News du lundi 30 Avril 2012
■ Japon-Fukushima :
la situation empire de jour en jour
– Dimanche 22 avril 2012, une deuxième explosion est survenu à la
centrale numéro 4 suivie d'un incendie. Alors que la situation est
de plus en plus intenable, silences et mensonges règnent dans le pays.
Photos et information + texte,
la situation empire de jour en jour + vidéo
(05:28) entrevue
avec le diplomate japonnais Akio Matsumura, sous titrée en
français : pourquoi êtes-vous si préoccupé par l'énergie
nucléaire? 8 mars 2012 + vidéo
(58:01), conférence du Dr Helen Caldicott : What we learned from
Fukushima, 2 avril 2012 + texte :
La radioactivité de Fukushima s'exporte jusqu'en Arctique + vidéo
(29:07), entre autres, entrevue exclusive avec Naoto Kan qui occupait
la fonction de premier ministre au Japon lors du séisme et du
tsunamis. Le mensonge de Fukushima, 7 mars 2012, sous titrée en
français, à visionner sans faute.
■ George,
le gradé, me fait passer un petit test -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Le
plus hiérarchisé de tous les civils de la police de Montréal que
j'ai connus est sans aucun doute George, un pseudo retraité, homme
réfléchi, modèle technocrate, fin causeur, yeux brillants dans un
visage triangulaire, dos un peu voûté, à moins que ce ne soit une
musculature haltérophilique.
Plus hiérarchisé pour deux raisons.
Il était toujours le centre d'attraction des autres civils. En sa
présence, ceux-ci parlaient peu, comme des élèves en présence de
leur prof. C'est George qui tenait le plancher. De plus,
contrairement aux autres, il me cachait à peine son appartenance à
la police. Son grade le lui permettait-il? Cela n'en demeurait pas
moins dans le domaine du non dit.
N'ai jamais abordé le sujet, de
crainte qu'il ne se refroidisse et ne réponde plus à mes questions.
Il est le seul avec qui j'ai pu, à quelques très rares occasions,
parler un tout petit peu de son métier. Un
après-midi, alors que tous les usagers de la cafétéria sont
partis, je tente d'aborder avec lui la question de la mauvaise foi
colossale des civils à l'endroit des citoyens qu'ils infiltrent.
Sujet délicat. J'amorce la discussion en disant que moi, je suis de
bonne foi et m'attends à ce que... (mon interlocuteur le soit aussi,
simple question de respect)...
Anticipant ce qui s'en vient, il ne me
laisse pas compléter. Quand tu soulèves une question un peu
embarrassante pour un civil, soit qu'il te coupe la parole ou s'en
aille, sans avoir l'air de fuir, lentement, l'esprit ailleurs, comme
si tu n'étais déjà plus là. George ne fuit pas, bien que le sujet
l'embête un peu. Je tente de l'aider : peut-on parler de mauvaise
foi entre guillemets? Il semble voir dans mon approche un peu de
malice de ma part. Mon propos l'agace, je n'ose pas insister.
Depuis
cet échange, il fait de gros efforts pour me démontrer le
contraire. Subtilité, désormais ce n'est plus lui qui me tend des
perches mais un tiers, quand ce ne sont pas deux tiers. Lui se
contente d'écouter mes réparties, tête baissée au-dessus de son
assiette. Quoique pas toujours...
Lors d'une autre dîner, à la même
cafétéria, j'aurai l'impression de comparaître devant un juge.
Cabaret en main, je repère George. Il est seul, vais l'y rejoindre,
m'assieds en face de lui. À peine ai-je pris place que trois autres
civils arrivent à la queue leu leu : Norbert, Olivier et Gilberte.
Je constate alors qu'on a collé deux tables l'une en face de
l'autre. Ce qui n'est jamais arrivé auparavant. Ça sent la mise en
scène. Devant moi, le gradé, à ma droite ses trois collègues.
Ambiance un peu protocolaire, pour ne pas dire militaire.
George
en profite pour me faire passer un petit test psychologique. Me parle
d'individus qui rejettent la société. À mes yeux, c'est
impossible, sains d'esprit s'entend. N'y a-t-il pas au moins
certaines choses qu'ils acceptent, ne serait-ce que les biens de
consommation, la télé, le hockey de la Ligue nationale? Je n'y
arrive pas parce qu'il cherche insidieusement à me faire gober que
mon refus d'accepter l'omniprésence des civils émane du fait que je
rejette de la société. Obligation il y aurait donc d'accepter
l'inacceptable, l'Étau policier.
Pour mieux me faire comprendre ce
qu'il insinue, il me place dans la situation du naufragé ayant
trouvé refuge sur une île déserte et qui, un matin, en voit un
autre arriver sur un radeau improvisé : «Ce serait quoi ta
réaction?» me demande-t-il. Jouant à l'élève obéissant, je
réponds à mon prof qu'il aurait tout intérêt à s'en réjouir,
qu'à deux, ils trouveraient peut-être une solution pour revenir à la
civilisation. (Suite
demain)
■ Drogue :
nos élus ont pris pour du cash tout ce que les flics leur disaient
-
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) L'enquête
du Comité Nolin durera près de trois ans : de juin 1999 à mai
2002. En cours de route des opinions seront émises publiquement, de
temps à autre, dont certaines méritent particulièrement
l'attention. Il jouit d'appuis, ainsi celui de l'éditorialiste
Pierre Gravel de La Presse, homme progressiste et humain (Pierre
Gravel -- La Presse du 21 juin 1999).
«Les
plus embêtés par ce nouvel assaut contre cet interdit traditionnel
(la drogue) sont
sûrement les patrons des grandes organisations criminelles qui ont
tout à perdre dans la décriminalisation de ce commerce qu'ils
contrôlent. Exactement comme lorsqu'on a mis fin à la prohibition
de l'alcool, ce sont les bootleggers
(nom désignant fabricants et trafiquants d'alcool) qui
ont été privés d'une clientèle trop heureuse de pouvoir
s'approvisionner désormais auprès de fournisseurs acceptant de se
plier aux règles bien définies d'un commerce devenu licite.»
Cependant,
il y aura toute une bataille à livrer. Et pas seulement au Canada,
aux États-Unis surtout. Fin août 1999, on apprend que la révolte
gronde chez les 34 pays membres de la Commission interaméricaine de
lutte contre l'abus des drogues au sujet de l'approche militarisée
de la droite politique américaine.
Le journaliste Vincent Marissal
de La Presse signale que ceux-ci réalisent que si la Colombie peut
produire de la drogue et la faire passer par les Antilles ou de plus
en plus souvent par le Canada, c'est qu'il y a des pays consommateurs
au bout de la chaîne, dont les États-Unis, qui en consomment le
plus. (Vincent Marissal -- La Presse du 31 août 1999)
Ce qui
n'empêche pas les dirigeants de ce pays, doit-on ajouter aux propos
du journaliste, de faire la leçon aux autres, en attribuant
annuellement à chacun des certificats de bonne ou de mauvaise
conduite. Les Spartiates veulent imposer leur façon de vivre à la
dure aux citoyens des autres pays. Hégémonie.
Revenons
à l'article de La Presse. Semble bien qu'un jour prochain on en
viendra à reconnaître que tous les pays ont une responsabilité.
Les 34 ont élaboré un Mécanisme multilatéral d'évaluation (MMÉ)
basé sur des données mesurables et quantifiables. Quatre-vingts
indicateurs permettant d'évaluer les efforts de chacun dans tous les
domaines de la lutte antidrogue : contrôle des cultures et de la
distribution, lois et sentences décernées aux trafiquants, argent
investi, etc.
La grande nouveauté : l'organisme servira aussi à
mesurer activités de prévention et programmes de soins aux
toxicomanes. La
Presse cite Jean Fournier, l'adjoint du Solliciteur général du
Canada, le grand patron de la police «Cela
pourrait démontrer, par exemple, que les États-Unis ne font pas
assez pour la prévention en démontrant le déséquilibre entre les
sommes versées dans la guerre à la drogue et celles versées dans
la prévention.
(...) Regardez
à Vancouver, indique-t-il
au journaliste,
il n'y a que 50 lits pour le traitement des toxicomanes de toute la
région.»
Fournier se dit surpris que ces pays soient arrivés si vite à un
accord sur ce changement de cap. Il y voit la preuve qu'ils veulent
en finir avec la domination des États-Unis en cette matière. «Après
15 ans d'approche militaire à la Ronald Reagan, tout le monde
réalise que c'est un échec. Notre régime a été accepté parce
que c'est une approche axée sur l'offre mais aussi la demande.»
L'initiative
canadienne mérite d'être soulignée. N'empêche que le Canada a mis
du temps à découvrir que le côté violent et inhumain de
l'approche américaine conduisait directement au charnier et à une
démocratie où les droits et libertés ne font plus le poids. Il
s'est étroitement associé à cette utopie meurtrière et, jusqu'à
nouvel ordre, continue et continuera encore d'en être aussi
longtemps que l'approche humanitaire et démocratique ne sera pas
implantée d'un océan à l'autre.
À
la fin de la Guerre Sainte, si tant est qu'elle prenne fin un jour,
combien de Canadiens y auront laissé leur peau, combien auront vu
leurs droits fondamentaux foulés du pied? Le Canada ne peut se
prétendre victime de dirigeants américains, sa complicité s'est
étalée sur trop d'années.
D'autant que nos corps policiers
canadiens
-- municipaux, régionaux, provinciaux et fédéral -- ont
une bonne part de responsabilité dans ce charnier. Là, on parle de
manque de jugement chez ceux que nous élisons au pinacle du pouvoir,
qui ont pris pour de l'argent comptant tout ce que nos flics leur
disaient. (Suite
demain)
News du dimanche 29 Avril 2012
■ L'actualité
québécoise...
- …En caricatures : vidéo
(03:46), l'un des thèmes porte sur la révolte étudiante.
■ Québec :
la ville de Laval a-t-elle fraudé ses contribuables ?
- À la suite de plaintes, le ministère québécois des Affaires
municipales a enquêté et constaté que les dépenses de Laval,
ville du maire Gilles Vaillancourt, ne sont pas toujours conformes à
la loi : dans
la liste des villes ayant fait l'objet d'une enquête, cliquez
sur Ville de Laval, 26 avril 2012. Les
dépenses partisanes sont nombreuses. Entre 2004 et 2010, le Parti
politique du maire Vaillancourt a coûté près de 2 million$ aux
contribuables.
Brièvement : congrès du Parti (du maire),
cocktails-bénéfice, campagnes d’investiture, location de
chapiteaux, autobus, salles pour des réunions du Parti, honoraires
et fournitures diverses relatifs aux cartes de membres, lettres de
sollicitation pour le financement du Parti et cartes de visite des
candidats ou des élus, hébergement du site Web, allocation d’un
local pour les élections de 2005, diverses factures concernent le
loyer, dépenses de services publics, différents frais pour
l’entretien du local, honoraires professionnels de comptabilité et
de vérification engagées au bénéfice du Parti, recherches
fiscales concernant la récupération des taxes de vente auprès des
gouvernements supérieurs.
■ Je
menace Louis de lui écraser mon
sandwich dans la face -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Le
lendemain de ma confrontation avec Norbert, que j'ai relatée hier,
je me rends au bureau de Travail-Québec renouveler ma demande d'aide
sociale. Cela fait, je ma dirige ensuite vers la cafétéria. Il est
environ 13h30. Les usagers sont partis. À part du personnel de la
cuisine occupé à nettoyer le comptoir, frotter poêle et tables
chauffantes Steinless, il y a, assis à la même table, George, le
galonné, Norbert et Louis.
Je me dirige directo vers leur table,
cabaret en mains, lançant de loin à Norbert, à la blague, et même
deux fois plutôt qu'une : «Tiens, mon tortionnaire!». Il sourit.
Au moment où je m'apprête à m'asseoir à leur table, Norbert me
dit, l’œil suspicieux, les lèvres arrondies : «Micro, micro?».
Pense-t-il que j'ai enregistré la scène de la veille? Sa remarque
me fait réaliser qu'il n'avait alors pas dit un seul mot,
l'affrontement était muet, tout était dans la mimique de ses yeux.
Ou pense-t-il que je m'apprête à enregistrer la conversation que
nous allons avoir? Lui retourne la balle : «Micro, micro?», que je
dis en passant la main sous la table. Les choses en restent là.
Leur
raconte ensuite d'où j'arrive, ce que j'y suis allé faire, parle de
mon livret de banque : «Avec les 57$ qui me restent, la fille de
l'aide sociale a dû trouver que j'avais pas beaucoup d'argent. Là,
il m'en reste encore moins parce qu'avant de venir ici, j'ai retiré
20$ au guichet automatique».
George dit ne pas me croire, que, de
l'argent, j'en ai plein. Prétend m'avoir même déjà aperçu, une
nuit, en train de creuser un trou dans le Parc Lafontaine pour l'y
cacher. Je rétorque que moi, mon argent, je l'envoie en Suisse, (où
j'ai un compte numéroté).
Norbert, la voix entrecoupée d'éclats
de rire, me lance, en secouant la tête : «Avec les suisses, ha! ha!
ha! Avec les suisses, ha! ha! ha!». Lui, il fait allusion aux
écureuils du Parc Lafontaine. Seule fois où j'ai vu ces hommes-là
rire d'aussi bon cœur.
Au cours de la conversation qui suit, Louis,
le troisième homme, m'apprend qu'il est gardien de sécurité. Les
bras m'en tombent, sans le laisser trop paraître. Toute une
nouvelle! Parce que ce gars-là, je le connais très bien. Pendant
plusieurs mois, on a fait du bénévolat ensemble au resto
communautaire Bouffe-Héberge.
Dans ma tête, j'essaie de faire le
point. Certains éléments de réponses me viendront sur le coup,
d'autres plus tard. Cela suppose que la police en aurait embauché un
pour l'infiltrer. Mais pourquoi quand on sait qu'il fourmillait déjà
de civils, dont certains y faisaient même du bénévolat. Louis,
gardien de sécurité? Les ficelles sont trop grosses. Évidemment,
il ne peut m'avouer être un civil, cela ne se dit pas. Et pourquoi
maintenant et en présence des deux autres civils?
L'impression que
Louis joue le rôle de celui ayant été témoin de méfaits.
Impression devenant certitude quand il ajoute que le président du
resto était un gars facilement influençable, avec l'air de dire que
je l'avais influencé, sans préciser en quoi et en quelle
circonstance, ou si c'était en bien ou en mal. Le dit-il pour me
passer le message qu'il est au courant d'illégalités que j'aurais
commises alors que j'y faisais du bénévolat? Sa remarque fielleuse
m'irrite au point où je menace de lui écraser mon sandwich dans la
face.
La complicité entre eux est évidente, Louis sait que ses deux
vis-à-vis sont des civils. Je me rends bien compte que leur petite
mise en scène n'est rien d'autre qu'une tactique de harcèlement et
d'intimidation. Tous ces petits coups d'épingle finissent par
laisser des marques psychiques. Ça vous empoisonne l'existence et
incite à ne plus jamais remettre les pieds à un endroit. (Suite
demain)
■ Canada
1999 : les partis politiques veulent mettre fin à la
guerre contre la drogue -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Juin
1999, un mince filet d'espoir se profile à l'horizon : le
sénateur "conservateur" Pierre-Claude Nolin convainc ses
collègues du Sénat canadien de créer un Comité multipartite afin
d'«examiner
ouvertement, objectivement et impartialement la législation
antidrogue du Canada et les politiques en matière de marijuana».
Au pays, doit-on noter, ce comité ne sera pas le seul à examiner à
la loupe l'usage de la drogue. Quelque temps après sa mise sur pied,
le gouvernement fédéral libéral de Jean Chrétien créera
parallèlement un Comité parlementaire pour étudier également la
problématique. Il sera composé de députés des cinq partis
politiques, et présidé par la députée libérale Paddy Torsney.
Élu
à la présidence du Comité sénatorial, Nolin décrit par la suite
publiquement la situation. (Gilles Toupin -- La Presse du 16 juin
1999) La guerre du Canada contre le trafic et la consommation des
drogues est un échec total, le gouvernement doit réévaluer au plus
vite ses lois et politiques antidrogues. Il précise même que
davantage de policiers, d'armes et de peines d'emprisonnement ne font
en rien diminuer ces fléaux.
Ajoute que la guerre à la drogue cause
aujourd'hui davantage de mal et de chaos que les drogues elles-mêmes.
«Des
Canadiens meurent tous les jours de la drogue, des centaines de
milliers de personnes sont en prison
(environ 600 000 ont des dossiers judiciaires liés au cannabis,
on le verra),
les libertés civiles sont menacées, des quartiers entiers de nos
villes sont transformés en zones de guerre, les forces de police se
militarisent de plus en plus»,
déclare-t-il.
Le portrait que le sénateur Nolin brosse de la
situation est en tout point fidèle à ce que décrivent les tomes 1,
2 et 3 de L'Étau Policier. Aux quartiers de nos villes dont il dit
qu'ils sont transformés en zone de guerre, je n'hésite pas à
inclure, parmi d'autres, celui d'Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal,
où la guerre contre la drogue a détruit l'osmose et par ricochet le
tissus social.
Et ses citoyens sont confinés dans leur espace privé
respectif, sans savoir qu'ils le sont, l'espace public étant devenu
l'équivalent d'un no man's land. Quand je déambulais dans ses rues
désertes, ma seule présence faisait l'objet de la suspicion de la
police de l'île de Montréal. Celle-ci a littéralement conquis ce
quartier, y fait la loi. Quant je parle de loi martiale sans le nom
dans la Cité policière qu'est devenue Montréal, je ne pèche par
délire métaphorique.
Et ce n'est pas le seul endroit de la planète
où la police en civil et ses collabos sévissent de la sorte. Le
sénateur Nolin se réfère à une enquête réalisée par la
Fondation canadienne pour une politique sur la drogue, et cosigné
par le président de l'organisme, Eugene Oscapella, et le docteur
Diane Riley, une experte de la question, souligne le journaliste
Gilles Toupin de La Presse.
Ceux-ci recommandent que le fédéral et
les provinces traitent désormais la toxicomanie «comme
un problème médical et social et non comme un problème criminel».
Rien de nouveau là, des intervenants et des études le disent et
répètent depuis belle lurette. Comment expliquer qu'ils s'en
préoccupent tout à coup?
Oscapella
et Riley se sont notamment inspirés des résultats d'un projet
pilote lancé par la Suisse en 1994 et lors duquel on a fourni de
l'héroïne à des toxicomanes en consommant depuis des années.
L'objectif était d'évaluer scientifiquement l'impact de cette
nouvelle approche sur leur santé, leur intégration sociale et
comportement.
Environ trois ans plus tard, le Dr Annie Mino, de
l'Unité de toxico dépendance, un centre psychiatrique affilié aux
hôpitaux universitaires de Genève, en dressait le bilan (Isabelle
Hachey -- La Presse du 13 mars 1999) : baisse de la criminalité de
60%, réduction du chômage de 50% chez les toxicos et économies
appréciables dues à la diminution des frais de procédure pénale,
d'incarcération et de traitement médical. «Et
il n'y a eu aucune overdose mortelle».
Mieux encore, on a constaté une amélioration significative de leur
santé physique et psychologique. (Suite
demain)
News du samedi 28 Avril 2012
■ Québec :
grève des étudiants
– Les profs pourraient-ils donner des cours gratuits sur le web?
Cela nécessiterait la mise en place d'une infrastructure mais serait
bien utile à ceux n'ayant pas les moyens financiers de fréquenter
une institution, quel qu'elle soit. Disponible pas seulement à
l'étudiant, à tout le monde aussi, finalement, incluant les africains ou habitants d'autres pays pauvres. Un exemple
dont le gouvernement de Jean Charest devrait s'inspirer, pas
seulement pour l'éducation, la santé aussi. Un
pensons-y-bien-deux-fois! Il y a de grosses économies à faire.
N'oublions pas que nous sommes à l'ère du Net.
■ Handicapés :
les oubliés du Net
– La plupart des sites ne sont pas programmés pour tous,
notamment les aveugles et malvoyants (PCINpact y compris). Eux aussi
ont le droit de s'informer, faire des recherches, discuter, régler
des affaires administratives, etc. Pourtant, il existe des logiciels,
dont Jaws
(Job
Access With Speech) qui
transforme le texte en paroles : vidéo
(01:19) + explorez la colonne de droite + wikipedia.
(NDLR : Suggérons à ceux possédant des infos donnant accès
au Net aux handicapés de les partager.)
■ Complètement
désarçonné, le policier en civil Norbert se lève d'un bond, ne
sait plus quoi dire -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Au
cours de mon enquête, il m'est arrivé de réagir émotivement. Seul
moment où l'émotion a triomphé de la raison, quoique pas
complètement tout de même. J'appellerais plutôt ça un dérapage
accidentel mais contrôlé.
J'étais à la cafétéria, dînais et
discutais de tout et de rien avec Norbert et Gilberte. Celui-ci
entreprend alors ses petits coups d'épingle, me coupant la parole,
me reprochant, le ton baveux, de trop élaborer quand je raconte
quelque chose. Je passe près de lui rétorquer que si je parle,
c'est bien parce que lui n'a jamais rien à dire. M'en abstiens, mon
approche ayant toujours été d'éviter de braquer des civils.
Peu
après, faisant allusion au fait que je porte des vêtements neufs,
il me fait remarquer qu'il y a aussi des criminels qui s'habillent
bien. Venant d'un citoyen, me contenterait d'en rire, mais d'un
flic... Je ne réagis pas, reste calme, extérieurement, mais à
l'intérieur je bouillonne. La raison l'emporte sur l'émotion...
jusqu'au lendemain.
Ce
lendemain, Norbert, vient s'asseoir près de ma table, sur un banc
longeant le mur. C'est alors que la colère que je n'ai pas
extériorisée la veille éclate. J'ai très envie de taper un bon
coup sur la table. Je réussis tout de même à la maîtriser, mais
pas le reste. Quand la mesure déborde... D'une voix assez forte pour
que les gens des tables voisines m'entendent bien, je dis à Norbert
: «Toi, il faut que je te parle».
Je m'approche à six pouces de
son visage, lui reproche ses petits coups d'épingle de la veille,
l'accuse de chercher à me déstabiliser, lui lance un défi : «Si
tu as une seule preuve contre moi, ou plusieurs, peu m'importe,
passes moi les menottes immédiatement, dis-je en lui présentant mes
poignets, fais moi un procès et GAGNE ton procès!», en appuyant
sur le verbe.
Complètement
désarçonné, Norbert se lève d'un bond, ne sait plus quoi dire,
sinon répéter, en levant et baissant à quelques reprises les bras
: «Non! non! non! non! non! non!...». Ma colère l'a surpris. On
dirait qu'il cherche à calmer le jeu, je ne sais trop. Un peu comme
s'il avait peur des conséquences de mon emportement. Pas de moi, je
ne suis pas menaçant.
Peut-être celle que des voisins de table se
rendent compte, à la nature de mon propos, qu'il est un civil. Des
mots peuvent les avoir fait tiquer : preuve, menottes, procès. Ou
soupçonne-t-il un piège de ma part? La présence peut-être d'un
autre journaliste dans la cafétéria et les conséquences
médiatiques? Il peut le penser car je n'ai réagi que lendemain, ce
qui m'aurait laissé amplement de temps de le piéger.
S'écoule une
bonne minute avant qu'il ne retombe sur ses pieds. Il marche quelques
pas en direction de la porte. Puis il se retourne vivement et tout
aussi vivement vient s'asseoir à ma table, en face de moi. Ce n'est
plus le même homme. Il est visiblement choqué d'avoir été
déstabilisé. Ses yeux sont mobiles, n'arrêtent pas d'aller de
gauche à droite et l'inverse. Semble ramasser ses muscles avant de
bondir sur moi.
Avec tout le monde qu'il y a là, cela ferait
beaucoup de témoins. Je ne crois pas qu'il serait passé à l'acte,
ce n'est pas un gars violent. Après tout, je ne l'ai pas insulté.
Et puis ce n'est pas moi qui lui ai fait quelque chose mais lui, un
civil duquel je devrais m'attendre à ce qu'il me respecte plutôt
que le contraire. Finalement, nous nous calmons les nerfs. Je garde
quand même pendant quelques secondes mon regard furibond, je le
sais, j'ai les yeux qui chauffent. Autour, des usagers nous
observent. (Suite
demain)
■ La
compréhension de la situation de l'autre, point de départ de
la compassion, de la solidarité humaine -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Essayons
de voir brièvement ce qu'est la compassion, plus explicitement... la
solidarité humaine. Citons Jacqueline De Romilly, qui se réfère à
l'Iliade d'Homère... (L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage
collectif d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de
journalistes groupant Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff,
Soyinka, Semprun, etc.)
À la fin de la guerre de Troie, le vieux
Priam pleure son fils et, s'adressant à Achille, lui fait penser à
son vieux père. Le sentiment de solidarité humaine qui marque si
fortement cette fin de l'Iliade sera la grande découverte de la
pensée grecque dans les siècles qui suivent, et aboutira à cette
pensée du philosophe Ménandre : «Rien
de ce qui est humain ne m'est étranger.»
Toute cette grande ouverture aux autres, cette grande protestation
contre l'intolérance, a pénétré à partir du grec notre
tradition, notre pensée et nos habitudes, écrit De Romilly.
Décrivons
le contexte de cet épisode de la mythologie grecque. Les Grecs
assiègent la Cité de Troie du roi Priam dont l'un des fils, Hector,
a tué Patrocle, un ami très cher et compagnon d'armes du Grec
Achille. (Jacques Desautels -- Dieux et mythes de la Grèce ancienne
-- Éditions Les Presses de l'Université Laval) Ce dernier se venge
en tuant Hector.
Par la suite, Priam se rend à la tente d'Achille
pour obtenir la restitution du corps de son fils. Homère, dans
l'Iliade, relate cette péripétie émouvante de la guerre de Troie.
Tout comme l'auteur français De Romilly, Desautels en traite aussi
dans l'un de ses ouvrages.
«Tout
le monde se souviendra de cette scène qui se déroule dans la tente
d'Achille. C'est, en effet, une scène inoubliable que ce vieillard
venant trouver, à l'insu des Troyens et des Achéens
(les Grecs portaient plusieurs noms),
le meurtrier de son fils. Et quel meurtrier!...
Pourtant Achille se laissera toucher par les prières du vieil homme
et lui remettra son fils après l'avoir fait laver, oindre et
habiller par ses suivantes.»
La
compréhension de la situation de l'autre est le point de départ de
la compassion, de la solidarité humaine : nous vivons ensemble,
sommes citoyens ensemble.
Il y a toujours place à des comportements
autres que guerriers. Finira-t-on par composer intelligemment avec la
drogue, et la prostitution? Soulever la question, c'est aussi ramener
sur le tapis les sempiternels contrôles et nettoyages sociaux. Si le
pouvoir légalisait notamment drogue et prostitution, quel autre faux
alibi utiliserait-il pour s'introduire dans le quotidien des citoyens
et s'adonner, en cachette, à ses deux activités préférées? On
verra quand on y sera, si jamais on y arrive. (Suite
demain)
News du vendredi 27 Avril 2012
■ Des
agriculteurs témoignent sur les dangers des pesticides
– Bien placés pour en parler, depuis des années ils les utilisent
régulièrement dans la culture notamment des légumes. Au point de
développer des maladies. Les pesticides sont un facteur aggravant
(et déclenchant) de toutes les maladies émergentes et infectieuses
chroniques comme la maladie de Lyme. L'un des témoins dit que lui et
sa conjointe mangeraient pour rien au monde les oignons (qu'ils
vendent), préfèrent ceux cultivés dans leur jardin bio :
vidéo
(54:00), "La mort est dans le pré".
■ Julian
Assange's The World Tomorrow
– Les invités du fondateur de WikiLeaks à son émission cette
semaine : Slavoj Zizek (philosophie postmoderne, art, cinéma,
métaphysique, psychanalyse, théologie, politique) ; et David
Horowitz (écrivain américain, ancien activiste et figure de la
nouvelle gauche américaine pendant les années 1960. Il est
aujourd'hui partisan des néo-conservateurs et des Républicains, et
éditorialiste aux magazines conservateurs NewsMax, Frontpage et au
magazine libéral Salon.com.) : vidéo
(28:01) + vidéos sur le site
d'Assange.
■ Grâce
aux smartphones, la police de plus en plus sous surveillance
– Par des citoyens témoins de brutalités injustifiées,
d'organismes aussi, dont Copwatch en France. Son site
est administré par un collectif de citoyens souhaitant lutter par la
transparence et l'information contre les violences policières.
Il a
été bloqué à plusieurs reprises par le gouvernement Sarkozy parce
qu'il fiche les policiers en civil. Cependant des sites miroirs ont
pris la relève et se multiplient. D'après un avocat de
l'observatoire des pratiques policières à Genève, en Suisse, il
faut encourager la prise d'images, particulièrement utiles lors de
bavures : vidéo
(04:19) + site copwatch aux
USA + vidéo
(07:49) de cet organisme.
■ Une
déstabilisation psychologique
peut être aussi costaude que la violence physique -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Nous
sommes un samedi, 11h du matin. En cette fin d'hiver 1997-98, il
reste encore un peu de neige. Les rues du quartier sont vides. Je
descends Baudry vers le sud, m'en vais dîner à la cafétéria du
Comité social Centre-Sud. Coin Ontario, une Asiatique, vêtue d'un
manteau trois quart rouge clair visible à mille pieds à la ronde,
arrive à ma hauteur, me regarde avec insistance : le rouge, une
couleur à suivre dans les prochains paragraphes.
J'entre dans une
tabagie acheter deux cigarettes. En ressort, trois ou quatre minutes
après, pour constater qu'elle n'a fait que traverser la rue Ontario,
m'attend, juste en face. Je
ne lui prête pas plus d'attention qu'il ne faut. Les rues sont
désertes, mais je n'en vérifie pas moins à gauche s'il ne vient
pas un véhicule, puis à droite... Oups! j'aperçois le nez d'une
auto-patrouille de la police, coin Ontario-Montcalm, rue parallèle à
Beaudry, et sur le même versant que moi. De l'autre côté,
l'Asiatique, encore mieux placée, doit la voir presque au complet.
Au moment où j'entreprends de traverser la rue, elle projette sa
tête en avant en fronçant les sourcils, l'air courroucé, comme si
elle voulait m'en dissuader. J'entends boum! Regarde en direction du
bruit, sur ma droite : l'auto-patrouille a franchi Ontario et son
conducteur, qui observait peut-être la scène, n'a pas vu un
obstacle qu'il a heurté. L'Asiatique fait alors un quart de tours,
et s'en va d'un pas rapide sur Ontario, direction est.
À
la cafétéria, je prends un cabaret, des ustensiles, un bol de
soupe. Pendant que la préposée au service me prépare une assiette
de viande, s'amène à mes côtés un punk habillé chic. Il porte
attaché au thorax une pancarte où je vois le dessin d'une pierre
tombale, avec le RIP, l'année de naissance et de décès du défunt,
un dénommé... Maurice Barnabé.
En fait, c'est de Richard Barnabé
dont il s'agit, un chauffeur de taxi qui est mort après avoir été
maîtrisé avec plus de force que nécessaire par des policiers de
l'île de Montréal : l'après-midi même une manif en faveur de
Barnabé doit justement avoir lieu quelque part dans le centre-ville.
Les lettres sont rouge clair, comme le manteau de l'Asiatique.
Peu
après, deux autres punks, eux aussi tirés à quatre épingles, un
homme et une femme, viennent se joindre à lui. Ils prennent place
près de ma table, une allée seulement nous sépare. Pourtant, ce
midi-là, l'endroit est pratiquement vide, les tables inoccupées ne
manquent pas : plus tard, d'eux d'entre eux participeront à
d'autres déstabilisations à mon encontre.
Après
le repas, retours chez moi par le même chemin. Coin Beaudry-Ontario,
côté nord, une femme en chaise roulante. Elle est tournée dans ma
direction, s'apprête à traverser Ontario. Elle est vêtue de
vêtements foncés et porte sur la poitrine un grand morceau de
tissu... rouge clair, comme les caractères de la pierre tombale de
Barnabé et le manteau de l'Asiatique.
À une centaine de pieds en
amont, un homme, nez légèrement courbé, environ 6 pieds, mince, la
trentaine. Il marche dans la même direction que la "paraplégique".
Il cligne des yeux vers moi et, réalisant que je l'observe, les
recligne droit devant lui. Il n'y a personne d'autre que nous sur la
rue. Puis la femme descend du trottoir et, au lieu de s'en venir dans
ma direction, poursuit son chemin sur Ontario. J'en déduis qu'elle
s'est tournée vers moi pour s'assurer que je vois bien le tissu
rouge.
Va pour une coïncidence, même deux, mais plus de trois,
c'est trop. Ce rouge clair détonne trop aussi dans ce paysage désert
et peu coloré de cette fin d'hiver. Je décode enfin le message,
mais curieusement la frousse ne me prendra qu'en soirée.
J'interprète le symbolisme ainsi : rouge clair = sang ; manteau
rouge de l'Asiatique + RIP de la pierre tombale et allusion à
Richard Barnabé en lettres rouge clair = deuxième Barnabé,
moi-même ; "paraplégique" + chaise roulante + tissu
rouge clair = l'immobilité si je ne suis pas tué. Agression
psychologique assez costaude, considérant le contexte de répression
policière où je baigne chaque jour. Sans compter cette petite peur
de l'agression physique, qui revient ponctuellement et dont
l'intensité varie, selon les occasions.
Cette
fois, je suis déterminé à identifier les deux acteurs du scénario.
Je suppose que la "paraplégique" n'en est pas une, et
que la chaise roulante, il faudra bien la transporter quelque part.
Mon idée est de les surprendre montant dans un véhicule, leur
demander de s'identifier et noter le numéro d'immatriculation.
Mine
de rien, je poursuis mon chemin, traverse Ontario, m'engage sur la
continuation de Beaudry, marche une dizaine de pas... puis reviens
rapidement sur Ontario. Surprise, les deux personnages ont disparu.
Me dirige au coin d'Ontario-Montcalm, ils n'y sont pas non plus, ni
au nord, ni au sud. Les rues sont désertes, je les aurais repérés
tout de suite.
Rebrousse chemin, regarde aux fenêtres -- il n'y a
pas de vitrines dans cette partie de la rue -- des commerces sur
Ontario, entre Montcalm et Beaudry, rien. Ils étaient sans doute
cachés dans une cours arrière, rue Montcalme, mais n'envisagerai
cette hypothèse que le lendemain.
En
soirée, craignant vraiment qu'on s'en prenne à moi physiquement, je
téléphone à un journaliste. Absent de son bureau, je lui laisse un
message dans sa boîte vocale. M'identifie, explique que je suis
journaliste et fait une enquête sur l'underground policier
montréalais, que je me sens menacé par la police et que, comme je
travaille solo, sans personne pour protéger mes arrières
au-cas-z-où, je compte sur lui pour témoigner si jamais un incident
se produisait.
Cette nuit-là, le sommeil tardera à venir. J'ai peur
pour la première fois de ma vie. À partir de ce moment, ma
perception de la police ne sera plus la même. Une couple de jours
s'écoulent avant que je décide de retourner à la cafétéria. Le
temps que mon début de panique se dissipe et... le journaliste
refasse surface. Je m'impose une restriction : plus aucune sortie en
ville après le couché du soleil, moment de la journée me semblant
plus propice à des dérapages musclés.
Dans
les jours suivants, je verrai, sur le même trajet, deux
fourgonnettes... rouge. L'une stationnée et sans conducteur,
m'obstruant le passage à cette même intersection d'Ontario-Beaudry,
côté sud ; l'autre, me doublant alors que je monte la côte
longeant la Biblio centrale de Montréal, sur Beaudry. Je reverrai
également la "paraplégique", près de Beaudry-Sherbrooke,
mais sans son fameux tissu rouge sang.
À
l'été suivant, rue Mont-Royal-Est, je croiserai l'homme. On avait
fermé l'artère pour permettre aux commerçants d'y étaler et
vendre leurs produits. Il circulait au milieu de la rue et a feint de
ne pas me voir. Me suis arrêté pour le regarder aller, ai bien
senti son regard périphérique.
Que ceux pensant que la police
considère l'affaire Barnabé comme une bavure mille fois
regrettables, se détrompent. On dit que la tactique de dissuasion
consiste à montrer sa force pour ne pas être obligé de s'en
servir. Sophisme, parce que y recourir sur le plan psychologique ce
peut être aussi costaud que de la violence physique. (Suite
demain)
■ Sans
l'interdiction de la vente libre de seringues, le sida n'aurait
jamais pu se diffuser aussi rapidement -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Dans
la plupart des pays occidentaux, on n'a pas encore compris que cette
Guerre Sainte est pire que la légalisation. Thomas Szasz dit que les
gouvernements font la guerre à la drogue, tout en sachant qu'ils ne
la gagneront pas, parce qu'ils aiment cette guerre et ne souhaitent
pas la gagner. (Guy Sorman -- Les vrais penseurs de notre temps --
Éditions Fayard)
Chaque société a besoin de mener une guerre,
civile de préférence. Pendant les années vingt, aux États-Unis,
ce fut, avec la prohibition, une guerre contre les trafiquants
d'alcool. Aujourd'hui, elle vise les trafiquants de drogue. «Avec
les mêmes arguments, les mêmes armes, les mêmes bons et les mêmes
méchants. Et la même inefficacité»,
précise-t-il.
Si,
à aucun moment, on ne s'interroge sur l'échec de ces politiques,
c'est parce que ces combats nous donnent l'illusion d'un héroïsme à
bon compte, sans trop de risques et avec bonne conscience,
explique-t-il. Cette guerre inutile ne pourrait se terminer que par
la légalisation, de même que la lutte contre l'alcool s'acheva, à
la veille de la seconde guerre mondiale, par la fin de la
prohibition.
«Mais
nous tenons trop à notre guerre pour la suspendre.»
Conséquence : la prolifération du sida. «Sans
l'interdiction de la vente libre de seringues, le sida n'aurait
jamais pu se diffuser aussi rapidement»,
soutient-il.
Autre
opinion, celle du sociologue français Touraine, qui est d'avis
qu'une société démocratique, parce qu'elle cherche à accroître
sa propre diversité, reconnaît le travail du sujet, même là où
elle ne voit que la transgression de normes. (Alain Touraine --
Qu'est-ce que la démocratie? -- Éditions Fayard)
Plus concrètement,
Touraine dénonce le discours qui fait de l'usage de drogues un acte
criminel puni par la loi : «Je
n'entends pas discuter ici l'utilité de la répression organisée
contre le trafic de drogue,
prévient-il dans son ouvrage. (...)
mais on doit considérer comme une menace pour la démocratie la
réduction de problèmes de personnalité à la délinquance, comme
si l'usage de la drogue n'était que l'effet produit par le
narcotrafic.»
Le
principe que Touraine défend est la recherche du citoyen, qui se
manifeste dans les tentatives d'être sujet dans les situations les
plus défavorables à l'action libre et responsable. «Recherche
si difficile,
explicite-t-il,
que la priorité doit être donnée à la compassion sur la punition.
Il vaut mieux alléger la charge qui écrase les plus démunis que
protéger davantage encore ceux qui sont favorisés et qui se sentent
menacés.
«La démocratie se juge souvent à sa capacité de décider
contre le désir de la majorité. On l'a vu à propos de la peine de
mort, qui a été abolie dans beaucoup de pays, mais souvent contre
le sentiment dominant.»
(Suite
demain)
News du jeudi 26 Avril 2012
■ L'Argentine
continue de progresser hors des circuits financiers mondiaux
- Lors de sa crise financière de 2001-2002, elle a demandé l'aide
au Fonds monétaire international (FMI), mais s'est rendu compte que
celui-ci imposait de payer sa dette avant d'investir dans la création
d'entreprises. Alors elle a refusé
de rembourser sa dette, coupé ses liens avec l'organisme et procéder
comme elle le voulait. Aujourd'hui, son taux de croissance pour 2012
serait estimé à 4,2%...par le FMI. Preuve qu'il est possible de progresser hors de la mondialisation des marchés?
■ Espagne
: le plan d'austérité vise la santé et l'éducation -
Le gouvernement espagnol durcit sa politique budgétaire. Les
secteurs de la santé et de l'éducation sont ciblés, ils généreront
10 milliards d'euros d'économies par an : vidéo
(02:26).
■ Québec :
crise étudiante, loin d'être terminée -
Un mur de Berlin sépare oligarchie et 200 000 étudiants. (NDLR : Le gouvernement de
Jean Charest n'a pas le choix, avec les déficits cumulés totalisant
plus de 117 milliards.
Au pouvoir depuis 2003, il est responsable d'environ 30% de cette
somme. Là, on peut dire qu'il a fait un très mauvais choix. Le
reste de facture nous le devons aux gouvernements qui l'on précédé.
À cela vient s'ajouter la croissance économique qui prend du temps
à développer ses pétales.)
■ Au
cœur de Montréal, dimanche 22 avril, on a semé un chêne...
- Le maitre d’œuvre Frédéric Back, "L'Homme qui plantait
des arbres", a procédé devant environ 100 000 personnes. Le
but de l'événement, protester contre le retrait du Canada du
Protocole de Kyoto et l'exploitation injuste et abusive des richesses
naturelles, notamment dans la province de Québec.
Cette manière de
faire doit être changée. Parce qu'ils refusent d'être dépossédés
de l'avenir dont il est encore permis de rêver. Parce que chaque
jour, le partage de la richesse collective va dans le sens des
inégalités, au profit d'une minorité, au détriment de la
majorité : vidéo
(01:04).
■ Du
menu fretin contribuant à alourdir les relations sociales -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Au
cours de l'été 1998, Norbert me fait remarquer que certains
préfèrent les stations de radio populaires tandis que moi, je
n'écoute que Radio-Canada FM, avec sa grande musique classique.
Étonnant qu'il le sache puisque je n'en ai jamais parlé à
personne. Comment l'a-t-il su?
Un jour, j'avais téléphoné à
Radio-Canada, à un numéro mis à la disposition de l'auditeur ayant
des plaintes ou suggestions à formuler au sujet de sa programmation.
Il y avait une émission radio à caractère culturel que je trouvais
particulièrement géniale, sauf sa partie affaires publiques. On
invitait toujours le même mec pour commenter l'actualité, le genre
ironisant sur tout un chacun, le seul à avoir toujours raison.
J'avais donc suggéré d'inviter aussi une contrepartie.
Il est
arrivé que Norbert en fasse allusion en me demandant à brûle pour
point ce que je pensais de ce type. À l'époque, ma ligne
téléphonique était-elle sous écoute? Coïncidence, peu après je
croisais le gars en question, que je n'avais jamais vu de ma vie en
personne. Dans une petite rue résidentielle déserte, lui à vélo,
moi à pied.
Norbert
m'a déjà raconté que lorsqu'il voyage, il lui arrive de dormir
dans son auto. Et s'il a besoin d'uriner, il le fait dans un bocal.
Ça lui évite de sortir. Curieux de hasard, je vivais à ce
moment-là dans une maison de chambres et je devais utiliser des
toilettes communes. Alors, j'employais parfois le même truc, la
nuit, cela m'évitait d'enfiler souliers, pantalon et tee-shirt.
Drôlement informé, le civil. Comment le savait-il? Alors que
j'agissais dans l'intimité de mon appart, à l'abri de tout regard,
en pleine nuit, et encore, rarement. Mystère!
Autre énigme. Lors
d'une visite chez le dentiste, on m'a remis un stimulateur gingival.
Quelques jour après, Norbert en tenait un à la main et l'air de
rien s'amusait avec. Comment l'avait-il appris?
À une autre
occasion, je suis à la Biblio centrale de la Ville de Montréal, sur
Sherbrooke-Est, dans la salle des Humanités, devant le rayon où
l'on place les nouveautés. Pendant que je les consulte, un barbu
s'amène. Furetant chacun de notre côté, nous en venons à échanger
quelques mots.
L'informe qu'à la biblio on peut naviguer sur le Web
sans frais pendant deux heures. Il me demande de quelle manière on
s'y prend. Lui en explique un peu les grandes lignes. Petit sourire
en coin, il me confie qu'un site l'intéresse en particulier.
«Lequel?» que je lui demande. «Le musée du Louvre, en France».
Or il se trouve que la dernière fois, c'est l'un des sites que j'ai
visités... En mars 2000, le nombre de sites Web atteignait les 56
millions, et le barbu est tombé pile dessus. (l'Actualité du 15
juin 2000) La police surveille-t-elle les usagers de la biblio
naviguant sur l'Internet?
Mais
tout cela n'était que du menu fretin, certes contribuant à alourdir
les relations sociales et inhiber quelque peu l'intellect, mais à
l'époque c'est un danger collatéral qui me préoccupait pas mal
moins que la possibilité d'être agressé physiquement. Car, à
quelques reprises, la police en civil a réussi en effet à
m'effrayer. Une déstabilisation m'a particulièrement fait peur. La
police possède un arsenal complet d'armes psychologiques
redoutables. Pour elle, lancer des opérations semblables est
l'enfance de l'art. (Suite
demain)
■ Seuls
les Talibans ont presque mis fin à la culture du
pavot, mais à un prix très élevé de vies humaines -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Appelons
à la barre d'autres auteurs, notamment cet expert français en
géopolitique de la drogue qu'est Labrousse. (Alain Labrousse -- La
drogue, l'argent et les armes -- Éditions Fayard) Il raconte qu'en
1955, le Shah d'Iran décida d'interdire la culture du pavot. Le
remède fut pire que le mal.
Les toxicomanes s'adressèrent au marché
clandestin et la demande fut immédiatement satisfaite par les
productions afghane et pakistanaise, qui passèrent chacune de 100 à
200 tonnes, ainsi que turque. Plus
grave, insiste Labrousse, ils se tournèrent massivement vers
l'héroïne, d'un usage plus discret. En outre, l'Iran devint la
proie des mafias internationales. Les trafiquants exigèrent d'être
payés en or, et les réserves de métal précieux de l'Iran
fondirent.
Tirant les conclusions des effets négatifs de
l'interdiction, le Shah en autorisa de nouveau la culture en 1969,
mais sur des superficies étroitement contrôlées par l'État. Ces
mesures étaient tardives et les trafiquants, bien organisés,
étaient décidés à ne pas se laisser enlever des parts d'un marché
aussi juteux. Les toxicomanies légales et illégales continuèrent à
se développer en Iran.
Lorsque l'ayatollah Khomeyni renversa le Shah
et prit le pouvoir en Iran, il déclara une Guerre Sainte contre la
drogue. Le Guide Suprême, homme d'extrême droite pour qui la vie
humaine ne valait pas grand-chose, prit les grands moyens. Mille cinq
cents trafiquants (1 500!) furent pendus dans les années 1989-90, en
l'espace de deux ans, environ 750 par année. En outre, des dizaines
de milliers de consommateurs furent internés. On pourrait penser que
l'usage de la drogue chuta dramatiquement.
Détrompons-nous.
Labrousse
rapporte que, malgré les interdits, le fléau n'a pu être jugulé
et le pavot fleurissait toujours. Au début des années 1990, la
production d'opium y était évaluée entre 200 et 400 tonnes, toutes
destinées à la consommation d'un million d'héroïnomanes. Et
l'histoire s'est répétée en Turquie et dans d'autres pays.
De
fait, seuls les Talibans, de l'Afghanistan, ont réussi, pas
totalement mais presque, mais à quel prix de vies humaines? Pas sûr
que les Sociétés civiles des pays occidentaux soient prêtes à
payer aussi chèrement cette pureté... extrême. (Suite
demain)
News du mercredi 25 Avril 2012
■ Intimidation
continuelle et peur, à intensité variable, de l'agression physique -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Il
y a des jours où j'ai besoin de souffler un peu, fuis la présence
des civils. Simple besoin de me libérer de leur emprise
psychologique. Infiltrer ou être infiltré, c'est finalement du
pareil au même.
Je me sens comme une souris blanche à laquelle un
technicien de labo a injecté un virus, disons celui de la peste
bubonique. Et qui sait que le technicien lui fera passer
régulièrement une batterie de tests pour évaluer sa progression et
ses ravages. Il est un fait cent fois vérifiés que d'une rencontre
à l'autre, les civils cherchent à évaluer les effets de leurs
déstabilisations psychologiques sur votre équilibre mental. Si
votre tonus demeure intact, ils redoublent d'ardeur ou modifient leur
approche. Ces tactiques répressives sont potentiellement
dangereuses, car elles épuisent mentalement. Tous ces accrocs aux
droits dépriment aussi.
Cependant
le sabotage de ce que vous entreprenez nécessitent un peu plus de
travail sur vous-même. Vous vous sentez comme si votre horizon était
complètement bouché, sans espoir, sans avenir. Car les civils, de
Montréal ou d'ailleurs, vous mettent des bâtons dans les roues
partout. Dans le jargon policier, on appelle ça geler l'existence
d'un citoyen. Sans qu'il ne sache pourquoi ni comment, celui-ci se
rend compte un jour que plus rien ne fonctionne dans sa vie.
Ainsi,
ils vous nuisent le plus possible dans vos démarches visant à
obtenir un emploi, ou vous relancer en affaires. Peu importe
l'endroit où vous allez, ils y passent immédiatement après vous,
ou téléphonent, et informent les personnes que vous avez
rencontrées de ce que je ne sais quoi à votre sujet. Vous n'en êtes
jamais témoin, n'en avez jamais la preuve.
Mais lorsque vous
rencontrez de nouveau ces mêmes employeurs ou clients potentiels,
vous vous rendez bien compte que leur attitude a changé à votre
égard, sentez même un peu d'agressivité... quand ils acceptent de
vous revoir. Pourtant, lors de votre première rencontre, la
convivialité et l'intérêt étaient là. Incroyable, n'est-ce-pas?
Mais bel et bien vrai, ainsi qu'en témoigne l'anecdote suivante.
André
se prétend professeur. La cinquantaine, six pieds, mince, le visage
buriné par le soleil et marqué de sillons. Ai fait sa connaissance
à l'été 1998, chez un inconditionnel de la police, le dépanneur
de la rue Dorval --
nom fictif --,
situé en face de chez moi. De fil en aiguille, nous en sommes venus
à se saluer, à échanger quelques mots au passage. À quelques
occasions, il m'était arrivé de dire au proprio de ce dépanneur
que Montréal était quadrillée de civils, que cela donnait une
bonne idée de la façon dont les choses devaient se passer à La
Havane.
Or, un jour, sortant de son établissement, je croise André
sur le trottoir. Sans préambule, il me demande si j'estime vivre
dans un État policier comme à Cuba... Lui répond non, puisque nous
élisons nos représentants, démocratie aux quatre ans que les
médias actualisent au quotidien. (NDLR : C'est ce que je
pensais à cette époque, au début de mon enquête. Quelques années
plus tard, je changerai carrément d'avis.)
C'est
alors qu'il me menace, me murmurant à voix basse, le visage proche
du mien, qu'il est facile de «faire débouler un escalier à
quelqu'un» ou de faire en sorte qu'il ne trouve pas d'emploi. Répète
le mot «emploi», les yeux ronds, faisant monter et descendre ses
sourcils. Son message est clair : fermes la!
Du tac au tac, je le
place devant l'hypothèse où quatre civils agressent physiquement un
citoyen. Lui précise que celui-ci ignore que ses agresseurs sont de
fait des flics. Croyant avoir affaire à des gens criminalisés, il
compose le 911. Qu'arrive-t-il de cette enquête de la police en
uniforme?
Il ne répond pas, part précipitamment, soi-disant parce
qu'il a un rendez-vous chez son médecin pour une prise de sang,
prétend avoir des problèmes de cholestérol. Or, il s'adonne que
j'en ai, moi aussi. Il tenait à me faire savoir que la police est au
courant de mon état de santé, de tout ce que je dis et fais, afin
de m'intimider. Ce n'était pas la première fois qu'on employait
cette tactique à mon endroit, ni la dernière, avec le ton
sentencieux ou l'attitude approprié. (Suite
demain)
■ L'inefficacité
de la prohibition de l'alcool dans les années 30 et celle de la
drogue d'aujourd'hui -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Abordons
la problématique de la prohibition de la drogue... Bachmann et
Coppel, faisant le constat que les politiques prohibitionnistes, dans
la version qui a vu le jour au cours des années trente, ont fait
faillite, s'interrogent. (Christian Bachmann et Anne Coppel -- La
drogue dans le monde, hier et aujourd'hui -- Éditions Albin Michel)
«Si
la chasse aux drogués et aux trafiquants ne suffit plus, que faire?»
Ils croient que le premier pas est celui du renoncement à une
criminalisation systématique. D'après ces deux auteurs, il n'est
pas évident qu'il soit encore avantageux, pour les pays occidentaux,
de prohiber les drogues.
Ils
posent cette question : Qui sont les pires ennemis des loteries
clandestines? Leur réponse : la personne annonçant à la
télévision les résultats de la loterie tenue sous l'égide de
l'État. Il en est de même des drogues, argumentent-ils : leur
banalisation ouvre un nouvel espace de contrôle. Selon eux, on sait
depuis longtemps qu'il est un lien étroit entre la limitation de la
consommation de drogues et la réduction des activités criminelles.
Cependant, la solution la plus dangereuse, se disent-ils d'avis,
serait la libéralisation sans garde-fou. Ils suggèrent de contrôler
étroitement, et par tous les moyens possibles, leur production,
distribution et consommation. Un contrôle à deux volets, l'un de
répression et de sanction, l'autre de cohésion et de coopération.
Pour
sa part, Cohen relate que les conséquences sociales de la drogue en
Occident sont exactement celles qu'auraient eues une poursuite et une
extension internationale de la prohibition antialcoolique dans les
États-Unis des années trente. (Bernard Cohen -- Tu ne jouiras
point :
Le retour des puritains -- Éditions Albin Michel)
Le témoignage du
journaliste Walter Ligget devant la Commission d'enquête fédérale
sur la prohibition en 1930, rappelle Cohen, ne servira
malheureusement pas d'enseignement aux télévisions qui annoncent
quasiment chaque soir des «saisies
records»
de cocaïne ou de cannabis sans jamais se demander en quoi ces
produits diabolisés seraient-ils si dangereux dans un autre contexte
social.
Qu'avait
donc dit ce journaliste? Qu'avant la prohibition, Washington comptait
trois cents bars avec licence, contre sept cents bars clandestins
après ; que le Kansas, pourtant proclamé officiellement «premier
État sec»
de l'Union, baignait officieusement dans le whisky ; qu'à Boston
quinze mille personnes vivaient uniquement des revenus assurés par
le trafic de l'alcool. «Bref,
avait-il
déclaré,
l'hypocrisie a envahi ce pays de fond en comble».
(Suite
demain)
News du mardi 24 Avril 2012
■ Haïti :
24 000 citoyens postulent pour devenir policier –
Ce recrutement massif est-il une réaction à l'inquiétante présence
de militaires démobilisés, de ces hommes occupant d’anciennes
casernes, portant l'uniforme et circulant armés dans des rues,
malgré les interdictions du gouvernement? Ceux-là même qui, il y a
peu, se sont rendus devant le Parlement, une démarche à ce point
intimidante
que les députés ont dû suspendre leurs travaux parlementaires. Notons que le Président Martelly peut compter sur le soutien de l'ONU et des USA.
■ Jetman
– Yves Rossy aurait réalisé un des rêves de l'homme : voler
comme un oiseau : vidéo
(04:08).
■ Inévitable,
la rupture entre le Québec et le reste du Canada
– Propos tenu par l'ex-chef du Parti libéral du Canada Michael
Ignatieff
lors d'une entrevue à la BBC, à Londres. Traitant de l'inévitable
séparation de l'Écosse du Royaume-Uni, il avait ajouté le cas du
Québec. Les réactions n'ont pas tardé : vidéos et article. (NDLR : Tout cela survient au moment même où la
"Commission nationale des états généraux sur la souveraineté
du Québec" entreprendra le 12 mai ses audiences publiques. Ce
qui n'est tout de même pas un hasard : voir article d'hier,
lundi 23 avril, manchette : L'avenir du Québec.
■ Autre
perception en disant aussi long que bien des aveux -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) L'anecdote
suivante se déroule au Chic resto Pop, rue Adam, à Montréal. Après
le repas, je m'allume une cigarette. Pas de cendrier. Regarde autour,
à une table pas trop loin, cinq clients, dont Raymond, en disposent
de deux. M'approche, leur en pique un, disant qu'ils en ont un de
trop. Raymond me demande du feu.
Je le connais depuis l'époque du
resto communautaire Bouffe-Héberge. M'est déjà arrivé d'entendre
ce grand amateur de cigares, qu'il roule lui-même, chanter à voix
basse des extraits d'opéra ou du grégorien en duo avec un avocat à
la retraite, passionné d'histoire et de philosophie. Il y a plus
d'une année qu'on s'est vu.
J'en profite pour lui demander
brusquement son nom, veux le saisir sans lui laisser le temps de
réfléchir. Moi, je m'en souviens mais lui, se souvient-il encore de
son faux nom? C'est à voir. Suis là, planté debout en face de lui,
le fixant dans les yeux, j'attends sa réponse.
Pris au dépourvu, il
baisse la tête, hésite, s'agit d'hésitations, notre homme ne
bégaie pas : «Heu... heu...». Puis finit par articuler son nom de
famille, ça vient de loin, du fin fond de la gorge, c'est comme
craché. Ensuite, rereheu pour le prénom : «...RRR... (Rodolphe?
Réginald? Ça se pourrait, il a l'âge de ces prénoms)...
Raymond». Il l'a eu, à l'arraché.
Ne semble pas fière de sa
performance. La scène est drôle. Ai très envie de m'éclater de
rire, fais un gros effort pour garder ça en dedans. Faut jamais se
moquer de la police. Qu'importe, mon rire ne se voulait pas méchant,
plutôt taquin. Bref, des perceptions en disant aussi long que bien
des aveux. (Suite
demain)
■ L'homme a
besoin de créer afin de calmer sa soif d'absolu -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Ajoutons
une autre dimension, incontournable : les angoisses
métaphysiques. Besoin d'un moteur dans la vie, autrement le séjour
dans ce monde risque d'être un peu chaotique. Religions
traditionnelles, mouvements religieux contemporains, sciences
occultes, même l'horoscope jouent un rôle dans la vie de plusieurs.
La philosophie cependant donne accès à une meilleure compréhension
de l'univers. Fondamentalement, le rôle de l'humain est d'être
utile à la société. Finalement, peu importe ce à qui ou a quoi on
adhère, l'important est d'adhérer à quelque chose.
Dans les
écoles, les ados sont laissés à eux-mêmes, sans base solide,
condamnés à réinventer, s'ils en ont l'idée, le bouton à quatre
trous, pour utiliser un peu hors contexte la formulation de l'auteur
québécois Jean Larose. Par contre, on les prépare à entrer dans
le moule social, le marché du travail, etc.
Des humains sont aussi
terrifiés par la maladie grave, par la mort. Pas chaque jour de leur
vie tout de même, mais quand cela arrive, badaboum! Pour nous, une
belle mort est une mort soudaine, de préférence durant notre
sommeil, sans douleur ni maladie, et donc totalement inattendue.
C'est pourquoi il ne faut pas trop sans faire dans la vie puisque de
toute façon personne n'en sort vivant.
Selon
Lacroix, le monde fracturé, qui est propre à la culture
occidentale, s'inscrit dans une histoire dramatique. (Michel Lacroix
-- La spiritualité totalitaire -- Éditions Plon) Car s'il est vrai
que l'homme se sent une parenté avec la réalité supérieure, il
sait aussi qu'il est en quelque manière déchu de ce monde.
C'est
pourquoi nous pensons notre destin en termes de nostalgie. Aussi la
vie de l'esprit est-elle animée par un constant désir de retrouver
ce monde perdu et tout notre héritage culturel témoigne-t-il du
caractère obsédant de cette quête, écrit Lacroix.
L'homme
occidental sait que Dieu est inaccessible, que l'enfance est abolie
dans un passé révolu, que la finitude est inexorable, que
l'imperfection est irréparable, que la solitude est sans remède,
que la vie se déroule sur le mode du "une fois pour toutes",
et qu'il n'y a point de réincarnation.
La recherche à laquelle il
est condamné se traduit par une constante inquiétude, qui est la
noblesse de notre culture, nuance-t-il. C'est ce sentiment
d'inachèvement irrémédiable qui explique son dynamisme créateur.
Il a besoin de créer afin de calmer sa soif d'absolu, de combler un
manque, d'apaiser une plaie inguérissable. On le voit, toute cette
question n'est pas simple. (Suite
demain)
News du lundi 23 Avril 2012
■ Québec-grève
des étudiants : un prof a écrit une lettre aux siens
– Son nom : Philippe Rioux du Collège Ahuntsic. Lisez la,
vous allez apprendre des choses...«Chers Étudiants, en ces temps
politiques difficiles, vous faites l'expérience de l'exercice de la
démocratie et de son application plutôt parcimonieuse et partiale :
vous découvrez sans doute que le beau modèle expliqué dans les
manuels du secondaire ne correspond en rien à ce que vous vivez en
ce moment.»... (suite)
■ France-élections
– Hier dimanche, les handicapés mentaux sous tutelle pouvaient
pour la première fois voter. On leur a fait comprendre qu'ils
étaient aussi des citoyens.
Valorisant!
■ L'avenir
du Québec –
Les audiences de la Commission nationale des états généraux sur la
souveraineté du Québec débuteront le 12 mai. Voyons le préambule
de la Commission...
Est-il normal qu'une nation vive sous la tutelle d'une autre? La
«Nation building» canadien s'impose au quotidien du Québec. Les
blocages politiques et constitutionnelles restreignent le
développement du Québec. La liberté et la démocratie ne sont
jamais données. Les États généraux sont un temps fort d'écoute
et de réflexion citoyenne. Résister ne suffit plus.
(NDLR :
L'indépendance est-ce bien nécessaire si les citoyens seraient
encore gouvernés par une autre oligarchie? Où serait le changement?
Elle aurait des attraits si elle était centrée sur une authentique
démocratie : séparation des pouvoirs, transparence et
élections proportionnelles. Faudrait aussi, le cas échéant, que la
constitution du futur État soit rédigée et acceptée par
l'ensemble des Québécois avant même le référendum sur
l'indépendance. Autrement, ça ne vaut pas le déplacement.)
■ France-présidentielles
: l'électorat a voté massivement, près de 80%
- Mobilisation attribuable à l'exaspération face à la crise.
Celle-ci a été renforcée par la concentration du pouvoir mise en
œuvre par l’hyperactif Sarkozy au cours de son mandat. Il
craignait que le scrutin se transforme anti-Sarkozy. C'est exactement
ce qui est arrivé : une analyse d'Erik Izraelewicz
directeur du quotidien français Le Monde.
■ Notre
homme à la Havane -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Des
policiers en civil vous tendent des pièges grossiers. Norbert, mon
pied à terre pendant presque un an dans l'underground policier
montréalais, voulait que j'écrive un article sur ses voyages à
Cuba. Il semble avoir une préférence pour l'île de Castro. Aime
vivre chez l'habitante plutôt qu'à l'hôtel.
M'a raconté y avoir
couché avec de ses logeuses, à La Havane. Femmes tarifées? Non.
M'a expliqué qu'avant de prendre l'avion pour revenir au Québec, il
leur laisse des petites choses qu'il ne peut rapporter avec lui.
Toujours
est-il qu'il veut que j'écrive un article, qu'il souhaite publier
dans un quotidien. J'en serais le rédacteur fantôme, lui le
signataire. Je sais qui il est et lui sait que je sais et qui je
suis. Son offre me rend assez circonspect.
J'avais déjà confié au
proprio du dépanneur de la rue Dorval --
nom fictif --,
collabo à tout crin de la police, que le quadrillage des rues de
Montréal par les civils devait avoir quelque ressemblance avec celui
de La Havane. En fait-il allusion? Quoi qu'il en soit, je flaire le
coup monté. Il peut m'inventer des anecdotes et peut-être ensuite
m'accuser d'être un journaliste écrivant n'importe quoi, sans
vérifier ses sources.
Je décide alors de le sonder, en plaidant le
faux pour savoir le vrai. Dans le cas d'un récit de voyage à
caractère touristique, fais-je valoir, on peut arrondir un peu les
coins. Il tique aussitôt : «Ah! comme ça, vous autres les
journalistes...».
Jouant son jeu, je qualifie son idée de
lumineuse, lui précise néanmoins qu'elle a besoin d'être
enrichie... Norbert sourit comme je ne l'en ai jamais vu auparavant,
et m'encourageant à accepter sa proposition. Un large sourire, qui a
tout de celui du renard, carnassier, on ne voit pas les crocs, on
devine qu'ils sont là, derrière les babines. Bon vendeur, ce
Norbert.
Je suggère d'éditer ensemble un bel album couleur sur la
vie socio-économique des citoyens de La Havane et... le quadrillage
des quartiers havanais par la police. Je me retiens de peine et de
misère de lui préciser... en uniforme et en civil, sans oublier
l'armée de citoyens mouchards enrégimentés dans les fameux comités
de défense de la révolution (CDR). Je propose qu'à cette fin, lui
et moi se rendions à La Havane.
J'ai
même trouvé un titre original pour notre album : Notre homme à La
Havane, emprunté d'un roman d'espionnage de Graham Green. Le
romancier y raconte l'histoire d'un vendeur d'aspirateurs, installé
dans la capitale, et travaillant pour une puissance étrangère. Il
photographiait ses produits et les faisaient passer pour des images
de missiles. Norbert n'a pas l'air trop emballé...
Et encore moins
quand j'ajoute que, avant de réaliser ce projet ensemble, je lui
fournirai des références à mon sujet. En contrepartie, il devra de
son côté en faire autant. Normal, n'est-ce-pas, d'exiger ce
préalable. Ç'a été la mort du projet. Il s'est aussitôt esquivé,
sous prétexte qu'il désirait seulement «un tout petit article».
Il ne m'en a plus parlé. Moi si! Indirectement, à deux occasions,
juste pour le taquiner un brin. Alors qu'il se dirigera vers ma
table, lui lancerai : «Tiens, notre homme à La Havane.» La fois
suivante, il sera en compagnie de l'un de ses supérieurs, George.
Agacé, fronçant même les sourcils, ce dernier me demandera de
répéter, m'exécuterai, percevrai une pointe de mécontentement.
(Suite
demain)
■ Les
conquérants de l'inutile à la recherche d'un ailleurs -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Au
début des années cinquante, Edmund Hillary, néo-zélandais,
premier vainqueur de l'Everest (8 848 mètres), la
déesse-Mère-des-Neiges, disait que «l'escalade
agit sur ceux la pratiquant comme une drogue noble.»
(L'Everest -- Éditions Albin Michel -- Ouvrage collectif)
Selon
André Rauch, l'alpinisme relève de l'aventure par son cousinage
avec la mort, cette avancée difficile et périlleuse qui génère
l'intensité d'être. (L'aventure : La passion des détours --
Éditions Autrement -- Ouvrage collectif) Il
cite Lionel Terray, membre de l'équipe de Maurice Herzog qui a
vaincu l'Annapurna, Eldorado culminant à 8 000 mètres.
«Dans
ses envolées les plus folles, mon imagination n'avait jamais pu
concevoir tant de grandeur et de beauté. Que vaut ma vie entière de
platitude et médiocrité auprès de ces heures d'action totale et de
bonheur parfait.»
(Lionel Terray -- Les conquérants de l'inutile -- Éditions
Gallimard) Champion de ski alpin et guide professionnel de Chamonix,
en France, Terray est mort au cours d'une escalade dans le Vercors le
19 octobre 1962.
Rauch soutient que grâce à la maîtrise des
efforts consentis, l'alpiniste atteint l'excellence. Il parle d'«une
quête appelée à restituer un dépaysement intime que la société
est soupçonnée avoir défait
(sic)», de la nostalgie de ce qui n'est plus. Du rejet de
l'existence «avec
ses vanités et ses futilités»,
du «refus
de la force inexorable des choses et de l'emprise sur soi de la
vacuité (...)
sans
lendemain qui anime ordinairement les hommes (...).
«(L'alpinisme) correspond
à une expérience de souffrance et un ferme désir de s'en délivrer.
Car la vie d'avant doit maintenant
(...) s'interrompre
(sic) pour
celui qui ne supporte plus d'être captif de ses brumes et de ses
mirages inévitablement décevants.»
Qui oserait prétendre aussi qu'il est moins exaltant d'escalader à
la force de ses bras et jambes une montagne que d'arriver à son
sommet par le funiculaire?
Le
navigateur québécois Gerry Roufs a péri, en 1997, lors de sa
participation à la course à la voile autour du monde en solitaire,
le Vendée Globe. On n'a jamais retrouvé son corps. Tony Bullimore,
participant à la même compétition, a chaviré, lui, en plein océan
Austral. (Tony Bullimore -- Sauvé! -- Éditions Plon)
Il s'est
réfugié pendant près de cinq jours dans une poche d'air exiguë
sous la coque renversée de son voilier, à 2 500 kilomètres de la
côte sud-ouest de l'Australie, avant d'être sauvé in extremis par
la marine ce pays. N'espérant plus aucun secours, il était certain
d'y laisser sa peau. Dans son livre, il se dit prêt à recommencer :
«Des
gens vont à pied au Pôle Sud... si on supprimait tout ça, ce
serait un peu comme domestiquer l'humanité.»
Terray
nous entretenait, il y un instant, de la platitude de la vie. Un
grand artiste québécois, aujourd'hui décédé, semblait partager
cette opinion : Paul Buissonneau. Il s'en était ouvert au
journaliste Bernatchez de La Presse, qui le décrivait comme
un homme brillant, érudit, à l'opposé du clown de la télé.
(Raymond Bernatchez -- La Presse du 24 octobre 1998)
Il lui racontait
qu'on lui avait demandé un jour de décrire ce qu'il faisait comme
travail. «Mais,
c'est pas facile. Parler de ce que je fais, c'est quoi?
(...) Mon
inspiration est alimentée par tout ce qui m'entoure. Je détourne
des objets, j'ai un fun vert avec ça. C'est un peu enfantin, tu me
diras, mais c'est la seule chose qui me reste. Picasso faisait ça.
J'aime bien Picasso. Il décocrisse la réalité parce que la réalité
est plate.»
Tous
les créateurs sont à la recherche d'un ailleurs, et bien d'autres
catégories de citoyens aussi. Laborit parle de la fuite de la
réalité dans la créativité. (Henri Laborit -- L'éloge de la
fuite -- Éditions Laffont)
Il en est de même de l'employé
workaholic ou du PDG investissant toutes ses énergies et sa
créativité dans son travail, au point d'en oublier de vivre sa
propre vie. Le toxicomane fuit, lui aussi, mais souvent avec un
bagage génétique et culturel plus modeste. Essayons d'expliciter la
platitude de la vie ou le mal de vivre. (Suite
demain)
News du dimanche 22 Avril 2012
■ France-présidentielles :
le socialiste François Hollande vainqueur du premier tour
– Il a obtenu entre
28,4% et 29,3% des suffrages, Nicolas Sarkozy entre 25,5% et 27% :
le deuxième tour se tiendra le 6 mai. Suivre la suite ici.
■ Sylvain
est spécialisé dans les sujets de conversation n'intéressant
personne -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Certains
policiers en civils sont carrément déroutants dans leur approche.
Sylvain appartient à cette catégorie. Un grand sec sympa, dont le
dada est la religion catho. Prétend faire du bénévolat pour les
œuvres du cardinal Léger. À notre première rencontre, il m'avait
donné une image de la Ste-Vierge, avec en prime, à l'endos, une
prière : on a dû me la piquer, je n'arrive plus à la trouver...
Sylvain est spécialisé dans les sujets de conversation
n'intéressant personne. Ça existe, vous savez, ce genre de
spécialistes. Comme vous n'avez pas envie d'y investir de l'énergie,
et que c'est un bon gars, vous l'écoutez, l'écoutez, attendez
l'occasion de le propulser sur une autre orbite.
Vous
démontrera longuement que ce n'est pas la terre qui tourne autours
du soleil, mais l'inverse. La grosse boule de feu graviterait autours
de notre petite toupie. Nous serions le centre de notre système
solaire. Très fort, le mec. A fait cette découverte un après-midi,
allongé sur une pelouse. Pendant plusieurs heures, il a observé le
soleil, l'a bel et bien vu tourner autours de la terre. Passionnant!
Possède l'art d'endormir son interlocuteur pour mieux le faire
parler. Sa grande naïveté nous met tout de suite en confiance, et
fait baisser nos défenses. On se dit que ça ne se peut pas qu'un
gars aussi calé en astronomie soit un flic. Cet homme, lors d'un
interrogatoire, doit être redoutable.
Un
jour, l'ai vu amener de force un handicapé mental au Comité social
Centre-Sud, à Montréal. Souffrant aussi d'un handicap physique, le
type avait de la difficulté à se déplacer, pleurait comme un
enfant, ne voulait pas y aller. Sylvain le tenait fermement par le
bras, près des aisselles, là où la chaire est sensible. C'était
un peu pathétique.
Quand il m'a aperçu, son attitude a changé, a
lâché son bras, s'est fait tout sourire, m'a dit qu'il amenait son
ami manger à la cafétéria. Quel était l'objectif de cette sortie?
Socialiser ce pauvre gars? Me suis demandé s'il n'y avait pas des
façons de faire plus pédagogiques que la contrainte physique. M'a
invité à dîner, avec l'air et le ton de celui sachant fort bien
qu'ayant atteint votre quota de répression policière, vous
refuserez l'invitation. (Suite
demain)
■ Consciemment
ou non, des citoyens préfèrent vivre pleinement et moins longtemps
-
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Pour
Cohen, se droguer, c'est aussi la liberté de choisir sa vie et sa
mort. (Bernard Cohen -- Tu ne jouiras point :
Le retour des puritains -- Éditions Albin Michel) «Être
pur dans la masse, c'est aujourd'hui être propre, vacciné, protégé
contre l'addiction».
Le risque, que cela nous plaise ou non, fait aussi parti intégrante
de la vie. Ce n'est pas seulement une question de burnout, d'héritage
génétique ou culturel, d'être né pauvre ou de parents indignes,
de désespoir ou de désœuvrement. C'est aussi le désir impérieux
de sortir du moule social, de mener une vie excitante, de faire
gicler l'adrénaline, de dépassement de soi, de recherche d'un
absolu. Bref, grand besoin d'un ailleurs.
Consciemment
ou non, des citoyens préfèrent vivre pleinement et moins longtemps.
Et dangereusement : parachutisme, deltaplane, parapente, alpinisme,
canyoning, rafting, saut en bungee --
saut à l'élastique --,
alcool au volant, vitesse excessive sur les routes, Formule 1 où
vouloir gagner une fraction de seconde dans une courbe comporte le
risque de culbuter mort dans le décor, comme le Québécois Gilles
Villeneuve. Certains de ces sports font même l'objet de records à
battre et de marché à la clé.
La
Québécoise Mélanie Turgeon qui, à l'hiver 1999-2000, avait
terminé au deuxième rang dans le classement final du super-G, à
Innsbruk, en Autriche, disait adorer dévaler les pentes à vive
allure. (Michel Blanchard -- La Presse du 18 mars 2000) «Il
y a une couple de semaines,
raconte-t-elle au journaliste Michel Blanchard de La Presse,
j'ai atteint en ski la vitesse de 128,7 km/h. Je n'avais jamais été
aussi vite. 128,7 km/h sur deux planches, c'est complètement
grisant.
(...)
«Moi,
je skie pour l'adrénaline que cela me procure. Rien dans la vie ne
me permet d'obtenir une telle sensation. C'est comme ma victoire
remportée à Innsbruk. D'être la meilleure skieuse au monde m'a
complètement transportée. Une victoire, je sais maintenant ce que
cela signifie et je vous jure que des victoires, j'en veux d'autres.»
Octobre
de l'année suivante, la championne de ski, la française Régine
Cavagnoud, 31 ans, et l'entraîneur de l'équipe allemande, Markus
Anwander, 40 ans, perdent la vie. Le drame s'est produit en fin de
matinée, à l'entraînement sur le glacier du Pitztal, dans le Tyrol
autrichien, lorsque Cavagnoud a heurté Anwander à grande vitesse --
100 km/h --
et de plein fouet. (Agence France-Presse -- La Presse du 30 octobre
2001)
Anwander était occupé à tracer la piste. Selon certaines
informations, les responsables des équipes de France et d'Allemagne
étaient convenus d'un entraînement commun, avaient cependant omis
de déterminer une fréquence radio commune. La championne du monde
du Super-G et de la Coupe du Monde 2000-2001, s'entraînait en vue
des Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City, de 2001-2002. Elle
était l'un des plus grands espoirs de médaille de la France.
Un
mois après cette tragédie, le Suisse Silvano Beltrametti, 22 ans,
est victime d'une grave sortie de piste, au cours de la descente de
la Coupe du monde de Val d'Isère, et devient paraplégique.
(Associated Press -- La Presse du 10 décembre 2001) Il a perdu le
contrôle de ses skis, a perforé une bâche et un filet de
protection, avant de finir sa course dans le décor.
«Le
choc a été d'une violence inouïe comme le confirment les radios
qui montrent une fracture nette et déplacée de la colonne
vertébrale»,
précise Thierry Maître, médecin de l'équipe suisse de ski alpin.
Après l'accident, le descendeur français Nicolas Burtin déclare :
«C'est
de la descente, le risque fait partie du jeu. Si on limitait la
vitesse, cela ne voudrait plus rien dire.»
Idem
du ski extrême et ses descentes folles sur des pentes déclinées
entre 30 et 45 degrés, pentes sauvages et dangereuses, parce que
accidentées, non balisées ni damées. Janvier 2003, 7 skieurs et
planchistes perdent la vie dans une avalanche, au glacier Durant, en
Colombie-Britannique. (Presse canadienne -- La Presse du 23 janvier
2003) Le coroner Chuck Purse attribue les décès... à l'asphyxie.
L'un des survivants, John Seibert, relate que les victimes ont été
coincées sous une lame de neige de 3,5 mètres d'épaisseur, de 100
mètres de longueur par 30 de largeur, qui est devenue aussi dure que
du béton. «Un
accident de la nature»,
selon lui. Pourtant, le niveau de dangerosité ce jour-là, selon
l'échelle d'évaluation internationale, était «considérable»,
se situait entre «faible»
et «extrême».
Les survivants, il y en a 14, décident de poursuivre leurs vacances,
quelques uns se proposaient... de skier. (Suite
demain)
News du samedi 21 Avril 2012
■ Normand
lance ses appâts pour en savoir plus à mon sujet -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Le policier en civil Normand
a la soixantaine athlétique, genre GI. Se prétend ex-homme
d'affaires qui aurait dilapidé son argent en passant plus de temps
dans les Caraïbes qu'à son entreprise en sol québécois. M'a
débité tout ça, à la cafétéria du Comité social Centre-Sud.
Raconté avoir bien connu Bébé Doc, pris de la coca, vécu pendant
deux ans avec une Dominicaine de... 13 ans (oups ! il vient de lancer
ses appâts : serais-je un amateur de coca ou de belles ados ou les
deux?)... Fait une pose, mine de rien, attend que je réagisse
(vais-je l'envier, lui demander des... détails croustillants sur sa
relation chauffée à blanc avec la belle ado, ou s'il prend encore
de la coca et n'en aurait pas sur lui, par un heureu-z-hasard?). Je
tique, mon regard planté dans le sien, l'interroge, sur un ton un
peu accusateur : «13 ans?» Il rectifie le tir : «Elle avait l'air
beaucoup plus vieille (sic) que son âge.»
Lui
offre un café gros format, il me demande si je peux lui donner un
peu de tabac à rouler (pour vérifier s'il contient quelques
substances illicites?), lui en donne. N'ai rien à cacher, ma vie est
un grand livre ouvert. À un moment donné, Normand dit à quelqu'un
qui est derrière moi, en ricanant : «Je va (sic) rentrer dedans
avec mon bicycle».
Me retourne aussitôt et vois le gardien de
sécurité du Comité social Centre-Sud s'esclaffer, secoué de ces
petits rires sarcastiques et nerveux typiques du subalterne trouvant
bien drôle le gag de son supérieur. Il est pratiquement plié en
deux, le pauvre. Le flic fait-il allusion à moi? Je le pense. Le
gardien de sécurité a dû lui faire une mimique quelconque. Vexant,
mais on ne va pas en faire une histoire.
Il
arrive à Normand de faire du "bénévolat" à la
cafétéria. L'y ai vu balayer et laver le plancher. Ainsi cet
après-midi où il s'est approché graduellement de l'endroit où
j'étais attablé avec un usager, balayant de plus en plus près de
nous, pour écouter notre conversation.
Un samedi soir, l'ai croisé
sur St-Denis. Casquette de rappeur enfoncée jusqu'aux oreilles,
palette en arrière, fausses lunettes ajustées à la vue, zip de sa
gabardine bleu marin remonté au menton. L'ai vu venir de loin. Il ne
m'a jamais regardé. Après l'avoir croisé, me suis retourné, il ne
m'a pas vu le faire mais moi l'ai vu laisser tomber lourdement la
tête, dépité sans doute que je l'ai reconnu.
Quelque temps après,
lors de la distribution gratuite des sacs de denrées, à la
cafétéria, il tentera de renforcer sa fausse identité de pauvre en
allant en chercher. Il portera l'horrible camisole d'haltérophile
dégageant épaules et une bonne partie du thorax. Ouach! À elle
seule, cette performance mériterait une médaille d'or. (Suite
demain)
■ La
consommation de la drogue est avant tout un appel à l'aide -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Reposons encore la question...
Quel
est donc ce mal de vivre, ou cette situation sociale insensée, qui
fait qu'un citoyen décide de geler sa vie au risque de la gâcher,
ou de la perdre? Une pléiade d'auteurs traitent de la drogue, dont
le Français Guy Gilbert, un curé éducateur spécialisé dans le
travail de rue. (Guy Gilbert -- Des jeunes y entrent, des fauves en
sortent -- Éditions Stock, 1982)
«Seul
celui ou celle qui a pu rester un long temps présent à la
souffrance et à la solitude d'un drogué
(à l'héroïne) peut
comprendre l'emprise dingue qu'elle exerce sur lui. Voir un drogué
préparer sa dose est inimaginable. Une
joie fabuleuse s'inscrit dans ses moindres gestes. Une hâte
incroyable s'empare de lui. Toute son énergie est centrée sur le
seringue...
«Le décollement de la réalité est évident. Ils
"planent"
comme
ils disent.
(...) Aucune
force au monde ne peut l'empêcher de se piquer. Si, une seule. Une
immense chaleur humaine, faite d'amitié géante, d'une présence de
tous les instants, douce et forte à la fois. Mais quel combat!
Quelle
présence, souvent réclamée et immédiatement exigée!
«J'ai
vite compris qu'il ne s'en sortirait que lorsqu'il le déciderait.
Pas avant. Et il ne pouvait le décider que dans un climat où, quoi
qu'il arrive, il ne se sentirait pas jugé, épié, contrôlé. La
consommation de la drogue est avant tout simplement un appel à
l'aide. Le drogué est la plupart du temps quelqu'un de seul, qui a
presque toujours des difficultés familiales ou de relations. Quand
on sait ça, on sait tout.»
Catherine
Chalier raconte qu'il arriva au poète Joë Bousquet, condamné à
l'immobilité du corps, de céder au plaisir des paradis artificiels,
la drogue. (L'aventure : La passion des détours -- Éditions
Autrement -- Ouvrage collectif) «Si
l'aventure de la drogue accentue momentanément l'énergie des
sensations et si, dans l'enthousiasme des sens, elle semble faire
apparaître l'inaccessible, elle ne réussit jamais rien d'autre
pourtant que de tendre un simple miroir à l'homme, un miroir
évanescent et cruel car, face à lui, chacun ne contemple que sa
propre désolation.»
(Suite
demain)
News du vendredi 20 Avril 2012
■ Citation
puisée dans le Rapport de la Commission Poitras
– C'est jamais la faute des policiers, c'est toujours celle des
autres.
■ Québec-grève
étudiante : la LDL préoccupée par les violations des droits
et libertés
– Déclaration de Dominique Peschard,
président de la Ligue des droits et libertés du Québec (LDL).
Plutôt que d’être à l’écoute des étudiants et négocier de
bonne foi, gouvernement et autorités des institutions d’enseignement
optent pour la répression. La lutte
étudiante rappelle le Québec à l’ordre face à ses obligations
en matière de droit à l’éducation et avons tous aussi
l’obligation de défendre et promouvoir le droit dans l’espace
public. Les entorses aux droits et libertés des étudiants sont
multiple...
Le
gouvernement encourage la judiciarisation du conflit ; refuse de
reconnaître les décisions prises démocratiquement par les
associations étudiantes ; la police utilise des techniques de
contrôle de foule condamné par le Comité des droits de l'homme
(encerclement, arrestation massive, comme en Outaouais), armes
chimiques,
usage du Code
de la sécurité routière, une entrave au droit de manifester. Même
des professeurs se font intimider par des agents de sécurité, comme
à l’Université de Montréal. En outre, des policiers empêchent
systématiquement l'accès à l'université à ceux qui portent un
carré rouge, du profilage politique.
À
ce communiqué de presse de la LDL, ajoutons les infos d'aujourd'hui,
ce vendredi 20 avril, relatives à une présumée émeute survenue
aujourd'hui devant le Palais des congrès de Montréal. Pendant que
des étudiants manifestaient à l'extérieur, le premier ministre
Jean charest, lors d'une allocution, s'est permis quelques blagues à
leur sujet, qui a tout l'air d'une provocation mais humoristique :
vidéo
(00:51) suivie d'un article.
(Archives-19
avril-2012) ■
Sauvez le Net, sinon tout sera verrouillé, bloqué – Une
alerte du fondateur World Wide Web (www), Tim Berners-Lee,
l'un des premiers à avoir créé en 1991 un site web accessible. Il
dénonce le nombre incroyable de lois discutées dans les parlements,
sans que la plupart des gens ne s’en rendent compte, notamment au
Royaume-Uni
et aux État-Unis.
Berners-Lee
rend hommage aux citoyens qui descendent dans la rue pour manifester,
défendre leurs droits et libertés sur Internet.
La
démocratie dépend d'un Internet ouvert : consensus,
transparence, vie privée et protection de l’intimité. La notion
de droit humain, dans une perspective numérique, risque aussi d’être
dépouillée de tout contenu philosophique, au profit d’intérêts
mercantiles et sécuritaires.
(NDLR : Ajoutons la dictature du
Net du Canada de Stephen Harper, celle de la France de Sarkozy, deux
hommes de la droite agressive. On ne fera pas la liste, il y en a
trop. C'est à se demander si les pays occidentaux ne sont pas
devenus aussi liberticides que la Chine et l'Iran.
Sur le plan
strictement personnel, je signale que la Sûreté du Québec tente
régulièrement de me censurer : sabotage, harcèlement,
intimidation. Je crois pas être le seul journaliste en ce monde à
subir ce sort. Sans compter ceux ne pratiquant pas le métier et
osant émettre des opinions que la cyberpolice n'aime pas.
Réveillez-vous pendant qu'il est encore temps! Si non, vous allez
vous habituer et... accepter l'inacceptable.)
■ Un
truc pour avoir la certitude que le policier en civil repéré en est
vraiment un -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Casamayor
écrit que pour délier des langues, percer des secrets, le moyen qui
réussit le mieux, c'est la flatterie. (Louis Casamayor --
La
Police --
Gallimard) Il recommande la flatterie suggestive, celle qui laisse au
flatté le soin de tirer lui-même la conclusion. Elle est moins
voyante. Sans posséder cette capacité de mentir, il m'est arrivé
d'obtenir tout de même certains succès.
Ainsi, dire du bien de la
police à des civils est un truc qui rate jamais la cible. Fallait
voir leur visage s'illuminer un brin quand j'utilisais cette
tactique. Attentifs, ils m'écoutaient sans m'interrompre, parfois la
bouche légèrement entrouverte. Sentais très bien le petit velours
que ça leur procurait.
Avec emphase, sans aller tout même jusqu'à
sortir le violoncelle de Rostropovitch, je disais, et le crois
sincèrement, que la police joue un rôle nécessaire dans notre
société. Ajoutais que les citoyens insatisfaits de certaines lois
ne devraient pas critiquer les policiers, ces éternels boucs
émissaires, ces mal-aimés -- là, j'avoue que j'en mettais un peu
--, mais ceux qui les avaient votées, les élus.
J'avais
assisté, un samedi soir, sur St-Laurent, à la hauteur de
Prince-Arthur, à l'arrestation d'un motocycliste. Fâché de faire
l'objet d'une enquête, il avait étoilé de son casque protecteur le
pare-brise de l'auto-patrouille. Il avait même repoussé le policier
en lui administrant un coup d'avant-bras à la gorge, mais retenu,
sans véritable intention de le blesser. Geste gratuit, le policier
ne le menaçait pas du tout.
Celui-ci était allé dans son
auto-patrouille réclamer de l'aide, puis en était sorti. Poivre de
Cayenne aidant, en moins de deux il était jeté à terre, menotté
et installé sur la banquette arrière de l'auto-patrouille. Il
s'était passé de quoi avant mon arrivée. Le policier avait
peut-être repéré sur son ordinateur de bord des contraventions
impayées. Une remorqueuse était sur place, la plate-forme descendue
au niveau de la rue, prête à recevoir la moto.
Le
lundi suivant, je décrivais à des "amis" la technique
parfaite en tout point du policier, son professionnalisme, vantais
son courage. Je ne jouais pas au citoyen admiratif, l'étais
réellement. Il était seul, il y avait beaucoup de badauds autour,
peut-être parmi eux des copains de bar du motocycliste.
À l'écoute
attentive de mon récit, George, le gradé de la police, n'a pu se
retenir, ç'a été plus fort que lui, il m'a dit, laissant filtrer
un peu d'amertume : «Sais-tu que la plupart du temps les
arrestations se déroulent de cette façon? Mais on n'en parle
jamais, les gens ne parlent que de l'affaire Barnabé.»
Normand,
lui, m'a demandé d'une voix où perçait l'autorité de la loi et
l'ordre : «POUR...QUOI ? (j'avais apprécié le travail du
policier)» Dans une société démocratique, lui ai-je répondu, on
ne peut tolérer la violence. J'ai perçu un signe de tête discret,
comme une approbation. J'avais passé le test... Lui aussi. (Suite
demain)
■ Des
citoyens consomment des drogues légales pour régler des problèmes
de vie -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) D'après
Thomas Szasz, l'initiateur de l'antipsychiatrie, la guerre contre la
drogue présente un grand avantage moral. (Guy Sorman -- Les vrais
penseurs de notre temps -- Éditions Fayard) «Elle
nous permet de croire que le drogué n'est pas responsable de ses
actes, qu'il est un malade mental. Lui aussi, car de nos jours,
dit-il,
tout est médicalisé, psychologisé, psychiatrisé, un peu à
l'image de l'ex-URSS.
«Nous ne voulons pas convenir que le drogué, à
un certain moment, a librement choisi de se droguer, c'est-à-dire de
se détruire. Or le fait de se droguer n'est pas une maladie
involontaire, c'est une manière tout à fait délibérée
d'affronter le mal de vivre»,
explicite-t-il. Mais
comme nous ne savons pas guérir le mal de vivre, nous préférons
«soigner»
le drogué. Ou les candidats au suicide.
Szasz cite Camus : «Le
suicide est la seule question importante.»
Mais cela non plus, nous ne pouvons le regarder en face, poursuit
Szasz. «Donc,
les psychiatres nous rendent un grand service en faisant des
candidats au suicide un malade mental qu'il faut soigner. Comment un
être normal pourrait-il renoncer à la vie qui est si belle? Il
faudrait être fou! Il faut l'être, afin de rassurer la société
des gens normaux».
Le mal de vivre, à l'origine de la consommation de drogues? Essayons
d'en savoir un peu plus. Abordons le problème en commençant par les
citoyens qui consomment des drogues légales. Les médecins
prescrivent des médicaments par compassion, notamment aux personnes
âgées. (Nicolas Bérubé et Reynaldo Marquez -- La Presse du 11
mars 2001 et du 30 août 2003)
Les
responsables du Programme des Nations unies pour le contrôle
international des drogues (PNUCID) soutiennent que, dans les pays
occidentaux, on a recours massivement aux amphétamines, aux
benzodiazépines et somnifères pour traiter des problèmes qui ne
sont pas médicaux mais sociaux. Insomnie, anxiété, obésité ou
dépression sont de cet ordre, estime Johanne Collin de l'Université
de Montréal, où elle enseigne l'aspect thérapeutique du médicament
comme un phénomène social et culturel. Elle soutient que «le
médecin ne peut résoudre avec des médicaments des problèmes liés
à une situation de vie qui n'a pas de sens».
De
nos jours, on gave de plus en plus d'écoliers de Ritalin pour qu'ils
se calment les nerfs : ça s'appelle désormais de
l'"hyperactivité infantile". En milieu scolaire, où tout
est aseptisé à l'os, il suffit de peu pour créer du désordre :
nombril à l'air d'une fille, fond de culotte trop bas d'un garçon,
mèche de cheveux teinte d'une couleur interdite, etc.
Au Québec,
les ordonnances de Ritalin sont passées de 33 000 en 1990 à
250 000 en 2000. L'histoire est un éternel recommencement :
on a vu qu'au 19ième siècle, en Europe, il arrivait que l'on donne
à des enfants le soir avant de se coucher du sirop concocté avec de
l'opium, pour avoir la paix.
Aux États-Unis, selon une étude du Dr
Leonard Sax, un psychologue, 50% des cas de trouble déficitaire de
l'attention chez les enfants sont d'abord diagnostiqués par les
enseignants... qui font ensuite pression sur les médecins pour
qu'ils le prescrivent : ils n'ont qu'à écrire «cet
enfant a besoin de Ritalin»
pour que le médecin y consente. Seulement 25% des diagnostiques
émanent de parents et 10% des médecins. Il a effectué son étude
auprès de 400 pédopsychiatres, pédiatres et médecins de familles.
S'ajoutent
à cela les produits pharmaceutiques en vente libre pour soigner
rhumes, grippes, brûlures d'estomac ou allergie, etc. La liste est
longue. Selon l'Association canadienne de l'industrie des médicaments
en vente libre, là on parle de 75% de la population. D'après
Roselyn Tremblay de Santé Canada, en tout et partout, il existe sur
le marché canadien plus de 20 000 de ces médicaments. La grande
facilité d'approvisionnement est l'une des raisons avancées pour
expliquer la progression constante du phénomène de la
surconsommation.
Quel pourcentage de ces gens souhaitent davantage de
répression policière contre ceux consommant des drogues illégales
alors qu'ils absorbent eux-mêmes des drogues... légales? (Suite
demain)
News du jeudi 19 Avril 2012
■ Sauvez
le Net, sinon tout sera verrouillé, bloqué
– Une alerte du fondateur World Wide Web (www), Tim Berners-Lee,
l'un des premiers à avoir créé en 1991 un site web accessible. Il
dénonce le nombre incroyable de lois discutées dans les parlements,
sans que la plupart des gens ne s’en rendent compte, notamment au
Royaume-Uni
et aux État-Unis.
Berners-Lee rend hommage aux citoyens qui descendent dans la rue pour
manifester, défendre leurs droits et libertés sur Internet.
La
démocratie dépend d'un Internet ouvert : consensus,
transparence, vie privée et protection de l’intimité. La
notion de droit humain, dans une perspective numérique, risque aussi
d’être dépouillée de tout contenu philosophique, au profit
d’intérêts mercantiles et sécuritaires.
(NDLR : Ajoutons la
dictature du Net du Canada de Stephen Harper, celle de la France de
Sarkozy, deux hommes de la droite agressive. On ne fera pas la liste,
il y en trop. C'est à se demander si les pays occidentaux ne sont
pas devenus aussi liberticides que la Chine et l'Iran.
Sur le plan
strictement personnel, je signale que la Sûreté du Québec tente
régulièrement de me censurer : sabotage, harcèlement,
intimidation. Je crois pas être le seul journaliste occidental à
subir ce sort. Sans compter ceux ne pratiquant pas le métier et
osant émettre des opinions que la cyberpolice n'aime pas.
Réveillez-vous pendant qu'il est encore temps! Si non, vous allez vous habituer et... accepter l'inacceptable.)
■ Syrie :
le cessez-le-feu loin d'être totalement respecté
– Bref tour d'horizon... Le secrétaire général de l'ONU
Ban Ki-moon recommande une mission de 300 observateurs pour une
période de trois mois (en ce moment, ils sont une trentaine). La
Chine
étudie l'envoi d'observateurs. La Syrie
n'en veut pas plus de 250. Des militaires non armés de
l'ONU (photo).
Deux véhicules de l'ONU entourés de manifestants qui se croient en
sécurité, se trompent (vidéo
plus bas dans la page s'affichant).
■ Haïti :
le président Martelly condamne ce qui s'est passé mardi devant le
Parlement
– La présence de dizaines d'individus en treillis militaires
devant le Parlement – selon une nouvelle précédente, ils étaient
armés - qui a provoqué la fin prématuré d'une séance à la
Chambre des députés.
Martelly veut
que l’ordre et la paix publique soient maintenus sur toute
l’étendue du territoire national. Il rappelle, encore une fois à
tous, que la constitution d’une nouvelle force publique ne peut se
faire que dans l’ordre, la discipline et le respect des lois en
vigueur. Tout contrevenant subira les rigueurs de la loi. Message
émanant de la Floride où il subit des traitements dans un hôpital.
■ Les
policières en civil possèdent l'art du déguisement, pas les hommes
en civil -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Je
reviens à Ronald, ne pouvant passer sous silence deux autres
anecdotes, tant elles sont cocasses. Environ un an plus tard, je le
rencontrerai par hasard dans un resto de la rue St-Laurent, endroit
fréquenté par une jeunesse un peu bigarrée et anticonformiste.
Je
l'aperçois au fond, assis à une table avec quelqu'un. Il affiche
une toute petite moustache. A changé la façon de se coiffer aussi.
Je le reconnais tout de suite, lui feint de ne pas m'avoir vu. Au
comptoir, je commande un croque-madame et un café puis me dirige
vers une table. Ronald me salue, finalement.
M'immobilise, cabaret en
mains, à une dizaine de pieds de lui, l'invite à se joindre à moi.
Il accepte mais désire auparavant compléter sa conversation avec la
personne l'accompagnant. L'appelant par son prénom, je lui demande
s'il veut un café. J'ai souvent tendance à parler un peu trop fort,
alors son prénom retentit dans le resto. Le ton impatient, un peu
fâché même, il me chuchote : «Parles pas si fort, c'est pas mon
nom!» La situation est drôle, j'ai une folle envie de rire.
Environ
trois semaines s'écoulent, et je le revois alors qu'il s'apprête à
sortir du resto situé coin Prince-Arthur et St-Laurent, à Montréal. Il est
derrière la porte vitrée, m'a vu, se mouche pour dissimuler son
visage, puis sort sans me regarder ni adresser la parole. Ce n'est
plus le même homme. Il a remplacé son soupçon de moustache pour
une autre, volumineuse. L'image d'Astérix me vient à l'esprit.
Le
problème, c'est que Ronald, peu importe son déguisement, je le
reconnaîtrai toujours. J'ai très envie de m'enquérir de la marque
du fertilisant qu'il a utilisé pour que son petit carré de poils
prenne des proportions aussi imposantes en si peu de temps. M'en
abstiens, il a rejoins un quidam dans une rue transversale, la
conversation semble assez animée, même un peu dramatique. J'ai
l'impression qu'il oblige le gars à faire quelque chose qu'il
rechigne à faire.
Au
cours de mon enquête, j'ai constaté que, habituellement, les
policiers en civil ont du mal à passer d'un look à un autre. Le
maquilleur chargé de ce travail n'est pas vraiment un as du
déguisement. En tous cas, pas toujours. La moustache tombante de
Ronald, comme trouvaille, on avait déjà vue mieux. Par contre, les
policières en civil possèdent l'art de changer de personnalité.
Plus facile pour une femme qu'un homme, habituée qu'elle est à se
maquiller, à varier à l'infini la façon de se coiffer et vêtir.
Souvent vous avez de la difficulté à reconnaître certaines d'entre
elles. Vous vous rappelez vaguement avoir déjà vu ce visage, mais
où? N'arrivez pas à vous souvenir, jusqu'au moment où le déclic
se fasse quelques minutes ou heures plus tard, parfois deux ou trois
jours, d'autres fois jamais.
Un
après-midi, j'en ai identifiée une qui s'était complètement
transformée. Ses cheveux frisottés tombaient en petites boucles sur
son front, perruque sans doute puisque la dernière fois que je
l'avais vue, elle portait les cheveux plutôt courts que longs et
d'une autre couleur.
Le maquillage était un peu grossier : tour des
yeux au crayon noir, paupières recouvertes de bleu, lèvres peintes
d'un rose pâle. Une tenue vestimentaire jeune, genre fripes bon
marché, et de différentes couleurs s'harmonisant plus ou moins,
avec un assortiment de colliers, bracelets, plusieurs trucs noués
mollement autour de la taille et le petit sac à dos. Avec un
accoutrement pareil qui penserait que la jeune dame est une flic? (Suite
demain)
■ L'équivalent
de couper
les arbres de la forêt pour empêcher les incendies -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) On
a constaté que, chez les ados américains, la consommation de la
marijuana diminue, pendant que celle de l'ecstasy, une drogue de
synthèse, augmente (Agence France-Presse -- La Presse du 28 novembre
2000) (NDLR : Tous les chiffres qui suivent sont
invérifiables.)
Contrairement au cannabis, cette drogue chimique est
plus discrète. Elle ne dégage pas l'odeur typique du cannabis,
facilement repérable, à nez levé, d'un flic ou d'un chien
renifleur. Depuis
1997, révèle une étude de l'organisme Partenariat pour une
Amérique sans drogue (propre, propre, propre), l'usage régulier de
la marijuana chez les jeunes a reculé de 13% et le nombre de
premiers fumeurs de 10%.
En contrepartie, la popularité de l'ecstasy
a doublé depuis 1995, et augmenté de 10% en 2000 par rapport à
l'année précédente. Un ado sur 10 disait en avoir pris. Pris
l'analgésique Oxycontin aussi, un puissant narcotique synthétique
s'apparentant à l'opium, et utilisé pour soulager les douleurs
chroniques.
L'État du Vermon a retiré le médicament de la liste
des produits couverts par le gouvernement, pour tenter d'enrayer les
abus. Pour sa part, le Maine a adopté une loi rendant plus difficile
son obtention. Au
Québec, couvert en parti par l'Assurance maladie, il pourrait
bientôt s'étendre dans la province. (Jean-François Gamache -- La
Presse du 20 août 2001) En février 2001, le proprio d'une pharmacie
ontarienne s'est fait voler une grande quantité de narcotiques, dont
de l'Oxycontin.
Cependant, d'après le Dr Jean-Pierre Chiasson,
directeur de la clinique Nouveau Départ, citant, lui aussi, des
statistiques venues d'ailleurs, la menace pourrait prendre quelque
temps avant de se concrétiser : «Nous
sommes toujours cinq ans en retard sur les États-Unis.»
Comme aux États-Unis, les ventes d'Oxycontin ont, semble-t-il,
explosées au Québec. Elles se chiffraient à 1,6M$ en 2000 contre
seulement 72 000$ en 1997.
Décréter
l'État de siège sans le nom, provoquer des suicides en
déstabilisant psychologiquement des consommateurs de drogues, tuer
l'osmose entre citoyens, saccager les droits, retirer l'Oxycontin de
la liste des médicaments couverts par le gouvernement, etc. La fuite
en avant.
Ainsi, ce cas incroyable. Novembre 2002, l'administration
du maire Jean-Paul Cardinal, qui veut redonner à Ste-Adèle ses
lettres de noblesse, fait face à une contestation dans sa décision
de vendre (1,6M$) le parc Claude-Henri-Grignon à la famille
Chevrefils qui veut y construire un nouveau centre commercial.
(Jean-Paul Charbonneau -- La Presse 25 novembre 2002)
«La
Ville soutient qu'il est nécessaire de se départir de cet endroit
pour le bien des jeunes car il est devenu un endroit de vente de
stupéfiants».
Forte ressemblance avec le fait de couper les arbres de la forêt
pour empêcher les incendies. (Suite
demain)
News du mercredi 18 Avril 2012
■ Osez
Joséphine
– Alain Bashung : vidéo
(03:02).
■ Haïti -Palais
législatif : irruption hier d'individus armés
– Il s'agissait de militaires démobilisés. Cette présence a
troublé
le fonctionnement de la Chambre des députés.
■ Julian
Assange's The World Tomorrow
– Il a lancé hier cette émission sur une chaîne russe financée
par Moscou. Il en est l'animateur. Au rythme d'une entrevue par
semaine, il interrogera 12 personnalités controversées dans le
monde. Son objectif, de toute évidence : élargir le débat sur
d'importants enjeux.
Son premier invité, Hassan Nasrallah, chef du
mouvement chiite libanais Hezbollah, un allié de la Syrie.
L'entrevue est en duplex : vidéo
(28:00) en anglais, Nasrallah étant caché quelque part au Liban ;
Assange, fondateur de WikiLeaks, toujours confiné dans un domicile
de Londres, dans l'attente de la décision de la Cour de l'extrader
ou pas en Suède où on veut l'interroger relativement à deux
relations sexuelles sans condoms. Jusqu'à présent aucune accusation
n'a été portée contre lui.
■ Israël,
encore et encore
- Un officier israélien frappe au visage avec son arme un militant
pacifique pro-palestine : vidéo
(02:16). Par ailleurs, 18 québécois devaient participer à un
projet humanitaire en Palestine, ils en ont été empêchés,
notamment à l'aéroport Montréal-Trudeau. La délégation a demandé
au gouvernement canadien
d'intervenir en leur faveur, puisqu'ils estiment que leurs droits à
la libre circulation et à la liberté d'opinion ont été bafoués.
(NDLR : Le premier ministre canadien Stéphen Harper est
pro-israélien, alors... La complicité de pays occidentaux
contribuent à l'isolement total de la Palestine et ses citoyens,
l'équivalent d'une petite île interdite d'accès. Inacceptable!)
■ Un
policier en civil me dit que nous vivons dans un État policier -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) De
fait, Ronald est le seul policier en civil avec qui j'ai pu aborder
ce sujet tabou sans me faire traiter de parano. L'ai croisé, au
début du printemps 1998, coin Amherst et Maisonneuve, à Montréal.
Il y avait près d'un an qu'on s'était vu. Il avait coupé sa barbe,
mais l'ai reconnu quand même du premier coup d’œil.
Je l'aime
bien, Ronald. Décontracté, intelligent, belle personnalité, pas
baveux, doux. Avec lui, les contacts sont toujours agréables. Son
comportement est différent du policier classique. Rien à voir avec
celui se sentant investi d'une mission, voulant sauver la société.
Ce qui en fait, selon moi, le flic idéal. Suis content de le revoir,
lui aussi me semble-t-il..
Dans le milieu de l'underground policier les rencontres sont
rarement fortuites. L'invite à prendre un café au resto Valentin,
au coin de l'intersection. Il hésite, pas d'argent. Pas grave, le
lui offre. Dites-moi, comment pourrait-on soupçonner quelqu'un qui
n'a même pas 1.25$ pour se payer un café d'être un civil, hein?
Je
lui raconte longuement, avec moult détails, tout ce que je sais au
sujet de la présence des civils. Ronald m'écoute attentivement,
sans ne presque jamais m'interrompre. L'échange, ou plutôt le
monologue, dure environ une heure. Une civile vient s'asseoir à la
table voisine, femme dans la cinquantaine que je connais pour l'avoir
repérée ailleurs.
À un moment, Ronald me demande, le regard
inquiet, si je vais dévoiler l'identité de ses collègues que j'ai
débusqués. Le rassure, suis un citoyen responsable, veux améliorer
le système, pas le détruire. Il me souligne que la police, pour se
protéger, va ressortir de vieilles affaires me concernant et datant
de quelques années. Lui dis ne pas avoir peur, n'ayant rien à me
reprocher. À la fin, il me félicite, selon sa propre expression, de
chercher à équilibrer les choses, dit que je suis un bon citoyen.
Fait plutôt inusité, il vient me reconduire jusqu'au seuil de la
porte du resto, car il ne quitte pas les lieux, préférant
préalablement, me semble-t-il, aller aux toilettes et terminer son
café. Et, au moment de se quitter, en me serrant la main, il m'avoue
spontanément, d'un ton ferme, et même le répète, comme s'il
voulait s'assurer que j'ai bien compris : «C'est l'État policier!»
Suis vraiment abasourdi de l'entendre me faire cette confidence, le
regarde un bref instant dans le blanc des yeux, avant de le quitter.
Pourtant,
au cours de l'entretien, en aucun moment n'en ai-je fait allusion.
S'il n'y avait que la démocratie aux quatre ans, sans doute y
serions nous jusqu'au cou. Seulement voilà, les médias jouissent de
la liberté d'expression et de presse et actualisent au quotidien la
démocratie aux quatre ans. Donc possible d'améliorer le système.
Ce que nous ne pourrions faire si nous vivions vraiment dans un État
policier. Je crois qu'il est plus juste de parler d'un État de droit
étroit ou d'un Étau policier.
Bien sûr, je ne connais pas toutes
les ficelles du métier. Ronald en sait sûrement plus long que moi
sur ce point. N'empêche qu'élections et médias demeurent des
incontournables. (Quelques années plus tard, je découvrirai qu'il avait raison.) Ronald, un policier démocrate? Suis porté à le
croire, oui.
Assis
à une table du fond, avec des écouteurs des années quarante aux
oreilles, ai remarqué la présence de Martial. Il n'était pas là à
notre arrivée. Dos à la porte, je ne l'avais pas vu entrer.
Qu'écoutait-il dans ces vieux machins? Voulait-il me faire savoir
que tout ce que j'avais raconté à Ronald avait été enregistré?
Cet homme, la soixantaine avancée, cultivé et courtois, d'origine
française, donne du «monsieur» à tout le monde. Il tranche sur
ses collègues, possède prestance et faciès pour camper un
commissaire de police dans un thriller. Faut le voir, la bouche
ouverte, lèvre inférieure tombante, thorax légèrement penché,
paume des mains bien appuyée sur le rebord de la table. (Suite
demain)
■ Les
consommateurs de drogue changent de substances, ont toujours une
longueur d'avance sur la police -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Au
sujet de ces jeunes Amérindiens de Davis Inlet, au Labrador, où
vivent 600 Inuits, on en avait des nouvelles, début janvier 2002,
plus de deux ans après la publication du livre du Dr Patenaude, dont
on parlait hier. (Dr Robert Patenaude -- 24 heures à l'urgence --
Éditions Québec Amérique, 1999)
Cette année-là, la population
s'apprête à emménager dans le nouveau petit village érigé, une
quinzaine de kilomètres plus loin, par le gouvernement canadien.
Certains de ces jeunes, qui inhalaient des vapeurs de pétrole et
avaient quitté leur village pour suivre une thérapie, sont de
retour. L'affaire est réglée, pensent sans doute les "experts
en la matière". (Presse canadienne -- La Presse du 9 janvier
2002) Non, elle ne l'est pas.
De jeunes Inuits errent à nouveau dans
les tristes rues de cette petite bourgade en reniflant des vapeurs
d'essence, le nez plongé dans un sac de plastique. Semble évident
que les traitements ont lamentablement échoué. Simon
Tshakapesh, chef de la communauté, raconte : «Il
y en a des dizaines et des dizaines. C'est pire. Après Noël 2001,
un groupe est revenu et a incité les autres à respirer des vapeurs
d'essence.»
Tshakapesh blâme les fonctionnaires fédéraux, auxquels il reproche
de n'avoir pas approuvé de budget pour un centre local de
traitement. «C'est
un entêtement de la part de Santé Canada. Nous n'arrêtons pas de
leur dire que cela ne fonctionnera pas tant que nous ne contrôlerons
pas ces programmes d'aide nous-mêmes.»
Tshakapesh n'aborde pas l'ensemble de la problématique. Quels
présent et avenir cette communauté offre-t-elle aux jeunes? Chaque
jour, la télé, et l'Internet, étale à leurs yeux une vie pas mal
plus excitante que la leur. Ces jeunes voient bien qu'il y autre
chose que l'isolement au fin fond d'une forêt.
On
peut se demander aussi ce qu'il arriverait si la police réussissait
à saisir toutes les drogues disponibles. Les consommateurs ayant
besoin de fuir la réalité et développés une dépendance en
voleraient dans les pharmacies et les hôpitaux. Quand on sait que
certains drogués, en plein sevrage, sont parfois prêts à toutes
les violences pour obtenir le produit, on imagine sans mal les
conséquences.
Ou
ils remplaceraient le produit par des substituts, et pas seulement
par du pétrole. On ne ferait que déplacer le problème. On peut
même croire que le remède serait encore plus pire que le mal qu'on
veut éradiquer. Du reste, la répression policière contre les
drogues traditionnelles, dont le cannabis, oblige des consommateurs,
dont des jeunes, à utiliser davantage les drogues chimiques, qui
n'ont pas encore été vraiment ciblées par la police. En changeant
de substances, ils conservent toujours une longueur d'avance sur
celle-ci. (Suite
demain)
News du mardi 17 Avril 2012
■ Dessin
– La chancelière allemande Merkel
préfère Sarko, mais se contenterait d'Hollande. Sur le dessin on la
voit donner un élan à son copain pour qu'il atteigne de la hauteur
et gagne les présidentielles.
■ Si
vous dites à un civil ce que vous savez de l'underground policier,
il vous traitera de parano -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un
midi, à la cafétéria du Comité social Centre-Sud, je veux confier
à Norbert ce que je sais de l'underground policier montréalais. Il
ne me laisse pas terminer mon topo. Lui si calme d'habitude, devient
véhément, parle fort, gesticule, jette un regard d'impatience au
plafond, m'accuse de faire de la paranoïa.
De mon côté,
argumentant, mais un peu craintif tout de même. Depuis le temps que
j'accumule de l'info, j'ai tout ce qu'il faut dans la tête pour en
discuter. Il me crie presque que je dois m'ouvrir : sous-entendu,
collaborer avec les policiers en civil. Lui rétorque qu'il n'en est
pas question. Lui dis connaître l'attitude de certains citoyens
quand ils sont en présence de flics, toujours prêts à se valoriser
à leurs yeux.
Il insiste pour savoir si je veux ainsi dire que je ne
collaborerai pas avec la police. Non, je ne collaborerai pas, que je
rétorque sur un ton vraiment déterminé, l'expression faciale
appropriée. Seulement quand je serai témoin d'un délit, pas plus,
comme cela m'est arrivé à quelques reprises dans le passé, et par
le 911.
Il
y a de quoi s'inquiéter quand un civil insiste sur un sujet aussi
délicat. Norbert a probablement fait inscrire dans la mégabanque
informatisée de la police mon refus, et identifié comme étant un
mauvais citoyen. Cela suffit pour que la police vous accole
l'étiquette antipolice ou antisociale. Ce qui inquiète doublement,
c'est le ton qu'il a utilisé quand il m'a posé la question. J'y ai
perçu l'obligation du citoyen que je suis de moucharder les gens que
je connais.
Des noms désignent le citoyen racontant à des
policiers, sur une base régulière, tous les ragots de son îlot,
son quartier, sa ville, son village : mouchard, lèche-bottes,
fanatique de la police, de l'ordre et du conformisme, etc. Je n'en
suis pas un et ne le deviendrai jamais. C'est très clair dans ma
tête, irréversible. Et le citoyen collaborant ainsi avec la police
doit être dénoncé, car il crée suspicion et zizanie au sein de la
société, et contribue à la destruction du tissu social.
Quelques
Montréalais m'ont dit que le 911 demeure la façon la plus efficace
de contacter la police. Généralement, les citoyens ignorent que
celle-ci ne peut se satisfaire de cette communication. Idéalement,
elle veut faire en sorte que chacun fasse parti de ses réseaux
d'informateurs. La délation généralisée pour des activités
n'ayant rien à avoir avec la criminalité.
Elle ramasse tout,
absolument tout, la police. Et sur le plus grand nombre possible de
citoyens. Elle cherche continuellement à
établir
des liens avec eux, afin de savoir graduellement, par petites
touches, qui ils sont, de quoi ils vivent, quels sont leurs amis,
leurs loisirs, ce que fait le voisin ou la voisine et sa parenté,
genre d'homme ou de femme, lieu d'origine, train de vie,
fréquentations, avec qui il ou elle couche, les petites fantaisies
sexuelles de chacun, opinions sur différents sujets, etc. L'enquête
permanente sur tout le monde.
Ma prise de bec avec Norbert ne
s'arrête pas là. Le voilà qui ramène encore sur le tapis ma
présumée paranoïa. La police riposte à toute tentative de
discuter de ses activités clandestines en vous en accusant. À lui
seul, cet anathème doit verrouiller l'esprit critique de bien des
citoyens. Lorsque l'on nous en accuse, cela revient à nous dire de
ne pas penser, que l'on pense pour nous.
Lui signale que je suis prêt
à admettre qu'il y a peut-être un peu de ça dans mon histoire,
même si au fond de moi-même je n'en crois rien, mais à la
condition que lui, de son côté, admette que la paranoïa policière
existe aussi. Visiblement, Norbert ne s'attendait pas à cette
riposte. Il donne un vigoureux coup de tête sur le côté, tout en
reculant un peu, elle est presque couchée à l'horizontale, mais la
redresse aussitôt. Je constate que j'ai trouvé là une parade de
taille. Après avoir argumenté encore quelques minutes, il quitte la
table, sans précipitation, lentement, tout à fait en situation de
contrôle.
On n'a pas mâché nos mots. Pour dire les choses
franchement, nous nous sommes parlés entre quatre-z-yeux, bien que
mon débit était ralenti par une petite crainte en quelque part. Un
échange court, rapide, sans temps mort. Cependant sans animosité de
part et d'autre.
De mémoire de journaliste, je n'avais encore jamais
vu un "citoyen" défendre la police avec autant de vigueur.
N'ai pas réussi à le convaincre, les mots glissaient sur lui,
filtrés par une sorte de tamis idéologique. Ce fut la première
fois où prise de becs il y eut entre un civil et moi. Dans le feu de
l'échange, j'ai remarqué que nos voisins de table écoutaient. Le
lendemain, nous partagerons la même table, lui et moi, comme si rien
ne s'était passé la veille. (Suite
demain)
■ La
dépression à l'origine de la consommation de la drogue et l'alcool
-
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Développons
un autre aspect de la drogue : pourquoi des gens en consomment? Le
professeur Roques répond à cette question. (Louis-Bernard
Robitaille -- La Presse du 23 janvier 1999) Il a présidé la
Commission d'enquête sur les drogues licites et illicites
disponibles sur le marché français. (Bernard Roques -- La
dangerosité des drogues -- Éditions Odile Jacob) Onze scientifiques
français et sept consultants étrangers y ont participé. Il a remis
son rapport à l'État français en janvier 1999.
D'après
lui, la cause essentielle du passage à la toxicomanie dure tient à
la personnalité du consommateur. Il y a chez certains individus une
prédisposition biochimique au comportement abusif, tenant à la fois
au patrimoine génétique et au contexte socioculturel et émotionnel.
Roques fait le parallèle avec l'alcool : en France, sur cinq
millions de buveurs excessifs, seulement deux millions sont devenus
de vrais alcoolos. Il en est ainsi des usagers de la cocaïne : une
immense majorité s'en tient à un usage récréatif, sans tomber
dans la dépendance.
Prédisposition biochimique, patrimoine
génétique, contexte socioculturel et émotionnel, disait le
professeur Roques... Que voilà une formulation froidement
scientifique, pour ne pas dire aseptisée, nous éloignant d'autant
de l'humain, et qui finalement ne nous apprend pas grand-chose.
Concrètement, de quoi parle-t-on au juste?
Consultons d'autres
auteurs, dont un clinicien œuvrant dans la salle d'urgence d'un
hôpital du Québec, le Dr Robert Patenaude, auteur d'un bouquin
permettant de voir la condition humaine de plus près. (Dr Robert
Patenaude -- 24 heures à l'urgence -- Éditions Québec Amérique,
1999) Drogues et alcool sont de puissants dépresseurs du système
nerveux central. Ils augmentent donc les risques de dépression chez
un ado normal qui vit des difficultés et ils aggravent la dépression
chez un ado déjà déprimé.
Cependant,
ils ne sont pas des causes directes de suicide. «Nous
savons tous qu'un adulte alcoolique dissimule un adulte déprimé,
explique-t-il.
Il en est de même chez l'ado qui consomme régulièrement des
drogues. Il est trop facile d'accuser la drogue et l'alcool. Bien
sûr, cela simplifie énormément nos tentatives de compréhension du
suicide et nous enlève toute forme de culpabilité. On se
déculpabilise en disant : "Le
jeune Patrick s'est suicidé à cause de la drogue."
«Et puis il est rassurant de trouver une cause et de la combattre à
coups de millions de dollars. «Seulement,
cela n'explique pas le suicide récent
(le Dr Patenaude a publié son livre en 1999) de
jeunes Amérindiens du Labrador, qui vivaient dans une communauté où
il n'y avait pas de drogue, fait-il
observer.
Ces jeunes se sont pourtant enlevés la vie, en inhalant des vapeurs
de pétrole.
«Si un jour il n'y a plus de drogues ni d'alcool,
allons-nous devoir interdire le pétrole? s'interroge-t-il.
C'est
simpliste comme raisonnement, me direz-vous. Mais sachez qu'un grand
nombre de parents, de professeurs, de politiciens, de policiers, de
directeurs d'école et, bien sûr, de médecins accusent uniquement
la drogue et l'alcool, en oubliant complètement la complexité de la
dépression. Une grande part de nos impôts ne sert pourtant qu'à
combattre le facteur déclenchant que sont la drogue et l'alcool.» (Suite
demain)
News du lundi 16 Avril 2012
■ Hk
& Les Saltimbanks – "On
lâche rien" : vidéo
(04:43). "Tant qu'y a d'la lutte, y a d'l'espoir".
■ Jean-Luc
Mélenchon, à l'heure du choix
– Chef du Parti Front de gauche (PG), l'aile gauche du Parti
socialiste, il est l'un des dix candidats aux présidentielles, en
France : le 1er tour du vote est prévu pour le dimanche 22
avril, le 2e le 6 mai. Un passionné, dans le beau sens du terme,
brillant, engagé socialement, sincère.
C'est un rebelle, veut une
révolution citoyenne dans ce pays – à quelques reprises, il a
utilisé le mot «insurrection». Il attire les foules mais ce n'est
pas un démagogue. Son discours est une réaction politique aux
crises financières et l'endettement des pays, qui ont appauvri le
monde entier, et qu'on n'arrive pas à surmonter. À cela s'ajoute la montée de la droite et du néo-libéralisme. Faut l'entendre et le voir pour le découvrir et se
faire un opinion : vidéo
(41:20).
■ Le
civil Rodrigue m'invite chez lui, sort un poêlon, nous fait sauter
chacun une crêpe -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier)
Un soir de l'hiver 1997-98, je reviens d'une longue marche de santé.
Suis presque rendu à mon appart, rue Cherrier. Il fait très froid.
Trois de mes orteils sont quasiment gelées, ne les sens presque
plus. En vieillissant, le sang circule moins bien à ces extrémités
du corps.
Pas le choix, faut que j'arrête me réchauffer quelque
part, sinon elles gèleront complètement. Étant devant la station de métro
Sherbrooke, rue Berry, je décide d'y faire un arrêt. À
l'intérieur, j'en active la circulation sanguine en marchant jusqu'à
la porte-est puis je reviens sur mes pas. Au moment où je monte
l'escalier menant à la sortie-ouest, j'entends derrière moi crier :
«monsieur, monsieur...», me retourne, vois quelqu'un grimper
quatre à quatre les marches pour me rattraper. C'est Rodrigue.
Suis
étonné qu'il me donne du «monsieur», depuis le temps qu'on se
tutoie. Nous nous installons sur le banc, juste en face de la porte,
parlons de dramaturgie, de comédiens. Le sujet de conversation qu'il
a amorcé n'est pas gratuit. Il m'ausculte pour savoir si je lui joue
la comédie. Ma présence à la station de métro, à cette heure,
l'intrigue. Nous échangeons là-dessus pas loin de trois quarts
d'heure.
Il est passé 23h, je dois rentrer chez moi. Il m'emboîte
le pas. Arrivés
coin St-Hubert, il m'invite à son domicile, me dit que c'est tout
proche. J'accepte. Deuxième étage d'une maison de chambres
appartenant à l'Office d'Habitation de Montréal, rue St-Hubert,
coin Napoléon. Dès mon entrée, lui fais part de mes gros soupçons
quant à sa véritable identité. Il nie être policier, mollo, trop
mollo. Si on me faisait part d'un soupçon semblable à mon égard,
je nierais en y mettant plus d'énergie.
On a vite fait le tour de sa
toute petite chambre. Tout est placé le long des murs, avec au
centre à peine d'espace pour quatre ou cinq personnes debout :
petite table de cuisine et deux chaises droites, fauteuil, lit
simple, petite armoire, frigo, évier, poêle, porte d'entrée. Pas
de téléphone, pas de télé. J'enlève mon manteau, le dépose sur
le lit, m'assoie dans le fauteuil.
Rodrigue sort un poêlon, nous
fait sauter chacun une crêpe, que nous dégustons avec mélasse et
jus de fruit. Bien sûr, il en profite aussi pour me cuisiner. Le
petit lunch n'a pas d'autre but que de créer un climat propice aux
confidences. On ne s'en sort jamais, avec les civils. Toujours en
train de fouiller dans votre tête et votre cœur. C'est notamment ce
qui permet de percer assez rapidement leur véritable identité.
Certains jours, l'approche est particulièrement flagrante.
Attribuable à la routine, le pire ennemie du civil. Jouer la comédie
exige de la concentration. Pas facile, lorsqu'on la joue huit ou dix
heures par jour. Le flic devient plus expéditif et ça transparaît
dans ses rapports avec les autres. On peut penser qu'il y a aussi des
jours où il en a ras le bol des feux de la rampe.
Après
avoir mangé, je reprends place dans le fauteuil, lui s'assied sur le
lit, le dos appuyé contre le mur. Il a enlevé ses bottes, allumé
une cigarette et déposé le cendrier sur.... mon manteau. Il
gesticule quand il parle, secoue sa cigarette au-dessus du petit
cendrier, sans trop viser. Suis un peu inquiet, crains qu'une cendre
brûlante tombe dessus.
C'est au moment où il pose la main à plat
sur l'une des poches et commence à en palper le tissu en me fixant
droit dans les yeux que le déclic se fait dans ma tête. Il cherche
à en deviner le contenu. Monsieur m'a surpris à 22h faisant un
aller retour dans la station de métro sans prendre le métro.
Monsieur pense que j'ai de la drogue dans la poche de mon manteau. Je
plante mes yeux dans les siens, lui dis n'avoir jamais touché à la
drogue de ma vie. Semble rassuré.
Il entreprend ensuite de me
convaincre qu'un jour notre civilisation retournera à l'époque du
Moyen Âge, beaucoup de nos acquis seront alors réduits à néant.
Perspective d'avenir pour le moins déprimante. Finalement, las de
cet interrogatoire grossier, lui reproche amicalement de tout peindre
en noir pour me forcer à sortir tout ce que j'ai dans la tête.
Moment de silence, sourire. C'est presque un aveu. L'instant d'après,
il se lève, m'indiquant ainsi le moment de partir. (Suite
demain)
■ Denise : ça s'attrape vite,
le sida, pis
ça meurt vite quand tu consommes de la drogue -
(Suite tome 3 de L'étau Policier) Quittons
l'Angleterre pour le Québec, Canada. Bibeau, professeur au
département d'anthropologie de l'Université de Montréal, et
Perreault, anthropologue et chercheur à l'Institut international de
Montréal, font une bonne lecture des «Dérives
montréalaises»,
pour utiliser le titre de leur ouvrage édité en 1995. (Gilles
Bibeau et Marc Perreault -- Dérives montréalaises -- Éditions
Boréal)
Ce ne sont pas des dilettantes, puisqu'ils ont enquêté
dans ce milieu sordide des piqueries. Leur
conclusion? En faisant de ces personnes des hors la loi
irrécupérables et des parias aux valeurs antisociales, l'État et
les services publics se sentent autorisés à ne délier que
parcimonieusement les cordons de leur bourse, voire à supprimer les
fonds, alors qu'il s'agit de programmes spécifiques comme celui de
la méthadone pour les héroïnomanes et celui d'échange des
seringues.
Constatons que, déjà en 1995, ces deux universitaires
savaient, avaient publié un livre, qu'aucun de nos élus --
municipaux et gouvernementaux du Québec et du Canada -- ne semblent
pas avoir lu... Les auteurs relatent le cas de Denise, qu'ils ont
interviewée. Elle prend ses seringues neuves au Centre d'action
communautaire auprès des toxicomanes utilisateurs-trices de
seringues (CACTUS), situé dans le centre-ville de Montréal, au 1209
de la rue St-Dominique, et les donne aux filles.
«J'ai
vu une fille se maganer assez, c'est incroyable ; J'en ai vu mourir
du sida. J'ai deux de mes chums qui ont le sida, j'en ai une qui est
morte, Manon... Ça s'attrape vite, pis ça meurt vite quand tu
consommes.»
Denise
donne son opinion sur les piqueries, bien placée pour en parler en
connaissance de cause car elle les fréquente.
«C'est
quasiment nécessaire parce qu'y faut quand même des endroits où
est-ce qu'y a pas d'enfants ; où est-ce que les filles sont en
sécurité ; qu'y se font pas violer non plus par personne. Veut,
veut pas là, même si
(ce sont) des
gelées,
(ce sont) quand
même des êtres humains.
(...) moi,
je me souviens du temps où est-ce qu'y en avait pas beaucoup de
piqueries... eh ben, c'était dans les parcs qu'(elles)
allaient,
c'était partout : dans les escaliers des immeubles, c'était
n'importe où ;
«pis c'est peut-être là que le sida s'est développé
le plus,
(...) qu'y
a eu le plus d'overdoses aussi parce que les filles se reposaient
pas, y pouvaient pas dormir, y pouvaient pas manger... «Dans
les piqueries... écoute, c'est un logement... moi j'étais le genre
de fille qui mangeait pis qui dormait le plus souvent possible pour
avoir des highs les meilleurs. Fait que quand j'arrivais avec mon
lunch, y en avait toujours une ou deux qui avaient faim, pis j'ai
faisais manger... Si j'avais pas eu ces places-là pour dormir, je
serais morte. C'est quand même un repère pour les itinérants.
«C'est ben dommage que ça soitdes
piqueries, mais qu'est-ce que tu veux faire, les filles consomment, y
ont besoin... y vont consommer dans des places où est-ce qu'y
peuvent se reposer. Sinon y consommeraient dans le milieu de la rue,
y consommeraient pareil, veut, veut pas, t'sé, y vont consommer.
(Ce sont) des
droguées, pis tant et aussi longtemps qu'y se font pas soigner
(elles vont) être
comme ça.»
À Montréal, racontent les deux auteurs, c'est surtout dans les
environs du quartier Parc Extension et de l'Avenue du Parc que l'on
trouvait, à la fin des années 1970, la première concentration de
piqueries où se rendaient les usagers d'héroïne. Dans ces
appartements, on vendait la drogue en fraction de point et on y
offrait même parfois le «service
complet d'injection».
On ne restait habituellement sur les lieux que le temps de «cuver son
flash».
Comme la durée d'existence d'une piquerie est relativement courte --
environ trois mois, à cause des descentes policières, des plaintes
des voisins, des morts par overdose, etc. --,
les gros tenanciers se doivent d'avoir toujours à leur
disposition des appartements libres prêts à les accueillir en cas
de déplacement forcé de leur commerce.
Je
n'ai pas enquêté dans une piquerie. J'en ai cependant entrevue une,
près de l'endroit où j'habitais. C'était à la fin des années
1980. La police y avait effectué une descente. Peu après son
arrivée, m'étais rendu sur les lieux. Elle avait enfoncé la porte,
ne restait plus qu'un seul occupant, un drogué, vivant un bad trip,
maintenu le dos au plancher par 4 policiers agenouillés, un à
chaque membre.
Dans de vigoureux bonds, son corps se courbait en arc,
sa tête émergeait au-dessus d'eux, les yeux transformés très
exactement en une cible, avec ses cercles emboîtées les uns dans
les autres. Émouvant! Ils le tenaient fermement, pour l'empêcher de
se heurter aux murs, aux meubles, et se blesser, mais avec une
certaine retenue. Leur attitude, leur regard, j'ai senti en quelque
part une certaine humanité. (Suite
demain)
News du dimanche 15 Avril 2012
■ Québec-amiante :
il y en a dans 289 immeubles gouvernementaux –
Et encore, la liste n'est pas complète. Il a fallu que le
journaliste de Radio-Canada utilise la Loi d'accès à l'information
pour le savoir. Le gouvernement de Jean Charest
s'y opposait. (NDLR : Décidément, le chef du Parti libéral a
de gros problèmes avec la transparence. Faudra bien un jour que des
journalistes de différents médias se groupent pour dresser la liste
de tout ce que ce Prince de droit divin et ses courtisans cachent aux
Québécois.)
■ Syrie :
l'ONU a envoyé aujourd'hui une équipe d'observateurs
– Plus de 30 militaires non armés, qui surveilleront si le
cessez-le-feu est en vigueur. Une décision adoptée unanimement par
les membres du Conseil de sécurité. Même si la situation politique
et miliaire évolue, la priorité immédiate
pour les organismes humanitaires est d'obtenir un accès sans entrave
des personnes vivant dans les zones où il y a eu d'intenses combats.
On évalue qu'au moins un million ont besoin d'aide.
■ Abolition
de la peine de mort au Connecticut
– Le gouverneur démocrate de l'État Dannel Malloy : «Je
suis content que la Chambre ait voté pour le projet de loi, et une
fois sur mon bureau je la signerai». Il y a un hic de taille :
la loi n'est pas rétroactive,
11 condamnés feront donc le grand voyage d'où on ne revient pas,
qui sera plus difficile à accepter pour eux suite à l'abolition.
(NDLR : Pourquoi eux? Pour le plaisir morbide, conscient ou pas,
d'une dernière cruauté?)
■ La
photo du civil Rodrigue figure dans un rapport annuel de la police de
Montréal -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Comme
tous ses collègues, Rodrigue non plus ne fait pas un job facile.
Patrouillant à pied ou faisant le pied de grue, peu importe la
température, cherchant à s'infiltrer partout, parlant à tout le
monde. Un passionné du métier, ça paraît.
Le peu de cheveux
qu'il a, il les rase. Huilé et bronzé, son crâne reluit comme une
boule de billard. Certains jours, il ressemble à Lénine, d'autres à
Trotski, avec le bouc du faux subversif, la chevelure en moins.
Fausse, la barbichette? Possible parce que parfois sa couleur variait
un peu. N'ai jamais osé vérifier...
Officiellement sans emploi.
Joue au gars qui voit tout en noir, tactique permettant de repérer
ceux récriminant contre le système : sa photo figure dans l'un des
rapports annuels de la police de l'île de Montréal. Astrologue
aussi à ses heures. Parlerait et écrirait le mandarin. Quand vous
le rencontrez dans un resto, il lui arrive souvent de sortir de son
sac et d'étaler négligemment à votre vue, sur la table, quelques
feuilles recouvertes d'idéogrammes. C'est beau, proprement fait, du
travail d'artiste.
Je doute qu'il en soit l'auteur, doute tout autant
qu'il parle le chinois comme il le prétend. A probablement appris
une dizaine de mots, à dessiner quelques idéogrammes, afin de
leurrer la galerie, mais je crois que ses connaissances se limitent à
ça. Elles font parti de tous ces éléments factices qu'il utilise
pour se créer une identité d'emprunt. Lui ai même dit un jour de
cesser de m'ennuyer avec ses histoires de Chine, car il avait
tendance à m'en parler quasiment à chaque fois qu'on se croisait.
Lassant à la longue. Il n'avait pas aimé. J'avais eu droit au gros
rire intimidant, typiquement policier. Il n'a plus insisté.
Quand
vous le croisez sur la rue, parfois il s'approche très près
de votre visage pour vérifier si vos pupilles sont dilatées. Arrive
toujours à l'improviste. L'apercevez-vous, qu'il est déjà à six
pouces de votre visage, la tête penchée sur le côté en train de
vous les scruter attentivement.
Un
jour, je m'en allais souper à l'Armée du Salut, coin St-Antoine et
Guy, où m'attendaient Norbert et Gilberte. Au moment où je passe
devant l'ancienne Place Dupuis, le voilà qui surgit tout à coup, me
demande où je vais, le lui dis. Trouve que c'est une bonne idée,
s'enquiert s'il peut m'y accompagner. J'accepte, c'est loin, ne
refuse jamais un compagnon de route. Il fait à peine deux, trois pas
avec moi pour changer aussitôt d'avis.
Il a des choses plus urgentes
à s'occuper. Ne me le dit pas, je le vois bien. Un commerce flambe
au coin de Ste-Catherine-St-Hubert. Il y a là plein de fumée, les
pompiers sont sur les lieux, beaucoup de curieux aussi. Je comprends
que son travail, cet après-midi-là, consiste à faire le tour des
badauds au cas où il n'y aurait pas un pyromane parmi eux.
Notre
brève rencontre lui a permis de savoir où j'allais et, en disant
vouloir venir avec moi, de vérifier si j'y allais vraiment. Sans
doute aussi pour vérifier s'il n'y avait pas un petit incendie qui
flambait quelque part derrière mes yeux. (Suite
demain)
■ Coup
de fil de l'hôpital, on a retrouvé Sally dans les toilettes d'une
station de métro -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Regardons
comment se déroule la vie quotidienne du consommateur de drogues
dures fréquentant des piqueries illégales, petite virée
touristique nous donnant une petite idée... D'abord une piquerie de
Londres, Angleterre, ensuite deux à Montréal, Canada. Années 1970,
dans un Day Care Center, à Londres (Anne-Marie Tiberghien -- Comme
un Chat sauvage -- Éditions Robert Laffont, 1986) :
ce
témoignage de l'auteur Tiberghien date un peu, cependant la façon
de faire perdure encore au début des années 2000. Elle y a œuvré
quelque temps avec des travailleurs sociaux, des bénévoles. Ces
centres d'accueil de jour, raconte-t-elle, forment un réseau dense,
la géographie secrète des intoxiqués. Sur le terrain, elle a vu
agir ceux qui, malgré les échecs et parfois les morts par
overdoses, malgré l'agressivité et les bagarres permanentes,
luttent et travaillent contre la misère, la solitude et le rejet.
Le
centre est réservé aux jeunes drogués ayant atteint un stade
avancé de dépendance. Sans travail, sans attache, la plupart du
temps adeptes de drogues dures. «Ils
sont dans un état pitoyable : dents noires et abîmés, corps
couturé de cicatrices et d'abcès, ils passent leur temps à se
gratter, titubent, tremblent, tombent,
relate-t-elle.
Ils n'ont plus le goût à rien, ni à la nourriture, ni à l'amour.
Leur mémoire est fantaisiste comme leur sommeil, leur nervosité,
immense, leur agressivité, permanente. Des bagarres violentes
éclatent à tout moment, à coups de tessons de bouteilles ou à
coups de couteaux.
(...)
«Que
de tristesse à voir mourir parfois ces gamins faits pour vivre, qui
crèvent comme des chiens décharnés, misérables, malades,
abandonnés de tous.»
Tiberghien rapporte un cas. «Un
soir, coup de fil de l'hôpital au centre : on a retrouvé Sally
dans les toilettes d'une station de métro -- cocktail de vodka et
d'amphétamines. Elle est dans le coma. On se précipite.
«Spectacle
atroce que ce corps allongé derrière la vitre, visage décomposé,
souffle irrégulier, peau sale et blanche, tachée de traces
jaunâtre, l'hépatite... Comment ne pas se sentir accusé, ne pas se
reprocher de ne pas se donner assez, elle avait besoin d'une main,
d'un cœur, peut-être seulement d'une oreille.»
Tiberghien
nous décrit plus explicitement la mission de ces centres. «Ils
sont équipés de salles d'accueil, autour des éléments de
chauffage s'accumulent fauteuils et coussins, un coin cuisine où
bout en permanence l'eau pour le thé, une salle avec machine à
laver, machine à coudre, douche... Une pièce, enfin, réservée aux
drogués qui veulent se piquer!
Pas
d'emploi du temps, il serait impossible à respecter. Il s'agit de
déculpabiliser tout en redonnant aux jeunes l'envie de revenir, de
se retrouver, de partager quelque chose ensemble, un bout de calme.
«Au
début, beaucoup viennent vaguement chercher des adresses -- travail,
logement --, ou bien passer un moment agréable, à lire, parler,
boire une tasse de thé... Peu à peu, peut-être, d'autres mettront
leurs pas sur la route de la désintoxication et de la réhabilitation
-- un mot qui revient sans cesse dans toutes les conversations, avec
sa charge d'ironie, de frayeur, mais aussi d'espoir à peine avoué,
précise-t-elle.
«En tout cas, ils ne se sentent pas réprouvés, jugés, chassés,
punis. Premier pas -- si hésitant -- hors de la détresse et de la
solitude ; premier lieu -- si imparfait soit-il --, où la personne
traquée se sentira chez elle, tels sont l'espoir et la conviction
des animateurs.» (Suite
demain)
News du samedi 14 Avril 2012
■ Québec :
le financement occulte des partis politiques
– L'équipe de l'émission "Enquête" de Radio-Canada
nous en trace un portrait qui ouvriront grand les yeux à bien du
monde : vidéo
(42:40), agrandissez l'écran, en haut, à gauche, cliquez "plein
écran". On y traite surtout de l'entreprise québécoise Roche
ingénieurs-conseils : son slogan
publicitaire "On gère de près" en dit long, contexte
étant.
Rappelons qu'en novembre 2011 le gouvernement libéral de
Jean Charest, poussé dans le dos par des réactions publiques, a
créé la "Commission d'enquête de la juge France Charbonneau
sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de
la construction". Les citoyens possédant des renseignements à
ce sujet sont invités à la contacter, par téléphone ou courriel :
voir au sommet de la page du site.
En outre, les audiences y seront diffusées en direct et différé.
Le moment venu, je vous en informerai.
Cette
enquête est extrêmement importante car tous les partis politiques
sont impliqués. Parce que finalement se sont les citoyens qui payent
les campagnes électorales, et ce, sans le savoir. Plus choquant
encore : leur contributions peut être versée à un parti
qu'ils ne veulent pas voir au pouvoir. On en viendra aussi,
forcément, à traiter de l'appel d'offre octroyé au plus bas
soumissionnaire qui, après la signature du contrat, ajoute des
surplus. Que cachent-ils? D'autres factures illégales que les
citoyens doivent payer de leur poche, sans le savoir?
■ Un
jour, Rodrigue, le policier en civil,
s'est vraiment mis en colère contre moi -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) C'était
la deuxième fois que je voyais Rodrigue en compagnie de cette femme.
La première remontait à une couple d'années. Rodrigue et moi
avions pris l'habitude de se rencontrer de temps à temps dans un
resto de la rue St-Laurent à Montréal où nous passions quelques
heures à discuter de choses sérieuses en buvant du café.
Une fois,
elle s'était jointe à nous. Rodrigue me l'avait présentée comme
travaillant avec un groupe de jeunes sur différents projets, dans un
loft lui appartenant. Un autre civil nous accompagnait. Lui se disait
professeur de mathématiques à la retraite. Il donnait,
prétendait-il, des cours de rattrapage à des étudiants.
Me
souviens que cet après-midi-là, cherchant à connaître un peu
mieux Rodrigue, je m'étais permis de lui décocher quelques
questions bien ciblées sur ce qu'il faisait, d'où il venait. Il
s'était vraiment mis en colère contre moi, me disant le ton haut
perché qu'il n'aimais pas qu'on l'interroge sur sa vie privée.
Indigné au point de se lever comme s'il allait partir, pour ensuite
reprendre sa place.
Assis à ses côtés, sur la même banquette,
j'avais tenté de le calmer un peu en enveloppant amicalement ses
épaules de mon bras et le berçant doucement. J'avais fait remarquer
à la blague aux deux autres que c'était un bon gars, quoique
parfois un peu chiant, qualificatif prononcé à la française, la
nasale bien accentuée. L'avais même répété.
Je n'avais pas été
sans percevoir la réaction de la jeune femme assise juste en face
moi. Elle riait d'un rire retenu, un peu scandalisée de ma remarque
et de mon comportement, avec l'air de me dire du regard : "Tu ne
sais pas à qui tu parles".
Beaucoup
plus tard, Rodrigue tentera de me faire avaler que son père est
presque mourant à l'Hôpital St-Luc. Là encore, je ne le croirai
pas. Ce type a perdu toute crédibilité à mes yeux, comme plusieurs
de ses collègues du reste. Rodrigue n'en demeure pas moins un chic
type. Il lui arrive de tirer de son sac une minuscule boite en métal
contenant de tout petits bonbons verts pâles, à peine plus gros que
des pois numéro deux, qu'il ouvre délicatement, et de vous en
offrir un... par année. Je me sentais privilégié. (Suite
demain)
■ Comment
diable peut-on refuser de sauver des vies parce qu'il n'y a pas
consensus ? -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Au sujet des
piqueries légales où le consommateur dispose de seringues neuves,
non contaminées par le sida, entre autres, on prétendait en janvier
1999 qu'il était trop tôt. (Jean-François Bégin -- La Presse du
27 janvier 1999)
Le Dr Denis Roy, directeur de la santé publique de
Montréal-Centre, admettait leur utilité dans la lutte contre le VIH
: «C'est
clair que ça un grand potentiel. Cependant, les pays qui sont allés
de l'avant avec une approche aussi radicale,
soulignait-il au journaliste Jean-François Bégin de La Presse,
l'ont fait sur la base d'un consensus social fort, qui n'existe pas
présentement au Québec.»
Interrogeons-nous,
allons plus loin que le Dr Roy. Quel effort le pouvoir politique
déploie-t-il pour en construire un? Et puis, est-ce un passage
obligé, ce consensus, quand on sait que des citoyens meurent
entre-temps pendant que d'autres continuent de propager leurs
maladies? Dans notre histoire, des hommes et femmes politiques
courageux ont su notamment abolir la peine de mort, mesure qui était
loin de rallier l'assentiment de la majorité, et légaliser
l'avortement, qui ne faisait pas l'unanimité non plus.
Comment
diable peut-on refuser de sauver des vies parce qu'il n'y a pas
consensus? Sommes-nous en présence d'un cas de tyrannie de la
majorité? Mais peut-on vraiment parler de tyrannie, quand on sait
que dans une société libérale, à la limite, chaque citoyen ou
groupe de citoyens réclame la tyrannie de l'État à son seul
bénéfice contre tous les autres.
En y réfléchissant bien, on
réalise qu'elle est plutôt celle du pouvoir et de sa police. S'ils
croyaient vraiment en la nécessité de construire une société plus
humaine, ils prendraient les moyens d'en convaincre la population.
Seulement voilà, ils préfèrent maintenir la répression
charcutante, couper dans le vif avec le scalpel.
Et lorsqu'ils sont
acculés au pied du mur par les médias, ils arguent que la
population n'est pas prête à l'accepter. Cercle vicieux d'où on ne
sort jamais. Tourner en rond pour maintenir le statut quo, la
punition par la violence et la souffrance. Accepter que des citoyens meurent faute de soins médiaux. Ce pouvoir et sa police
pensent que leur Guerre Sainte est plus importante que la vie. Voilà
la vérité nue. (Suite
demain)
News du vendredi 13 Avril 2012
■ Haïti :
dénonciation d'un complot visant à renverser le Président Martelly
– Lors d'une conférence de presse d'urgence
tenue aujourd'hui, les gouvernements haïtien et dominicain ont déclaré
détenir des informations à l'effet que le colonel à la retraite
Pedro Julio Goico Guerrero aie organisé et mis en œuvre un plan à
cette fin. Rappelons qu'en Haïti les hommes armés refusent toujours
d'évacuer les anciennes casernes de la défunte armée du pays.
■ France :
Céline Duflot, grande spécialiste du développement durable
– Cette secrétaire nationale d'Europe écologie – les Verts –
est la meilleure personne à en traiter en profondeur. Elle est au
courant de tout en la matière, intéressante à écouter :
vidéo
(43:00) de l'entrevue à l'émission Publc Sénat. On y parle
politique aussi, forcément, le premier tour des élections
présidentielles se tenant le 22 avril. Notez que sur ce site il
faut activer le SON.
■ D'autres
perceptions permettant de repérer des civils -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un
jour je vois Norbert enlever des mains le paquet de cigarettes d'un
habitué d'un resto communautaire, l'examiner attentivement, lunettes
de lecture sur le bout du nez, poser deux ou trois questions
carabinées --
contrebande? Mais sans prononcer le mot.
Après le départ de l'usager, lui fais remarquer avoir reconnu le
style --
du policier enquêtant. Me faut le répéter, en l'encourageant de
clins d’œil complices, le visage tout plissé de rire, pour qu'il
me consente finalement un petit sourire sec, à peine perceptible. La
complicité est microscopique. Insuffisante pour prétendre que nous
sommes entre initiés.
Quand
un civil craint que son identité soit percée, il utilise une
panoplie de trucs pour déjouer les soupçons. Un après-midi
Rodrigue et moi déambulons rue St-Denis, à Montréal. Nous croisons
une jeune femme, l'une de ses collègues. Il se précipite vers elle,
la prend par le bras, s'en écarte légèrement pour mieux apprécier
sa tenue vestimentaire et la félicite du «beau rôle» qu'elle a
choisi.
La femme partie, je lui demande si celle-ci est comédienne.
Pris de court, il baisse la tête, incapable de formuler une réponse.
Comme tout civil réalisant qu'un mot de trop --
«beau rôle» --
a mis en péril leur véritable identité, la sienne et celle de sa
collègue, il tente aussitôt d'étoffer davantage sa fausse identité
en me quémandant de l'argent pour un café.
Le bout du bout! Moi,
pauvre comme Job, payant un café à un flic gagnant au delà de 50
000 $ par année. En ces temps de disette, il n'a droit qu'à 0.75¢.
L'homme ou la femme jouant à celui n'ayant pas d'argent pour se
payer un café, que voilà une belle cachette pour un civil.
Certains
raconteront avoir déniché un job, disparaîtront pour réapparaître
un mois plus tard et jouer aux travailleurs découragés d'avoir été
mis à pied ou congédiés. Souvent, cela suffira à vous convaincre
que vous aviez tort de penser que... Momentanément, car, les
contacts quotidiens reprenant, ce n'est pas long que la certitude
refait surface.
Une autre tactique consiste à s'attirer la sympathie
ou la pitié. Très rare que cette ruse ne fasse pas mouche. Si vous
êtes le moindrement sensible à la misère des autres, vous tomberez
dans le panneau les deux pieds joints et, comme il m'est quelques
fois arrivé, compatirez à leur sort, essaierez tant bien que mal de
recoller les morceaux. À la condition, bien sûr, que ces civils
soient bons comédiens, dans le cas contraire...
Rodrigue me jouera
le rôle de celui dont les jours sont comptés. Presque plié en deux
par la douleur, l'air souffreteux, monosyllabique, se disant atteint
d'une maladie mystérieuse, incurable, il se demandait sérieusement
s'il allait passer l'hiver. Il en mettait, en mettait. Ne l'ai pas
crû. J'avais accumulé trop de recoupements sur son compte.
Le
printemps venu, il était d'ailleurs toujours là, bien en vie, trop
pour le mort en sursis qu'il avait été deux mois plus tôt :
légèrement bronzé, yeux brillants, convivial, et accompagné d'une
jolie femme plus jeune que lui, quoique collègue plutôt qu'amante.
Par la suite me suis un peu amusé à ses dépends, à une couple
d'occasions, disant que sa mère avait dû prier pas mal fort pour
qu'il recouvre miraculeusement la santé, caricaturant à gros traits
son état souffreteux d'alors. (Suite
demain)
■ Canada,
2001 : plus
de 62 500 consommateurs de drogue injectable contaminés par le sida et l'hépatite -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Et
la méthadone dans les prisons? Peu ou prou. Pourtant quelques
intervenants étaient prêts, dès l'automne 1998, à en dispenser le
traitement à des détenus purgeant des peines dans des
établissements québécois (Brian Myles -- Le Devoir des 22, 23
et 24 septembre 1998) : le Dr Pierre Lauzon et son collègue
Côté de CACTUS étaient de ceux-là. Et la situation perdurait en
juin 2002.
D'après Marlène Langlois, du Service correctionnel du
Québec, il n'existe pas, dans les centres de détention du
gouvernement du Québec, de directive sur l'administration de la
méthadone. (Simon Diotte -- La Presse du 19 juin 2002) Chaque
établissement a sa propre politique. «Il
faut savoir que des héroïnomanes, on n'en trouve pas partout. À
l'extérieur de Montréal, ils se font plutôt rares (sic).
Là où il y a des patients, des médecins sont chargés de les
suivre»,
explique-t-elle.
Cependant, dans les établissements québécois et
fédéraux, le traitement est réservé à ceux l'ayant entrepris
avant leur incarcération. Pourquoi donc? «Nous
n'avons pas le personnel pour l'offrir à tous les candidats»,
précise Langlois. Dans les 12 pénitenciers fédéraux du Québec,
elle y est administrée depuis 1998 : ce mois de juin 2002,
seulement 30 personnes y ont accès.
En mai 2001, suivant le
journaliste Dennis Bueckert de la Presse canadienne, on dénombrait
au Canada 125 000 consommateurs de drogues injectables, dont
plus de la moitié (plus de 62 500) avaient été contaminés
par le sida et l'hépatite C. (Dennis Bueckert, Presse canadienne --
La Presse du 5 mai 2001)
Les lois fédérales interdisant l'usage des
drogues, de nombreux travailleurs du secteur public de la santé
craignent d'être traduits devant la justice s'ils fournissent le
matériel nécessaire aux personnes ayant développées une
dépendance. Combien
de ces plus de 62 500 en informaient leur partenaire sexuel ou,
à tout le moins, utilisaient le condom?
Pourtant, le ministère
fédéral libéral de la Santé, sous le gouvernement Chrétien,
évaluait, cette même année, que les cas de VIH-sida attribuables à
l'injection de drogues occasionneraient des coûts de quelque 8,7
milliards de dollars au cours des six années suivantes. Les coûts
de l'hépatite C devaient être encore plus élevés. Voilà qui
permet de saisir encore un tout petit peu plus les conséquences de
la Guerre Sainte : l'ampleur du charnier, les innombrables atteintes
aux droits fondamentaux et les coûts astronomiques. Quelle
violence... organisée!
À
l'été 2001, un ex-détenu héroïnomane de Toronto, Joason Pothier,
intente une poursuite de 25M$ contre le gouvernement fédéral et
certains de ses organismes. (Presse canadienne -- La Presse du 21
août 2001) À l'époque où il purgeait une sentence dans une prison
fédérale on lui avait refusé des seringues neuves et de la
méthadone, alors il avait contracté sida et hépatite C.
Il avait
commencé à s'injecter de l'héroïne au pénitencier de Collins
Bay, où il avait séjourné entre septembre 1997 et mars de l'année
suivante, avant d'être transféré à celui de Warkworth, deux
établissements situés en Ontario. Son avocat, Darrell Kloeze, avait
bon espoir que la cause permettrait éventuellement aux détenus
d'obtenir plus facilement méthadone et seringues neuves, et à ceux
infectés par la sida, de recevoir leurs médicaments. (Suite
demain)
News du jeudi 12 Avril 2012
■ Ministre
québécois Sam Hamad accusé de voler des cerveaux au Brésil où
l'éducation est gratuite
– De passage dans ce pays avec notamment le premier ministre Jean
charest, il a été apostrophé à ce sujet par un étudiant non
identifié faisant le lien avec la situation des étudiants québécois
confrontés à des frais de scolarité très élevés : vidéo
(00:47) + communiqué
du gouvernement du Québec sur la délégation de ministres et
fonctionnaires au Brésil.
■ Syrie :
Kofi Annan encouragé par la cessation des hostilités
– Sa déclaration d'aujourd'hui :
«La Syrie fait apparemment l'expérience d'un rare moment de calme
sur le terrain. Cela apporte du soulagement et de l'espoir au peuple
syrien qui a tant souffert depuis si longtemps dans ce conflit
brutal. Cela doit continuer. Toutes les parties ont l'obligation de
mettre en œuvre pleinement le plan en six points. Cela comprend à
la fois les dispositions militaires du plan et l'engagement à faire
avancer le processus politique J'exhorte tous les Syriens à saisir
cette opportunité.»
■ Un
témoin dévoile le financement illégal des partis politiques du
Québec
– En plus claire : une entreprise adressait à une municipalité
complice de fausses factures, encaissait l'argent et la lui
remettait. De cette façon on était certain d'obtenir des contrats.
Le tout aux frais des contribuables. Ce témoin est bien placé pour
en parler puisqu'il faisait parti lui même de ce réseaux
clandestin. Il s'occupait aussi de campagnes électorales. Selon lui,
tout le monde le faisait. Et ce système des fausses factures existe
depuis les années 1950 : vidéo
(04:26).
(NDLR : Il en a fallu du temps et beaucoup de pression
pour que le premier ministre libéral Jean Charest accepte de créer
une commission d'enquête. Ainsi en avait-il été du scandale de la
nomination des juges par Charest, la séparation des pouvoirs
n'existait pas, dans ce cas-ci : dans d'autres secteurs,
l'absence de transparence est évidente. Pour compléter le bouquet,
ajoutons le fait qu'il en avait défini lui même le cadre à ne pas
dépasser : il n'était pas question de trouver un coupable,
seulement d'améliorer le processus, donc à la fois juge et parti.)
■ Je
dis à Norbert, le policier en civil :
«Envoie,
salopard, viens-t-en!» -
Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un
jour, après nos agapes à cette soupe populaire, lui et moi
remontons Berry. Je vois venir dans notre direction une de mes
connaissances. Un ex-fonctionnaire à la retraite du gouvernement du
Québec, barbe blanche à la Hemingway. Ce matin-là, il n'a pas la
pipe vissée au coin de la bouche. Je le connais depuis plus d'un an.
Un homme contre lequel je nourris une petite rancune. Lui en veux un
peu de ne pas avoir voulu faire tandem avec moi quand j'ai commencé
à faire du bénévolat au resto Bouffe-Héberge. Car il venait y
faire son tour de temps à autre. À un moment, je croyais vraiment
l'en avoir convaincu. Lui et moi avions répartis certaines tâches
puis on ne l'y avait plus revu.
À nous deux, nous aurions facilement
réussi ce que je n'ai pu faire seul : écarter les irresponsables
dirigeant cet organisme, redresser la situation financière et
développer des activités à l'intention des usagers. Je m'en étais
d'ailleurs déjà confié à Norbert.
Celui-ci
a vu aussi l'ex-fonctionnaire se diriger vers nous, probablement en
route vers l'Accueil Bonneau. Il me chuchote : «Ton ami s'en
vient!». Cela dit sur un ton laissant entendre qu'il ne l'est plus.
Sans être des intimes, l'ex-fonctionnaire et moi échangions
quelques mots. Au moment de lui serrer la main, ce matin-là, je
réalise à son attitude glaciale que Norbert a raison : il n'est
effectivement plus mon ami.
Que sait-il passé? Ne serais pas du tout
étonné que mes "amis" y soient pour quelque chose. Ils
ont déjà détourné de moi des gens de Jeunesse au Soleil et de la
Maison des amis du plateau Mont-Royal. Cette méchanceté me blesse.
Me réconforte intérieurement, n'ai pas à rougir ou avoir honte :
moi, je ne porte atteinte aux droits fondamentaux d'aucun citoyen.
Autre petite méchanceté de la même eau. Accueil Bonneau. Après le
repas, Norbert et moi se dirigeons vers la sortie. Près de celle-ci,
longeant le mur ouest, de longues tables où sont disposées de
grandes boîtes contenant des denrées qu'on distribue gratuitement.
D'habitude, il n'y a que du pain, parfois des pâtisseries.
Ce
jour-là, on distribue aussi des oranges. Norbert en prend deux,
m'indique du menton d'en faire autant. Au moment où je plonge la
mienne dans la boîte, les deux préposées, deux collègues de la
directrice, se mettent à gueuler après moi, prétextant que mon
"ami" en a déjà deux, me désignent avec force gestes la
porte de sortie. Le ton est vindicatif. Suis vraiment surpris de la
charge.
Norbert
me présente sa main tenant les deux oranges, me demande gentiment si
j'en veux une. Oui, j'en prendrais bien une... mais n'y arrive pas,
il les tiens trop solidement. Rendus à l'extérieur, il m'en offrira
une. Cette fois, il semblera sincère, mais je refuserai, suis
parfaitement capable de m'en passer. Qu'a donc bien pu dire la police
à la direction de cet organisme pour qu'on m'y traite ainsi?
Parfois, je m'offre une petite vengeance. Ainsi ce jour où je m'y
rends déjeuner, je croise Norbert dans le tunnel de la rue Berry,
près de la rue de la Commune, là où niche l'organisme. Lui demande
de m'y accompagner. Il refuse, en arrive, a déjà mangé. J'insiste,
autre refus, lui lance pour le secouer un peu : «Envoie, salopard,
viens-t-en!» Il n'apprécie pas. Pendant un bref instant, j'ai
l'impression qu'il va me sauter dessus. Il le pourrait, l'endroit est
désert. Puis finalement consent à me suivre. (Suite
demain)
■ La
façon dont on traite les prisonniers est un reflet de celle dont la
société traite ses citoyens -
Suite tome 3 de L'Étau Policier) Visitons
un autre charnier : les prisons relevant de la juridiction du
gouvernement du Québec, où sont détenus ceux purgeant des
sentences de moins de deux ans.
Référons-nous à l'enquête de plus
d'un an effectuée par Me Daniel Jacoby, le Protecteur québécois du
citoyen, et dont le rapport a été déposé à l'Assemblée
nationale au début de 1999. La situation qu'il décrit est
hallucinante. (Denis Lessard -- La Presse des 26, 27 janvier et 2
février 1999)
D'abord
le VIH, dont le taux d'infection y est en nette croissance, rapporte
le journaliste Denis Lessard de La Presse : 25 fois plus élevé que
dans la population en général, attribuable en partie au fait qu'on
emprisonne beaucoup de toxicomanes et qu'en prison, on ne fournit pas
les seringues. Pourtant des seringues, il s'en distribue dans la
plupart des pays, argumente Me Jacoby.
Dans son rapport, il parle
aussi des sidatiques privés de soins adéquats. La qualité des
autres services de santé y est également déficiente sur plus d'un
plan. Les plaintes de détenus ont augmenté de façon phénoménale.
Ils éprouvent des problèmes à obtenir les médicaments requis par
leur état de santé.
En outre, on y dénombre sept fois plus de
suicides qu'à l'extérieur des murs et deux fois plus que dans les
autres prisons au pays : les recommandations d'une enquête
réalisée à ce sujet sont demeurées lettre morte, selon Me Jacoby.
Le journaliste Lessard explique la situation par une partie de bras
de fer entre le ministre péquiste de la Santé et son collègue de
la Sécurité publique, Serge Ménard. Ce dernier s'oppose à la
distribution de seringues jetables comme mesure pour enrayer la
propagation du sida en milieu carcéral québécois.
Ainsi qu'on l'a
vu dans de nombreux dossiers étalés dans les trois tomes de L'Étau
Policier, Ménard, homme de droite, est un partisan intraitable de la
répression policière tout azimut. Là, nous apprenons que l'homme
qui, au Québec, lave plus blanc que tout autre, sévit aussi dans
les prisons de juridiction québécoise.
Bémol
en mineur : il n'est pas le seul à prendre la décision,
s'agissant d'un irresponsabilité partagée. Dans un conseil des
ministres, un ministre ne constitue qu'une partie du tout. Lorsqu'il
n'arrive pas à vendre un projet à ses collègues ministériels,
celui-ci est reporté à une date définie ou indéfinie ou relégué
aux oubliettes.
Alors, ce qu'il faut comprendre de ce rapport de
force, c'est que la majorité des collègues des deux protagonistes
ont appuyé la position de Ménard. De quel côté penchait le
premier ministre péquiste Lucien Bouchard? Et son homologue fédéral
libéral Jean Chrétien, responsable, au Canada, de la Guerre Sainte
contre la drogue? Du côté de l'État ou de la Société civile?
Rappelons ce que nous disait plus haut Bernadette Van Dam, directrice
d'une prison pour femme à Heerhugowaard, dans les Pays-Bas
(Bernadette Van Dam -- La Presse du 29 juillet 2000) : «(...) La
façon dont on traite les prisonniers est un reflet de la façon dont
la société traite ses citoyens.»
(Suite
demain)
News du mercredi 11 Avril 2012
■ L'une
des femmes d'Osama Bin Laden raconte de son vécu
– Son nom : Hoodrat. Femme intelligente, délurée, amusante
et indignée aussi des bouts, bref, beaucoup de bagout : vidéo
(07:12) intéressante, en anglais.
■ La
Syrie mettra fin à sa guerre demain jeudi
- L'émissaire de l'ONU Kofi Annan
confirme avoir reçu une lettre de Damas annonçant l'arrêt des
combats militaires sur tout le territoire syrien le 12 avril à
partir de 6h (heure locale). Selon le porte-parole de M. Annan, Ahmad
Fawzi, Damas a ajouté se réserver «le droit de réagir de manière
proportionnée à toutes les attaques menées par des groupes
terroristes armés contre les civils, les forces gouvernementales ou
des biens publics et privés».
■ L'éducation
gratuite : Pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturel
– Que dit-il, ce Pacte? Alors que l'éducation primaire doit être
gratuite pour tous, il est demandé aux États signataires (dont le
Canada) de mettre en place graduellement la gratuité
de l'enseignement secondaire et supérieur. L’éducation met fin à
l'exclusion, l'inégalité et contribue au développement d'un pays.
Le 28 mai 1985, le Haut-Commissariat de l'ONU a mis sur pied le
"Comité des droits économiques, sociaux et culturels"
afin de superviser l'application du
Pacte. Chaque pays membres doit à
tous les cinq ans lui soumettre un rapport. Des résultats sont
étonnants, ainsi le Venezuela dont le nombre d'étudiants à
l'Université est passé de 785 285 en 1998 à 2 120 231 en 2009.
(NDLR : En Amérique du Sud, où règnent des gouvernements
néo-libéraux, il y a rien de gratuit. Au Québec du néo-libéral
Jean Charest aussi. Lui, il veut rattraper les autres provinces où
les coût de l'éducation sont beaucoup plus élevés qu'ici. Est-ce
un argument solide, ça? À vous de répondre.)
■ Un civil
n'avoue jamais l'inavouable -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Plus
souvent qu'autrement, j'ai évité de dire à un "ami" que
je savais qui il était. De toute façon, c'est une perte de temps
que d'essayer de les faire parler, un civil n'avoue jamais
l'inavouable. Certains jours, cependant, un peu las de cette mauvaise
foi colossale et permanente, je veux leur faire sentir que je ne suis
pas un con, de me ficher la paix avec leurs histoires cousues de fil
blanc.
Les rares fois où j'abordais le sujet, j'attendais que nous
soyons seuls, pour ne pas braquer mon interlocuteur. Éviter aussi de
m'exposer inutilement à des représailles toujours possibles. La
police n'aurait pas apprécié ce genre d'indiscrétions en présence
d'usagers. Son underground doit demeurer secret.
Un
midi, je fais part à Norbert de ma certitude qu'il est un civil. Il
m'offre de m'apporter le lendemain des papiers démontrant que ce
n'est pas le cas. À l'époque du resto Bouffe-Héberge, il m'avait
confié avoir pratiqué un certain métier, que je ne peux dévoiler,
puis vendu son établissement ou ses actions, je ne sais plus trop,
pour prendre sa retraite.
Là, il tient à me prouver qu'il ç'a bel
et bien été le cas. Lui dis de ne pas se donner cette peine, car
j'ai la conviction, et ne me gène pas pour lui dire, qu'il
m'apportera des papiers contrefaits. Il encaisse ma remarque sans
protester. D'ailleurs, un civil peut-il prouver qu'il n'en ai pas un?
Non, c'est à moi de faire la preuve du contraire, en le filant, mais
n'en ai pas les moyens financiers. Les choses en resteront là. S'il
avait vraiment tenu à me le prouver, pourquoi ne m'a-t-il pas
apporté ses preuves?
Pas
toujours drôle le métier de civil, ainsi que je m'en rendrai
souvent compte. Par exemple de se les geler l'hiver par dix ou vingt
sous zéro, et pas seulement les pieds, ou de recevoir une bonne
douche glaciale l'automne, en faisant la queue à la porte d'une
soupe populaire. Il y a aussi la nourriture, souvent de piètre
qualité et très mal apprêtée.
Un matin, à l'Accueil Bonneau, je
vois Norbert toiser son bol de soupe avec appréhension, se demandant
sans doute par quel côté l'attaquer. «De la vraie pâtée à
cochons», lui fais-je remarquer. Il lève la tête, me regarde sans
dire un mot, je perçois un peu de détresse dans le fond de ses
yeux, que j'interprète comme un acquiescement tacite. Pas facile
pour lui, qui appartient à un autre monde que celui du pauvre. Comme
tout flic, il gagne bien sa vie, peut se permettre de bons gueuletons
dans de restos huppés. Alors, la soupe de l'Accueil Bonneau. (Suite
demain)
■ Années 1990 : la police saisissait des seringues neuves,
participait ainsi au développement du sida -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) De
la méthadone, passons à la distribution de seringues neuves,
c'est-à-dire propres, non contaminées par le VIH-sida ou l'une des
hépatites. Pour se faire, retournons à 1998, démarche nécessaire
si l'on veut saisir l'ensemble de la problématique qui prévalait
dans ces années-là. La situation n'y était guère plus reluisante.
Sur les 11 700 utilisateurs de drogues injectables à Montréal, pas
moins de 20% (2 340 utilisateurs) sont alors porteurs du VIH-sida, le
deuxième taux le plus élevé au Canada, affirme le Dr Mariane
Tournelier, directrice générale de CACTUS, à la journaliste Rima
Elkouri de La Presse. Dans la région de Montréal, il se distribue
400 000 seringues annuellement alors qu'il en faudrait environ 3
millions.
Non seulement en manque-t-il 2,6 millions, mais il arrive
aussi que la police de l'île de Montréal saisisse des seringues
neuves. Combien de ces 400 000 confisque-t-elle annuellement? On
l'ignore, mais elle en confisque, cela ne fait aucun doute, des
témoignages le confirment.
Été
1998. Dans la rue, écrit le journaliste Richard Bousquet du magazine
RectoVerso, la police de l'île de Montréal fait parler d'elle.
(Richard Bousquet -- RectoVerso -- no. 273 -- Juillet-Août 1998) Des
jeunes se sont déjà fait «confisquer»
les seringues neuves que des travailleurs de rue venaient de leur
distribuer. Pour Patrick Langlois, travailleurs de rue de CACTUS, et
France Labelle, directrice générale du Refuge des jeunes...
«Les
policiers (de
l'île de Montréal) font
partie du problème plutôt que de la solution».
Le
journaliste rapporte aussi les propos du Dr Élise Roy, chercheur
principal au sein de l'Unité de santé publique. Elle reconnaît
qu'il existe un conflit de valeurs et de philosophie entre ce corps
policier et la santé publique...
«Plusieurs
policiers croient que la répression est utile à la réinsertion
(sic).
La confiscation des seringues propres des jeunes ou toute action
entraînant la perte de contact entre le travailleur de la rue et le
jeune est contre-productive dans le cadre de notre mission de
prévenir la propagation du VIH et des autres maladies infectieuses,
précise-t-elle.
Les réseaux ne se parlent pas assez.»
Pour leur part, des policiers se plaignent d'un manque de leadership
politique face au problème.
Le journaliste Bousquet raconte que
depuis 1995, le groupe de recherche auquel le Dr Roy appartient a
suivi 550 jeunes. Son enquête révèle que près de 40% d'entre eux
se font des injections de drogues, 27% de ceux qui se piquent
auraient contracté l'hépatite C. Le
phénomène de la contamination par les seringues usagées n'est pas
nouveau dans le paysage, québécois notamment.
Au milieu des années
1990, Cantin rapportait déjà que la mise en place à Montréal, en
juin 1989, d'un centre d'échanges de seringues avait connu un succès
dépassant les prévisions. (Serge Cantin -- Traité des problèmes
sociaux -- Institut québécois de recherche sur la culture --
Synthèse de l'ouvrage collectif sous la direction de Fernand Dumont,
Simon Langlois et Yves Martin) Cependant, les statistiques révélaient
que la proportion d'adolescents bénéficiant de ce programme restait
faible.
Les
experts en santé publique avaient établi le lien entre les MTS
(maladies transmissibles sexuellement) et l'infection au VIH-sida. Le taux
de MTS étant élevé chez ces jeunes, ils craignaient une
augmentation du taux d'infection au VIH-sida.
Pas seulement à la suite de
relations sexuelles non protégées, doit-on ajouter à ses propos,
de l'utilisation aussi de seringues usagées. Cantin ignorait sans
doute que la police de l'île de Montréal, en confisquant des
seringues neuves, participait à la construction sociale de
l'épidémie. Et comment les choses se passaient-elles ailleurs au
Québec?
Selon le Dr Éric Lefebvre, de la Clinique L'Actuel, à
Montréal, «les
hommes avec un problème de drogue sont partout, pas toujours dans la
rue, et les femmes ne sont pas toujours au courant.»
(Marie-Claude Malboeuf -- La Presse du 2 décembre 2000) (Suite
demain)
News du mardi 10 Avril 2012
■ Des
produits toxiques de la chimie industrielle entravent la reproduction
humaine -
Une étude française menée par différents Centre d'étude et de
conservation du sperme et des œufs humains (CECOS) démontre que
"l'homme d'aujourd'hui produit deux fois moins (50%
moins) de spermatozoïdes que son père ou son grand-père".
Ce
constat ne s'expliquerait pas par des causes génétiques mais bien
par des causes environnementales puisque d'une ville à l'autre, la
qualité du sperme varie. Certaines substances toxiques (chimiques)
entraveraient la reproduction humaine. Plus précisément, l'étude a
consisté à exposer des testicules humains prélevés sur des fœtus
issus d'IVG, aux effets du MEHP, un dérivé du phtalate, une
substance présente dans un grand nombre de produits utilisés
quotidiennement tels que les tissus synthétiques ou encore les
bouteilles en plastique.
■ Parahawking
in Nepal
– Ouf! Vous allez avoir de belles émotions : vidéo
(19:46), bon voyage!
■ Les
brocolis et carottes du civil Norbert -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Comment
faire pour repérer autant de civils? Facile, quand on sait qu'ils
sont là et connaît leurs façons d'opérer. Je me permets
d'insister de nouveau sur le genre féminin, afin que le lecteur ne
l'oublie pas... Les femmes de tous âges sont aussi présentes que
les hommes.
Ne faut pas se laisser bluffer par qui ou quoi que ce
soit : sexe, apparences --
beauté, laideur, obésité, malformations ou handicaps physiques
ou... déficiences mentales légères --,
sourires sympas, statuts social ou économique, etc. Questions aussi
de perceptions et de recoupements accumulés jour après jour, dans
certains cas pendant des mois. Quelques unes de ces perceptions.
Norbert
ne se déplace jamais sans un sac de voyage usagé, son garde-manger,
qu'il porte en bandoulière. En cette fin d'hiver 1997-98, il
fréquente, chaque jour, deux soupes populaires et un resto
communautaire. Le matin, il est à l'Accueil Bonneau, rue de la
Commune, dans le Vieux-Port. L'y ai déjà vu à deux reprises
transvider le reste de son assiette dans l'un de ses récipients de
plastique.
Le soir, il est à la cafétéria de l'Armée du Salut,
sur St-Antoine-Ouest, à la hauteur de Guy, où les non-résidents
ont droit au souper gratuit. Après le repas, les surplus de cuisine
sont distribués gratuitement aux usagers. À une occasion, je l'ai
vu prendre tout ce qui passe. Il opère avec méthode, conviction.
Ouvre son sac, en retire un premier récipient de plastique et hop!
le spaghetti, pose le couvercle dessus, le replace dans son
garde-manger, en retire un deuxième pour la pointe de tarte. Show
convaincant, destiné à ses voisins de table et l'auteur de ces
lignes. Quand tu vois un usager apporter des denrées chez lui, tu
n'as pas besoin de dessin.
Par
contre, le midi, à la cafétéria du Comité social Centre-Sud, rue
Beaudry, il ne prend qu'une partie du menu du jour, et encore, pas
toujours : la fin d'semaine, il partage son cabaret avec Gilberte. Il
mange si peu qu'on en vient à se demander ce qu'il vient y faire. Il
complète son menu frugal en sortant de son garde-manger un ou deux
récipients, qu'il prétend avoir remplis un peu plus tôt à
l'Accueil Bonneau.
Curieusement, la fraîcheur des aliments y est
nettement supérieure à ceux servis rue de la Commune. Ainsi les
bouquets de brocoli, d'un vert aussi vif que la verdure après une
bonne pluie et non d'un beige malodorant, et les carottes, finement
coupées, mécaniquement et non à la main. Un midi, s'apercevant que
je focalise sur le contenu de son récipient, il rougit légèrement,
un peu de gêne passe dans ses yeux, donne l'impression de quelqu'un
pris en flagrant délit. Par la suite, il évitera d'en apporter.
Un
après-midi il m'amène chez lui. Un moment, je crois qu'un lien de
confiance s'est peut être créé entre nous. Je jubile un peu
intérieurement. On n'invite pas chez soi n'importe qui n'est-ce-pas?
Avant même qu'il ne déverrouille sa porte, désenchantement :
il m'indique du doigt la trace d'une tentative d'infraction à son
domicile. À la hauteur de la serrure, le cadre de sa porte est
endommagé, il manque un petit éclat de bois. Son œil inquisiteur
scrute ma réaction, sens un léger soupçon peser sur moi.
Les
choses en restent là, nous entrons. Deux paliers, assez grand,
moderne, confortable, meubles anciens, tapis partout, et dans un
vieil édifice historique rénové, bien entretenu, avec comme voisin
de palier une clinique de dentistes, notamment. Appart d'environ 600$
par mois, sinon plus, qu'il dit partager avec d'autres. Je ne vois
pas comment puisqu'il n'y a qu'une chambre et un lit double.
Ce
civil, comme certains de ses collègues, roule à vélo à l'année
longue. Il lui arrive de changer de modèle. Il prétend les
construire de pièces qu'il récupère sur des vélos abandonnés et
de les vendre ou d'échanger deux vélos remontés pour un autre au
look plus récent. Il se donne beaucoup de mal à m'en convaincre.
Un
matin, le revoilà avec sa rengaine. J'en ai un peu marre, lui
demande de quelle façon il procède quand il trouve un vélo
abandonné, scie-t-il le cadenas? Il me regarde, un peu décontenancé,
puis, sans répondre, se penche pour m'en indiquer du doigt certains
détails.
J'en ai une deuxième en réserve mais, devant son
embarras, ne la lui pose pas : et pour les autres pièces, comment
sait-il qu'il est vraiment abandonné? À Montréal, je n'en ai
jamais vu qui ne soit pas cadenassé quelque part. Et quand il est
abandonné, il est dépouillé de tout, sauf de son cadre. Quand il
reste une autre pièce, souvent c'est une roue tordue, inutilisable.
Seul contexte où on peut parler d'abandon.
Alors, pourquoi ce
scénario? Je crois que le corps policier en met à la disposition de
ses civils, sans que ceux-ci ne soient assurés de ravoir toujours le
même. Norbert se sent obligé de m'expliquer pourquoi, à sa façon.
Par la suite, il ne m'en reparlera plus. (Suite
demain)
■ Belle
tentative de récupération, un tantinet pathétique en plus, de la
part de la ministre péquiste Agnès Maltais -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) En
février 1999, le Collège des médecins du Québec se rend à
l'évidence que la méthadone facilite le sevrage des héroïnomanes.
(Marie-France Léger -- La Presse du 20 février 1999) Le Dr Claude
Mercure, syndic du Collège, explique à la journaliste Marie-France
Léger de La Presse...
«Qu'on
était plus favorable en général à la désintoxication qu'au
maintien prolongé à la méthadone. Mais on s'aperçoit que c'est
peut-être un rêve
(NDLR : Une utopie?) et
on devra accepter un programme à long terme».
Il devait du reste émettre des normes directrices sur le traitement
pour inciter les médecins à s'investir davantage auprès des
héroïnomanes. Ce changement d'attitude aura certainement un impact
majeur sur la réinsertion sociale des usagers de drogues
injectables, écrit la journaliste.
En
mars de la même année, l'ambulance de l'État s'apprête à porter
secours à une autre petite fraction de citoyens menacés de VIH,
d'hépatites, d'overdoses mortelles et de mort par suicide. Le
ministre péquiste délégué à la Santé, aux Services sociaux et à
la Protection de la jeunesse, Gilles Baril, annonce l'injection de
3M$ dans le traitement à la méthadone (Christiane Desjardins -- La
Presse du 14 mars 1999)... «Notre
but est de joindre 2 500 consommateurs au cours des trois prochaines
années»,
explique-t-il.
Selon la journaliste Christiane Desjardins de La
Presse, on évalue que le Québec compte alors 20 000 consommateurs
d'héroïne, dont le quart dans la région montréalaise. Dans le
milieu, rapporte-t-elle, on s'accorde à dire que les 3M$ du
ministre, ce n'est pas le Pérou. Trois ans et demi plus tard, selon
La Presse du 26 septembre 2002, seulement la moitié de 2 500
prévus auront accès à la méthadone.
Au
pif, cela signifie que 17 950 n'y auront pas accès : 20 000
moins les 1 250 qui ont été vraiment ciblés par le ministre
Baril, moins les 600 ainsi que les 200 de CACTUS dont nous avons déjà
parlé -- ces derniers seraient plus nombreux mais nous ignorons le
vrai chiffre et il est impossible d'extrapoler = 17 950. À la
lumière de ces données invérifiable, actualisons le pronostic du
Dr Pierre Chiasson, spécialiste en toxicomanie.
Sachant que le tiers
meurent faute de méthadone, là on parle de plus de 5 983 morts,
pendant qu'un autre tiers, plus de 5 983, attrapent le sida ou une
maladie chronique comme l'hépatite B ou C, que certains sinon
plusieurs propagent ensuite. Seuls 5 983 s'en sortent. Ajoutons
qu'à ce train-là, les choses peuvent s'éterniser, car il suffit
que les médias cessent d'en parler pour que le pouvoir applique les
deux pieds sur les freins de son ambulance.
En
mars 1999, la ministre péquiste déléguée à la Santé et aux
Services sociaux, Agnès Maltais, qui a succédé entre temps à
Gilles Baril, inaugure le Service d'appui pour la méthadone (SAM).
(Lia Lévesque, Presse canadienne -- La Presse du 6 octobre 2001) Il
s'agit à la fois d'un réseau et d'un centre de formation et de
références destiné aux organismes et professionnels œuvrant dans
ce domaine : médecins, pharmaciens, travailleurs sociaux et
autres intervenants. Il fournira différentes informations :
forme du traitement, services offerts, lieux où ils seront
disponibles, liste des pharmacies associées, formation continue aux
professionnels assurant le traitement.
«L'approche
de la méthadone est peu connue,
souligne la ministre Maltais.
Il faut parler aux professionnels, il faut qu'ils sachent où c'est
possible sur le territoire.
(...) Consommer
de l'héroïne, c'est très cher, quelque chose comme 100$ ou 1 000$
par jour, ce qui entraîne trop souvent la commission de méfaits,
pour pouvoir payer la drogue,
reconnaît-elle.
(...) C'est
très dur sur eux et sur l'environnement.»
Bien que le traitement à la méthadone soit parfois contesté, la
ministre estime qu'«on
avance lentement (sic)»,
maintenant, grâce à «un
bon débat dans la société».
Il est clair que l'ambulance de l'État avance en marche arrière.
Belle tentative de récupération aussi, un tantinet pathétique en
plus, de la part de la ministre. Notons
que ce sont des intervenants du milieu qui, via les médias, ont
lancé le débat, pas le gouvernement auquel appartient la ministre,
ni la ministre elle-même et ni ses prédécesseurs du reste.
La
ministre n'a parlé que des vols, n'a dit mot du charnier, les morts
par overdose ou suicide, les maladies transmises par les toxicomanes
à leur entourage, dont le sida : elle a simplement dit que
c'est très dur pour eux et leur environnement. Selon elle, on estime
qu'il y aurait, uniquement à Montréal, entre 6 000 et 10 000
usagers des drogues opiacées, comme l'héroïne ou la morphine, et
au moins 12 000 au Québec.
«Seuls
certains médecins sont autorisés à les traiter à la méthadone,
ce qui complique l'accès aux services sur tout le territoire
québécois»,
explique en entrevue Jean Gauthier, coordonnateur de SAM. (Suite
demain)
News du lundi 9 Avril 2012
■ Imhotep
: live au Babel Med 2012
– Vidéo
(05:41), bonne zyzyke +
vidéo
(04:34).
■ Québec :
les étudiants poursuivent leur combat
– Ces indignés entament leur 9e semaine de grève. S'orientent
vers «Un printemps
québécois». Veulent mobiliser plus largement les citoyens. (NDLR :
Dans la page d’accueil de mon site, sommet de la colonne de droite,
visionnez leur promotion vidéo.)
■ France-présidentielles :
parmi les 10 candidats, un ouvrier dans l'automobile
- Philippe Poutou a été choisi pour représenter le Nouveau Parti
anticapitaliste (NPA). De toute évidence, il n'est pas un
professionnel de la politique, l'affirme lui même, ni un adepte de la langue de bois, dit
ce qu'il pense au moment où il le pense. Le NPA a décidé de se
lancer dans la bataille afin d'inciter les Français à s'approprier
la politique, de prendre leurs affaires en main : vidéo
(06:44) + entrevue vidéo
(10:31) avec Olivier Besancenot, porte-parole du NPC qui qualifie la
campagne présidentielle de «chiante à mourir».
■ La
police mécontente, je viens de mettre les pieds à un autre
endroit où les civils foisonnent -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) À
mon arrivée à la cafétéria du Comité social Centre-Sud, à
Montréal, surprise : je croise Norbert et Gilberte. Celui-là
même auquel j'avais fait part de mon besoin de me ventiler, ou dit
plus clairement, avec qui j'avais rompu la communication. Et sa
pseudo copine, sa collègue policière, celle qui disait qu'elle
allait me servir mon repas et ne le faisait pas, vous vous souvenez?
Je décide de rétablir les ponts avec eux. Je veux approfondir ma
relation, compte aussi les utiliser un peu comme une ligne dormante.
Je peux sortir de ces eaux des faits intéressants comme je peux ne
rien sortir du tout. La suite de ce récit démontrera que la pêche
a été bonne, miraculeuse même. Ils
me serviront aussi en quelque sorte de tremplin.
Tout en cultivant
mes liens avec eux, je pourrai, en toute quiétude, repérer d'autres
civils. À partir de ce moment, on ne
fera pas que m'infiltrer, j'infiltrerai également, déterminerai la
durée de l'infiltration, pas trop longtemps, juste assez pour
vérifier s'ils sont ou non des messieurs-dames-tout-le-monde.
Ce
genre d'enquête journalistique nécessite un peu de self-control.
Quand on navigue dans ces eaux troubles on ne peut jamais prévoir ce
qui va survenir. Raison de plus pour ne jamais jouer avec les civils,
surtout pas! J'adopterai un comportement empreint de respect. Pas de
questions embarrassantes non plus, sauf quelques unes, de temps à
autre, pas trop, faudra savoir où s'arrêter. S'agira surtout
d'écouter, d'observer en ayant l'air de ne faire ni l'un ni l'autre.
Les
deux premiers mois, tout se déroule normalement. Y suis même
confortable. Au point d'en être étonné. Sans doute attribuable au
fait que l'organisme, largement subventionné, est quasiment une
institution du gouvernement du Québec, enfin disons de son ministère
péquiste de la Solidarité : ce parti était au pouvoir lors de
mon enquête. Endroit, s'il en est, où la répression policière se
doit d'être plus douce.
Dans la rue, par contre, c'est le cirque. La
police monte même d'un cran sa répression à mon encontre.
Filatures et déstabilisations s'enchaînent avec une régularité
déconcertante. Sur le coup, je ne comprends pas pourquoi. Peu à peu
la lumière se fera : je viens d'investir un autre endroit où,
jusqu'à mon arrivée, elle pouvait manœuvrer en paix.
Et je ne m'en
contente pas puisque avant d'y aller dîner, il m'arrive de temps à
autre de déjeuner à l'Accueil Bonneau. Encombrant, le journaliste.
Ma persévérance me permettra de découvrir que des civils y
fourmillent aussi. (Suite
demain)
■ Fin
de 1999, l'ambulance
de l'État du Québec ne se presse pas trop à secourir ses citoyens
toxicomanes -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Combien y laissent-ils leur peau? D'après le Dr Pierre
Chiasson, spécialiste de la toxicomanie, à la clinique Nouveau
Départ, «au
bout de 15 ou 20 ans, un tiers des héroïnomanes est mort, le
deuxième tiers a le sida ou une maladie chronique comme l'hépatite
B ou C, et le troisième tiers s'en sort. Grosso modo, c'est ça le
pronostic».
(Christiane Desjardins -- La Presse du 14 mars 1999 )
Un tiers sur 5
400 (600 sur 6 000 ayant accès au traitement), c'est 1 800.
Donc,
1 800 héroïnomanes meurent faute de méthadone, 1 800 autres
attrapent le sida ou une maladie chronique comme l'hépatite B ou C,
dont certains sinon plusieurs transmettent ensuite à d'autres ;
seuls 1 800 s'en sortent.
Pronostic évalué au pif parce qu'il
n'existe pas de statistiques. Police et État canadien comptabilisent
la violence de la Société civile, mais ne comptabilisent pas leur
propre violence organisée. Parmi ces toxicos, combien aussi de
suicides attribuables à la violence psychologique de la police?
Autre élément d'info qu'il importe de savoir aussi. Selon le
Dr Alain Bérubé, du département de psychiatrie du Centre
universitaire de santé de l'Estrie, dans plusieurs centres de
désintoxication l'intervention est axée sur la tolérance zéro et
l'abstinence totale. (Lilianne Lacroix -- La Presse du 23 octobre
1998) La méthadone et parfois tout médicament sont considérés
comme une «substance» et sont totalement proscrits, écrit la
journaliste Lilianne Lacroix de La Presse, en octobre 1998.
Grâce à
cet article, nous voilà informés d'un autre volet de la Guerre
Sainte auquel nous n'étions pas sensibilisés. Ajouter à la
souffrance des toxicos en les traitant à la dure. Inconscience ou
punition relevant du sadisme? Un peu des deux probablement. Les purs
et durs font rarement dans le tricot. Ce
n'est pas tout. Et là, nous entrons dans le groupe des plus faibles
parmi les plus faibles...
Au Québec, pour revenir à la
journaliste Lacroix, on évalue que de 30 à 50% des personnes
présentant des troubles psychiatriques sont également toxicomanes.
La moitié des schizophrènes consomment drogues ou alcool, ainsi que
60% des malades affectifs bipolaires (maniaco-dépressifs). Les
personnes antisociales sont 21 fois plus à risque de dépendance que
la population en général.
Et comme si cela ne suffisait pas, les
intervenants en toxicomanie ne connaissent... à peu près rien de la
maladie mentale. Qui ont dit ça? Les Drs Alain Bérubé et Jean-Yves
Roy, ce dernier psychiatre à l'Hôpital Louis-Hippolyte-LaFontaine,
à Montréal, à l'occasion d'une conférence de l'Association des
hôpitaux du Québec sur la double problématique toxicomanie et
troubles psychiatriques.
Ce
n'est qu'à la suite des nombreux articles publiés dans les
quotidiens, et particulièrement dans La Presse, que le pouvoir
politique et le Collège des médecins ont commencé à se réveiller.
Au début de 1999, on apprenait qu'un nouveau programme d'accès à
la méthadone visant spécifiquement les héroïnomanes les plus
démunis et isolés sera offert d'ici... quelques mois, à Montréal.
(Jean-François Bégin -- La Presse du 23 janvier 1999)
L'ambulance
de l'État ne se presse pas trop à secourir ces citoyens, ainsi
qu'en témoigne indirectement le Dr Lauzon, de CACTUS : «Si
on a l'argent (du
gouvernement du Québec),
on pourrait peut-être offrir le service dès le début de l'été,
déclarait-il en janvier 1999, sinon ça va aller en septembre ».
Quant le programme aura pris tranquillement son petit bonhomme de
chemin, CACTUS pourra desservir 200 personnes à la fois, avec un
taux de roulement... d'environ 50%. (Suite
demain)
News du dimanche 8 Avril 2012
■ Tunisie :
des censeurs gouvernementaux du Net attaqués par des hackers
- Ils ont mis la main sur des mails, notamment ceux du premier
ministre Hamadi Jeball, un islamiste, en ont diffusés un certain
nombre et conservés d'autres. Ils menacent
de les rendre publics s'ils n'arrêtent pas la censure, respecte pas
les droits de l'homme et la liberté d'expression. (NDLR : Censurer nos censeurs, est-ce une bonne idée? À vous la réponse.)
■ Haïti :
radio passion-radyo pasyion
– Rien n'a jamais été facile pour la presse haïtienne. Conquête
fragile qui se défend gouvernement après gouvernement, quasiment au
jour le jour. On comprend pourquoi : dans ce pays la radio est au
cœur des médias. Ce n'est tout de même plus l'époque de papa-doc
et bébé-doc. On ne fait pas que parler de ça, on s'amusent aussi
beaucoup, racontent des trucs, rient.
L'espace qu'ils occupent dans
un studio est particulièrement étroit, ou peut-être est-ce parce
qu'ils sont trop nombreux à y travailler. On ne comprend pas tout ce
qu'ils disent, un mélange français-créole. Pas grave, l’ambiance
est sympa : vidéo
(14:17) + dans cette même page d'accueil, beaucoup d'éléments à
explorer, dont des vidéos. N'oubliez pas de faire un don, un espace
est prévu à cette fin.
■ Je
poursuis mon enquête sur le terrain et dans des livres empruntés à
la Biblio centrale de Montréal -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) À
la Maison des amis du plateau Mont-Royal, ce n'est pas long que
l'atmosphère devient irrespirable. La tension est telle que je ne
peux plus tenir. Après seulement trois semaines de fréquentation,
je décide de ne plus y retourner. On peut penser que si j'avais
persévéré, j'aurais repéré d'autres civils. Me voilà éjecté
de cet autre organisme.
Assez incroyable que la police ait réussi
son coup aussi rapidement. Pourtant, j'étais bien déterminé à
résister à mes oppresseurs. J'ai sous-estimé ma capacité de
composer avec l'isolement social et le poids de la chape de plomb
policière. Tout cela pèse trop lourd. Il n'y pas à dire, ce corps
policier est très fort en matière de déstructuration psychologique
et d'exclusion.
On peut déplorer qu'il ne soit pas aussi compétent
en intégration sociale. Je m'étais donné quelques semaines avant
d'offrir à l'organisme un document corporatif. Pas le choix, il me
faut oublier ce projet. Où
poursuivre mon enquête journalistique? Cette fois ce sera au Comité
social Centre-Sud, rue Berry. Le repas coûte 2.50$ mais, en ce mois
de février 1998, j'ai les moyens de payer.
Une dizaine de jours plus
tôt, j'ai quitté mon coûteux appartement, que je n'arrivais plus à
payer complètement. Les gestionnaires de l'édifice étaient au
courant de mes difficultés financières, faisaient preuve de
compréhension à mon égard. Lorsqu'on m'a offert de résilier mon
bail, sans passer par la Régie du logement, j'ai accepté avec
soulagement. Je commençais à me rendre compte qu'avec la police
dans les jambes, mes chances de retourner sur le marché du travail
était nulle.
Soulagé aussi parce que dans cet édifice de quatorze
étages, il y avait trop de civils qui épiaient les locataires. L'un
d'eux, affecté au poste de police de la rue Rachel, à un coin de
rue de là, y exécutait même des travaux... d'entretien. Et puis,
j'avais un peu de difficulté à composer avec la mauvaise foi
permanente du concierge et du gardien de nuit, collaborateurs assidus
de la police. Enfin, vivre constamment en situation de pénurie
alimentaire appréhendée, c'est déplaisant au possible.
Suis
donc devenu locataire dans une maison de chambres subventionnée par
la Ville de Montréal, rue Dollar --
nom de rue fictif : 269$ par mois. Mon revenu mensuel étant de
590$, me reste en poche 321$, de quoi effectuer des dépenses
urgentes : achat et installation d'un disque dur dans mon ordinateur
principal, d'une cartouche d'encre pour mon imprimante laser, etc.
Jusqu'à
présent, j'ai accumulé des infos sur l'underground policier, ai
retracé aussi une bonne partie des événements dont j'ai été
témoin alors que je faisais du bénévolat au resto communautaire
Bouffe-Héberge. Enfin, j'ai commencé à me documenter à la Biblio
centrale de la Ville de Montréal, rue Sherbrook, où j'emprunte en
moyenne quatre bouquins par semaine.
Tout en poursuivant ma
recherche, je compte offrir éventuellement à la direction du Comité
social Centre-Sud un document corporatif, et retrouver enfin mon
autonomie financière. J'espère, sans trop me faire d'illusions, que
cette fois-ci la police ne viendra pas contrecarrer mon projet.
(Suite
demain)
■ Montréal, années 1990 : des
toxicomanes meurent faute de méthadone -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Rendons-nous
sur les lieux d'un autre charnier, cette fois impliquant directement
le gouvernement canadien du premier ministre libéral Jean Chrétien,
de qui relève la lutte anti-drogue, et le gouvernement québécois
du premier ministre péquiste Lucien Bouchard : des héroïnomanes
meurent faute de méthadone.
La méthadone est un analgésique opiöde
d'origine synthétique qui agit sur l'organisme un peu comme
l'héroïne, le «buzz» en moins. (Brian Myles -- Le Devoir des 22,
23 et 24 septembre 1998) Prise par voie orale, elle bloque les effets
de sevrage de l'héroïne et permet à de ses usagers d'arrêter de
se droguer, de sortir de leur enfer. L'alternative, c'est la
méthadone ou potentiellement la mort.
Avant
d'entamer le sujet, signalons que dans les articles qui suivent le
nombre de consommateurs de drogues dures varie, pratiquement d'une
source à l'autre. Certains minimisent le phénomène, d'autres le
maximisent et, entre les deux, des intervenants naviguent à vue. Les
chiffres, comme on dit, s'entrechoquent. N'en faisons pas le reproche
à ceux œuvrant sur le terrain, qui ne sont pas des statisticiens.
Il appartient à l'État d'élaborer des statistiques, qu'il n'y en
ait pas ou très peu démontre l'intérêt que nos élus canadiens et
provinciaux portent à la question. Ce n'est pas le seul point :
argent et personnel médical manquent également. Se détache de ces
constats, l'absence de leadership du pouvoir politique, qui n'a pas
encore décidé de prendre le problème à bras-le-corps.
D'où la
grande confusion, peut-être voulue : tant que la population n'a
pas le vrai portrait de la situation, cela évite au pouvoir
d'intervenir efficacement. En somme, la nappe de brouillard
empêchant... l'ambulance de l'État de sauver des vies en péril.
Dans
une série de trois articles publiée en septembre 1998, le
journaliste Brian Myles du Devoir, à qui nous devons la description
des bienfaits de la méthadone que nous venons de voir, rapporte
notamment une étude réalisée en 1996 par le Groupe de recherche
sur les jeunes de la rue et l'infection au VIH et démontrant qu'un
jeune de la rue sur 20 consomme de l'héroïne tous les jours sur
l'île de Montréal. (Brian Myles -- Le Devoir des 22, 23 et 24
septembre 1998) Tous âges confondus, on y dénombrerait 6 000
usagers réguliers.
Des héroïnomanes savent que la méthadone les
aiderait à sortir de leur cauchemar. Cependant, Québec la
distribuant au compte-gouttes, seulement 600 d'entre eux en
obtiennent, en cette année 1998. Prenons
connaissance du témoignage d'Yvon, un Québécois de 30 ans,
héroïnomane depuis l'âge de 16 ans, porteur du virus du sida et
des hépatites B et C. En mars 1999, il en est l'un de ces
bénéficiaires. (Christiane Desjardins -- La Presse du 14 mars 1999)
Il raconte à la journaliste Christiane Desjardins de La Presse avoir
fait sept ou huit thérapies, dont deux qu'il a mené jusqu'au bout.
«Des
sevrages à froid, j'en ai faits. Pour une semaine ou deux, t'as mal
partout, tu vomis, c'est l'enfer, je ne souhaiterais pas ça à mon
pire ennemi. Mais après, c'est pas fini. Tu peux être des mois sans
dormir, à angoisser. (...)
«Avec
la méthadone, tu ne sens pas le manque et ça gèle tes récepteurs
d'endorphine. Même si tu prends de l'héroïne, ça ne te fait rien.
Donc tu n'en prends pas. D'ailleurs ça serait dangereux.
(...) J'ai
commencé à 60 mg de méthadone, et aujourd'hui (en
mars 1999) je
suis rendu à 49. En baissant d'un mg par mois comme mon médecin me
l'a conseillé, j'aurai arrêté dans 49 mois.»
La méthadone est le début de la fin de la souffrance, l'assurance
aussi d'en sortir vivant. Cependant le gouvernement péquiste, en
cette année 1998, en distribue peu. Le Dr Pierre Lauzon, l'un des
premiers à traiter des héroïnomanes avec cet analgésique, crie
presque au meurtre. Il raconte au journaliste Myles du quotidien Le
Devoir que pour cette raison des citoyens meurent. «Et
c'est à l'État du Québec que devrait être imputée la
responsabilité de ces décès»,
affirme-t-il.
Dans
un article de La Presse, il fait cet autre commentaire (Marie-France
Léger -- La Presse du 18 février 1999) : «L'inaccessibilité
en toxicomanie est catastrophique. On suspecte qu'il y a plus de
jeunes qui prennent de l'héroïne, en tout cas on a plus de demandes
de traitement pour la méthadone. Mais beaucoup ne sont pas traités
et sont désespérés. On parle beaucoup des urgences
(à l'époque, les civières s'y entassaient dans les corridors),
mais on ne parle pas beaucoup des héroïnomanes qui meurent dans la
rue faute de services».
Le
Dr Suzanne Brissette, chef du service de désintoxication de
l'hôpital Saint-Luc, est aussi explicite : «Tous
services confondus, on répond à Montréal à 40 ou 50% de la
demande. C'est de plus en plus criant.
(...) La
demande dépasse largement l'offre de service. La méthadone prévient
des infections comme le VIH ou l'hépatite C. Elle devrait pouvoir
être davantage utilisée»,
soutient-elle. On a la preuve ici que des toxicos veulent s'en
sortir. (Suite
demain)
News du samedi 7 Avril 2012
■ La
nuit, les étoiles -
Partout dans le monde des gens, qui ne sont pas des scientifiques, observent l'espace à l'aide d'un
télescope, portent sur le front une lampe rouge pour ne pas éblouir
l'image quand ils se déplacent. Parfois, ils utilisent un lazer
produisant un rayon vert les aidant à pointer des étoiles ou
constellations. Sont heureux de regarder pendant des heures ce monde
inconnu et si loin d'eux, d'échanger aussi avec ceux fréquentant
les mêmes endroits d'observation. L'internaute, lui, peut aussi se
remplir les yeux en visionnant cette vidéo
(05:44).
■ Québec :
Jean Charest a utilisé sa police contre les manifestants étudiants
- Les arrestations ont été filmées par CUTV, la chaîne de
télévision communautaire des étudiants de l'Université Concordia.
Il y aurait eu du vandalisme. (NDLR : Faut être prudent dans ce
genre d'accusations. Il arrive, et plus souvent qu'on le pense, que
des casseurs cagoulés soient des civils. Ce qui permet à leur
collègues en uniforme de justifier des interventions injustifiées.)
Autre point : pourquoi la police éloigne-t-elle un média qui
est sur place pour rapporter en direct à ses téléspectateurs ce
qui se passe? Habituellement, le policier répond ne pas vouloir que
son visage soit filmé ou photographié. S'il respecte les droits et
libertés, qu'a-t-il donc à craindre? Absence de transparence, avec
les soupçons que cela implique : vidéo
(04:43) du même média, qui en dit long, à visionner jusqu'à la
fin +
article + site
Cutvmontrela.ca.
■ Des
Français marchent vers Paris, veulent la libérer
– On ignore combien ils sont, certains viendraient de différents
coins du pays. Ils veulent une nouvelle constitution par et pour le
peuple. Marche symbolique, rappelant celle du début de la révolution
française à la fin des années 1700 : lisez gratuitement le
livre
"Les Chouans" de l'écrivain Honoré de Balsac, 238 pages.
Tous doivent être à Paris le 21 avril.
Ce déploiement est lié aux
élections présidentielles : premier tour 22 avril, deuxième 6
mai en France métropolitaine. Il y a peu, Jean-Luc Mélanchon,
leader du Front de gauche, l'un des candidats à la présidence,
prononçait un discours patriotique devant une foule immense (plus de
100 000, les chiffres varient) sur les lieux de la Bastille, une
prison à l'époque des Chouans, et parlait d'une révolution. Des
adversaires étaient sceptiques, mais là... n'extrapolons pas,
entendons la suite : vidéo
(00:51), promotion de la marche + info
sur la marche dont une vidéo (01:34) de quelques marcheurs et leur
campement pour la nuit.
■ NATO
GAME OVER
– Début avril, une manif a eu lieu au Quartier général de l'OTAN
(North
Atlantic Treaty Organization ou NATO), à Bruxelles, organisée par
Action pour la paix et Vredesact. Près de 500 pacifistes ont été
arrêtés. Elle avait été précédée de promotions sur le Net afin
d'attirer le plus de monde possible. Il y en a une qui sort vraiment
de l'ordinaire : vidéo
(01:23).
■ Dans
l'underground policier, on ne peut refuser l'infiltration, autrement
on s'expose à un tas d'ennuis -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Dans
les jours suivants, Antoine, son pseudo chum, que j'ai connu aussi au
resto Bouffe-Héberge, la remplace. Il fait tandem avec Étienne. Ce
qui frappe chez le premier, c'est la douceur de ses traits et de son
regard, le poil noir un peu clairsemé et sa grande maigreur. N'a
vraiment pas l'air d'un flic.
Dès
le début, tous deux cherchent à m'infiltrer, sont particulièrement
collants. Je décide de les ignorer comme s'ils étaient de purs
étrangers. Je pense avoir ainsi la paix. Ben non! Dans l'underground
policier, le citoyen ne peut refuser l'infiltration, autrement il
s'expose à un tas d'ennuis. Les civils sont les rois et maîtres de
l'espace public. Tu ne t'appartiens plus, tu leur appartiens, et font
de toi ce qu'eux seuls jugent approprié dans ton "cas".
Alors Antoine et Étienne font le nécessaire pour m'emmerder.
À
l'extérieur, on ne me lâche pas non plus. Le modus operandi est
toujours le même. Des patrouilleurs en uniforme et des civils à
bord de véhicules banalisés ou à bicyclette ou à pied mettent de
la pression en s'arrangeant pour me croiser de temps à autre au
cours de mon trajet, même dans les rues peu fréquentées. La
tension monte. Montréal prend à mes yeux les aspects rugueux de la
ville du mauvais western américain.
Le
pire, c'est qu'ils réussissent à monter contre moi les dirigeants
de l'organisme, comme d'autres avant eux ont réussi le même coup
auprès de la direction de Jeunesse au Soleil. J'ignore ce qu'ils ont
pu dire mais leur attitude change du tout au tout à mon égard. Les
visages se ferment, deviennent sévères. Illustrons la situation
d'une petite mesquinerie, remarquable par sa subtilité. Elle met en
relief l'" osmose" existant entre eux et la police.
À
cette cafétéria communautaire, on évite la cohue au comptoir en
servant une table à la fois, l'équivalent de cinq à dix usagers,
suivant l'achalandage. Chacune porte un numéro et on procède par
tirage. Une employée ou bénévole demande à un usager d'en piger
dans une petite boîte et invite ensuite ses occupants à aller au
comptoir pour y être servis. Cela fait, elle indique à ceux d'une
autre tablée d'en faire autant, et ainsi de suite.
Un
midi, je m'aperçois que la responsable du tirage a triché. Elle
s'est approché d'une table voisine de la mienne, a présenté à un
usager la boîte, qui en a pigé un et le lui a remis. Elle l'a
regardé, dissimulé dans le creux de sa main gauche et je l'ai
entendu lui dire : «Non pas celui-là, prends en un autre (numéro
dans la boîte)».
Je continue de l'observer discrètement jusqu'au
moment où elle s'approche enfin de la table que je partage avec
d'autres, pour nous signifier d'aller au comptoir. Il n'y a pas de
tirage, car elle utilise le numéro qu'elle avait caché dans sa
main. Il y a une vingtaine de tables, alors lorsque vous passez
l'avant dernier ou le dernier, l'attente est longue. Quand un tirage
se déroule honnêtement, pas grave, attendre, mais là...
Puis
l'homme trapu, si accueillant à ma première visite, se révèle
sous son vrai jour. Le voilà qui remonte l'allée passant près de
la table que j'occupe, comme un préfet de discipline, lentement, me
regardant sans me regarder et roulant légèrement des épaules.
Probable qu'il m'a vu réagir d'une mimique quand j'ai découvert la
tricherie. Par sa petite démonstration de force, il veut me faire
sentir d'accepter les règles du jeu sans rechigner, sinon...
Ensuite, un de ses collègues vient s'asseoir à mes côtés. C'est
Victor, grand sec au visage un peu long et osseux. Sommes
pratiquement épaule contre épaule. A l'air agressif, je n'ose pas
lui adresser la parole.
Quelque temps après, Victor sonnera à la
porte de ma chambre de la rue Dorval --
j'utilise un nom de rue fictif afin d'éviter que l'on identifie
certaines personnes habitant ce secteur dont il sera question dans
d'autres pages --.
L'apercevrai de la fenêtre du rez-de-chaussée, m'apprêterai à lui
ouvrir, quand le bruit d'une porte glissant sur ses rails et fermée
avec fracas attirera mon attention.
De l'autre côté de la rue, je
verrai un de ses collègues monter précipitamment dans une
fourgonnette blanche et quitter les lieux en quatrième vitesse :
le reconnaîtrai aussitôt car il avait déjà utilisé à mon
encontre des tactiques d'intimidation à la Biblio centrale de la
Ville de Montréal. Alerté par le bruit de la porte, peut-être un
signal convenu entre eux, Victor fera de même, traversera la rue en
jetant de rapides coups d’œil dans la direction prise par la
fourgonnette.
Ces
deux-là avaient une mission à remplir. Laquelle? Je m'interroge. Si
le type de la fourgonnette, une vieille connaissance, ne m'avait pas
vu et que j'étais allé répondre à la porte, que se serait-il
passé? La peur d'un dérapage policier est parfois bien présente à
mon esprit, mais pas cette fois, que je me disais pour me rassurer,
car l'événement s'était déroulé en plein jour.
Si dérapage il y
avait, je crois que le moment le plus propice serait après le
coucher du soleil. Je le crois, quoique dans la petite entrée
déserte de la maison de chambres où j'habitais alors... Ou si
j'avais été absent de mon domicile, quelle aurait été la suite du
scénario? Victor se serait-il introduit illégalement chez moi? Dans
l'underground policier, tout est possible. Plus tard, j'aurai la
preuve que la police de l'île de Montréal s'est introduite à au
moins deux reprises chez moi, en mon absence. J'y reviendrai. (Suite
demain)
■ La
Police
en civil manipule l'opinion publique pour l'orienter dans le sens de
son orthodoxie -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Revenons
à ces jeunes qui n'ont pas de domicile fixe. Selon un ouvrage
collectif dirigé par Fournier, diplômée en santé communautaire,
et Mercier, psychologue, les raisons permettant d'expliquer leur
itinérance sont multiples et c'est, en général, l'effet cumulatif
de plusieurs facteurs qui les précipite dans la rue. (Sans domicile
fixe -- Éditions du Méridien -- Ouvrage collectif sous la direction
de Louise Fournier et Céline Mercier)
L'importance que joue la
famille est largement démontrée dans la littérature portant sur le
sujet. Souvent, ils laissent le foyer dans le but de fuir une
situation familiale intolérable. Il est d'ailleurs fréquent,
soulignent les deux auteurs, qu'ils aient été victimes d'abus
physiques, sexuels et émotionnels. Les problèmes qui les affligent
sont nombreux. Les plus fréquents sont la séropositivité, les
maladies sexuelles transmissibles, les grossesses non désirées, la
drogue et l'alcool.
Quant
à leur santé mentale, elle a été peu étudiée, contrairement aux
itinérants adultes, rapportent les deux intervenantes. Plusieurs
auteurs affirment toutefois que la prévalence de troubles mentaux y
est élevée. Enfin, l'accès de ces jeunes à différents services
est jalonné d'obstacles.
Finalement, on sait que plusieurs d'entre
eux voudraient enfin trouver la place qui leur revient dans la
société pour vivre de façon autonome. Il ne leur manque que les
outils nécessaires à la réalisation de ce désir. Il reste encore
beaucoup à faire en termes de recherche pour élargir davantage
l'état des connaissances sur les jeunes sans abris. Par la suite,
des interventions nouvelles et appropriées pourront être
développées, précisent-elles.
Ces
jeunes, dans leur belle naïveté, pensent que rien ne peut leur
arriver. Puissante, la pensée magique. Cela transparaît d'ailleurs
dans cet article du journaliste Paul Roy de La Presse et titré La
mort n'inquiète pas les jeunes de la rue. (Paul Roy -- La Presse du
26 septembre 1999) En septembre 1999, il a interviewé des jeunes
toxicomanes assis sur un muret, en face de l'Université du Québec à
Montréal (UQÀM), rue St-Denis, à Montréal.
Invités à commenter
une étude démontrant la hausse du niveau d'infection au VIH chez
les jeunes toxicomanes, Vicky, 18 ans, qui a avoué fumer du crack,
lui a répondu : «Des
statistiques, c'est juste des statistiques».
Écoutons aussi ce commentaire d'un gars de 20 ans : «Rien
de vrai là-dedans. Check, man!
Je suis en pleine santé, ça fait deux ans que je couche tout
partout».
Et enfin celui d'un squeegee qui a dit préférer les rues de
Montréal à celles de Drummondville où il s'ennuyait, et relaté
faire entre 150 et 200$ par jour : «J't'un
junkie, ça passe toute là-dedans».
Le journaliste notait que ses questions sur la mort ne les
intéressaient pas une miette.
Cependant,
je me dois de préciser que depuis mon enquête dans l'underground
policier, j'ai appris à prêter une attention critique à certaines
opinions émises dans certains milieux et situations. Plutôt
inusité, éminemment exceptionnel même, qu'un consommateur de
drogue dure s'identifie au premier venu comme étant un «junkie»
ou fumant du «crack»,
d'où ma question : y avait-il des policiers ou policières en civil
infiltrés parmi ces jeunes, déguisés en punk?
Si tel était le
cas, quel était leur objectif? Passer le message aux lecteurs de La
Presse que ces jeunes constituent un danger pour la population car
ils transmettent leurs maladies aux autres sans ce soucier des
conséquences. Bref, des sans génie qu'ils sont parfaitement
justifiés de réprimer. Il est un fait cent fois vérifiés que la
police, quelle qu'elle soit, manipule l'opinion publique pour
l'orienter dans le sens de son orthodoxie. (Suite
demain)
News du vendredi 6 Avril 2012
■ Autre
resto communautaire, avec ses civils, dont l'un à l'allure revêche,
le regard fuyant -
(Suite tome 1 de l'Étau Policier)
Où allais-je maintenant dénicher un organisme communautaire qui
acceptera mes services comme bénévole et pourrai poursuivre mon
enquête, surveiller les occasions d'affaires?
Certains m'avaient
déjà dit du bien de la Maison des amis du plateau Mont-Royal,
située au 4 395 de la rue Papineau, au nord de Marie-Anne.
S'agissant d'un organisme que je ne connais pas, je juge bon de le
fréquenter quelques semaines avant d'y offrir mes services. Le
syndrome du resto communautaire Bouffe-Héberge me poursuit, et c'est
très bien comme ça.
Ce resto communautaire en est un autre
collaborant avec la police. L'ai constaté dès mon premier passage. Nous n'allons pas en faire un plat, ils se comportent tous de cette
manière, par conviction que celle-ci ne dit toujours rien que la
vérité et seulement la vérité, et aussi et surtout par
obligation.
Adrien,
un homme trapu, très sympa, m'y accueille. Être reçu par des
personnes conviviales, souriantes, surtout de bonne foi, donne de
l'énergie. Cependant, lui, il en met trop. L'impression d'un vendeur
ne voulant pas rater sa vente. Après tout, lui et moi se rencontrons
pour la première fois. En ai la confirmation dans les secondes qui
suivent. Il me demande si je veux faire du bénévolat.
La question
m'étonne, je ne m'attendais pas à ce qu'on me harponne de la sorte
dès ma première visite, alors que je viens à peine d'en franchir
le seuil. Pas sûr qu'il adresse cette demande à tous les nouveaux
venus. À peine ai-je balbutié un «oui» hésitant que notre civil
se lève de sa chaise, pivote, fait deux pas, ouvre une porte et me
fait entrer dans une pièce où un vieux monsieur, assis derrière
une table, me fait remplir illico un formulaire.
Les choses se
passent aussi rondement que je les décris. Il à l'allure revêche,
le regard fuyant. Comme un novice, je déballe tout. L'homme au
formulaire a oublié ses lunettes chez lui, n'arrive pas à lire un
ou deux chiffres de ma carte d'assurance maladie, semble douter de
son authenticité. Me dit, le soupçon dans la voix et le regard,
qu'«il y a des petites choses qui ne sont pas claires», me demande
de revenir le lendemain en remplir un autre. Je n'irai pas, trop
parano le vieux mec.
On ne me reparlera plus du formulaire. Ces
renseignements étaient destinées à qui, pensez-vous? Je n'ai aucun
doute de l'identité du destinataire. À Jeunesse au Soleil, j'avais
déjà tout dit, et de nombreuses fois. La police, on sait ça, aime
faire répéter, autant de fois que nécessaires, pour vérifier si
toutes les versions concordent.
Au
cours de cette première visite, suis surpris d'y croiser Adèle, une
femme que j'ai connue l'année précédente au resto Bouffe-Héberge.
Celle-là même qui avait saboté la petite réunion que j'avais
tenue en compagnie de quelques bénévoles du resto communautaire.
Elle me plaisait bien jusqu'à ce que je découvre que derrière la
pseudo artiste spécialisée dans la fabrication de masques se
cachait une civile.
Adèle trône derrière une grande table, avec
l'un de ses collègues, Étienne, tous deux dos au mur, ce qui leur
donne une vision panoramique de la cafétéria et de sa porte
d'accès. Endroit stratégique d'où rien ne peut échapper à leur
regard inquisiteur.
Peu
après, nous échangeons quelques mots, dans le hall. Lui
demande ce qu'elle fait dans ces parages, elle ne sait trop quoi
répondre, son regard se dérobe au mien, elle penche la tête,
bredouille quelque chose que je ne comprends pas. Elle est
visiblement mal à l'aise de m'y rencontrer, ce qui expliquera sans
doute que je ne l'y reverrai plus par la suite. (Suite
demain)
■ Chasser
les jeunes de la rue porte atteinte à leur droit de circuler
librement -
(Suite tome 3 de l'Étau Policier) Écoutons
un autre témoignage. Quittons la Capitale nationale du Québec,
rendons-nous à "Montréal, ma ville", ainsi que le
proclame faussement le slogan publicitaire. À la même époque,
Pierre Bourque était maire de Montréal et Vera Danyluk, présidente
de la Communauté urbaine de Montréal (CUM), et responsable de la
police sur l'île, pas de Cuba, celle de Montréal.
Dans le cadre
d'une recherche sur des jeunes de la rue, Céline Bellot, alors
qu'elle étudiait en vu d'obtenir son doctorat en criminologie de
l'Université d'Ottawa, a passé une dizaine de nuits dans les
environs du parc Pasteur, rue St-Denis, à Montréal.
Sauf erreur,
elle traite spécifiquement de la police en uniforme, pas de la
police en civil, invisible celle-là à l’œil non initié, ni de
ses nombreux collabos, dont des commerçants que les citoyens
enrichissent de leurs achats. Elle n'aurait donc vu que la partie
visible de l'iceberg policier.
Elle
aussi dénonce la répression policière dont des jeunes sont
victimes. Une répression injustifiée, excessive, discriminatoire et
néfaste, a-t-elle confié au journaliste André Pratte de La Presse
en mai 1999. (André Pratte -- La Presse du 11 mai 1999)
«On
pense que chaque jeune est violent, délinquant ou drogué, alors
qu'il y a une grande diversité dans la rue. J'ai rencontré des
jeunes qui vivent dans la rue presque en permanence et qui ne
consomment pas, ou n'ont jamais fait de vol par effraction.»
Elle a rarement vu les jeunes commettre des gestes violents.
Par
contre, relate le journaliste Pratte, elle a vu se durcir la
répression de la police de l'île de Montréal : «L'autre
jour, à la sortie de Notre-Dame de Paris
(spectacle musical de Luc Plamondon et Richard Cocciante),
deux jeunes se sont mis à s'insulter. En une minute, huit voitures
de la police sont arrivées!»
Selon
elle, la police traite les jeunes de la rue de manière bien
particulière. Par exemple, dès qu'un jeune punk flâne dans le
métro, les agents interviennent aussitôt.
«Si
vous faites du squeegee (laver
des pare-brises aux intersections pour faire un peu d'argent), vous
serez davantage harcelés que si vous vendez de la drogue!
Pourtant, le squeegee, c'est certainement une stratégie de survie
préférable au commerce de la drogue, à la violence ou à la
prostitution»,
fait observer Bellot.
Elle
aussi confirme que la répression policière aurait pour seul effet
l'aggravation des problèmes de ces jeunes. Ceux-ci tendent à se
réfugier dans la clandestinité, ce qui rend impossible toute
intervention auprès d'eux. De fait, on les pousse à la délinquance,
analyse-t-elle. «Le
jeune qui doit passer deux semaines à
(la prison de) Bordeaux
parce qu'il a 5 000$ de contraventions de squeegee non payées,
qu'est-ce qu'il apprendra, vous croyez? Tout ce qu'il faut savoir
pour devenir revendeur de drogue!»
L'anthropologue québécois Tremblay écrit qu'une police trop
répressive détruit l'idée qu'il puisse exister un honnête
citoyen, tous devenant des clients potentiels. (Jean-Noël Tremblay
-- Le métier de policier -- Les Presses de l'Université Laval) Il
soutient que cela la rend odieuse aux yeux des citoyens. Cette image
négative du policier sur notre propre comportement en société nous
incite, si l'on veut éviter d'être traité comme un malfaiteur ou
un criminel, à se soustraire à son regard.
Ce que décrit Tremblay,
c'est exactement ce que font ces jeunes en se réfugiant dans la
clandestinité. Et la police connaît bien les effets de sa
répression, sait parfaitement bien qu'ils y chercheront refuge. Elle
projette délibérément cette image arbitraire et répressive pour
exclure des citoyens de la société.
L'étudiante
en criminologie Bellot aborde un autre volet de la problématique.
Elle dit que le harcèlement policier répond à une volonté sociale
de sortir les jeunes de la rue, une rue qui ne serait pas un endroit
propice à leur développement. En outre, ajoute-t-elle, ceux qui
souhaitent les y sortir négligent aussi le fait que pour plusieurs
de ceux-ci, la rue est un refuge. «Une
partie d'entre eux n'avaient pas le choix. Pour certains, la rue
était préférable à la maison»,
a-t-elle constaté au cours de son enquête.
Sortir les jeunes de la
rue, c'est peut-être une bonne chose, mais il y a la manière,
dit-elle. Encore faut-il s'assurer qu'ils ont un autre endroit où
aller : «Tant
qu'un jeune n'a pas décidé lui-même de quitter la rue, il faudrait
l'aider à mieux vivre cette période de sa vie, pour éviter qu'il
ait de trop gros problèmes de drogues ou de dépression.»
Dans
un dépliant de Jeunesse au Soleil, organisme implanté à Montréal,
on manifeste aussi cette détermination de «sortir
les jeunes de la rue».
Pourtant, selon la journaliste américaine Jacobs, la rue est un lieu
d'apprentissage à la vie. (Jane Jacobs -- Déclin et survie des
grandes villes américaines -- Éditions Mardaga) Les jeunes s'y
amusent tout en explorant leur environnement. Elle soutient que la
fascination de la rue débordante de vie et d'aventures exerce sur
les enfants et les ados est bien connue.
L'attrait tient en partie au
sentiment de liberté qu'ils éprouvent en les parcourant, au lieu
d'être enfermés dans un endroit qui leur est strictement réservé.
(NDLR : Au Québec, notamment à Roberval, où les rues sont
désertes, on les concentre dans des Maisons des jeunes, où ils sont
sous haute surveillance de flics en civil et de collabos, qui
veillent à faire leur rééducation. À Lac Bouchette, on ne les y
voit pas non plus, ou rarement. Dans les faits, la police a confisqué
l'espace publique à la Société civile.)
Les
rues, c'est aussi la socialité, l'interaction continuelle.
Lorsqu'ils grandissent, écrit Jacobs, ils vont davantage flâner en
regardant les passants, en flirtant, en discutant, en se poussant,
bousculant et jouant à se bagarrer. On critique constamment les ados
qui se défoulent de cette manière, mais ils peuvent difficilement
s'en passer à leur âge. Le drame, c'est que si cela ne se passe pas
en public dans la rue, cela se passera en marge de la société,
précise-t-elle. (Suite
demain)
News du jeudi 5 Avril 2012
■ Parra
Mural Time-Lapse –
Facile, en s'y préparant bien, de peindre sur un mur, chez-soi, un
gros chef-d’œuvre : vidéo
(02:08).
■ Japon :
risque d'un séisme à Tokyo ?
- Jean-Paul Montagner, sismologue à l'Institut de physique du Globe
de Paris, fait état de récentes prospections
géophysiques
laissant présumer un risque sismique de forte magnitude d'environ
70% d'ici 2016 à Tokyo : vidéo
(12:29) + site
du Globe de Paris.
■ Braun
Boty finale
– Canalstreet : vidéo
(04:00), super musique et danseurs.
■ Pigeon
impossible
– Animation : vidéo
(06:14).
■ Chercher
les mensonges de candidats lors d'élections
– En France, aux présidentielles de 2007, bien des choses
commençaient à émerger ou n'existaient pas encore sur le Net, par
exemple les réseaux sociaux. Si cette année-là des promesses ont
été faites mais pas tenues ou partiellement, les adversaires
politiques ont tout intérêt à les diffuser sur facebook, avec
l'impact qu'on imagine.
Les chercheurs des partis politiques
s'intéressent surtout aux chiffres. Un cas, François Hollande,
candidat socialiste, disait en 2007 être d'accord pour que l'âge de
la retraite soit 60 ans. En 2011, il disait le contraire. Sarkozy,
président sortant, a été coincé aussi : vidéo
(04 :20).
■ J'avais
les deux pieds dans un monde invisible et secret, et qui veut le
rester -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Après
un mois de bénévolat à Jeunesse au Soleil, je décide de quitter
les lieux. J'aimerais bien y poursuivre mon enquête mais la tension
est beaucoup trop forte. Il est clair que la police ne veut pas que
je fréquente cet endroit, ni d'ailleurs les autres qui suivront,
mais ça, je le découvrirai après.
Elle cherche à me marginaliser,
me déstructurer psychologiquement. Résister à sa répression me
siphonne mon tonus, m'épuise. Pourtant, dans ma tête, tout était
on ne peut plus clair : je suis un bon citoyen, vis dans une société
libre et la police ne me sortira jamais de là.
Un autre élément
pèse aussi dans la balance. Le travail à l'entrepôt nécessite un
entraînement physique que je n'ai plus. J'aurais peut-être pu
obtenir un job moins éreintant, mais la répression m'a fait perdre
le goût d'y faire du bénévolat. J'ai hâte aussi de voir ce qui se
passe dans d'autres organismes communautaires.
J'espérais
beaucoup de Jeunesse au Soleil. Le document corporatif que je leur
avais proposé aurait généré davantage de profits que celui du
resto communautaire Bouffe-Héberge, que je n'ai pu mener à terme.Avec
ma part, j'aurais quitté le tiers monde de l'aide sociale. Mais avec
tout ce que la police a raconté à mon sujet, pas étonnant que ce
projet n'ait jamais vu le jour.
Certains civils auront même
l'arrogance de me demander si je travaille. Remarquez, cela dit sans
un milligramme d'irrespect, cependant comme ils ne pouvaient pas ne
pas savoir qu'on me coupait l'herbe sous les pieds, et que peut-être
y participaient-ils eux-mêmes activement, je soupçonnerai
l'hypocrisie en quelque part, la torture psychologique. À un autre
moment de ce récit, André me dira de façon explicite, et me
répètera même, d'arrêter de parler de l'underground policier
montréalais si je veux retourner sur le marché du travail. Assez
clair, non?
Avec
toutes les connaissances acquises sur le terrain en matière de
tactiques policières, il ne m'était plus nécessaire d'en
fréquenter un pendant des semaines pour le dépister. Je le sentais,
comme on dit, souvent dès le premier coup d’œil ou après avoir
échangé brièvement avec lui une ou deux fois. Quant aux vrais
artistes, c'était une autre paire de manches, ça demandait plus de
temps, et encore je ne les ai pas tous détectés.
Aujourd'hui, dans
la rue, je peux en repérer facilement un ou une, en quelques
secondes. Habituellement le civil s'en rend compte. On se trahit par
le coup d’œil de trop. Quand les deux regards se rencontrent,
c'est là que le déclic se fait. L'autre s'efforce de prendre
aussitôt un air dégagé. Cela dure une seconde.
On est alors sûr
de ne pas faire d'erreur, sûr de son coup que c'en est un et qu'il
est là pour nous. À peine perceptible mais irréversible. Il sait
alors que vous l'avez détecté. Les civils devaient bien se rendre
compte de mes progrès accélérés en la matière. À leurs yeux, je
représentais donc un danger. Là, j'avais les deux pieds dans un
monde invisible et secret, et qui veut le rester. (Suite
demain)
■ Les
jeunes qui se suicident ont surtout mal à leur droits et libertés -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) ramenons
la journaliste Lilianne Lacroix de La Presse, qui a interrogé
Danielle Latreille, bachelière en travail social œuvrant avec des
clientèles suicidaires et endeuillées. (Lilianne Lacroix -- La
Presse du 13 février 1999) Celle-ci lance en quelque sorte un appel
à la solidarité des citoyens.
La société doit «apprendre
à prendre soin de ses jeunes, de ses adultes, de ses personnes
âgées. (...)
On
doit se parler, travailler ensemble, travailleurs de la santé,
travailleurs sociaux, CLSC, écoles, services de loisirs, pour faire
un filet à travers lequel le moins de gens possible pourront
passer.»
En
quelque sorte, c'est un clin d'oeil que Latreille adresse à la
resocialisation. N'est-ce pas préférable à l'inhumaine Guerre
Sainte?
Que des jeunes choisissent le suicide plutôt que la vie
qu'on leur propose, il y a là de quoi être ébranlé. Parmi les
ados et les jeunes adultes suicidés, combien ont fait l'objet de la
médecine de cheval des policiers et policières en civil du Québec,
dont la Sûreté du Québec et la police de l'île de Montréal, et
de leurs nombreux collabos? Comment savoir? En prenant connaissance
d'autres cas concrets peut-être?
Manon Barbeau a tourné un film,
L'armée de l'ombre, sur les jeunes laissés pour compte et vivant au
Carré Youville, dans le Vieux-Québec, alors quartier de la Ville du
maire péquiste Jean-Paul L'Allier. Luc Perreault, critique
cinématographique de La Presse, l'a vu, en novembre 1999, en
explique le contexte. (Luc Perreault -- La Presse du 20 novembre
1999)
La cinéaste Barbeau, au cours du tournage de son documentaire,
a suivi une vingtaine de jeunes, des décrocheurs, squeegees,
squatteurs, tagueurs et marginaux de tout acabit. Des
jeunes dormant dans des abris de fortune même en hiver, et au sein
desquels la drogue fait des ravages inquiétants. Cinq par année en
moyenne y laissent leur peau. Et les recrues semblent inépuisables.
Dans ce film, Perreault a vue de ces jeunes jouer aux durs pour mieux
dissimuler leur grande vulnérabilité. Il rapporte cette séquence
où l'un d'eux engueule devant la caméra les éducateurs du centre
de détention où, ado, il a croupi. Certains d'entre eux y sont
restés jusqu'à 5 ans (cinq ans!). Perreault :
«Ils
ont rapporté de leur séjour en institution un goût de prison qui
leur colle à la peau et dont ils n'arrivent pas à se défaire»,
relate-t-il.
«Après
avoir décrit
(dans un documentaire précédent qu'elle avait tourné) les
suites néfastes de l'abandon dans son propre foyer et celui des
enfants d'artistes du Refus Global, Manon Barbeau était sans doute
la personne la mieux désignée pour se mettre à l'écoute de la
détresse de ces garçons. Le constat auquel elle arrive devrait
aider à sonner l'alarme.
«Comme document choc, L'armée de l'ombre
(...) me
semble cogner à un niveau proche de La Forêt boréale de Richard
Desjardins. «Mais ici, ce ne sont pas des arbres qu'on abat : ce sont
des garçons, souvent des adolescents.»
S'en dégage «l'impression
d'un immense gâchis, d'une perte incalculable».
Perreault écrit que l'analyse des causes et les solutions proposées
paraissent bien timides. Mentionne le cas d'une école recevant ces
décrocheurs et d'«où
s'échappent les mots d'une dictée qui semble tirée d'un mauvais
catéchiste marxiste. (...)
Notre
société a mal à ses garçons»,
fait-il observer. (...) «Quel
espoir propose-t-on à ces jeunes? Qui pourra endiguer ce fléau?
s'inquiète-t-il. Il faudra chercher ailleurs la réponse.»
Tout
ça attribuable à une famille dysfonctionnelle, à un père absent
ou, cas encore plus fréquent, alcoolique, ainsi que le pense
Perreault? Sans doute, mais pas seulement. Sachant comment la police
en civil, et ses collabos, procède clandestinement dans la rue et
les institutions, entre autres endroits, on peut affirmer que celle
de la Vieille-Capitale, ville du maire péquiste Jean-Paul L'Allier,
redisons-le pour ne pas l'oublier, n'a pas dû leur faire de cadeaux,
à ces jeunes. Ainsi qu'en témoigne ce livre, notre société n'a
pas mal qu'à ses garçons --
et à ses filles --,
elle a d'abord et surtout mal à ses droits et libertés. (Suite
demain)
News du mercredi 4 Avril 2012
■ Dictature
du Net : les pays occidentaux sont-ils en train de copier la
Chine et l'Iran ?
- Nick Pickles, directeur de l'Association Big Brother Watch
Campaign, ne pose pas la question, connaît la réponse. Il en a en
effet contre la décision du Royaume-Uni de contrôler le Net.
Le
premier ministre conservateur David Cameron déposera au mois de mai
un projet de loi à cette fin. Pickles n'est pas le seul, chez
d'autres associations de défense des libertés Cameron est
"violemment" critiqué : vidéo
(05:52), entrevue avec
Nick Pickles + site
Big Brother Watch + article en français
+ article en anglais,
plus complet.
(NDLR : La société de surveillance, les caméras
dans l'espace public, va s'étendre au Net. Et comme d'habitude, la
police en fera beaucoup plus que la loi lui permet, c'est dans sa
nature. Normal, elle ne sera pas contrôlée par un organisme neutre.
De toute façon, est-ce seulement possible, ce contrôle, dans un
monde aussi vaste? La démocratie est impuissante face à la
technologie.
Au lieu d'avancer prudemment, nos élus ferment les yeux
et plongent, nous entraînent tous dans un monde inconnu.
Néolibéralistes radicaux..Plus dangereux que les terroristes et les
criminels. Comme tout le reste qui nous entoure : crise
économique sans fin, pauvreté partout, centrales nucléaires, etc.
Faudra bien un jour prochain congédier ces oligarchistes qui nous
empoissonnent la vie. Pas le choix si on veut reconstruire la
démocratie.)
■ Ce que j'ai vu et soupçonne, trop grave pour que je me
taise -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier)
Nous sommes à la fin de 1997. Mon verre est plein. Au départ, je
veux produire un document d'une cinquantaine de pages, le photocopier
et distribuer gratuitement à des journalistes montréalais. Mais
changerai d'avis, au fur et à mesure que je découvrirai
l'omniprésence des civils, de leur collabos, et leur rôle
véritable.
Impossible de tout raconter dans un document du genre,
trop incomplet pour être crédible. Car je n'ai aucune preuve
matérielle, tout étant basé sur mon témoignage et celui de
quelques citoyens, et des recoupements. Comment prouver qu'un civil
en est vraiment un? Lui demander? Il niera. Je le sais, ai déjà
posé la question à quelques uns d'entre eux. Le filer? Bonne idée,
sauf que c'est potentiellement dangereux. Le civil n'est pas un
néophyte, s'en apercevra, comment réagira-t-il?
C'est
donc un livre qu'il faut écrire. Suis obligé de me faire violence
pour m'en convaincre parce que je n'en ai pas le goût, vraiment pas,
et que c'est tout un chantier : ma priorité est de retourner au
plus vite sur le marché de l'édition. Un travail d'au moins deux
ans : j'ignore encore qu'il m'en faudra pas mal plus. Ce volet
me rebute.
Seulement voilà, le journaliste que je suis ne peut se
convaincre de passer sous silence ce qu'il a vu et soupçonne. Trop
grave pour que je me taise. À partir de ce jour, j'accepte que la
police me fasse passer pour tout ce qu'elle voudra. Suis même honoré
de l'attention qu'elle me porte.
Avec des hauts et des bas, tout de
même, car il y a des jours où l'acceptation passe mal. À chaque
fois, je me requinquerai, parce que le démocrate en moi ne peut
accepter cette situation. D'autant que ce livre permettra à des
citoyens de retrouver leur sens critique vis-à-vis la police, ne
prendront plus pour parole d'évangile ce qu'elle leur dit.
Il
faut se dire, ainsi que l'écrit Casamayor dans un autre contexte (
Louis Casamayor --
La Police - Gallimard ) : «Votre notation ne me fait pas honte du
tout. Vous croyez mauvaise une note qui est basse. Vous me la donnez,
mais j'en suis fière. Ma honte ce serait d'être bien noté (...par
vous...). Votre jugement, votre condamnation m'honorent, je vais en
informer l'opinion le plus largement possible, et tout de suite!»
D'autant que cette attitude peut faire boule de neige. La diffusion
est le seul moyen de s'affranchir de l'hygiénisme social, et de
ramener au niveau commun quelques oppresseurs. C'est, avec le système
de la sanction, toute la société de répression qui est atteinte,
soutient avec justesse Casamayor.
Finalement, j'en viens à la
conclusion qu'en ce bas monde, il y a des choses plus importantes
dans la vie que la peur-de-ce-que-les-gens-vont-penser, ou la peur
tout court. (Suite
demain)
■ L'objectivité
journalistique, ce n'est pas 50% pour les juifs et 50% pour Hitler -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) À
l'intérieur des salles de nouvelles, écrit Vincent Hugeux, on
assiste à un débat académique entre le «journalisme
de compassion»
et le «journalisme
de la distanciation»,
voire de la froideur. (NDLR : Le journalisme désincarné,
quoi.)
(L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage collectif
d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de journalistes qui
participaient au Forum international sur l'Intolérance en mars 1997,
à La Sorbonne : Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka,
Semprun, etc.)
Hugeux dit se souvenir d'un animateur du Comité
international de la Croix-Rouge à Kaboul, au pire moment des combats
de 1994, qui lui confiait : «Certes,
je suis Helvète, mais jamais neutre ; je suis toujours du côté des
victimes. Je considère que nous devons faire preuve, dans notre
choix d'interlocuteurs et dans notre écriture, de compassion pour
les humbles et d'intransigeance pour les nantis et les puissants.»
Pour
sa part, Jean-Marie Colombani, alors directeur de la rédaction du
Monde, se disait d'avis qu'il ne faut pas croire que les journaux
soient objectifs : «L'objectivité
est une notion qui n'existe pas ; la seule chose à laquelle nous
puissions prétendre, c'est à l'honnêteté dans l'expression de
notre propre subjectivité. »
(L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage collectif
d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de journalistes qui
participaient au Forum international sur l'Intolérance en mars 1997,
à La Sorbonne : Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka,
Semprun, etc.)
Le
journaliste Claude Morin, dans un passage de son livre où il en
traite, cite un confrère français, Hubert Vieille (Claude Morin --
Profession : reporter -- Éditions Fides) : «On
tentera d'obtenir les deux points de vue dans un conflit de travail,
non pas pour faire 50/50, mais pour enrichir le débat.
«Je vais vous
citer un confrère éminent, Yvan Levagne, qui fait la revue de
presse sur France-Inter. Il disait : "C'est
quoi l'objectivité?"
Il ajoutait : "C'est
50 pour cent pour les Juifs et 50 pour cent pour Hitler? "Il
y a une belle interrogation là-dessus,
poursuit Vieille.
Il ne peut y avoir que de l'honnêteté, pas d'objectivité, c'est
pas vrai. Même les scientifiques ne sont pas objectifs et pourtant,
ils ont des méthodes».
(NDLR : Voilà qui complète notre manchette d'hier : La
police en civil est responsable de plusieurs suicides.) (Suite
demain)
News du mardi 3 Avril 2012
■ Québec :
l'Archipel de l'Îsle-aux-grues, sur le Fleuve St-Laurent
– Lorsque l'hiver arrive, la population est complètement isolée
jusqu'au printemps. L'avion remplace le traversier, transporte
vivres, courrier et les écoliers sur une rive du fleuve, matin et
fin d'après-midi. C'est un peu le bon vieux temps : vidéo
(25:40) + site
l'Archipel de l'Îsle-aux-grues.
■ L'avenir
de la Birmanie -
Aung San Suu Kyi,
combattante,
pacifique : photo,
la lumière après la grande noirceur. Quel beau symbole, le blanc qu'elle porte!
■ Le
jour où j'ai décidé d'enquêter sur les activités
clandestines illégales de la police en civil -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Illustrons
concrètement la désapprobation communautaire créée de toutes
pièces à mon encontre par la police de l'île de Montréal. Me
faire passer pour un consommateur de drogues, à la rigueur, ce
n'était pas si terrible. Cependant, m'associer à un gang de
motards...
Me souviens que l'un des responsables de l'entrepôt de
Jeunesse au Soleil m'avait présenté à un tiers comme étant un
Hell's Angel. Le ton n'était pas agressif, plutôt amical même.
N'empêche, le mot avait été lâché. Moi, un Hell? Lui avais
rétorqué que j'étais plutôt un White Angel. Je n'en revenais pas
qu'il ait cette opinion de moi. Qui lui en avait suggéré l'idée?
Mon impression est que les propos de la police à tenu à mon sujet
n'étaient pas des plus flatteurs. Lorsque celle-ci a tenté de faire
croire à des bénévoles que j'étais l'«ami» d'un pyromane,
j'avoue que là aussi, je l'ai beaucoup moins bien pris.
Cependant,
il y a bien pire! Quand
elle a vu qu'elle ne ferait pas beaucoup de kilométrage avec ces
tactiques, elle me fera passer pour un pédophile -- des bambins que
je ne connaissais pas me quémandaient de l'argent -- et un
agresseur de femmes. Elle multipliera les mises en scène tant dans
la rue qu'à Jeunesse au Soleil et ailleurs. Elle les utilisera
d'ailleurs pendant des mois, caricaturera à gros traits pour que je
sache bien qu'elle en est la signataire.
Elle me faisait croiser des
femmes aux seins énormes, presque aussi gros et pointus que des
obus. Sans blague. Ou qui m'exhibaient généreusement leur
postérieur en se pliant en deux pour nouer un lacet, déposer un sac
sur le trottoir ou cadenasser une bicyclette. Je n'avais jamais vus
autant de ma vie.
Pour que ces déstabilisations m'entrent dedans
comme une tonne de brique, il lui fallait la complicité de tous ces
béni-oui-oui. Elle avait dû les en informer. Notons que plus
souvent qu'autrement, le ni vu ni connu est assuré puisque ces
ragots sont propagés par des civils camouflés en bénévoles ou
clients de ces établissements. Et
si malgré tout vous refusez d'obtempérer, jusqu'où tout cela
peut-il mener?
Ultimement, on ne peut exclure l'agression physique.
Quoique la méthode soit plutôt risquée dans le cas d'un
journaliste. Il m'arrive de penser que, n'avait été de mon métier,
la police n'aurait pas hésité à passer à l'acte. De le penser
après coup, car dans le feu de l'action j'étais loin d'en être
certain. Je n'avais pas la peur au ventre pour rien.
Rodrigue me
demandera : «Qu'est-ce que tu penserais de ça d'avoir une bonne
volée?» Un autre, André, me fera remarquer que «c'est facile de
faire débouler un escalier à quelqu'un». Enfin, Norbert, qui
m'estimera trop actif pour mon âge, me suggèrera de prendre ma
retraite. Lui ayant rétorqué que je ne suis pas prêt d'arrêter, à
moins d'être assassiné par un mari jaloux, il enchaînera :
«Ou par une balle perdue». Certes, je n'ai jamais craint d'être
atteint d'une balle. N'empêche qu'il m'est arrivé d'y penser à
certaines occasions.
La
méthode policière est connue. Quand la police veut sortir
d'honnêtes citoyens d'un endroit ou carrément les éjecter de la
société, elle les traite comme s'ils étaient de véritables
criminels. Projette délibérément l'image d'une police arbitraire
et agressive, en se comportant de façon odieuse.
Elle se préoccupe
peu de l'image qu'ils conserveront d'elle, l'important étant qu'elle
réussisse à les éjecter d'endroits qu'elle ne veut plus les voir
fréquenter, et les sortir aussi du centre-ville, peut-être même de
l'île de Montréal, tant qu'à y être, pourquoi pas?
Infaillible,
la tactique, parce que ces citoyens, pour se soustraire à cette
répression illégale, vont fuir la police comme la peste. Ils
peuvent résister un certain temps. Cependant vient toujours un
moment où, veut, veut pas, ils décident de ne plus y mettre les
pieds. Cette répression injustifiée génère stress et souffrance.
Comme il est à peu près impossible de circuler en ville sans
croiser au moins une ou deux autos-patrouille et des civils, ces
citoyens préféreront davantage leur espace privé à l'espace
public, d'où l'isolement, la détérioration du lien social, le
burnout, maladie mentale, cela peut aller jusqu'au suicide. C'est
à ce moment-là que je décide d'enquêter sur le terrain. (Suite
demain)
■ La
police en civil responsable de plusieurs suicides -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Ces
jeunes, exception faite de très peu d'entre eux, n'ont pas encore eu
l'occasion de vraiment se mesurer aux adversités de la vie. Les
psychologues le disent : l'adversité fait mûrir, développe le sens
critique, libère peu à peu de la pensée magique.
On peut imaginer
le drame quand ils découvrent la face cachée de la drogue, eux qui
pourtant se croyaient immunisés contre la dépendance. Toute une
révélation pour eux. Ils sont complètement désemparés, aux
abois, littéralement. À cet âge, on n'est pas du tout équipé
pour plonger dans un enfer pareil.
Et
quand en plus, ils ont la police en civil, et ses collabos, sur le
dos qui les harcèle sans arrêt, les isole socialement, leur
situation se dégrade de façon dramatique : elle procède ainsi à
l'encontre de ceux qui ne consomment pas de drogue, mais refusant
d'être lavés, javalisés, essorés, amidonnés et repassés au fer
brûlant. Au lieu de les aider à sortir de leur enfer, elle les y
enfonce davantage, conduisant certains ou plusieurs d'entre eux au
suicide. Qu'ils crèvent dans une ruelle ou une maison abandonnée,
lui importe peu.
Suis parfaitement conscient de la gravité de la
question soulevée. Je l'ai longuement tournée et retournée encore
dans ma tête avant de me décider de l'écrire noir sur blanc.
Comment moi, journaliste depuis plus quelques lunes, et de surcroît
n'ayant aucune preuve directe de suicides, pouvais-je la soulever en
toute honnêteté?
Parce que mes six années et demie d'enquête dans
l'underground de la police en civil m'ont ouvert les yeux sur la
violence psychologique dont est capable cette police en civil, et ses
collabos. Parce qu'il y a aussi tous ces témoignages cités plus
haut, et d'autres que je rapporterai plus loin, tous tirés
d'innombrables articles de presse et de quelques centaines d'ouvrages
et d'études de toutes sortes : pendant plus de quatre années,
j'en ai lu de trois à quatre par semaine, que j'empruntais dans des
biblios.
Et enfin parce que ces activités meurtrières se déroulent
dans ce monde de l'ombre et du secret et que la Société civile doit
en être informée. Suis
profondément et sincèrement convaincu qu'elle est à l'origine de
certains sinon plusieurs de ces suicides : je me retiens à deux
mains pour ne pas écrire PLUSIEURS. Le répète : profondément
et sincèrement convaincu! Le charnier dont je parlais plus haut, il
est notamment là.
Des ados et des jeunes adultes sans défense dans
la vie, parmi les plus faibles de notre société libre et
démocratique. Nous avons là un beau cas de cette violence que le
pouvoir politique génère dans notre société via ses lois à
tolérance zéro et sa police répressive. À pourchasser le dragon,
il est devenu lui-même dragon.
Nuançons : beaucoup de citoyens
élus à de hautes fonctions ignorent tout des activités
clandestines de la police. D'autres par contre sont au courant. Voilà
l'un des coûts de la prétendue «qualité
de vie»
que notre prétendue police communautaire (de proximité ou de
quartier) dit vouloir établir dans les villes et villages.
En
outre, je crois fermement aussi à ce que pense Vincent Hugeux,
journaliste à l'Express, de la neutralité journalistique, dans
certains contextes (L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage
collectif d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de
journalistes qui participaient au Forum international sur
l'Intolérance en mars 1997, à La Sorbonne : Weisel, Ricoeur, de
Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka, Semprun, etc.)
«Il
ne faut pas qu'en vertu d'une objectivité chimérique, d'une équité
perverse, on confère le même crédit au bourreau et à la victime.
Le devoir des témoins que nous sommes, c'est de décrypter les
discours. C'est de dire : Untel prétend ceci. Il ment. Voilà
comment. Voilà pourquoi.»
(NDLR : L'objectivité n'existe pas, la bonne foi, oui.) (Suite
demain)
News du lundi 2 Avril 2012
■ Myanmar,
ex-Birmanie : Aung San Suu Kyi obtient un immense succès
électoral –
Hier dimanche, lors d'une élection partielle, la Ligue nationale
pour la démocratie (LND), parti politique qu'elle a fondé, environ
40 de ses candidats, dont elle-même, ont été élus sur les 45
sièges à combler. Fière de cette percé historique, bien sûr,
mais surtout du fait que les gens aient participé avec enthousiasme
au processus démocratique : vidéo
(01:24) +
article + on peut s'attendre à ce que les États qui ont imposé des
sanctions
à cette dictature soient réexaminées.
■ Enquêter
sur la police en civil, ce n'est pas toujours de tout repos -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) La
surveillance policière, en uniforme ou en civil, est constante. Le
matin, dans la rue, quand je me rends à Jeunesse au Soleil, durant
mes heures de bénévolat et en fin d'après-midi quand je retourne
chez moi. C'est la chape de plomb continuelle. Plus la police vous
serre de près, plus vous avez le visage défait et l'air misérable,
et plus elle resserre son étau.
Dans ce contexte de loi martiale
sans le nom, la menace potentielle de dérapages policiers fait peur.
Alors, il y a parfois cette angoisse lancinante vous faisant craindre
le pire, l'agression physique. Quand on fraie dans l'underground
policier, le stress émotionnel est parfois présent ou latent. Pour
tout dire, ce n'est pas toujours de tout repos.
On
fait tout pour me faire accroire que je suis sous enquête. Dans les
faits, c'est une tactique, basée sur un faux prétexte, pour
m'éloigner d'endroits où elle veut continuer de travailler en paix,
hors de la présence du journaliste que je suis. Cependant, il ne lui
est pas facile de m'éjecter.
Je ne réagis pas comme le font sans
doute la plupart des autres citoyens n'ayant, eux aussi, rien à se
reprocher. On peut penser qu'effrayés, ceux-ci doivent céder à cet
arbitraire. Combien sont ainsi exclus illégalement de certains
secteurs? Démocrate convaincu, je refuse d'être traité comme un
vulgaire criminel, et par ceux-là même qui devraient me protéger
et défendre mes droits fondamentaux.
Alors, je m'accroche. Il y a là
combat à livrer, n'ai pas l'intention de m'y dérober. Ne
réussissant pas à me faire lâcher prise, elle est obligée de
tester différents scénarios avant de trouver le bon, celui qui me
fera le plus mal psychologiquement. C'est un crescendo. Dans
un premier temps, elle me fait sentir que ma présence n'est pas la
bienvenue. Autos-patrouille et des civils sont notamment là pour ça.
Cette méthode s'avérant inefficace, une wagonnette de l'escouade
tactique et un civil se déplaçant à bicyclette me coupent à
quelques occasions le chemin pour bien me faire sentir que je suis
persona non grata dans le secteur. Comme je persiste, la police se
fait plus insistante. Sans jamais m'inculper de quoi que ce soit
puisque je n'ai jamais commis le moindre délit. Elle ne peut non
plus m'accoler une accusation d'entrave au travail de policiers,
n'étant pas sur le lieu d'un crime, j'ai parfaitement le droit d'y
circuler librement.
D'une fois à l'autre, elle en vient à utiliser
des tactiques de plus en plus répressives. Me
souviens de cet après-midi où j'avais entrepris de traverser la rue
Sherbrooke, à l'intersection d'Amherst. Mon feu est vert et, juste
en face de moi, sur l'autre versant de la rue, une auto-patrouille
est immobilisée, le policier me regarde, avant-bras appuyés sur le
volant.
Soudain, j'entends le vrombissement d'un moteur tournant à
plein régime, coup d’œil à gauche : une auto-patrouille, qui
vient de démarrer, se dirige dans ma direction. Le moteur est à ce
point sollicité que la partie avant de la carrosserie vibre.
Auto-patrouille rapide, menaçante. Sans avertissement sonore. Je
reviens précipitamment sur mes pas, pour me réfugier sur le
trottoir. Elle passe en trombe, comme une balle.
Mon feu était-il
passé du vert au rouge? Je l'ignore. Chose certaine, le flic, sur
l'autre côté de la rue, était encore là. En outre, celui qui
avait foncé sur moi avait dû me voir puisque j'étais presque rendu
au milieu de l'artère. Je n'affirme pas qu'il cherchait délibérément
à me frapper, mais seulement à m'effrayer.
Chez
la plupart des citoyens, l'intégrité est le point le plus sensible
de l'épiderme, à cause de la fameuse peur du qu'en-dira-t-on.
La moindre rumeur peut anéantir la réputation de quelqu'un.
Peu de citoyens résistent, à peu près tous s'enfoncent la tête
entre les épaules et rentrent dans le rang. Cependant, quand elle
n'est pas justifiée, réagir ainsi correspond à abandonner ses
droits aux mains de l'arbitraire policier.
Il importe de rappeler
qu'en ces temps de pseudo police communautaire, la répression repose
désormais sur la désapprobation... communautaire. C'est que la
police met dans le coup de vos voisins, de petits commerçants et
dirigeants d'organismes communautaires de votre rue, votre quartier,
votre ville.
Ceux-ci croient dur comme fer à tout ce qu'elle leur
raconte et, pensant jouer un rôle préventif pour le bien-être de
la société, s'investissent activement dans des tactiques
policières, sans soupçonner ce qu'il y a derrière cet écran de
fumée, car c'en est un. Cela a toujours un peu existé, mais jamais
sur une aussi vaste échelle.
Du
jour au lendemain, sans que vous sachiez pourquoi, des gens vous
tournent le dos, des portes se ferment, des employeurs potentiels
vous disent non. Vous voilà éjecté de la société, condamné sans
avoir passé devant un juge. Far West, lynchage public. Graves
accrocs aux droits, dont d'innombrables atteintes à la dignité.
(Suite
demain)
■ Une
guerre psychologique se gagne dans la tête -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) Dans
ces témoignages d'hier, on retrouve bien là toute la puissance
dévastatrice de la déstabilisation psychologique : le pire, c'est
que la victime et son entourage ne la voient pas. Une arme blanche
invisible, d'une efficacité redoutable, n'en doutez pas.
J'en ai
personnellement fait l'expérience, et à répétition, de la fin de
1997 à 2001, soit pendant plus de quatre années, jour après jour,
souvent plusieurs fois par jour : j'omets une partie de 1997, période
où je travaillais comme bénévole au resto communautaire
Bouffe-Héberge, à Montréal, parce qu'elles étaient plus rares.
Plus de quatre années, et ça continuait en 2002, bien que beaucoup
moins depuis que j'avais parlé à Snowbird, à l'hiver 2001-2002,
des atteintes à la dignité de la personne prévalant dans le petit
village policier de Lac Bouchette. Et moins encore, en 2003, depuis
que je réagis, posément, à chaque attaque psychologique, sur la
place publique, devant tout le monde. (NDLR : J'ai écrit ce livre et les deux autres
avant la fin de 2003, par conséquent je n'y traite pas de la période
de 2004 à aujourd'hui.)
Une
guerre psychologique se gagne dans la tête, mais encore faut-il être
conscient que l'autre vous l'a déclarée, la guerre. Conscient
surtout de la valeur de la cause que vous défendez, dans ce cas-ci
les droits fondamentaux. Et, bien sûr, être suffisamment fort
mentalement, genre tête de cochon qui ne veut pas plier l'échine et
ne la pliera jamais.
On peut aisément en imaginer les dégâts chez
les ados et jeunes adultes ignorant tout de ces tactiques, et des
moyens de s'en protéger. Surtout
quand la police en civil monte à leur encontre, et de toutes pièces,
des désapprobations communautaires, en faisant en sorte que leur
environnement sociétal leur tourne le dos, incluant les employeurs
présents ou potentiels.
Elle peut sortir n'importe qui de la
société, avec la complicité de citoyens-mouchards, dont des
commerçants. Ces collabos, sans doute bien intentionnés, ne le
savent pas, mais c'est à ça que sert la pseudo police
communautaire. Quant à ses autres activités, elles sont tout à
fait conformes à celles de Big Brother et Big Sister : la
cueillette de renseignements sur tout un chacun, afin de mieux les
ligoter psychologiquement si la situation l'exige. (Suite
demain)
News du dimanche 1 Avril 2012
■ Birmanie :
Aung San Suu Kyi élue députée avec 82% des suffrages –
Selon un porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie
(LND), fondée par la nouvelle députée, sur les 45 sièges en jeu,
ce parti politique en aurait remportés 11, certains parlent de 19 :
vidéo
(01:05). Cette récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, connue
partout dans le monde en raison de son combat pour les droits et
libertés, avait été confinée à domicile pendant plus de 15 ans
par la junte militaire qui la considérait comme une menace.
■ "I
am John Wayne" -
Pas chanceux, le mec : vidéo
(17:14).
■ Fukushima :
dans une centrale, la radiation peut tuer un homme en 7 minutes
– On parle de plus de 70 sieverts par heure. Il faudra des dizaines
d'années pour mettre fin à ce problème : vidéo
(01:00).
■ Le
visage à deux faces de Jeunesse au Soleil -
(Suite tome 1 de L'Étau Policier) Autre
élément factuel : l'escouade cycliste de prévention de Jeunesse au
Soleil, composée de jeunes adultes, qui existerait depuis une
dizaine d'années. Certains de ses membres, bénévoles ou employés
de l'organisme, donnent des conférences dans des écoles de Montréal
sur le rapt d'enfants, les dangers de la drogue, le vol à l'étalage,
le taxage des jeunes pratiqué par de grands ados ou des gangs, etc.
De plus son escouade cycliste patrouille dans des parcs et cours
d'écoles. La mission de ses membres : rapporter à la police tout ce
qu'ils y voient et entendent. Ces volontaires sont fortement
imprégnés de l'idéologie policière : sentiment que la criminalité
est présente partout, suspicion à l'endroit des autres, obsession
de l'ordre et du conformisme. Le
10 juin 1999, l'escouade sera reconnue officiellement par la police
de l'île de Montréal. (Cécile Vandaele --
La Presse du 10 juin 1999)
Ses membres, désormais au nombre de 78,
seront dûment assermentés et leur champ d'opération étendu à 25
quartiers. On les a équipés de cellulaires ou de walkies-talkies.
Ils portent la casquette et le tee-shirt bleu marin, identifiés du
sigle en lettres orangées de Jeunesse au Soleil. On peut se demander
aussi si l'organisme n'est pas devenu un lieu où des étudiants et
étudiantes en techniques policières peuvent pratiquer sur le
terrain les théories apprises à l'école. Le 28 juillet suivant, un
petit article publié dans La Presse nous apprendra que Jeunesse au
Soleil possède un département de la prévention du crime.
Cette
obsession de l'insécurité est inquiétante parce que, ainsi que
nous le diront des auteurs, dont des sociologues, la police, qu'elle
soit de quartier, communautaire ou que ce soit la police tout court,
c'est-à-dire classique, a peu à voir avec la criminalité, et tout
à voir avec les contrôles et nettoyages sociaux des citoyens, plus
particulièrement des "vitres
cassées"
que
sont les out du système économique.
Sauf erreur, il n'existe
peut-être pas, à Montréal en tout cas, d'organismes sans but
lucratif (OSBL) aussi impliqués dans la prévention et étroitement
liés à la police que celui-ci. Difficile d'être contre la vertu,
sauf que... Arrêtons-nous là, ne brûlons pas les étapes, laissons
les événements se déployer à leur rythme chronologique. Revenons
à cette fin d'année 1997.
À
Jeunesse au Soleil, j'avais été affecté à l'entrepôt. Au cours
de cette période, j'ai dû y préparer plus de 1 000 sacs de
denrées : 500 à Noël et autant en janvier 1998, destinés
cette fois à des sinistrés de la tempête de verglas. Je
participais aussi au tri des boîtes de conserve de toutes sortes
livrées à l'entrepôt : mettre les légumes ensemble dans de gros
bacs, les viandes ensemble, et ainsi de suite. Un volume incroyable
de boîtes de conserves.
Pour vous donner une idée, sachez que
l'entrepôt occupe tout le troisième étage de l'édifice situé au
coin nord-ouest des rues St-Laurent-Rachel, et qu'il est rempli de
bacs. Beaucoup de pauvres compte sur l'organisme alors les stocks
sont continuellement renouvelés.
C'était
ma façon d'exprimer ma gratitude à cet organisme qui, au cours des
mois de septembre, octobre et novembre précédents, m'avait aidé à
de nombreuses occasions. Il l'a fait généreusement, sans
hésitation. J'y étais bien reçu et on s'occupait vraiment de mes
besoins alimentaires. Et je n'en étais pas le seul bénéficiaire.
L'organisme, je l'ai souvent constaté, est continuellement sur la
brèche pour aider les pauvres.
En y travaillant gratuitement, je
voulais aussi donner un coup d'épaule aux personnes dans le besoin.
J'en avais profité, bien sûr, pour offrir à un membre de la
direction un document corporatif semblable à celui que j'avais voulu
produire à Bouffe-Héberge. Je m'attendais à être bien traité,
mais à ma grande surprise, c'est tout le contraire qui s'est
produit. J'y ai alors découvert un autre visage de l'organisme,
celui de la répression. J'y étais régulièrement épié et
infiltré par des civils, et des employés ou bénévoles de Jeunesse
au Soleil.
J'y ai aussi été la cible de quelques déstabilisations
psychologiques, ainsi ce jour où l'alarme contre les incendies a
retenti dans l'entrepôt. Quelqu'un, paraît-il, avait mis le feu
dans un container placé à l'arrière de l'édifice. Pas de fumée,
pas de pompiers, mais bon, puisqu'on me le dit, je crois sans avoir
vu. En moins d'un quart d'heure, le début d'incendie est maîtrisé,
me dit-on, et nous pouvons reprendre le travail.
Quelques jours
après, deuxième alerte. Nous nous groupons à la salle de repos. Là
encore aucun indice qu'il y a feu. Et où ça? Encore dans le
container, semble-t-il. Germain,
un civil, toujours en train de me gendarmer, affirme, à deux
reprises, devant tout le monde, et sur un ton on ne peut plus
sérieux, le mépris affiché même aux coins des lèvres, que c'est
un ami à moi qu'y a mis le feu.
Les autres m'interrogent du regard.
À cause du contexte répressif où je baigne, je ne tiens surtout
pas à ce qu'on m'associe à un pseudo «ami» pyromane. Facile
d'égratigner la réputation de quelqu'un par personne interposée.
Je suis furieux. Une fureur intérieure contenue, qui doit bien
laisser passer quelques flammèches dans les yeux. Sentant sans doute
la tension monter, un responsable de l'entrepôt intervient, nous
donne congé pour le reste de l'après-midi.
On
se retrouve tous dans l'ascenseur. Cherchant le bouton du
rez-de-chaussée, je pèse par mégarde sur celui de l'urgence.
Étrangement, la sonnerie de l'ascenseur émet la même tonalité que
l'alarme contre le feu. Les deux présumées alertes émanaient donc
possiblement de l'ascenseur, pas du système contre les incendies.
Germain en remet, prend à témoin les autres passagers, me désignant
de la main : «Tiens! Tu vois!» C'est à n'y rien comprendre. Un peu
plus tôt, il m'avait désigné comme l'ami d'un pyromane, là, il
laisse entendre que je suis l'auteur de l'alerte. J'ai envie de lui
dire d'allumer ses lumières, mais je n'ai vraiment pas envie
d'argumenter, me contente de rétorquer que je cherchais le bouton
pour l'éjecter de la cage de l'ascenseur. La policière en civil qui
l'accompagne éclate de rire.
Je quitte l'édifice, Germain m'emboîte
le pas. Pas rancunier, je ne m'y refuse pas. Ce peut-être l'occasion
d'en apprendre un peu plus à son sujet. Pour la première fois
depuis que nous nous connaissons, il est convivial. Habituellement,
il ne se gêne pas pour me rappeler à l'occasion que je ne suis pas
là pour «faire du social» mais travailler. Moi, je crois les deux
compatibles.
Souvent, les gens font du bénévolat pour se socialiser
justement. J'aime communiquer, n'ai pas l'intention de m'en priver.
Enfin, c'est quoi cette idée d'empêcher les bénévoles de
communiquer entre eux? Cette approche concentrationnaire ne me plaît
pas, vraiment pas.
Chemin faisant, il m'apprend être un plombier en
chômage. Curieusement, il est le deuxième bénévole de l'entrepôt
à me dire exercer le métier. Lui en fait la remarque, il patine un
peu, ajoute qu'il y en a trop sur le marché du travail. Puis nous
prenons Cherrier, rue où j'habite. Je découvre alors qu'il y
demeure également, à trois cents pieds de mon domicile, dans une
maison de chambres, au 925, côté nord de Cherrier : beaucoup de
policiers et policière en civil demeurent en chambres. Nous nous
quittons bons amis.
Je
n'oublie pas pour autant son allusion teintée de diffamation à mon
égard. Dès le lendemain matin, je relate l'incident à la préposée
des ressources humaines de Jeunesse au Soleil, lui demande d'alerter
la police pour qu'il y ait enquête sur les fausses alertes et
d'exiger que Germain, sans tout de même dévoiler sa double
identité, me fasse des excuses devant tout le monde : l'enquête
n'aura pas lieu, et n'aurai pas droit à des excuses puisque on ne
l'y reverra plus.
Cela fait, je m'en vais ensuite à l'entrepôt.
Gabriel, un autre civil, y travaille aussi. Il a été témoin de
l'incident de la veille. À mon arrivée, ce matin-là, il soutient
que j'avais l'air fâché, parle de moi comme d'un grand sensible. À
l'entendre, il aurait fallu que j'encaisse sans dire un mot, et même
en rire puisqu'il s'agissait d'une bonne blague entre potes.
Suis
bien d'accord, cependant pas de cette façon, et encore moins dans
ces circonstances. La moutarde recommence à me monter au nez,
Gabriel n'insiste pas. Il disparaît de la circulation, lui aussi.
(Suite
demain)
■ La
violence psychologique de la police en civil est pire que la violence
physique et l'entourage ne la voit pas -
(Suite tome 3 de L'Étau Policier) La
stratégie perverse apparaît au grand jour lorsque la victime
réagit, qu'elle essaie de se poser en tant que sujet et de récupérer
un peu de liberté, écrit Hirigoyen. (Marie-France Hirigoyen -- Le
harcèlement moral -- Éditions Syros) (NDLR : Achetez ce livre et faites le lire par votre entourage.)
Lorsqu'elle exprime ce qu'elle
ressent, ou commence à nommer ce qu'elle a compris, elle devient
alors dangereuse. Il faut la faire taire, par la peur ou la terreur.
L'entreprise de démolition devient alors systématique. Les marques
d'hostilité n'apparaissent pas dans des moments d'énervement ou de
crise. Elles sont là d'une façon constante, permanente, à petites
touches, tous les jours ou plusieurs fois par semaine, pendant des
mois, voire des années, dit Hirigoyen. «Ces
agressions psychologiques sont préméditées, comme un prédateur le
fait avec sa proie. Il ne la lâche plus»,
écrit-elle.
(NDLR :
Dans le cas de la police en civil, les agressions psychologiques sont
élaborées, planifiées, la veille ou le jour même, lors de
réunions secrètes tenues dans des maisons ou apparts privés, et
groupant les policiers et policières en civil qui y participeront.
Ils en ont l'habitude, savent quoi dire, quoi faire pour déstabiliser
la cible.
Ils connaissent ses forces et faiblesses, et son
train-train quotidien, tous ces renseignements étant emmagasinés
dans leur banque informatisée. Savent exactement où ils
l'attaqueront psychologiquement, dans la rue, un commerce ou sur le
lieu de son travail, ou les trois l'une après l'autre, et quels en
seront les scénarios.
La séance levée, quelques flics contactent
ensuite de leurs collabos, dont le nombre varie selon les besoins,
leur expliquent le rôle qu'ils joueront, sans bien sûr les informer
de ce qu'eux et leurs collègues ont tramé ensemble plus tôt.
Cachottière, la police. Ses collabos sont en sommes des marionnettes
dont elle tire les ficelles.)
Hirigoyen...
L'idéal pour l'agresseur est de parvenir à ce que «l'autre
devienne mauvais».
Il n'a pas plus grande satisfaction que lorsqu'il entraîne sa cible
à devenir destructrice à son tour, «ou
qu'il amène plusieurs individus à s'entretuer»,
ajoute-t-elle. «La
force de destruction de l'agresseur tient beaucoup à la propagande
qu'il fait pour démontrer à quel point l'agressé est mauvais»,
qu'il est donc normal de s'en prendre à lui.
L'agresseur essaie donc
de pousser sa victime à agir contre lui pour ensuite la dénoncer
comme mauvaise. «Ce
qui importe, c'est que la victime paraisse responsable de ce qui lui
arrive»,
explicite l'auteur. L'agresseur se sert d'une faille de la victime --
par exemple une tendance dépressive, hystérique ou caractérielle
-- pour la pousser à la caricature et l'amener à se discréditer
elle-même.
Pousser
l'autre à la faute permet de le critiquer ou de le rabaisser, mais
surtout cela lui donne une mauvaise image de lui-même et renforce
ainsi sa culpabilité. «L'imagination
humaine est sans limites quand il s'agit de tuer chez l'autre la
bonne image qu'il a de lui-même»,
souligne-t-elle. Lorsque la victime n'a pas assez de contrôle, il
suffit d'en rajouter dans la provocation et le mépris pour obtenir
une réaction qu'ensuite on pourra lui reprocher.
Par exemple, si
elle réagit par la colère, on fait en sorte que ce comportement
agressif soit repéré de tous, au point que même un spectateur
extérieur puisse être amené à appeler la police. Il est facile
ensuite pour l'agresseur de se présenter en victime d'un malade
mental. Lisons la suite du propos de Hirigoyen, décrivant bien
l'origine du charnier...
Face à quelqu'un qui fige tout, gèle tout,
la victime se trouve acculée à agir. Mais, entravée par l'emprise
psychologique, elle ne peut le faire que dans un sursaut violent pour
retrouver sa liberté. L'auteur explicite : «Celui
qui réagit à la provocation apparaît comme responsable de la
crise. (...)
Il
semble l'agresseur pour l'observateur extérieur.
«Ce que celui-ci ne
voit pas, c'est que la victime est mise à une place où elle ne peut
plus respecter un modus vivendi qui est pour elle un piège. Elle est
prise dans une double entrave et, quoi qu'elle fasse, elle ne peut
s'en sortir. Si elle réagit, elle est génératrice du conflit. Si
elle ne réagit pas, elle laisse se répandre la destruction
mortifère
(NDLR : Qui provoque la mort, par suicide).
(...) À
partir d'une réaction ponctuelle, on lui met une étiquette de
caractériel, d'alcoolique, de suicidaire.»
Par
l'intermédiaire de ses «manœuvres
de déstabilisation»,
on se débarrasse de sa victime qui ne comprend pas ce qui lui arrive
et perd peu à peu confiance en ses capacités. La victoire est
complète lorsqu'elle en vient à se détruire elle-même. Toute
cette répression souterraine peut en effet la conduire à un
anéantissement psychique ou au suicide.
«Aucun
respect envers autrui, absence totale de compassion»,
écrit Hirigoyen, qui affirme même qu'«il existe une lâcheté et
une complaisance de l'entourage qui craint de devenir cible à son
tour ou parfois jouit de façon sadique du spectacle de cette
destruction psychique». C'est une violence «propre».
On ne voit rien. (NDLR : Contrairement à l'agression physique,
dans une agression psychologique, il n'y a aucune trace visible.)
C'est ainsi qu'on arrive à détruire quelqu'un sans utiliser la
moindre violence physique, conclut Hirigoyen. Selon Denis Bélanger,
directeur de la maison pour hommes violents Après Coup, «(...) la
violence psychologique est pire que la violence physique et
l'entourage ne la voit pas». (Christiane Desjardins -- La Presse du
14 juin 1999)
Trop
naïve, la victime, pour se rendre compte de ce qui se passe?
«Peut-être
pas assez perverse»,
répond Hirigoyen à la journaliste Paupardin de La Presse. Elle
n'imagine pas que ses harceleurs agissent ainsi uniquement parce
qu'ils ont envie de se débarrasser d'elle. «C'est
très difficile d'imaginer que quelqu'un vous veut du mal».
De toute façon, «on
peut toujours trouver plus pervers que soi».
Dans une relation normale, il est toujours possible, au besoin par le
conflit, de mettre une limite à la toute-puissance de l'autre pour
imposer un équilibre des forces, explique-t-elle. (NDLR : Dans
l'underground policier, il est à peu près impossible, au citoyen
désorganisé, d'aller jusqu'au conflit. Par contre, des citoyens
groupés ensemble peuvent réagir, mais pacifiquement parce
qu'autrement ils tombent dans le piège policier. De victimes ou
dénonciateurs de la violence policière, ils deviennent eux-mêmes
violents, donnent publiquement raison à la police.)
Nécessaire
de savoir aussi que, selon Lasierra et Lauret, devant la pression de
l'opinion publique nationale et internationale, il est, du moins dans
les sociétés avancées, de plus en plus difficile pour les pouvoirs
d'employer la contrainte physique. (Lasierra R. et Lauret JC -- La
torture et les pouvoirs -- Éditions Ballano) Toute atteinte au corps
est ressentie avec horreur.
Les pouvoirs doivent tenir compte de
cette répugnance, tout en n'hésitant pas dans certaines
circonstances à s'en servir comme moyen de pression. Pris dans la
contradiction qui se manifeste entre l'abolition des mauvais
traitements et la nécessité de les utiliser à des fins
répressives, les sociétés avancées s'efforcent de tourner la
législation en recourant à des procédés empiriques et
scientifiques de coercition qui ne laissent pas de traces. Les
auteurs font, ici, allusion à la déstabilisation psychologique par
la police en civil, qui est désormais la méthode usuelle. (Suite
demain)
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