société démocratique.
D'ailleurs,
selon eux, elles ont souvent été l'occasion d'abus de la part des policiers
qui les ont utilisées pour effectuer des arrestations massives et
préventives alors qu'aucun acte criminel n'était commis. Lors du G8
de 2002, ce fut le cas : arrestations de personnes dans un parc,
avant même qu'elles ne manifestent. En 1999, arrestation dans une
cour d'école de plusieurs enfants qui protestaient contre la
cessation d'activités parascolaires.
Les
auteurs de la lettre rappellent qu'à plusieurs reprises, la Cour
suprême du Canada a affirmé que l'un des buts de la liberté
d'expression est de protéger celle des groupes défavorisés et des
minorités.
Les
signataires de la lettre : Me Denis Barette, avocat la Ligue
des droits et libertés ; Me Pierre Bosset, prof de droit
public au département des sciences juridiques de l'Université du
Québec à Montréal (UQAM) ; Me Julius Grey ; Lucie
Lemonde, prof au département des sciences juridiques de l'UQAM ;
Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et
libertés ; Me Gilles Trudeau, président de l'Association des
avocats de la défense de Montréal.
PS
: Les manifs sont utiles à la société. Celles tenues partout dans
le monde lors de G8, par exemple, démontrent hors de tout doute que
la mondialisation n'a pas été qu'un bienfait, qu'elle a ouvert
grand la porte au capitalisme sauvage.
Le projet de l’Accord
multilatéral sur les investissements (AMI), élaboré par
l’Organisation pour la coopération et le développement économique
(OCDE), mettait en relief ce volet d’une mondialisation débridée
: j'en traite longuement dans le tome 2 de L'Étau Policier.
Les manifs dans le monde occidental, notamment à Montréal
justement, contre le «SalAMI» auraient contribué à faire
échouer l’accord.
Michel
Freitag, sociologue à l'UQAM : «Les négociateurs étaient en
train de commettre un acte de haute trahison vis-à-vis de leurs
États propres (...). L’AMI ne créait que des obligations
pour les États et que des droits pour les investisseurs (...).
Toutes les constitutions allaient devenir désuètes». Les États
auraient été obligés de «renforcer leur pouvoir répressif
puisqu’ils se portaient responsables, auprès des multinationales,
des troubles de leurs citoyens : grèves, manifestations (...).
Ils auraient dû donner des compensations aux investisseurs.»
Et
la crise financière mondiale que les citoyens sont condamnés à
subir pendant des années? Encore les requins du capitalisme sauvage,
clients assidus des paradis fiscaux.
■ La police : une machine à rumeurs effrayante – (Suite tome
3 de
L'Étau Policier) Autre
point. Difficile de croire que la connaissance de secrets d’alcôves,
de petites combines électorales ou de contrats accordés à des amis
suffisent
à un syndicat policier pour tenir en laisse un ministre ou un
gouvernement.
Il faut beaucoup plus, considérablement plus.
Glissons
ici cette opportune citation de Casamayor
(Louis
Casamayor – La Police – Gallimard) : «On
peut imaginer cent mille agents de police qui ne poseraient pas de
problèmes, alors qu'un seul en poserait de terribles, par exemple
s’il possédait les secrets du maître du pays. On pourrait alors
se demander qui est le véritable maître. En fait, une société a
plusieurs maîtres»,
constate Casamayor.
Contrôles
et nettoyages sociaux
auxquels se livre l’underground policier entre
plus vraisemblablement dans la catégorie des secrets du maître d’un
pays,
d’une province, d’une MRC, d’une municipalité. Pour les
syndicats policiers, ce secret est l’équivalent d’une
arme suffisamment dissuasive.
Ce qui n’exclut pas secrets d’alcôves, petites combines
électorales ou contrats accordés à des amis, remarquez bien, mais
en d’autres occasions, par
exemple lors d’une campagne électorale.
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