News du lundi 30 Avril 2012

■  Japon-Fukushima : la situation empire de jour en jour – Dimanche 22 avril 2012, une deuxième explosion est survenu à la centrale numéro 4 suivie d'un incendie. Alors que la situation est de plus en plus intenable, silences et mensonges règnent dans le pays.

Photos et information + texte, la situation empire de jour en jour + vidéo (05:28) entrevue avec le diplomate japonnais Akio Matsumura, sous titrée en français : pourquoi êtes-vous si préoccupé par l'énergie nucléaire? 8 mars 2012 + vidéo (58:01), conférence du Dr Helen Caldicott : What we learned from Fukushima, 2 avril 2012 + texte : La radioactivité de Fukushima s'exporte jusqu'en Arctique + vidéo (29:07), entre autres, entrevue exclusive avec Naoto Kan qui occupait la fonction de premier ministre au Japon lors du séisme et du tsunamis. Le mensonge de Fukushima, 7 mars 2012, sous titrée en français, à visionner sans faute.

  George, le gradé, me fait passer un petit test - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Le plus hiérarchisé de tous les civils de la police de Montréal que j'ai connus est sans aucun doute George, un pseudo retraité, homme réfléchi, modèle technocrate, fin causeur, yeux brillants dans un visage triangulaire, dos un peu voûté, à moins que ce ne soit une musculature haltérophilique.

Plus hiérarchisé pour deux raisons. Il était toujours le centre d'attraction des autres civils. En sa présence, ceux-ci parlaient peu, comme des élèves en présence de leur prof. C'est George qui tenait le plancher. De plus, contrairement aux autres, il me cachait à peine son appartenance à la police. Son grade le lui permettait-il? Cela n'en demeurait pas moins dans le domaine du non dit.

N'ai jamais abordé le sujet, de crainte qu'il ne se refroidisse et ne réponde plus à mes questions. Il est le seul avec qui j'ai pu, à quelques très rares occasions, parler un tout petit peu de son métier. Un après-midi, alors que tous les usagers de la cafétéria sont partis, je tente d'aborder avec lui la question de la mauvaise foi colossale des civils à l'endroit des citoyens qu'ils infiltrent. Sujet délicat. J'amorce la discussion en disant que moi, je suis de bonne foi et m'attends à ce que... (mon interlocuteur le soit aussi, simple question de respect)...

Anticipant ce qui s'en vient, il ne me laisse pas compléter. Quand tu soulèves une question un peu embarrassante pour un civil, soit qu'il te coupe la parole ou s'en aille, sans avoir l'air de fuir, lentement, l'esprit ailleurs, comme si tu n'étais déjà plus là. George ne fuit pas, bien que le sujet l'embête un peu. Je tente de l'aider : peut-on parler de mauvaise foi entre guillemets? Il semble voir dans mon approche un peu de malice de ma part. Mon propos l'agace, je n'ose pas insister.

Depuis cet échange, il fait de gros efforts pour me démontrer le contraire. Subtilité, désormais ce n'est plus lui qui me tend des perches mais un tiers, quand ce ne sont pas deux tiers. Lui se contente d'écouter mes réparties, tête baissée au-dessus de son assiette. Quoique pas toujours...

Lors d'une autre dîner, à la même cafétéria, j'aurai l'impression de comparaître devant un juge. Cabaret en main, je repère George. Il est seul, vais l'y rejoindre, m'assieds en face de lui. À peine ai-je pris place que trois autres civils arrivent à la queue leu leu : Norbert, Olivier et Gilberte. Je constate alors qu'on a collé deux tables l'une en face de l'autre. Ce qui n'est jamais arrivé auparavant. Ça sent la mise en scène. Devant moi, le gradé, à ma droite ses trois collègues. Ambiance un peu protocolaire, pour ne pas dire militaire.

George en profite pour me faire passer un petit test psychologique. Me parle d'individus qui rejettent la société. À mes yeux, c'est impossible, sains d'esprit s'entend. N'y a-t-il pas au moins certaines choses qu'ils acceptent, ne serait-ce que les biens de consommation, la télé, le hockey de la Ligue nationale? Je n'y arrive pas parce qu'il cherche insidieusement à me faire gober que mon refus d'accepter l'omniprésence des civils émane du fait que je rejette de la société. Obligation il y aurait donc d'accepter l'inacceptable, l'Étau policier.

Pour mieux me faire comprendre ce qu'il insinue, il me place dans la situation du naufragé ayant trouvé refuge sur une île déserte et qui, un matin, en voit un autre arriver sur un radeau improvisé : «Ce serait quoi ta réaction?» me demande-t-il. Jouant à l'élève obéissant, je réponds à mon prof qu'il aurait tout intérêt à s'en réjouir, qu'à deux, ils trouveraient peut-être une solution pour revenir à la civilisation. (Suite demain)

  Drogue : nos élus ont pris pour du cash tout ce que les flics leur disaient - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) L'enquête du Comité Nolin durera près de trois ans : de juin 1999 à mai 2002. En cours de route des opinions seront émises publiquement, de temps à autre, dont certaines méritent particulièrement l'attention. Il jouit d'appuis, ainsi celui de l'éditorialiste Pierre Gravel de La Presse, homme progressiste et humain (Pierre Gravel -- La Presse du 21 juin 1999).

«Les plus embêtés par ce nouvel assaut contre cet interdit traditionnel (la drogue) sont sûrement les patrons des grandes organisations criminelles qui ont tout à perdre dans la décriminalisation de ce commerce qu'ils contrôlent. Exactement comme lorsqu'on a mis fin à la prohibition de l'alcool, ce sont les bootleggers (nom désignant fabricants et trafiquants d'alcool) qui ont été privés d'une clientèle trop heureuse de pouvoir s'approvisionner désormais auprès de fournisseurs acceptant de se plier aux règles bien définies d'un commerce devenu licite.»

Cependant, il y aura toute une bataille à livrer. Et pas seulement au Canada, aux États-Unis surtout. Fin août 1999, on apprend que la révolte gronde chez les 34 pays membres de la Commission interaméricaine de lutte contre l'abus des drogues au sujet de l'approche militarisée de la droite politique américaine.

Le journaliste Vincent Marissal de La Presse signale que ceux-ci réalisent que si la Colombie peut produire de la drogue et la faire passer par les Antilles ou de plus en plus souvent par le Canada, c'est qu'il y a des pays consommateurs au bout de la chaîne, dont les États-Unis, qui en consomment le plus. (Vincent Marissal -- La Presse du 31 août 1999)

Ce qui n'empêche pas les dirigeants de ce pays, doit-on ajouter aux propos du journaliste, de faire la leçon aux autres, en attribuant annuellement à chacun des certificats de bonne ou de mauvaise conduite. Les Spartiates veulent imposer leur façon de vivre à la dure aux citoyens des autres pays. Hégémonie.

Revenons à l'article de La Presse. Semble bien qu'un jour prochain on en viendra à reconnaître que tous les pays ont une responsabilité. Les 34 ont élaboré un Mécanisme multilatéral d'évaluation (MMÉ) basé sur des données mesurables et quantifiables. Quatre-vingts indicateurs permettant d'évaluer les efforts de chacun dans tous les domaines de la lutte antidrogue : contrôle des cultures et de la distribution, lois et sentences décernées aux trafiquants, argent investi, etc.

La grande nouveauté : l'organisme servira aussi à mesurer activités de prévention et programmes de soins aux toxicomanes. La Presse cite Jean Fournier, l'adjoint du Solliciteur général du Canada, le grand patron de la police «Cela pourrait démontrer, par exemple, que les États-Unis ne font pas assez pour la prévention en démontrant le déséquilibre entre les sommes versées dans la guerre à la drogue et celles versées dans la prévention. (...) Regardez à Vancouver, indique-t-il au journaliste, il n'y a que 50 lits pour le traitement des toxicomanes de toute la région.»

Fournier se dit surpris que ces pays soient arrivés si vite à un accord sur ce changement de cap. Il y voit la preuve qu'ils veulent en finir avec la domination des États-Unis en cette matière. «Après 15 ans d'approche militaire à la Ronald Reagan, tout le monde réalise que c'est un échec. Notre régime a été accepté parce que c'est une approche axée sur l'offre mais aussi la demande.»

L'initiative canadienne mérite d'être soulignée. N'empêche que le Canada a mis du temps à découvrir que le côté violent et inhumain de l'approche américaine conduisait directement au charnier et à une démocratie où les droits et libertés ne font plus le poids. Il s'est étroitement associé à cette utopie meurtrière et, jusqu'à nouvel ordre, continue et continuera encore d'en être aussi longtemps que l'approche humanitaire et démocratique ne sera pas implantée d'un océan à l'autre.

À la fin de la Guerre Sainte, si tant est qu'elle prenne fin un jour, combien de Canadiens y auront laissé leur peau, combien auront vu leurs droits fondamentaux foulés du pied? Le Canada ne peut se prétendre victime de dirigeants américains, sa complicité s'est étalée sur trop d'années.

D'autant que nos corps policiers canadiens -- municipaux, régionaux, provinciaux et fédéral -- ont une bonne part de responsabilité dans ce charnier. Là, on parle de manque de jugement chez ceux que nous élisons au pinacle du pouvoir, qui ont pris pour de l'argent comptant tout ce que nos flics leur disaient. (Suite demain)

News du dimanche 29 Avril 2012

  L'actualité québécoise... - …En caricatures : vidéo (03:46), l'un des thèmes porte sur la révolte étudiante.

  Québec : la ville de Laval a-t-elle fraudé ses contribuables ? - À la suite de plaintes, le ministère québécois des Affaires municipales a enquêté et constaté que les dépenses de Laval, ville du maire Gilles Vaillancourt, ne sont pas toujours conformes à la loi : dans la liste des villes ayant fait l'objet d'une enquête, cliquez sur Ville de Laval, 26 avril 2012. Les dépenses partisanes sont nombreuses. Entre 2004 et 2010, le Parti politique du maire Vaillancourt a coûté près de 2 million$ aux contribuables.

Brièvement : congrès du Parti (du maire), cocktails-bénéfice, campagnes d’investiture, location de chapiteaux, autobus, salles pour des réunions du Parti, honoraires et fournitures diverses relatifs aux cartes de membres, lettres de sollicitation pour le financement du Parti et cartes de visite des candidats ou des élus, hébergement du site Web, allocation d’un local pour les élections de 2005, diverses factures concernent le loyer, dépenses de services publics, différents frais pour l’entretien du local, honoraires professionnels de comptabilité et de vérification engagées au bénéfice du Parti, recherches fiscales concernant la récupération des taxes de vente auprès des gouvernements supérieurs.

■  Je menace Louis de lui écraser mon sandwich dans la face - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Le lendemain de ma confrontation avec Norbert, que j'ai relatée hier, je me rends au bureau de Travail-Québec renouveler ma demande d'aide sociale. Cela fait, je ma dirige ensuite vers la cafétéria. Il est environ 13h30. Les usagers sont partis. À part du personnel de la cuisine occupé à nettoyer le comptoir, frotter poêle et tables chauffantes Steinless, il y a, assis à la même table, George, le galonné, Norbert et Louis.

Je me dirige directo vers leur table, cabaret en mains, lançant de loin à Norbert, à la blague, et même deux fois plutôt qu'une : «Tiens, mon tortionnaire!». Il sourit. Au moment où je m'apprête à m'asseoir à leur table, Norbert me dit, l’œil suspicieux, les lèvres arrondies : «Micro, micro?».

Pense-t-il que j'ai enregistré la scène de la veille? Sa remarque me fait réaliser qu'il n'avait alors pas dit un seul mot, l'affrontement était muet, tout était dans la mimique de ses yeux. Ou pense-t-il que je m'apprête à enregistrer la conversation que nous allons avoir? Lui retourne la balle : «Micro, micro?», que je dis en passant la main sous la table. Les choses en restent là.

Leur raconte ensuite d'où j'arrive, ce que j'y suis allé faire, parle de mon livret de banque : «Avec les 57$ qui me restent, la fille de l'aide sociale a dû trouver que j'avais pas beaucoup d'argent. Là, il m'en reste encore moins parce qu'avant de venir ici, j'ai retiré 20$ au guichet automatique».

George dit ne pas me croire, que, de l'argent, j'en ai plein. Prétend m'avoir même déjà aperçu, une nuit, en train de creuser un trou dans le Parc Lafontaine pour l'y cacher. Je rétorque que moi, mon argent, je l'envoie en Suisse, (où j'ai un compte numéroté).

Norbert, la voix entrecoupée d'éclats de rire, me lance, en secouant la tête : «Avec les suisses, ha! ha! ha! Avec les suisses, ha! ha! ha!». Lui, il fait allusion aux écureuils du Parc Lafontaine. Seule fois où j'ai vu ces hommes-là rire d'aussi bon cœur.

Au cours de la conversation qui suit, Louis, le troisième homme, m'apprend qu'il est gardien de sécurité. Les bras m'en tombent, sans le laisser trop paraître. Toute une nouvelle! Parce que ce gars-là, je le connais très bien. Pendant plusieurs mois, on a fait du bénévolat ensemble au resto communautaire Bouffe-Héberge.

Dans ma tête, j'essaie de faire le point. Certains éléments de réponses me viendront sur le coup, d'autres plus tard. Cela suppose que la police en aurait embauché un pour l'infiltrer. Mais pourquoi quand on sait qu'il fourmillait déjà de civils, dont certains y faisaient même du bénévolat. Louis, gardien de sécurité? Les ficelles sont trop grosses. Évidemment, il ne peut m'avouer être un civil, cela ne se dit pas. Et pourquoi maintenant et en présence des deux autres civils?

L'impression que Louis joue le rôle de celui ayant été témoin de méfaits. Impression devenant certitude quand il ajoute que le président du resto était un gars facilement influençable, avec l'air de dire que je l'avais influencé, sans préciser en quoi et en quelle circonstance, ou si c'était en bien ou en mal. Le dit-il pour me passer le message qu'il est au courant d'illégalités que j'aurais commises alors que j'y faisais du bénévolat? Sa remarque fielleuse m'irrite au point où je menace de lui écraser mon sandwich dans la face.

La complicité entre eux est évidente, Louis sait que ses deux vis-à-vis sont des civils. Je me rends bien compte que leur petite mise en scène n'est rien d'autre qu'une tactique de harcèlement et d'intimidation. Tous ces petits coups d'épingle finissent par laisser des marques psychiques. Ça vous empoisonne l'existence et incite à ne plus jamais remettre les pieds à un endroit. (Suite demain)

  Canada 1999 : les partis politiques veulent mettre fin à la guerre contre la drogue - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Juin 1999, un mince filet d'espoir se profile à l'horizon : le sénateur "conservateur" Pierre-Claude Nolin convainc ses collègues du Sénat canadien de créer un Comité multipartite afin d'«examiner ouvertement, objectivement et impartialement la législation antidrogue du Canada et les politiques en matière de marijuana».

Au pays, doit-on noter, ce comité ne sera pas le seul à examiner à la loupe l'usage de la drogue. Quelque temps après sa mise sur pied, le gouvernement fédéral libéral de Jean Chrétien créera parallèlement un Comité parlementaire pour étudier également la problématique. Il sera composé de députés des cinq partis politiques, et présidé par la députée libérale Paddy Torsney.

Élu à la présidence du Comité sénatorial, Nolin décrit par la suite publiquement la situation. (Gilles Toupin -- La Presse du 16 juin 1999) La guerre du Canada contre le trafic et la consommation des drogues est un échec total, le gouvernement doit réévaluer au plus vite ses lois et politiques antidrogues. Il précise même que davantage de policiers, d'armes et de peines d'emprisonnement ne font en rien diminuer ces fléaux.

Ajoute que la guerre à la drogue cause aujourd'hui davantage de mal et de chaos que les drogues elles-mêmes. «Des Canadiens meurent tous les jours de la drogue, des centaines de milliers de personnes sont en prison (environ 600 000 ont des dossiers judiciaires liés au cannabis, on le verra), les libertés civiles sont menacées, des quartiers entiers de nos villes sont transformés en zones de guerre, les forces de police se militarisent de plus en plus», déclare-t-il.

Le portrait que le sénateur Nolin brosse de la situation est en tout point fidèle à ce que décrivent les tomes 1, 2 et 3 de L'Étau Policier. Aux quartiers de nos villes dont il dit qu'ils sont transformés en zone de guerre, je n'hésite pas à inclure, parmi d'autres, celui d'Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, où la guerre contre la drogue a détruit l'osmose et par ricochet le tissus social.

Et ses citoyens sont confinés dans leur espace privé respectif, sans savoir qu'ils le sont, l'espace public étant devenu l'équivalent d'un no man's land. Quand je déambulais dans ses rues désertes, ma seule présence faisait l'objet de la suspicion de la police de l'île de Montréal. Celle-ci a littéralement conquis ce quartier, y fait la loi. Quant je parle de loi martiale sans le nom dans la Cité policière qu'est devenue Montréal, je ne pèche par délire métaphorique.

Et ce n'est pas le seul endroit de la planète où la police en civil et ses collabos sévissent de la sorte. Le sénateur Nolin se réfère à une enquête réalisée par la Fondation canadienne pour une politique sur la drogue, et cosigné par le président de l'organisme, Eugene Oscapella, et le docteur Diane Riley, une experte de la question, souligne le journaliste Gilles Toupin de La Presse.

Ceux-ci recommandent que le fédéral et les provinces traitent désormais la toxicomanie «comme un problème médical et social et non comme un problème criminel». Rien de nouveau là, des intervenants et des études le disent et répètent depuis belle lurette. Comment expliquer qu'ils s'en préoccupent tout à coup?

Oscapella et Riley se sont notamment inspirés des résultats d'un projet pilote lancé par la Suisse en 1994 et lors duquel on a fourni de l'héroïne à des toxicomanes en consommant depuis des années. L'objectif était d'évaluer scientifiquement l'impact de cette nouvelle approche sur leur santé, leur intégration sociale et comportement.

Environ trois ans plus tard, le Dr Annie Mino, de l'Unité de toxico dépendance, un centre psychiatrique affilié aux hôpitaux universitaires de Genève, en dressait le bilan (Isabelle Hachey -- La Presse du 13 mars 1999) : baisse de la criminalité de 60%, réduction du chômage de 50% chez les toxicos et économies appréciables dues à la diminution des frais de procédure pénale, d'incarcération et de traitement médical. «Et il n'y a eu aucune overdose mortelle». Mieux encore, on a constaté une amélioration significative de leur santé physique et psychologique. (Suite demain)

News du samedi 28 Avril 2012

  Québec : grève des étudiants – Les profs pourraient-ils donner des cours gratuits sur le web? Cela nécessiterait la mise en place d'une infrastructure mais serait bien utile à ceux n'ayant pas les moyens financiers de fréquenter une institution, quel qu'elle soit. Disponible pas seulement à l'étudiant, à tout le monde aussi, finalement, incluant les africains ou habitants d'autres pays pauvres. Un exemple dont le gouvernement de Jean Charest devrait s'inspirer, pas seulement pour l'éducation, la santé aussi. Un pensons-y-bien-deux-fois! Il y a de grosses économies à faire. N'oublions pas que nous sommes à l'ère du Net.

■  Handicapés : les oubliés du Net – La plupart des sites ne sont pas programmés pour tous, notamment les aveugles et malvoyants (PCINpact y compris). Eux aussi ont le droit de s'informer, faire des recherches, discuter, régler des affaires administratives, etc. Pourtant, il existe des logiciels, dont Jaws (Job Access With Speech) qui transforme le texte en paroles : vidéo (01:19) + explorez la colonne de droite + wikipedia. (NDLR : Suggérons à ceux possédant des infos donnant accès au Net aux handicapés de les partager.)

■  Complètement désarçonné, le policier en civil Norbert se lève d'un bond, ne sait plus quoi dire - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Au cours de mon enquête, il m'est arrivé de réagir émotivement. Seul moment où l'émotion a triomphé de la raison, quoique pas complètement tout de même. J'appellerais plutôt ça un dérapage accidentel mais contrôlé.

J'étais à la cafétéria, dînais et discutais de tout et de rien avec Norbert et Gilberte. Celui-ci entreprend alors ses petits coups d'épingle, me coupant la parole, me reprochant, le ton baveux, de trop élaborer quand je raconte quelque chose. Je passe près de lui rétorquer que si je parle, c'est bien parce que lui n'a jamais rien à dire. M'en abstiens, mon approche ayant toujours été d'éviter de braquer des civils.

Peu après, faisant allusion au fait que je porte des vêtements neufs, il me fait remarquer qu'il y a aussi des criminels qui s'habillent bien. Venant d'un citoyen, me contenterait d'en rire, mais d'un flic... Je ne réagis pas, reste calme, extérieurement, mais à l'intérieur je bouillonne. La raison l'emporte sur l'émotion... jusqu'au lendemain.

Ce lendemain, Norbert, vient s'asseoir près de ma table, sur un banc longeant le mur. C'est alors que la colère que je n'ai pas extériorisée la veille éclate. J'ai très envie de taper un bon coup sur la table. Je réussis tout de même à la maîtriser, mais pas le reste. Quand la mesure déborde... D'une voix assez forte pour que les gens des tables voisines m'entendent bien, je dis à Norbert : «Toi, il faut que je te parle».

Je m'approche à six pouces de son visage, lui reproche ses petits coups d'épingle de la veille, l'accuse de chercher à me déstabiliser, lui lance un défi : «Si tu as une seule preuve contre moi, ou plusieurs, peu m'importe, passes moi les menottes immédiatement, dis-je en lui présentant mes poignets, fais moi un procès et GAGNE ton procès!», en appuyant sur le verbe.

Complètement désarçonné, Norbert se lève d'un bond, ne sait plus quoi dire, sinon répéter, en levant et baissant à quelques reprises les bras : «Non! non! non! non! non! non!...». Ma colère l'a surpris. On dirait qu'il cherche à calmer le jeu, je ne sais trop. Un peu comme s'il avait peur des conséquences de mon emportement. Pas de moi, je ne suis pas menaçant.

Peut-être celle que des voisins de table se rendent compte, à la nature de mon propos, qu'il est un civil. Des mots peuvent les avoir fait tiquer : preuve, menottes, procès. Ou soupçonne-t-il un piège de ma part? La présence peut-être d'un autre journaliste dans la cafétéria et les conséquences médiatiques? Il peut le penser car je n'ai réagi que lendemain, ce qui m'aurait laissé amplement de temps de le piéger.

S'écoule une bonne minute avant qu'il ne retombe sur ses pieds. Il marche quelques pas en direction de la porte. Puis il se retourne vivement et tout aussi vivement vient s'asseoir à ma table, en face de moi. Ce n'est plus le même homme. Il est visiblement choqué d'avoir été déstabilisé. Ses yeux sont mobiles, n'arrêtent pas d'aller de gauche à droite et l'inverse. Semble ramasser ses muscles avant de bondir sur moi.

Avec tout le monde qu'il y a là, cela ferait beaucoup de témoins. Je ne crois pas qu'il serait passé à l'acte, ce n'est pas un gars violent. Après tout, je ne l'ai pas insulté. Et puis ce n'est pas moi qui lui ai fait quelque chose mais lui, un civil duquel je devrais m'attendre à ce qu'il me respecte plutôt que le contraire. Finalement, nous nous calmons les nerfs. Je garde quand même pendant quelques secondes mon regard furibond, je le sais, j'ai les yeux qui chauffent. Autour, des usagers nous observent. (Suite demain)

■  La compréhension de la situation de l'autre, point de départ de la compassion, de la solidarité humaine - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Essayons de voir brièvement ce qu'est la compassion, plus explicitement... la solidarité humaine. Citons Jacqueline De Romilly, qui se réfère à l'Iliade d'Homère... (L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage collectif d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de journalistes groupant Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka, Semprun, etc.)

À la fin de la guerre de Troie, le vieux Priam pleure son fils et, s'adressant à Achille, lui fait penser à son vieux père. Le sentiment de solidarité humaine qui marque si fortement cette fin de l'Iliade sera la grande découverte de la pensée grecque dans les siècles qui suivent, et aboutira à cette pensée du philosophe Ménandre : «Rien de ce qui est humain ne m'est étranger.» Toute cette grande ouverture aux autres, cette grande protestation contre l'intolérance, a pénétré à partir du grec notre tradition, notre pensée et nos habitudes, écrit De Romilly.

Décrivons le contexte de cet épisode de la mythologie grecque. Les Grecs assiègent la Cité de Troie du roi Priam dont l'un des fils, Hector, a tué Patrocle, un ami très cher et compagnon d'armes du Grec Achille. (Jacques Desautels -- Dieux et mythes de la Grèce ancienne -- Éditions Les Presses de l'Université Laval) Ce dernier se venge en tuant Hector.

Par la suite, Priam se rend à la tente d'Achille pour obtenir la restitution du corps de son fils. Homère, dans l'Iliade, relate cette péripétie émouvante de la guerre de Troie. Tout comme l'auteur français De Romilly, Desautels en traite aussi dans l'un de ses ouvrages.

«Tout le monde se souviendra de cette scène qui se déroule dans la tente d'Achille. C'est, en effet, une scène inoubliable que ce vieillard venant trouver, à l'insu des Troyens et des Achéens (les Grecs portaient plusieurs noms), le meurtrier de son fils. Et quel meurtrier!... Pourtant Achille se laissera toucher par les prières du vieil homme et lui remettra son fils après l'avoir fait laver, oindre et habiller par ses suivantes.» La compréhension de la situation de l'autre est le point de départ de la compassion, de la solidarité humaine : nous vivons ensemble, sommes citoyens ensemble.

Il y a toujours place à des comportements autres que guerriers. Finira-t-on par composer intelligemment avec la drogue, et la prostitution? Soulever la question, c'est aussi ramener sur le tapis les sempiternels contrôles et nettoyages sociaux. Si le pouvoir légalisait notamment drogue et prostitution, quel autre faux alibi utiliserait-il pour s'introduire dans le quotidien des citoyens et s'adonner, en cachette, à ses deux activités préférées? On verra quand on y sera, si jamais on y arrive. (Suite demain)

News du vendredi 27 Avril 2012

  Des agriculteurs témoignent sur les dangers des pesticides – Bien placés pour en parler, depuis des années ils les utilisent régulièrement dans la culture notamment des légumes. Au point de développer des maladies. Les pesticides sont un facteur aggravant (et déclenchant) de toutes les maladies émergentes et infectieuses chroniques comme la maladie de Lyme. L'un des témoins dit que lui et sa conjointe mangeraient pour rien au monde les oignons (qu'ils vendent), préfèrent ceux cultivés dans leur jardin bio : vidéo (54:00), "La mort est dans le pré".

■  Julian Assange's The World Tomorrow – Les invités du fondateur de WikiLeaks à son émission cette semaine : Slavoj Zizek (philosophie postmoderne, art, cinéma, métaphysique, psychanalyse, théologie, politique) ; et David Horowitz (écrivain américain, ancien activiste et figure de la nouvelle gauche américaine pendant les années 1960. Il est aujourd'hui partisan des néo-conservateurs et des Républicains, et éditorialiste aux magazines conservateurs NewsMax, Frontpage et au magazine libéral Salon.com.) : vidéo (28:01) + vidéos sur le site d'Assange.

  Grâce aux smartphones, la police de plus en plus sous surveillance – Par des citoyens témoins de brutalités injustifiées, d'organismes aussi, dont Copwatch en France. Son site est administré par un collectif de citoyens souhaitant lutter par la transparence et l'information contre les violences policières.

Il a été bloqué à plusieurs reprises par le gouvernement Sarkozy parce qu'il fiche les policiers en civil. Cependant des sites miroirs ont pris la relève et se multiplient. D'après un avocat de l'observatoire des pratiques policières à Genève, en Suisse, il faut encourager la prise d'images, particulièrement utiles lors de bavures : vidéo (04:19) + site copwatch aux USA + vidéo (07:49) de cet organisme.

■  Une déstabilisation psychologique peut être aussi costaude que la violence physique - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Nous sommes un samedi, 11h du matin. En cette fin d'hiver 1997-98, il reste encore un peu de neige. Les rues du quartier sont vides. Je descends Baudry vers le sud, m'en vais dîner à la cafétéria du Comité social Centre-Sud. Coin Ontario, une Asiatique, vêtue d'un manteau trois quart rouge clair visible à mille pieds à la ronde, arrive à ma hauteur, me regarde avec insistance : le rouge, une couleur à suivre dans les prochains paragraphes.

J'entre dans une tabagie acheter deux cigarettes. En ressort, trois ou quatre minutes après, pour constater qu'elle n'a fait que traverser la rue Ontario, m'attend, juste en face. Je ne lui prête pas plus d'attention qu'il ne faut. Les rues sont désertes, mais je n'en vérifie pas moins à gauche s'il ne vient pas un véhicule, puis à droite... Oups! j'aperçois le nez d'une auto-patrouille de la police, coin Ontario-Montcalm, rue parallèle à Beaudry, et sur le même versant que moi. De l'autre côté, l'Asiatique, encore mieux placée, doit la voir presque au complet.

Au moment où j'entreprends de traverser la rue, elle projette sa tête en avant en fronçant les sourcils, l'air courroucé, comme si elle voulait m'en dissuader. J'entends boum! Regarde en direction du bruit, sur ma droite : l'auto-patrouille a franchi Ontario et son conducteur, qui observait peut-être la scène, n'a pas vu un obstacle qu'il a heurté. L'Asiatique fait alors un quart de tours, et s'en va d'un pas rapide sur Ontario, direction est.

À la cafétéria, je prends un cabaret, des ustensiles, un bol de soupe. Pendant que la préposée au service me prépare une assiette de viande, s'amène à mes côtés un punk habillé chic. Il porte attaché au thorax une pancarte où je vois le dessin d'une pierre tombale, avec le RIP, l'année de naissance et de décès du défunt, un dénommé... Maurice Barnabé.

En fait, c'est de Richard Barnabé dont il s'agit, un chauffeur de taxi qui est mort après avoir été maîtrisé avec plus de force que nécessaire par des policiers de l'île de Montréal : l'après-midi même une manif en faveur de Barnabé doit justement avoir lieu quelque part dans le centre-ville. Les lettres sont rouge clair, comme le manteau de l'Asiatique.

Peu après, deux autres punks, eux aussi tirés à quatre épingles, un homme et une femme, viennent se joindre à lui. Ils prennent place près de ma table, une allée seulement nous sépare. Pourtant, ce midi-là, l'endroit est pratiquement vide, les tables inoccupées ne manquent pas : plus tard, d'eux d'entre eux participeront à d'autres déstabilisations à mon encontre.

Après le repas, retours chez moi par le même chemin. Coin Beaudry-Ontario, côté nord, une femme en chaise roulante. Elle est tournée dans ma direction, s'apprête à traverser Ontario. Elle est vêtue de vêtements foncés et porte sur la poitrine un grand morceau de tissu... rouge clair, comme les caractères de la pierre tombale de Barnabé et le manteau de l'Asiatique.

À une centaine de pieds en amont, un homme, nez légèrement courbé, environ 6 pieds, mince, la trentaine. Il marche dans la même direction que la "paraplégique". Il cligne des yeux vers moi et, réalisant que je l'observe, les recligne droit devant lui. Il n'y a personne d'autre que nous sur la rue. Puis la femme descend du trottoir et, au lieu de s'en venir dans ma direction, poursuit son chemin sur Ontario. J'en déduis qu'elle s'est tournée vers moi pour s'assurer que je vois bien le tissu rouge.

Va pour une coïncidence, même deux, mais plus de trois, c'est trop. Ce rouge clair détonne trop aussi dans ce paysage désert et peu coloré de cette fin d'hiver. Je décode enfin le message, mais curieusement la frousse ne me prendra qu'en soirée.

J'interprète le symbolisme ainsi : rouge clair = sang ; manteau rouge de l'Asiatique + RIP de la pierre tombale et allusion à Richard Barnabé en lettres rouge clair = deuxième Barnabé, moi-même ; "paraplégique" + chaise roulante + tissu rouge clair = l'immobilité si je ne suis pas tué. Agression psychologique assez costaude, considérant le contexte de répression policière où je baigne chaque jour. Sans compter cette petite peur de l'agression physique, qui revient ponctuellement et dont l'intensité varie, selon les occasions.

Cette fois, je suis déterminé à identifier les deux acteurs du scénario. Je suppose que la "paraplégique" n'en est pas une, et que la chaise roulante, il faudra bien la transporter quelque part. Mon idée est de les surprendre montant dans un véhicule, leur demander de s'identifier et noter le numéro d'immatriculation.

Mine de rien, je poursuis mon chemin, traverse Ontario, m'engage sur la continuation de Beaudry, marche une dizaine de pas... puis reviens rapidement sur Ontario. Surprise, les deux personnages ont disparu. Me dirige au coin d'Ontario-Montcalm, ils n'y sont pas non plus, ni au nord, ni au sud. Les rues sont désertes, je les aurais repérés tout de suite.

Rebrousse chemin, regarde aux fenêtres -- il n'y a pas de vitrines dans cette partie de la rue -- des commerces sur Ontario, entre Montcalm et Beaudry, rien. Ils étaient sans doute cachés dans une cours arrière, rue Montcalme, mais n'envisagerai cette hypothèse que le lendemain.

En soirée, craignant vraiment qu'on s'en prenne à moi physiquement, je téléphone à un journaliste. Absent de son bureau, je lui laisse un message dans sa boîte vocale. M'identifie, explique que je suis journaliste et fait une enquête sur l'underground policier montréalais, que je me sens menacé par la police et que, comme je travaille solo, sans personne pour protéger mes arrières au-cas-z-où, je compte sur lui pour témoigner si jamais un incident se produisait.

Cette nuit-là, le sommeil tardera à venir. J'ai peur pour la première fois de ma vie. À partir de ce moment, ma perception de la police ne sera plus la même. Une couple de jours s'écoulent avant que je décide de retourner à la cafétéria. Le temps que mon début de panique se dissipe et... le journaliste refasse surface. Je m'impose une restriction : plus aucune sortie en ville après le couché du soleil, moment de la journée me semblant plus propice à des dérapages musclés.

Dans les jours suivants, je verrai, sur le même trajet, deux fourgonnettes... rouge. L'une stationnée et sans conducteur, m'obstruant le passage à cette même intersection d'Ontario-Beaudry, côté sud ; l'autre, me doublant alors que je monte la côte longeant la Biblio centrale de Montréal, sur Beaudry. Je reverrai également la "paraplégique", près de Beaudry-Sherbrooke, mais sans son fameux tissu rouge sang.

À l'été suivant, rue Mont-Royal-Est, je croiserai l'homme. On avait fermé l'artère pour permettre aux commerçants d'y étaler et vendre leurs produits. Il circulait au milieu de la rue et a feint de ne pas me voir. Me suis arrêté pour le regarder aller, ai bien senti son regard périphérique.

Que ceux pensant que la police considère l'affaire Barnabé comme une bavure mille fois regrettables, se détrompent. On dit que la tactique de dissuasion consiste à montrer sa force pour ne pas être obligé de s'en servir. Sophisme, parce que y recourir sur le plan psychologique ce peut être aussi costaud que de la violence physique. (Suite demain)

  Sans l'interdiction de la vente libre de seringues, le sida n'aurait jamais pu se diffuser aussi rapidement - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Dans la plupart des pays occidentaux, on n'a pas encore compris que cette Guerre Sainte est pire que la légalisation. Thomas Szasz dit que les gouvernements font la guerre à la drogue, tout en sachant qu'ils ne la gagneront pas, parce qu'ils aiment cette guerre et ne souhaitent pas la gagner. (Guy Sorman -- Les vrais penseurs de notre temps -- Éditions Fayard)

Chaque société a besoin de mener une guerre, civile de préférence. Pendant les années vingt, aux États-Unis, ce fut, avec la prohibition, une guerre contre les trafiquants d'alcool. Aujourd'hui, elle vise les trafiquants de drogue. «Avec les mêmes arguments, les mêmes armes, les mêmes bons et les mêmes méchants. Et la même inefficacité», précise-t-il.

Si, à aucun moment, on ne s'interroge sur l'échec de ces politiques, c'est parce que ces combats nous donnent l'illusion d'un héroïsme à bon compte, sans trop de risques et avec bonne conscience, explique-t-il. Cette guerre inutile ne pourrait se terminer que par la légalisation, de même que la lutte contre l'alcool s'acheva, à la veille de la seconde guerre mondiale, par la fin de la prohibition.

«Mais nous tenons trop à notre guerre pour la suspendre.» Conséquence : la prolifération du sida. «Sans l'interdiction de la vente libre de seringues, le sida n'aurait jamais pu se diffuser aussi rapidement», soutient-il.

Autre opinion, celle du sociologue français Touraine, qui est d'avis qu'une société démocratique, parce qu'elle cherche à accroître sa propre diversité, reconnaît le travail du sujet, même là où elle ne voit que la transgression de normes. (Alain Touraine -- Qu'est-ce que la démocratie? -- Éditions Fayard)

Plus concrètement, Touraine dénonce le discours qui fait de l'usage de drogues un acte criminel puni par la loi : «Je n'entends pas discuter ici l'utilité de la répression organisée contre le trafic de drogue, prévient-il dans son ouvrage. (...) mais on doit considérer comme une menace pour la démocratie la réduction de problèmes de personnalité à la délinquance, comme si l'usage de la drogue n'était que l'effet produit par le narcotrafic.»

Le principe que Touraine défend est la recherche du citoyen, qui se manifeste dans les tentatives d'être sujet dans les situations les plus défavorables à l'action libre et responsable. «Recherche si difficile, explicite-t-il, que la priorité doit être donnée à la compassion sur la punition. Il vaut mieux alléger la charge qui écrase les plus démunis que protéger davantage encore ceux qui sont favorisés et qui se sentent menacés.

«La démocratie se juge souvent à sa capacité de décider contre le désir de la majorité. On l'a vu à propos de la peine de mort, qui a été abolie dans beaucoup de pays, mais souvent contre le sentiment dominant.» (Suite demain)

News du jeudi 26 Avril 2012

  L'Argentine continue de progresser hors des circuits financiers mondiaux - Lors de sa crise financière de 2001-2002, elle a demandé l'aide au Fonds monétaire international (FMI), mais s'est rendu compte que celui-ci imposait de payer sa dette avant d'investir dans la création d'entreprises. Alors elle a refusé de rembourser sa dette, coupé ses liens avec l'organisme et procéder comme elle le voulait. Aujourd'hui, son taux de croissance pour 2012 serait estimé à 4,2%...par le FMI. Preuve qu'il est possible de progresser hors de la mondialisation des marchés?

  Espagne : le plan d'austérité vise la santé et l'éducation - Le gouvernement espagnol durcit sa politique budgétaire. Les secteurs de la santé et de l'éducation sont ciblés, ils généreront 10 milliards d'euros d'économies par an : vidéo (02:26).

  Québec : crise étudiante, loin d'être terminée - Un mur de Berlin sépare oligarchie et 200 000 étudiants. (NDLR : Le gouvernement de Jean Charest n'a pas le choix, avec les déficits cumulés totalisant plus de 117 milliards. Au pouvoir depuis 2003, il est responsable d'environ 30% de cette somme. Là, on peut dire qu'il a fait un très mauvais choix. Le reste de facture nous le devons aux gouvernements qui l'on précédé. À cela vient s'ajouter la croissance économique qui prend du temps à développer ses pétales.)

  Au cœur de Montréal, dimanche 22 avril, on a semé un chêne... - Le maitre d’œuvre Frédéric Back, "L'Homme qui plantait des arbres", a procédé devant environ 100 000 personnes. Le but de l'événement, protester contre le retrait du Canada du Protocole de Kyoto et l'exploitation injuste et abusive des richesses naturelles, notamment dans la province de Québec.

Cette manière de faire doit être changée. Parce qu'ils refusent d'être dépossédés de l'avenir dont il est encore permis de rêver. Parce que chaque jour, le partage de la richesse collective va dans le sens des inégalités, au profit d'une minorité, au détriment de la majorité : vidéo (01:04).

  Du menu fretin contribuant à alourdir les relations sociales - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Au cours de l'été 1998, Norbert me fait remarquer que certains préfèrent les stations de radio populaires tandis que moi, je n'écoute que Radio-Canada FM, avec sa grande musique classique. Étonnant qu'il le sache puisque je n'en ai jamais parlé à personne. Comment l'a-t-il su?

Un jour, j'avais téléphoné à Radio-Canada, à un numéro mis à la disposition de l'auditeur ayant des plaintes ou suggestions à formuler au sujet de sa programmation. Il y avait une émission radio à caractère culturel que je trouvais particulièrement géniale, sauf sa partie affaires publiques. On invitait toujours le même mec pour commenter l'actualité, le genre ironisant sur tout un chacun, le seul à avoir toujours raison. J'avais donc suggéré d'inviter aussi une contrepartie.

Il est arrivé que Norbert en fasse allusion en me demandant à brûle pour point ce que je pensais de ce type. À l'époque, ma ligne téléphonique était-elle sous écoute? Coïncidence, peu après je croisais le gars en question, que je n'avais jamais vu de ma vie en personne. Dans une petite rue résidentielle déserte, lui à vélo, moi à pied.

Norbert m'a déjà raconté que lorsqu'il voyage, il lui arrive de dormir dans son auto. Et s'il a besoin d'uriner, il le fait dans un bocal. Ça lui évite de sortir. Curieux de hasard, je vivais à ce moment-là dans une maison de chambres et je devais utiliser des toilettes communes. Alors, j'employais parfois le même truc, la nuit, cela m'évitait d'enfiler souliers, pantalon et tee-shirt. Drôlement informé, le civil. Comment le savait-il? Alors que j'agissais dans l'intimité de mon appart, à l'abri de tout regard, en pleine nuit, et encore, rarement. Mystère!

Autre énigme. Lors d'une visite chez le dentiste, on m'a remis un stimulateur gingival. Quelques jour après, Norbert en tenait un à la main et l'air de rien s'amusait avec. Comment l'avait-il appris?

À une autre occasion, je suis à la Biblio centrale de la Ville de Montréal, sur Sherbrooke-Est, dans la salle des Humanités, devant le rayon où l'on place les nouveautés. Pendant que je les consulte, un barbu s'amène. Furetant chacun de notre côté, nous en venons à échanger quelques mots.

L'informe qu'à la biblio on peut naviguer sur le Web sans frais pendant deux heures. Il me demande de quelle manière on s'y prend. Lui en explique un peu les grandes lignes. Petit sourire en coin, il me confie qu'un site l'intéresse en particulier. «Lequel?» que je lui demande. «Le musée du Louvre, en France».

Or il se trouve que la dernière fois, c'est l'un des sites que j'ai visités... En mars 2000, le nombre de sites Web atteignait les 56 millions, et le barbu est tombé pile dessus. (l'Actualité du 15 juin 2000) La police surveille-t-elle les usagers de la biblio naviguant sur l'Internet?

Mais tout cela n'était que du menu fretin, certes contribuant à alourdir les relations sociales et inhiber quelque peu l'intellect, mais à l'époque c'est un danger collatéral qui me préoccupait pas mal moins que la possibilité d'être agressé physiquement. Car, à quelques reprises, la police en civil a réussi en effet à m'effrayer. Une déstabilisation m'a particulièrement fait peur. La police possède un arsenal complet d'armes psychologiques redoutables. Pour elle, lancer des opérations semblables est l'enfance de l'art. (Suite demain)

  Seuls les Talibans ont presque mis fin à la culture du pavot, mais à un prix très élevé de vies humaines - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Appelons à la barre d'autres auteurs, notamment cet expert français en géopolitique de la drogue qu'est Labrousse. (Alain Labrousse -- La drogue, l'argent et les armes -- Éditions Fayard) Il raconte qu'en 1955, le Shah d'Iran décida d'interdire la culture du pavot. Le remède fut pire que le mal.

Les toxicomanes s'adressèrent au marché clandestin et la demande fut immédiatement satisfaite par les productions afghane et pakistanaise, qui passèrent chacune de 100 à 200 tonnes, ainsi que turque. Plus grave, insiste Labrousse, ils se tournèrent massivement vers l'héroïne, d'un usage plus discret. En outre, l'Iran devint la proie des mafias internationales. Les trafiquants exigèrent d'être payés en or, et les réserves de métal précieux de l'Iran fondirent.

Tirant les conclusions des effets négatifs de l'interdiction, le Shah en autorisa de nouveau la culture en 1969, mais sur des superficies étroitement contrôlées par l'État. Ces mesures étaient tardives et les trafiquants, bien organisés, étaient décidés à ne pas se laisser enlever des parts d'un marché aussi juteux. Les toxicomanies légales et illégales continuèrent à se développer en Iran.

Lorsque l'ayatollah Khomeyni renversa le Shah et prit le pouvoir en Iran, il déclara une Guerre Sainte contre la drogue. Le Guide Suprême, homme d'extrême droite pour qui la vie humaine ne valait pas grand-chose, prit les grands moyens. Mille cinq cents trafiquants (1 500!) furent pendus dans les années 1989-90, en l'espace de deux ans, environ 750 par année. En outre, des dizaines de milliers de consommateurs furent internés. On pourrait penser que l'usage de la drogue chuta dramatiquement.

Détrompons-nous. Labrousse rapporte que, malgré les interdits, le fléau n'a pu être jugulé et le pavot fleurissait toujours. Au début des années 1990, la production d'opium y était évaluée entre 200 et 400 tonnes, toutes destinées à la consommation d'un million d'héroïnomanes. Et l'histoire s'est répétée en Turquie et dans d'autres pays.

De fait, seuls les Talibans, de l'Afghanistan, ont réussi, pas totalement mais presque, mais à quel prix de vies humaines? Pas sûr que les Sociétés civiles des pays occidentaux soient prêtes à payer aussi chèrement cette pureté... extrême. (Suite demain)

News du mercredi 25 Avril 2012

■  Intimidation continuelle et peur, à intensité variable, de l'agression physique - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Il y a des jours où j'ai besoin de souffler un peu, fuis la présence des civils. Simple besoin de me libérer de leur emprise psychologique. Infiltrer ou être infiltré, c'est finalement du pareil au même.

Je me sens comme une souris blanche à laquelle un technicien de labo a injecté un virus, disons celui de la peste bubonique. Et qui sait que le technicien lui fera passer régulièrement une batterie de tests pour évaluer sa progression et ses ravages. Il est un fait cent fois vérifiés que d'une rencontre à l'autre, les civils cherchent à évaluer les effets de leurs déstabilisations psychologiques sur votre équilibre mental. Si votre tonus demeure intact, ils redoublent d'ardeur ou modifient leur approche. Ces tactiques répressives sont potentiellement dangereuses, car elles épuisent mentalement. Tous ces accrocs aux droits dépriment aussi.

Cependant le sabotage de ce que vous entreprenez nécessitent un peu plus de travail sur vous-même. Vous vous sentez comme si votre horizon était complètement bouché, sans espoir, sans avenir. Car les civils, de Montréal ou d'ailleurs, vous mettent des bâtons dans les roues partout. Dans le jargon policier, on appelle ça geler l'existence d'un citoyen. Sans qu'il ne sache pourquoi ni comment, celui-ci se rend compte un jour que plus rien ne fonctionne dans sa vie.

Ainsi, ils vous nuisent le plus possible dans vos démarches visant à obtenir un emploi, ou vous relancer en affaires. Peu importe l'endroit où vous allez, ils y passent immédiatement après vous, ou téléphonent, et informent les personnes que vous avez rencontrées de ce que je ne sais quoi à votre sujet. Vous n'en êtes jamais témoin, n'en avez jamais la preuve.

Mais lorsque vous rencontrez de nouveau ces mêmes employeurs ou clients potentiels, vous vous rendez bien compte que leur attitude a changé à votre égard, sentez même un peu d'agressivité... quand ils acceptent de vous revoir. Pourtant, lors de votre première rencontre, la convivialité et l'intérêt étaient là. Incroyable, n'est-ce-pas? Mais bel et bien vrai, ainsi qu'en témoigne l'anecdote suivante.

André se prétend professeur. La cinquantaine, six pieds, mince, le visage buriné par le soleil et marqué de sillons. Ai fait sa connaissance à l'été 1998, chez un inconditionnel de la police, le dépanneur de la rue Dorval -- nom fictif --, situé en face de chez moi. De fil en aiguille, nous en sommes venus à se saluer, à échanger quelques mots au passage. À quelques occasions, il m'était arrivé de dire au proprio de ce dépanneur que Montréal était quadrillée de civils, que cela donnait une bonne idée de la façon dont les choses devaient se passer à La Havane.

Or, un jour, sortant de son établissement, je croise André sur le trottoir. Sans préambule, il me demande si j'estime vivre dans un État policier comme à Cuba... Lui répond non, puisque nous élisons nos représentants, démocratie aux quatre ans que les médias actualisent au quotidien. (NDLR : C'est ce que je pensais à cette époque, au début de mon enquête. Quelques années plus tard, je changerai carrément d'avis.)

C'est alors qu'il me menace, me murmurant à voix basse, le visage proche du mien, qu'il est facile de «faire débouler un escalier à quelqu'un» ou de faire en sorte qu'il ne trouve pas d'emploi. Répète le mot «emploi», les yeux ronds, faisant monter et descendre ses sourcils. Son message est clair : fermes la!

Du tac au tac, je le place devant l'hypothèse où quatre civils agressent physiquement un citoyen. Lui précise que celui-ci ignore que ses agresseurs sont de fait des flics. Croyant avoir affaire à des gens criminalisés, il compose le 911. Qu'arrive-t-il de cette enquête de la police en uniforme?

Il ne répond pas, part précipitamment, soi-disant parce qu'il a un rendez-vous chez son médecin pour une prise de sang, prétend avoir des problèmes de cholestérol. Or, il s'adonne que j'en ai, moi aussi. Il tenait à me faire savoir que la police est au courant de mon état de santé, de tout ce que je dis et fais, afin de m'intimider. Ce n'était pas la première fois qu'on employait cette tactique à mon endroit, ni la dernière, avec le ton sentencieux ou l'attitude approprié. (Suite demain)

■  L'inefficacité de la prohibition de l'alcool dans les années 30 et celle de la drogue d'aujourd'hui - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Abordons la problématique de la prohibition de la drogue... Bachmann et Coppel, faisant le constat que les politiques prohibitionnistes, dans la version qui a vu le jour au cours des années trente, ont fait faillite, s'interrogent. (Christian Bachmann et Anne Coppel -- La drogue dans le monde, hier et aujourd'hui -- Éditions Albin Michel)

«Si la chasse aux drogués et aux trafiquants ne suffit plus, que faire?» Ils croient que le premier pas est celui du renoncement à une criminalisation systématique. D'après ces deux auteurs, il n'est pas évident qu'il soit encore avantageux, pour les pays occidentaux, de prohiber les drogues.

Ils posent cette question : Qui sont les pires ennemis des loteries clandestines? Leur réponse : la personne annonçant à la télévision les résultats de la loterie tenue sous l'égide de l'État. Il en est de même des drogues, argumentent-ils : leur banalisation ouvre un nouvel espace de contrôle. Selon eux, on sait depuis longtemps qu'il est un lien étroit entre la limitation de la consommation de drogues et la réduction des activités criminelles.

Cependant, la solution la plus dangereuse, se disent-ils d'avis, serait la libéralisation sans garde-fou. Ils suggèrent de contrôler étroitement, et par tous les moyens possibles, leur production, distribution et consommation. Un contrôle à deux volets, l'un de répression et de sanction, l'autre de cohésion et de coopération.

Pour sa part, Cohen relate que les conséquences sociales de la drogue en Occident sont exactement celles qu'auraient eues une poursuite et une extension internationale de la prohibition antialcoolique dans les États-Unis des années trente. (Bernard Cohen -- Tu ne jouiras point : Le retour des puritains -- Éditions Albin Michel)

Le témoignage du journaliste Walter Ligget devant la Commission d'enquête fédérale sur la prohibition en 1930, rappelle Cohen, ne servira malheureusement pas d'enseignement aux télévisions qui annoncent quasiment chaque soir des «saisies records» de cocaïne ou de cannabis sans jamais se demander en quoi ces produits diabolisés seraient-ils si dangereux dans un autre contexte social.

Qu'avait donc dit ce journaliste? Qu'avant la prohibition, Washington comptait trois cents bars avec licence, contre sept cents bars clandestins après ; que le Kansas, pourtant proclamé officiellement «premier État sec» de l'Union, baignait officieusement dans le whisky ; qu'à Boston quinze mille personnes vivaient uniquement des revenus assurés par le trafic de l'alcool. «Bref, avait-il déclaré, l'hypocrisie a envahi ce pays de fond en comble». (Suite demain)

News du mardi 24 Avril 2012

  Haïti : 24 000 citoyens postulent pour devenir policier – Ce recrutement massif est-il une réaction à l'inquiétante présence de militaires démobilisés, de ces hommes occupant d’anciennes casernes, portant l'uniforme et circulant armés dans des rues, malgré les interdictions du gouvernement? Ceux-là même qui, il y a peu, se sont rendus devant le Parlement, une démarche à ce point intimidante que les députés ont dû suspendre leurs travaux parlementaires. Notons que le Président Martelly peut compter sur le soutien de l'ONU et des USA.

■  Jetman – Yves Rossy aurait réalisé un des rêves de l'homme : voler comme un oiseau : vidéo (04:08).

  Inévitable, la rupture entre le Québec et le reste du Canada – Propos tenu par l'ex-chef du Parti libéral du Canada Michael Ignatieff lors d'une entrevue à la BBC, à Londres. Traitant de l'inévitable séparation de l'Écosse du Royaume-Uni, il avait ajouté le cas du Québec. Les réactions n'ont pas tardé : vidéos et article. (NDLR : Tout cela survient au moment même où la "Commission nationale des états généraux sur la souveraineté du Québec" entreprendra le 12 mai ses audiences publiques. Ce qui n'est tout de même pas un hasard : voir article d'hier, lundi 23 avril, manchette : L'avenir du Québec.

■  Autre perception en disant aussi long que bien des aveux - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) L'anecdote suivante se déroule au Chic resto Pop, rue Adam, à Montréal. Après le repas, je m'allume une cigarette. Pas de cendrier. Regarde autour, à une table pas trop loin, cinq clients, dont Raymond, en disposent de deux. M'approche, leur en pique un, disant qu'ils en ont un de trop. Raymond me demande du feu.

Je le connais depuis l'époque du resto communautaire Bouffe-Héberge. M'est déjà arrivé d'entendre ce grand amateur de cigares, qu'il roule lui-même, chanter à voix basse des extraits d'opéra ou du grégorien en duo avec un avocat à la retraite, passionné d'histoire et de philosophie. Il y a plus d'une année qu'on s'est vu.

J'en profite pour lui demander brusquement son nom, veux le saisir sans lui laisser le temps de réfléchir. Moi, je m'en souviens mais lui, se souvient-il encore de son faux nom? C'est à voir. Suis là, planté debout en face de lui, le fixant dans les yeux, j'attends sa réponse.

Pris au dépourvu, il baisse la tête, hésite, s'agit d'hésitations, notre homme ne bégaie pas : «Heu... heu...». Puis finit par articuler son nom de famille, ça vient de loin, du fin fond de la gorge, c'est comme craché. Ensuite, rereheu pour le prénom : «...RRR... (Rodolphe? Réginald? Ça se pourrait, il a l'âge de ces prénoms)... Raymond». Il l'a eu, à l'arraché.

Ne semble pas fière de sa performance. La scène est drôle. Ai très envie de m'éclater de rire, fais un gros effort pour garder ça en dedans. Faut jamais se moquer de la police. Qu'importe, mon rire ne se voulait pas méchant, plutôt taquin. Bref, des perceptions en disant aussi long que bien des aveux. (Suite demain)

  L'homme a besoin de créer afin de calmer sa soif d'absolu - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Ajoutons une autre dimension, incontournable : les angoisses métaphysiques. Besoin d'un moteur dans la vie, autrement le séjour dans ce monde risque d'être un peu chaotique. Religions traditionnelles, mouvements religieux contemporains, sciences occultes, même l'horoscope jouent un rôle dans la vie de plusieurs.

La philosophie cependant donne accès à une meilleure compréhension de l'univers. Fondamentalement, le rôle de l'humain est d'être utile à la société. Finalement, peu importe ce à qui ou a quoi on adhère, l'important est d'adhérer à quelque chose.

Dans les écoles, les ados sont laissés à eux-mêmes, sans base solide, condamnés à réinventer, s'ils en ont l'idée, le bouton à quatre trous, pour utiliser un peu hors contexte la formulation de l'auteur québécois Jean Larose. Par contre, on les prépare à entrer dans le moule social, le marché du travail, etc.

Des humains sont aussi terrifiés par la maladie grave, par la mort. Pas chaque jour de leur vie tout de même, mais quand cela arrive, badaboum! Pour nous, une belle mort est une mort soudaine, de préférence durant notre sommeil, sans douleur ni maladie, et donc totalement inattendue. C'est pourquoi il ne faut pas trop sans faire dans la vie puisque de toute façon personne n'en sort vivant.

Selon Lacroix, le monde fracturé, qui est propre à la culture occidentale, s'inscrit dans une histoire dramatique. (Michel Lacroix -- La spiritualité totalitaire -- Éditions Plon) Car s'il est vrai que l'homme se sent une parenté avec la réalité supérieure, il sait aussi qu'il est en quelque manière déchu de ce monde.

C'est pourquoi nous pensons notre destin en termes de nostalgie. Aussi la vie de l'esprit est-elle animée par un constant désir de retrouver ce monde perdu et tout notre héritage culturel témoigne-t-il du caractère obsédant de cette quête, écrit Lacroix.

L'homme occidental sait que Dieu est inaccessible, que l'enfance est abolie dans un passé révolu, que la finitude est inexorable, que l'imperfection est irréparable, que la solitude est sans remède, que la vie se déroule sur le mode du "une fois pour toutes", et qu'il n'y a point de réincarnation.

La recherche à laquelle il est condamné se traduit par une constante inquiétude, qui est la noblesse de notre culture, nuance-t-il. C'est ce sentiment d'inachèvement irrémédiable qui explique son dynamisme créateur. Il a besoin de créer afin de calmer sa soif d'absolu, de combler un manque, d'apaiser une plaie inguérissable. On le voit, toute cette question n'est pas simple. (Suite demain)

News du lundi 23 Avril 2012

  Québec-grève des étudiants : un prof a écrit une lettre aux siens – Son nom : Philippe Rioux du Collège Ahuntsic. Lisez la, vous allez apprendre des choses...«Chers Étudiants, en ces temps politiques difficiles, vous faites l'expérience de l'exercice de la démocratie et de son application plutôt parcimonieuse et partiale : vous découvrez sans doute que le beau modèle expliqué dans les manuels du secondaire ne correspond en rien à ce que vous vivez en ce moment.»... (suite)

  France-élections – Hier dimanche, les handicapés mentaux sous tutelle pouvaient pour la première fois voter. On leur a fait comprendre qu'ils étaient aussi des citoyens. Valorisant!

  L'avenir du Québec – Les audiences de la Commission nationale des états généraux sur la souveraineté du Québec débuteront le 12 mai. Voyons le préambule de la Commission...

Est-il normal qu'une nation vive sous la tutelle d'une autre? La «Nation building» canadien s'impose au quotidien du Québec. Les blocages politiques et constitutionnelles restreignent le développement du Québec. La liberté et la démocratie ne sont jamais données. Les États généraux sont un temps fort d'écoute et de réflexion citoyenne. Résister ne suffit plus.

(NDLR : L'indépendance est-ce bien nécessaire si les citoyens seraient encore gouvernés par une autre oligarchie? Où serait le changement? Elle aurait des attraits si elle était centrée sur une authentique démocratie : séparation des pouvoirs, transparence et élections proportionnelles. Faudrait aussi, le cas échéant, que la constitution du futur État soit rédigée et acceptée par l'ensemble des Québécois avant même le référendum sur l'indépendance. Autrement, ça ne vaut pas le déplacement.)

■  France-présidentielles : l'électorat a voté massivement, près de 80% - Mobilisation attribuable à l'exaspération face à la crise. Celle-ci a été renforcée par la concentration du pouvoir mise en œuvre par l’hyperactif Sarkozy au cours de son mandat. Il craignait que le scrutin se transforme anti-Sarkozy. C'est exactement ce qui est arrivé : une analyse d'Erik Izraelewicz directeur du quotidien français Le Monde.

  Notre homme à la Havane - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Des policiers en civil vous tendent des pièges grossiers. Norbert, mon pied à terre pendant presque un an dans l'underground policier montréalais, voulait que j'écrive un article sur ses voyages à Cuba. Il semble avoir une préférence pour l'île de Castro. Aime vivre chez l'habitante plutôt qu'à l'hôtel.

M'a raconté y avoir couché avec de ses logeuses, à La Havane. Femmes tarifées? Non. M'a expliqué qu'avant de prendre l'avion pour revenir au Québec, il leur laisse des petites choses qu'il ne peut rapporter avec lui.

Toujours est-il qu'il veut que j'écrive un article, qu'il souhaite publier dans un quotidien. J'en serais le rédacteur fantôme, lui le signataire. Je sais qui il est et lui sait que je sais et qui je suis. Son offre me rend assez circonspect.

J'avais déjà confié au proprio du dépanneur de la rue Dorval -- nom fictif --, collabo à tout crin de la police, que le quadrillage des rues de Montréal par les civils devait avoir quelque ressemblance avec celui de La Havane. En fait-il allusion? Quoi qu'il en soit, je flaire le coup monté. Il peut m'inventer des anecdotes et peut-être ensuite m'accuser d'être un journaliste écrivant n'importe quoi, sans vérifier ses sources.

Je décide alors de le sonder, en plaidant le faux pour savoir le vrai. Dans le cas d'un récit de voyage à caractère touristique, fais-je valoir, on peut arrondir un peu les coins. Il tique aussitôt : «Ah! comme ça, vous autres les journalistes...».

Jouant son jeu, je qualifie son idée de lumineuse, lui précise néanmoins qu'elle a besoin d'être enrichie... Norbert sourit comme je ne l'en ai jamais vu auparavant, et m'encourageant à accepter sa proposition. Un large sourire, qui a tout de celui du renard, carnassier, on ne voit pas les crocs, on devine qu'ils sont là, derrière les babines. Bon vendeur, ce Norbert.

Je suggère d'éditer ensemble un bel album couleur sur la vie socio-économique des citoyens de La Havane et... le quadrillage des quartiers havanais par la police. Je me retiens de peine et de misère de lui préciser... en uniforme et en civil, sans oublier l'armée de citoyens mouchards enrégimentés dans les fameux comités de défense de la révolution (CDR). Je propose qu'à cette fin, lui et moi se rendions à La Havane.

J'ai même trouvé un titre original pour notre album : Notre homme à La Havane, emprunté d'un roman d'espionnage de Graham Green. Le romancier y raconte l'histoire d'un vendeur d'aspirateurs, installé dans la capitale, et travaillant pour une puissance étrangère. Il photographiait ses produits et les faisaient passer pour des images de missiles. Norbert n'a pas l'air trop emballé...

Et encore moins quand j'ajoute que, avant de réaliser ce projet ensemble, je lui fournirai des références à mon sujet. En contrepartie, il devra de son côté en faire autant. Normal, n'est-ce-pas, d'exiger ce préalable. Ç'a été la mort du projet. Il s'est aussitôt esquivé, sous prétexte qu'il désirait seulement «un tout petit article».

Il ne m'en a plus parlé. Moi si! Indirectement, à deux occasions, juste pour le taquiner un brin. Alors qu'il se dirigera vers ma table, lui lancerai : «Tiens, notre homme à La Havane.» La fois suivante, il sera en compagnie de l'un de ses supérieurs, George. Agacé, fronçant même les sourcils, ce dernier me demandera de répéter, m'exécuterai, percevrai une pointe de mécontentement. (Suite demain)

■  Les conquérants de l'inutile à la recherche d'un ailleurs - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Au début des années cinquante, Edmund Hillary, néo-zélandais, premier vainqueur de l'Everest (8 848 mètres), la déesse-Mère-des-Neiges, disait que «l'escalade agit sur ceux la pratiquant comme une drogue noble.» (L'Everest -- Éditions Albin Michel -- Ouvrage collectif)

Selon André Rauch, l'alpinisme relève de l'aventure par son cousinage avec la mort, cette avancée difficile et périlleuse qui génère l'intensité d'être. (L'aventure : La passion des détours -- Éditions Autrement -- Ouvrage collectif) Il cite Lionel Terray, membre de l'équipe de Maurice Herzog qui a vaincu l'Annapurna, Eldorado culminant à 8 000 mètres.

«Dans ses envolées les plus folles, mon imagination n'avait jamais pu concevoir tant de grandeur et de beauté. Que vaut ma vie entière de platitude et médiocrité auprès de ces heures d'action totale et de bonheur parfait.» (Lionel Terray -- Les conquérants de l'inutile -- Éditions Gallimard) Champion de ski alpin et guide professionnel de Chamonix, en France, Terray est mort au cours d'une escalade dans le Vercors le 19 octobre 1962.

Rauch soutient que grâce à la maîtrise des efforts consentis, l'alpiniste atteint l'excellence. Il parle d'«une quête appelée à restituer un dépaysement intime que la société est soupçonnée avoir défait (sic)», de la nostalgie de ce qui n'est plus. Du rejet de l'existence «avec ses vanités et ses futilités», du «refus de la force inexorable des choses et de l'emprise sur soi de la vacuité (...) sans lendemain qui anime ordinairement les hommes (...).

«(L'alpinisme) correspond à une expérience de souffrance et un ferme désir de s'en délivrer. Car la vie d'avant doit maintenant (...) s'interrompre (sic) pour celui qui ne supporte plus d'être captif de ses brumes et de ses mirages inévitablement décevants.» Qui oserait prétendre aussi qu'il est moins exaltant d'escalader à la force de ses bras et jambes une montagne que d'arriver à son sommet par le funiculaire?

Le navigateur québécois Gerry Roufs a péri, en 1997, lors de sa participation à la course à la voile autour du monde en solitaire, le Vendée Globe. On n'a jamais retrouvé son corps. Tony Bullimore, participant à la même compétition, a chaviré, lui, en plein océan Austral. (Tony Bullimore -- Sauvé! -- Éditions Plon)

Il s'est réfugié pendant près de cinq jours dans une poche d'air exiguë sous la coque renversée de son voilier, à 2 500 kilomètres de la côte sud-ouest de l'Australie, avant d'être sauvé in extremis par la marine ce pays. N'espérant plus aucun secours, il était certain d'y laisser sa peau. Dans son livre, il se dit prêt à recommencer : «Des gens vont à pied au Pôle Sud... si on supprimait tout ça, ce serait un peu comme domestiquer l'humanité.»

Terray nous entretenait, il y un instant, de la platitude de la vie. Un grand artiste québécois, aujourd'hui décédé, semblait partager cette opinion : Paul Buissonneau. Il s'en était ouvert au journaliste Bernatchez de La Presse, qui le décrivait comme un homme brillant, érudit, à l'opposé du clown de la télé. (Raymond Bernatchez -- La Presse du 24 octobre 1998)

Il lui racontait qu'on lui avait demandé un jour de décrire ce qu'il faisait comme travail. «Mais, c'est pas facile. Parler de ce que je fais, c'est quoi? (...) Mon inspiration est alimentée par tout ce qui m'entoure. Je détourne des objets, j'ai un fun vert avec ça. C'est un peu enfantin, tu me diras, mais c'est la seule chose qui me reste. Picasso faisait ça. J'aime bien Picasso. Il décocrisse la réalité parce que la réalité est plate.»

Tous les créateurs sont à la recherche d'un ailleurs, et bien d'autres catégories de citoyens aussi. Laborit parle de la fuite de la réalité dans la créativité. (Henri Laborit -- L'éloge de la fuite -- Éditions Laffont)

Il en est de même de l'employé workaholic ou du PDG investissant toutes ses énergies et sa créativité dans son travail, au point d'en oublier de vivre sa propre vie. Le toxicomane fuit, lui aussi, mais souvent avec un bagage génétique et culturel plus modeste. Essayons d'expliciter la platitude de la vie ou le mal de vivre. (Suite demain)

News du dimanche 22 Avril 2012

  France-présidentielles : le socialiste François Hollande vainqueur du premier tour – Il a obtenu entre 28,4% et 29,3% des suffrages, Nicolas Sarkozy entre 25,5% et 27% : le deuxième tour se tiendra le 6 mai. Suivre la suite ici.

  Sylvain est spécialisé dans les sujets de conversation n'intéressant personne - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Certains policiers en civils sont carrément déroutants dans leur approche. Sylvain appartient à cette catégorie. Un grand sec sympa, dont le dada est la religion catho. Prétend faire du bénévolat pour les œuvres du cardinal Léger. À notre première rencontre, il m'avait donné une image de la Ste-Vierge, avec en prime, à l'endos, une prière : on a dû me la piquer, je n'arrive plus à la trouver...

Sylvain est spécialisé dans les sujets de conversation n'intéressant personne. Ça existe, vous savez, ce genre de spécialistes. Comme vous n'avez pas envie d'y investir de l'énergie, et que c'est un bon gars, vous l'écoutez, l'écoutez, attendez l'occasion de le propulser sur une autre orbite.

Vous démontrera longuement que ce n'est pas la terre qui tourne autours du soleil, mais l'inverse. La grosse boule de feu graviterait autours de notre petite toupie. Nous serions le centre de notre système solaire. Très fort, le mec. A fait cette découverte un après-midi, allongé sur une pelouse. Pendant plusieurs heures, il a observé le soleil, l'a bel et bien vu tourner autours de la terre. Passionnant!

Possède l'art d'endormir son interlocuteur pour mieux le faire parler. Sa grande naïveté nous met tout de suite en confiance, et fait baisser nos défenses. On se dit que ça ne se peut pas qu'un gars aussi calé en astronomie soit un flic. Cet homme, lors d'un interrogatoire, doit être redoutable.

Un jour, l'ai vu amener de force un handicapé mental au Comité social Centre-Sud, à Montréal. Souffrant aussi d'un handicap physique, le type avait de la difficulté à se déplacer, pleurait comme un enfant, ne voulait pas y aller. Sylvain le tenait fermement par le bras, près des aisselles, là où la chaire est sensible. C'était un peu pathétique.

Quand il m'a aperçu, son attitude a changé, a lâché son bras, s'est fait tout sourire, m'a dit qu'il amenait son ami manger à la cafétéria. Quel était l'objectif de cette sortie? Socialiser ce pauvre gars? Me suis demandé s'il n'y avait pas des façons de faire plus pédagogiques que la contrainte physique. M'a invité à dîner, avec l'air et le ton de celui sachant fort bien qu'ayant atteint votre quota de répression policière, vous refuserez l'invitation. (Suite demain)

  Consciemment ou non, des citoyens préfèrent vivre pleinement et moins longtemps - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Pour Cohen, se droguer, c'est aussi la liberté de choisir sa vie et sa mort. (Bernard Cohen -- Tu ne jouiras point : Le retour des puritains -- Éditions Albin Michel) «Être pur dans la masse, c'est aujourd'hui être propre, vacciné, protégé contre l'addiction».

Le risque, que cela nous plaise ou non, fait aussi parti intégrante de la vie. Ce n'est pas seulement une question de burnout, d'héritage génétique ou culturel, d'être né pauvre ou de parents indignes, de désespoir ou de désœuvrement. C'est aussi le désir impérieux de sortir du moule social, de mener une vie excitante, de faire gicler l'adrénaline, de dépassement de soi, de recherche d'un absolu. Bref, grand besoin d'un ailleurs.

Consciemment ou non, des citoyens préfèrent vivre pleinement et moins longtemps. Et dangereusement : parachutisme, deltaplane, parapente, alpinisme, canyoning, rafting, saut en bungee -- saut à l'élastique --, alcool au volant, vitesse excessive sur les routes, Formule 1 où vouloir gagner une fraction de seconde dans une courbe comporte le risque de culbuter mort dans le décor, comme le Québécois Gilles Villeneuve. Certains de ces sports font même l'objet de records à battre et de marché à la clé.

La Québécoise Mélanie Turgeon qui, à l'hiver 1999-2000, avait terminé au deuxième rang dans le classement final du super-G, à Innsbruk, en Autriche, disait adorer dévaler les pentes à vive allure. (Michel Blanchard -- La Presse du 18 mars 2000) «Il y a une couple de semaines, raconte-t-elle au journaliste Michel Blanchard de La Presse, j'ai atteint en ski la vitesse de 128,7 km/h. Je n'avais jamais été aussi vite. 128,7 km/h sur deux planches, c'est complètement grisant. (...)

«Moi, je skie pour l'adrénaline que cela me procure. Rien dans la vie ne me permet d'obtenir une telle sensation. C'est comme ma victoire remportée à Innsbruk. D'être la meilleure skieuse au monde m'a complètement transportée. Une victoire, je sais maintenant ce que cela signifie et je vous jure que des victoires, j'en veux d'autres.»

Octobre de l'année suivante, la championne de ski, la française Régine Cavagnoud, 31 ans, et l'entraîneur de l'équipe allemande, Markus Anwander, 40 ans, perdent la vie. Le drame s'est produit en fin de matinée, à l'entraînement sur le glacier du Pitztal, dans le Tyrol autrichien, lorsque Cavagnoud a heurté Anwander à grande vitesse -- 100 km/h -- et de plein fouet. (Agence France-Presse -- La Presse du 30 octobre 2001)

Anwander était occupé à tracer la piste. Selon certaines informations, les responsables des équipes de France et d'Allemagne étaient convenus d'un entraînement commun, avaient cependant omis de déterminer une fréquence radio commune. La championne du monde du Super-G et de la Coupe du Monde 2000-2001, s'entraînait en vue des Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City, de 2001-2002. Elle était l'un des plus grands espoirs de médaille de la France.

Un mois après cette tragédie, le Suisse Silvano Beltrametti, 22 ans, est victime d'une grave sortie de piste, au cours de la descente de la Coupe du monde de Val d'Isère, et devient paraplégique. (Associated Press -- La Presse du 10 décembre 2001) Il a perdu le contrôle de ses skis, a perforé une bâche et un filet de protection, avant de finir sa course dans le décor.

«Le choc a été d'une violence inouïe comme le confirment les radios qui montrent une fracture nette et déplacée de la colonne vertébrale», précise Thierry Maître, médecin de l'équipe suisse de ski alpin. Après l'accident, le descendeur français Nicolas Burtin déclare :  «C'est de la descente, le risque fait partie du jeu. Si on limitait la vitesse, cela ne voudrait plus rien dire.»

Idem du ski extrême et ses descentes folles sur des pentes déclinées entre 30 et 45 degrés, pentes sauvages et dangereuses, parce que accidentées, non balisées ni damées. Janvier 2003, 7 skieurs et planchistes perdent la vie dans une avalanche, au glacier Durant, en Colombie-Britannique. (Presse canadienne -- La Presse du 23 janvier 2003) Le coroner Chuck Purse attribue les décès... à l'asphyxie.

L'un des survivants, John Seibert, relate que les victimes ont été coincées sous une lame de neige de 3,5 mètres d'épaisseur, de 100 mètres de longueur par 30 de largeur, qui est devenue aussi dure que du béton. «Un accident de la nature», selon lui. Pourtant, le niveau de dangerosité ce jour-là, selon l'échelle d'évaluation internationale, était «considérable», se situait entre «faible» et «extrême». Les survivants, il y en a 14, décident de poursuivre leurs vacances, quelques uns se proposaient... de skier. (Suite demain)

News du samedi 21 Avril 2012

  Normand lance ses appâts pour en savoir plus à mon sujet - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Le policier en civil Normand a la soixantaine athlétique, genre GI. Se prétend ex-homme d'affaires qui aurait dilapidé son argent en passant plus de temps dans les Caraïbes qu'à son entreprise en sol québécois. M'a débité tout ça, à la cafétéria du Comité social Centre-Sud.

Raconté avoir bien connu Bébé Doc, pris de la coca, vécu pendant deux ans avec une Dominicaine de... 13 ans (oups ! il vient de lancer ses appâts : serais-je un amateur de coca ou de belles ados ou les deux?)... Fait une pose, mine de rien, attend que je réagisse (vais-je l'envier, lui demander des... détails croustillants sur sa relation chauffée à blanc avec la belle ado, ou s'il prend encore de la coca et n'en aurait pas sur lui, par un heureu-z-hasard?). Je tique, mon regard planté dans le sien, l'interroge, sur un ton un peu accusateur : «13 ans?» Il rectifie le tir : «Elle avait l'air beaucoup plus vieille (sic) que son âge.»

Lui offre un café gros format, il me demande si je peux lui donner un peu de tabac à rouler (pour vérifier s'il contient quelques substances illicites?), lui en donne. N'ai rien à cacher, ma vie est un grand livre ouvert. À un moment donné, Normand dit à quelqu'un qui est derrière moi, en ricanant : «Je va (sic) rentrer dedans avec mon bicycle».

Me retourne aussitôt et vois le gardien de sécurité du Comité social Centre-Sud s'esclaffer, secoué de ces petits rires sarcastiques et nerveux typiques du subalterne trouvant bien drôle le gag de son supérieur. Il est pratiquement plié en deux, le pauvre. Le flic fait-il allusion à moi? Je le pense. Le gardien de sécurité a dû lui faire une mimique quelconque. Vexant, mais on ne va pas en faire une histoire.

Il arrive à Normand de faire du "bénévolat" à la cafétéria. L'y ai vu balayer et laver le plancher. Ainsi cet après-midi où il s'est approché graduellement de l'endroit où j'étais attablé avec un usager, balayant de plus en plus près de nous, pour écouter notre conversation.

Un samedi soir, l'ai croisé sur St-Denis. Casquette de rappeur enfoncée jusqu'aux oreilles, palette en arrière, fausses lunettes ajustées à la vue, zip de sa gabardine bleu marin remonté au menton. L'ai vu venir de loin. Il ne m'a jamais regardé. Après l'avoir croisé, me suis retourné, il ne m'a pas vu le faire mais moi l'ai vu laisser tomber lourdement la tête, dépité sans doute que je l'ai reconnu.

Quelque temps après, lors de la distribution gratuite des sacs de denrées, à la cafétéria, il tentera de renforcer sa fausse identité de pauvre en allant en chercher. Il portera l'horrible camisole d'haltérophile dégageant épaules et une bonne partie du thorax. Ouach! À elle seule, cette performance mériterait une médaille d'or. (Suite demain)

  La consommation de la drogue est avant tout un appel à l'aide - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Reposons encore la question... Quel est donc ce mal de vivre, ou cette situation sociale insensée, qui fait qu'un citoyen décide de geler sa vie au risque de la gâcher, ou de la perdre? Une pléiade d'auteurs traitent de la drogue, dont le Français Guy Gilbert, un curé éducateur spécialisé dans le travail de rue. (Guy Gilbert -- Des jeunes y entrent, des fauves en sortent -- Éditions Stock, 1982)

«Seul celui ou celle qui a pu rester un long temps présent à la souffrance et à la solitude d'un drogué (à l'héroïne) peut comprendre l'emprise dingue qu'elle exerce sur lui. Voir un drogué préparer sa dose est inimaginable. Une joie fabuleuse s'inscrit dans ses moindres gestes. Une hâte incroyable s'empare de lui. Toute son énergie est centrée sur le seringue...

«Le décollement de la réalité est évident. Ils "planent" comme ils disent. (...) Aucune force au monde ne peut l'empêcher de se piquer. Si, une seule. Une immense chaleur humaine, faite d'amitié géante, d'une présence de tous les instants, douce et forte à la fois. Mais quel combat! Quelle présence, souvent réclamée et immédiatement exigée!

«J'ai vite compris qu'il ne s'en sortirait que lorsqu'il le déciderait. Pas avant. Et il ne pouvait le décider que dans un climat où, quoi qu'il arrive, il ne se sentirait pas jugé, épié, contrôlé. La consommation de la drogue est avant tout simplement un appel à l'aide. Le drogué est la plupart du temps quelqu'un de seul, qui a presque toujours des difficultés familiales ou de relations. Quand on sait ça, on sait tout

Catherine Chalier raconte qu'il arriva au poète Joë Bousquet, condamné à l'immobilité du corps, de céder au plaisir des paradis artificiels, la drogue. (L'aventure : La passion des détours -- Éditions Autrement -- Ouvrage collectif) «Si l'aventure de la drogue accentue momentanément l'énergie des sensations et si, dans l'enthousiasme des sens, elle semble faire apparaître l'inaccessible, elle ne réussit jamais rien d'autre pourtant que de tendre un simple miroir à l'homme, un miroir évanescent et cruel car, face à lui, chacun ne contemple que sa propre désolation.» (Suite demain)

News du vendredi 20 Avril 2012

■  Citation puisée dans le Rapport de la Commission Poitras – C'est jamais la faute des policiers, c'est toujours celle des autres.

  Québec-grève étudiante : la LDL préoccupée par les violations des droits et libertés – Déclaration de Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés du Québec (LDL). Plutôt que d’être à l’écoute des étudiants et négocier de bonne foi, gouvernement et autorités des institutions d’enseignement optent pour la répression. La lutte étudiante rappelle le Québec à l’ordre face à ses obligations en matière de droit à l’éducation et avons tous aussi l’obligation de défendre et promouvoir le droit dans l’espace public. Les entorses aux droits et libertés des étudiants sont multiple...

Le gouvernement encourage la judiciarisation du conflit ; refuse de reconnaître les décisions prises démocratiquement par les associations étudiantes ; la police utilise des techniques de contrôle de foule condamné par le Comité des droits de l'homme (encerclement, arrestation massive, comme en Outaouais), armes chimiques, usage du Code de la sécurité routière, une entrave au droit de manifester. Même des professeurs se font intimider par des agents de sécurité, comme à l’Université de Montréal. En outre, des policiers empêchent systématiquement l'accès à l'université à ceux qui portent un carré rouge, du profilage politique.

À ce communiqué de presse de la LDL, ajoutons les infos d'aujourd'hui, ce vendredi 20 avril, relatives à une présumée émeute survenue aujourd'hui devant le Palais des congrès de Montréal. Pendant que des étudiants manifestaient à l'extérieur, le premier ministre Jean charest, lors d'une allocution, s'est permis quelques blagues à leur sujet, qui a tout l'air d'une provocation mais humoristique : vidéo (00:51) suivie d'un article.

(Archives-19 avril-2012) ■ Sauvez le Net, sinon tout sera verrouillé, bloqué Une alerte du fondateur World Wide Web (www), Tim Berners-Lee, l'un des premiers à avoir créé en 1991 un site web accessible. Il dénonce le nombre incroyable de lois discutées dans les parlements, sans que la plupart des gens ne s’en rendent compte, notamment au Royaume-Uni et aux État-Unis.

Berners-Lee rend hommage aux citoyens qui descendent dans la rue pour manifester, défendre leurs droits et libertés sur Internet. La démocratie dépend d'un Internet ouvert : consensus, transparence, vie privée et protection de l’intimité. La notion de droit humain, dans une perspective numérique, risque aussi d’être dépouillée de tout contenu philosophique, au profit d’intérêts mercantiles et sécuritaires.

(NDLR : Ajoutons la dictature du Net du Canada de Stephen Harper, celle de la France de Sarkozy, deux hommes de la droite agressive. On ne fera pas la liste, il y en a trop. C'est à se demander si les pays occidentaux ne sont pas devenus aussi liberticides que la Chine et l'Iran.

Sur le plan strictement personnel, je signale que la Sûreté du Québec tente régulièrement de me censurer : sabotage, harcèlement, intimidation. Je crois pas être le seul journaliste en ce monde à subir ce sort. Sans compter ceux ne pratiquant pas le métier et osant émettre des opinions que la cyberpolice n'aime pas. Réveillez-vous pendant qu'il est encore temps! Si non, vous allez vous habituer et... accepter l'inacceptable.)

  Un truc pour avoir la certitude que le policier en civil repéré en est vraiment un - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Casamayor écrit que pour délier des langues, percer des secrets, le moyen qui réussit le mieux, c'est la flatterie. (Louis Casamayor -- La Police -- Gallimard) Il recommande la flatterie suggestive, celle qui laisse au flatté le soin de tirer lui-même la conclusion. Elle est moins voyante. Sans posséder cette capacité de mentir, il m'est arrivé d'obtenir tout de même certains succès.

Ainsi, dire du bien de la police à des civils est un truc qui rate jamais la cible. Fallait voir leur visage s'illuminer un brin quand j'utilisais cette tactique. Attentifs, ils m'écoutaient sans m'interrompre, parfois la bouche légèrement entrouverte. Sentais très bien le petit velours que ça leur procurait.

Avec emphase, sans aller tout même jusqu'à sortir le violoncelle de Rostropovitch, je disais, et le crois sincèrement, que la police joue un rôle nécessaire dans notre société. Ajoutais que les citoyens insatisfaits de certaines lois ne devraient pas critiquer les policiers, ces éternels boucs émissaires, ces mal-aimés -- là, j'avoue que j'en mettais un peu --, mais ceux qui les avaient votées, les élus.

J'avais assisté, un samedi soir, sur St-Laurent, à la hauteur de Prince-Arthur, à l'arrestation d'un motocycliste. Fâché de faire l'objet d'une enquête, il avait étoilé de son casque protecteur le pare-brise de l'auto-patrouille. Il avait même repoussé le policier en lui administrant un coup d'avant-bras à la gorge, mais retenu, sans véritable intention de le blesser. Geste gratuit, le policier ne le menaçait pas du tout.

Celui-ci était allé dans son auto-patrouille réclamer de l'aide, puis en était sorti. Poivre de Cayenne aidant, en moins de deux il était jeté à terre, menotté et installé sur la banquette arrière de l'auto-patrouille. Il s'était passé de quoi avant mon arrivée. Le policier avait peut-être repéré sur son ordinateur de bord des contraventions impayées. Une remorqueuse était sur place, la plate-forme descendue au niveau de la rue, prête à recevoir la moto.

Le lundi suivant, je décrivais à des "amis" la technique parfaite en tout point du policier, son professionnalisme, vantais son courage. Je ne jouais pas au citoyen admiratif, l'étais réellement. Il était seul, il y avait beaucoup de badauds autour, peut-être parmi eux des copains de bar du motocycliste.

À l'écoute attentive de mon récit, George, le gradé de la police, n'a pu se retenir, ç'a été plus fort que lui, il m'a dit, laissant filtrer un peu d'amertume : «Sais-tu que la plupart du temps les arrestations se déroulent de cette façon? Mais on n'en parle jamais, les gens ne parlent que de l'affaire Barnabé.»

Normand, lui, m'a demandé d'une voix où perçait l'autorité de la loi et l'ordre : «POUR...QUOI ? (j'avais apprécié le travail du policier)» Dans une société démocratique, lui ai-je répondu, on ne peut tolérer la violence. J'ai perçu un signe de tête discret, comme une approbation. J'avais passé le test... Lui aussi. (Suite demain)

■  Des citoyens consomment des drogues légales pour régler des problèmes de vie - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) D'après Thomas Szasz, l'initiateur de l'antipsychiatrie, la guerre contre la drogue présente un grand avantage moral. (Guy Sorman -- Les vrais penseurs de notre temps -- Éditions Fayard) «Elle nous permet de croire que le drogué n'est pas responsable de ses actes, qu'il est un malade mental. Lui aussi, car de nos jours, dit-il, tout est médicalisé, psychologisé, psychiatrisé, un peu à l'image de l'ex-URSS.

«Nous ne voulons pas convenir que le drogué, à un certain moment, a librement choisi de se droguer, c'est-à-dire de se détruire. Or le fait de se droguer n'est pas une maladie involontaire, c'est une manière tout à fait délibérée d'affronter le mal de vivre», explicite-t-il. Mais comme nous ne savons pas guérir le mal de vivre, nous préférons «soigner» le drogué. Ou les candidats au suicide.

Szasz cite Camus : «Le suicide est la seule question importante.» Mais cela non plus, nous ne pouvons le regarder en face, poursuit Szasz. «Donc, les psychiatres nous rendent un grand service en faisant des candidats au suicide un malade mental qu'il faut soigner. Comment un être normal pourrait-il renoncer à la vie qui est si belle? Il faudrait être fou! Il faut l'être, afin de rassurer la société des gens normaux».

Le mal de vivre, à l'origine de la consommation de drogues? Essayons d'en savoir un peu plus. Abordons le problème en commençant par les citoyens qui consomment des drogues légales. Les médecins prescrivent des médicaments par compassion, notamment aux personnes âgées. (Nicolas Bérubé et Reynaldo Marquez -- La Presse du 11 mars 2001 et du 30 août 2003)

Les responsables du Programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) soutiennent que, dans les pays occidentaux, on a recours massivement aux amphétamines, aux benzodiazépines et somnifères pour traiter des problèmes qui ne sont pas médicaux mais sociaux. Insomnie, anxiété, obésité ou dépression sont de cet ordre, estime Johanne Collin de l'Université de Montréal, où elle enseigne l'aspect thérapeutique du médicament comme un phénomène social et culturel. Elle soutient que «le médecin ne peut résoudre avec des médicaments des problèmes liés à une situation de vie qui n'a pas de sens».

De nos jours, on gave de plus en plus d'écoliers de Ritalin pour qu'ils se calment les nerfs : ça s'appelle désormais de l'"hyperactivité infantile". En milieu scolaire, où tout est aseptisé à l'os, il suffit de peu pour créer du désordre : nombril à l'air d'une fille, fond de culotte trop bas d'un garçon, mèche de cheveux teinte d'une couleur interdite, etc.

Au Québec, les ordonnances de Ritalin sont passées de 33 000 en 1990 à 250 000 en 2000. L'histoire est un éternel recommencement : on a vu qu'au 19ième siècle, en Europe, il arrivait que l'on donne à des enfants le soir avant de se coucher du sirop concocté avec de l'opium, pour avoir la paix.

Aux États-Unis, selon une étude du Dr Leonard Sax, un psychologue, 50% des cas de trouble déficitaire de l'attention chez les enfants sont d'abord diagnostiqués par les enseignants... qui font ensuite pression sur les médecins pour qu'ils le prescrivent : ils n'ont qu'à écrire «cet enfant a besoin de Ritalin» pour que le médecin y consente. Seulement 25% des diagnostiques émanent de parents et 10% des médecins. Il a effectué son étude auprès de 400 pédopsychiatres, pédiatres et médecins de familles.

S'ajoutent à cela les produits pharmaceutiques en vente libre pour soigner rhumes, grippes, brûlures d'estomac ou allergie, etc. La liste est longue. Selon l'Association canadienne de l'industrie des médicaments en vente libre, là on parle de 75% de la population. D'après Roselyn Tremblay de Santé Canada, en tout et partout, il existe sur le marché canadien plus de 20 000 de ces médicaments. La grande facilité d'approvisionnement est l'une des raisons avancées pour expliquer la progression constante du phénomène de la surconsommation.

Quel pourcentage de ces gens souhaitent davantage de répression policière contre ceux consommant des drogues illégales alors qu'ils absorbent eux-mêmes des drogues... légales? (Suite demain)

News du jeudi 19 Avril 2012

  Sauvez le Net, sinon tout sera verrouillé, bloqué – Une alerte du fondateur World Wide Web (www), Tim Berners-Lee, l'un des premiers à avoir créé en 1991 un site web accessible. Il dénonce le nombre incroyable de lois discutées dans les parlements, sans que la plupart des gens ne s’en rendent compte, notamment au Royaume-Uni et aux État-Unis.

Berners-Lee rend hommage aux citoyens qui descendent dans la rue pour manifester, défendre leurs droits et libertés sur Internet. La démocratie dépend d'un Internet ouvert : consensus, transparence, vie privée et protection de l’intimité. La notion de droit humain, dans une perspective numérique, risque aussi d’être dépouillée de tout contenu philosophique, au profit d’intérêts mercantiles et sécuritaires.

(NDLR : Ajoutons la dictature du Net du Canada de Stephen Harper, celle de la France de Sarkozy, deux hommes de la droite agressive. On ne fera pas la liste, il y en trop. C'est à se demander si les pays occidentaux ne sont pas devenus aussi liberticides que la Chine et l'Iran.

Sur le plan strictement personnel, je signale que la Sûreté du Québec tente régulièrement de me censurer : sabotage, harcèlement, intimidation. Je crois pas être le seul journaliste occidental à subir ce sort. Sans compter ceux ne pratiquant pas le métier et osant émettre des opinions que la cyberpolice n'aime pas. Réveillez-vous pendant qu'il est encore temps! Si non, vous allez vous habituer et... accepter l'inacceptable.)

  Syrie : le cessez-le-feu loin d'être totalement respecté – Bref tour d'horizon... Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon recommande une mission de 300 observateurs pour une période de trois mois (en ce moment, ils sont une trentaine). La Chine étudie l'envoi d'observateurs. La Syrie n'en veut pas plus de 250. Des militaires non armés de l'ONU (photo). Deux véhicules de l'ONU entourés de manifestants qui se croient en sécurité, se trompent (vidéo plus bas dans la page s'affichant).

  Haïti : le président Martelly condamne ce qui s'est passé mardi devant le Parlement – La présence de dizaines d'individus en treillis militaires devant le Parlement – selon une nouvelle précédente, ils étaient armés - qui a provoqué la fin prématuré d'une séance à la Chambre des députés.

Martelly veut que l’ordre et la paix publique soient maintenus sur toute l’étendue du territoire national. Il rappelle, encore une fois à tous, que la constitution d’une nouvelle force publique ne peut se faire que dans l’ordre, la discipline et le respect des lois en vigueur. Tout contrevenant subira les rigueurs de la loi. Message émanant de la Floride où il subit des traitements dans un hôpital.

■  Les policières en civil possèdent l'art du déguisement, pas les hommes en civil - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Je reviens à Ronald, ne pouvant passer sous silence deux autres anecdotes, tant elles sont cocasses. Environ un an plus tard, je le rencontrerai par hasard dans un resto de la rue St-Laurent, endroit fréquenté par une jeunesse un peu bigarrée et anticonformiste.

Je l'aperçois au fond, assis à une table avec quelqu'un. Il affiche une toute petite moustache. A changé la façon de se coiffer aussi. Je le reconnais tout de suite, lui feint de ne pas m'avoir vu. Au comptoir, je commande un croque-madame et un café puis me dirige vers une table. Ronald me salue, finalement.

M'immobilise, cabaret en mains, à une dizaine de pieds de lui, l'invite à se joindre à moi. Il accepte mais désire auparavant compléter sa conversation avec la personne l'accompagnant. L'appelant par son prénom, je lui demande s'il veut un café. J'ai souvent tendance à parler un peu trop fort, alors son prénom retentit dans le resto. Le ton impatient, un peu fâché même, il me chuchote : «Parles pas si fort, c'est pas mon nom!» La situation est drôle, j'ai une folle envie de rire.

Environ trois semaines s'écoulent, et je le revois alors qu'il s'apprête à sortir du resto situé coin Prince-Arthur et St-Laurent, à Montréal. Il est derrière la porte vitrée, m'a vu, se mouche pour dissimuler son visage, puis sort sans me regarder ni adresser la parole. Ce n'est plus le même homme. Il a remplacé son soupçon de moustache pour une autre, volumineuse. L'image d'Astérix me vient à l'esprit.

Le problème, c'est que Ronald, peu importe son déguisement, je le reconnaîtrai toujours. J'ai très envie de m'enquérir de la marque du fertilisant qu'il a utilisé pour que son petit carré de poils prenne des proportions aussi imposantes en si peu de temps. M'en abstiens, il a rejoins un quidam dans une rue transversale, la conversation semble assez animée, même un peu dramatique. J'ai l'impression qu'il oblige le gars à faire quelque chose qu'il rechigne à faire.

Au cours de mon enquête, j'ai constaté que, habituellement, les policiers en civil ont du mal à passer d'un look à un autre. Le maquilleur chargé de ce travail n'est pas vraiment un as du déguisement. En tous cas, pas toujours. La moustache tombante de Ronald, comme trouvaille, on avait déjà vue mieux. Par contre, les policières en civil possèdent l'art de changer de personnalité.

Plus facile pour une femme qu'un homme, habituée qu'elle est à se maquiller, à varier à l'infini la façon de se coiffer et vêtir. Souvent vous avez de la difficulté à reconnaître certaines d'entre elles. Vous vous rappelez vaguement avoir déjà vu ce visage, mais où? N'arrivez pas à vous souvenir, jusqu'au moment où le déclic se fasse quelques minutes ou heures plus tard, parfois deux ou trois jours, d'autres fois jamais.

Un après-midi, j'en ai identifiée une qui s'était complètement transformée. Ses cheveux frisottés tombaient en petites boucles sur son front, perruque sans doute puisque la dernière fois que je l'avais vue, elle portait les cheveux plutôt courts que longs et d'une autre couleur.

Le maquillage était un peu grossier : tour des yeux au crayon noir, paupières recouvertes de bleu, lèvres peintes d'un rose pâle. Une tenue vestimentaire jeune, genre fripes bon marché, et de différentes couleurs s'harmonisant plus ou moins, avec un assortiment de colliers, bracelets, plusieurs trucs noués mollement autour de la taille et le petit sac à dos. Avec un accoutrement pareil qui penserait que la jeune dame est une flic? (Suite demain)

  L'équivalent de couper les arbres de la forêt pour empêcher les incendies - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) On a constaté que, chez les ados américains, la consommation de la marijuana diminue, pendant que celle de l'ecstasy, une drogue de synthèse, augmente (Agence France-Presse -- La Presse du 28 novembre 2000) (NDLR : Tous les chiffres qui suivent sont invérifiables.)

Contrairement au cannabis, cette drogue chimique est plus discrète. Elle ne dégage pas l'odeur typique du cannabis, facilement repérable, à nez levé, d'un flic ou d'un chien renifleur. Depuis 1997, révèle une étude de l'organisme Partenariat pour une Amérique sans drogue (propre, propre, propre), l'usage régulier de la marijuana chez les jeunes a reculé de 13% et le nombre de premiers fumeurs de 10%.

En contrepartie, la popularité de l'ecstasy a doublé depuis 1995, et augmenté de 10% en 2000 par rapport à l'année précédente. Un ado sur 10 disait en avoir pris. Pris l'analgésique Oxycontin aussi, un puissant narcotique synthétique s'apparentant à l'opium, et utilisé pour soulager les douleurs chroniques.

L'État du Vermon a retiré le médicament de la liste des produits couverts par le gouvernement, pour tenter d'enrayer les abus. Pour sa part, le Maine a adopté une loi rendant plus difficile son obtention. Au Québec, couvert en parti par l'Assurance maladie, il pourrait bientôt s'étendre dans la province. (Jean-François Gamache -- La Presse du 20 août 2001) En février 2001, le proprio d'une pharmacie ontarienne s'est fait voler une grande quantité de narcotiques, dont de l'Oxycontin.

Cependant, d'après le Dr Jean-Pierre Chiasson, directeur de la clinique Nouveau Départ, citant, lui aussi, des statistiques venues d'ailleurs, la menace pourrait prendre quelque temps avant de se concrétiser : «Nous sommes toujours cinq ans en retard sur les États-Unis.» Comme aux États-Unis, les ventes d'Oxycontin ont, semble-t-il, explosées au Québec. Elles se chiffraient à 1,6M$ en 2000 contre seulement 72 000$ en 1997.

Décréter l'État de siège sans le nom, provoquer des suicides en déstabilisant psychologiquement des consommateurs de drogues, tuer l'osmose entre citoyens, saccager les droits, retirer l'Oxycontin de la liste des médicaments couverts par le gouvernement, etc. La fuite en avant.

Ainsi, ce cas incroyable. Novembre 2002, l'administration du maire Jean-Paul Cardinal, qui veut redonner à Ste-Adèle ses lettres de noblesse, fait face à une contestation dans sa décision de vendre (1,6M$) le parc Claude-Henri-Grignon à la famille Chevrefils qui veut y construire un nouveau centre commercial. (Jean-Paul Charbonneau -- La Presse 25 novembre 2002)

«La Ville soutient qu'il est nécessaire de se départir de cet endroit pour le bien des jeunes car il est devenu un endroit de vente de stupéfiants». Forte ressemblance avec le fait de couper les arbres de la forêt pour empêcher les incendies. (Suite demain)

News du mercredi 18 Avril 2012

  Osez Joséphine – Alain Bashung : vidéo (03:02).

  Haïti -Palais législatif : irruption hier d'individus armés – Il s'agissait de militaires démobilisés. Cette présence a troublé le fonctionnement de la Chambre des députés.

■  Julian Assange's The World Tomorrow – Il a lancé hier cette émission sur une chaîne russe financée par Moscou. Il en est l'animateur. Au rythme d'une entrevue par semaine, il interrogera 12 personnalités controversées dans le monde. Son objectif, de toute évidence : élargir le débat sur d'importants enjeux.

Son premier invité, Hassan Nasrallah, chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, un allié de la Syrie. L'entrevue est en duplex : vidéo (28:00) en anglais, Nasrallah étant caché quelque part au Liban ; Assange, fondateur de WikiLeaks, toujours confiné dans un domicile de Londres, dans l'attente de la décision de la Cour de l'extrader ou pas en Suède où on veut l'interroger relativement à deux relations sexuelles sans condoms. Jusqu'à présent aucune accusation n'a été portée contre lui.

■  Israël, encore et encore - Un officier israélien frappe au visage avec son arme un militant pacifique pro-palestine : vidéo (02:16). Par ailleurs, 18 québécois devaient participer à un projet humanitaire en Palestine, ils en ont été empêchés, notamment à l'aéroport Montréal-Trudeau. La délégation a demandé au gouvernement canadien d'intervenir en leur faveur, puisqu'ils estiment que leurs droits à la libre circulation et à la liberté d'opinion ont été bafoués.

(NDLR : Le premier ministre canadien Stéphen Harper est pro-israélien, alors... La complicité de pays occidentaux contribuent à l'isolement total de la Palestine et ses citoyens, l'équivalent d'une petite île interdite d'accès. Inacceptable!)

  Un policier en civil me dit que nous vivons dans un État policier - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) De fait, Ronald est le seul policier en civil avec qui j'ai pu aborder ce sujet tabou sans me faire traiter de parano. L'ai croisé, au début du printemps 1998, coin Amherst et Maisonneuve, à Montréal. Il y avait près d'un an qu'on s'était vu. Il avait coupé sa barbe, mais l'ai reconnu quand même du premier coup d’œil.

Je l'aime bien, Ronald. Décontracté, intelligent, belle personnalité, pas baveux, doux. Avec lui, les contacts sont toujours agréables. Son comportement est différent du policier classique. Rien à voir avec celui se sentant investi d'une mission, voulant sauver la société. Ce qui en fait, selon moi, le flic idéal. Suis content de le revoir, lui aussi me semble-t-il.. 

Dans le milieu de l'underground policier les rencontres sont rarement fortuites. L'invite à prendre un café au resto Valentin, au coin de l'intersection. Il hésite, pas d'argent. Pas grave, le lui offre. Dites-moi, comment pourrait-on soupçonner quelqu'un qui n'a même pas 1.25$ pour se payer un café d'être un civil, hein?

Je lui raconte longuement, avec moult détails, tout ce que je sais au sujet de la présence des civils. Ronald m'écoute attentivement, sans ne presque jamais m'interrompre. L'échange, ou plutôt le monologue, dure environ une heure. Une civile vient s'asseoir à la table voisine, femme dans la cinquantaine que je connais pour l'avoir repérée ailleurs.

À un moment, Ronald me demande, le regard inquiet, si je vais dévoiler l'identité de ses collègues que j'ai débusqués. Le rassure, suis un citoyen responsable, veux améliorer le système, pas le détruire. Il me souligne que la police, pour se protéger, va ressortir de vieilles affaires me concernant et datant de quelques années. Lui dis ne pas avoir peur, n'ayant rien à me reprocher. À la fin, il me félicite, selon sa propre expression, de chercher à équilibrer les choses, dit que je suis un bon citoyen.

Fait plutôt inusité, il vient me reconduire jusqu'au seuil de la porte du resto, car il ne quitte pas les lieux, préférant préalablement, me semble-t-il, aller aux toilettes et terminer son café. Et, au moment de se quitter, en me serrant la main, il m'avoue spontanément, d'un ton ferme, et même le répète, comme s'il voulait s'assurer que j'ai bien compris : «C'est l'État policier!» Suis vraiment abasourdi de l'entendre me faire cette confidence, le regarde un bref instant dans le blanc des yeux, avant de le quitter.

Pourtant, au cours de l'entretien, en aucun moment n'en ai-je fait allusion. S'il n'y avait que la démocratie aux quatre ans, sans doute y serions nous jusqu'au cou. Seulement voilà, les médias jouissent de la liberté d'expression et de presse et actualisent au quotidien la démocratie aux quatre ans. Donc possible d'améliorer le système. Ce que nous ne pourrions faire si nous vivions vraiment dans un État policier. Je crois qu'il est plus juste de parler d'un État de droit étroit ou d'un Étau policier.

Bien sûr, je ne connais pas toutes les ficelles du métier. Ronald en sait sûrement plus long que moi sur ce point. N'empêche qu'élections et médias demeurent des incontournables. (Quelques années plus tard, je découvrirai qu'il avait raison.) Ronald, un policier démocrate? Suis porté à le croire, oui.

Assis à une table du fond, avec des écouteurs des années quarante aux oreilles, ai remarqué la présence de Martial. Il n'était pas là à notre arrivée. Dos à la porte, je ne l'avais pas vu entrer. Qu'écoutait-il dans ces vieux machins? Voulait-il me faire savoir que tout ce que j'avais raconté à Ronald avait été enregistré?

Cet homme, la soixantaine avancée, cultivé et courtois, d'origine française, donne du «monsieur» à tout le monde. Il tranche sur ses collègues, possède prestance et faciès pour camper un commissaire de police dans un thriller. Faut le voir, la bouche ouverte, lèvre inférieure tombante, thorax légèrement penché, paume des mains bien appuyée sur le rebord de la table. (Suite demain)

  Les consommateurs de drogue changent de substances, ont toujours une longueur d'avance sur la police - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Au sujet de ces jeunes Amérindiens de Davis Inlet, au Labrador, où vivent 600 Inuits, on en avait des nouvelles, début janvier 2002, plus de deux ans après la publication du livre du Dr Patenaude, dont on parlait hier. (Dr Robert Patenaude -- 24 heures à l'urgence -- Éditions Québec Amérique, 1999)

Cette année-là, la population s'apprête à emménager dans le nouveau petit village érigé, une quinzaine de kilomètres plus loin, par le gouvernement canadien. Certains de ces jeunes, qui inhalaient des vapeurs de pétrole et avaient quitté leur village pour suivre une thérapie, sont de retour. L'affaire est réglée, pensent sans doute les "experts en la matière". (Presse canadienne -- La Presse du 9 janvier 2002) Non, elle ne l'est pas.

De jeunes Inuits errent à nouveau dans les tristes rues de cette petite bourgade en reniflant des vapeurs d'essence, le nez plongé dans un sac de plastique. Semble évident que les traitements ont lamentablement échoué. Simon Tshakapesh, chef de la communauté, raconte : «Il y en a des dizaines et des dizaines. C'est pire. Après Noël 2001, un groupe est revenu et a incité les autres à respirer des vapeurs d'essence.»

Tshakapesh blâme les fonctionnaires fédéraux, auxquels il reproche de n'avoir pas approuvé de budget pour un centre local de traitement. «C'est un entêtement de la part de Santé Canada. Nous n'arrêtons pas de leur dire que cela ne fonctionnera pas tant que nous ne contrôlerons pas ces programmes d'aide nous-mêmes.»

Tshakapesh n'aborde pas l'ensemble de la problématique. Quels présent et avenir cette communauté offre-t-elle aux jeunes? Chaque jour, la télé, et l'Internet, étale à leurs yeux une vie pas mal plus excitante que la leur. Ces jeunes voient bien qu'il y autre chose que l'isolement au fin fond d'une forêt.

On peut se demander aussi ce qu'il arriverait si la police réussissait à saisir toutes les drogues disponibles. Les consommateurs ayant besoin de fuir la réalité et développés une dépendance en voleraient dans les pharmacies et les hôpitaux. Quand on sait que certains drogués, en plein sevrage, sont parfois prêts à toutes les violences pour obtenir le produit, on imagine sans mal les conséquences.

Ou ils remplaceraient le produit par des substituts, et pas seulement par du pétrole. On ne ferait que déplacer le problème. On peut même croire que le remède serait encore plus pire que le mal qu'on veut éradiquer. Du reste, la répression policière contre les drogues traditionnelles, dont le cannabis, oblige des consommateurs, dont des jeunes, à utiliser davantage les drogues chimiques, qui n'ont pas encore été vraiment ciblées par la police. En changeant de substances, ils conservent toujours une longueur d'avance sur celle-ci. (Suite demain)

News du mardi 17 Avril 2012

  Dessin – La chancelière allemande Merkel préfère Sarko, mais se contenterait d'Hollande. Sur le dessin on la voit donner un élan à son copain pour qu'il atteigne de la hauteur et gagne les présidentielles.

  Si vous dites à un civil ce que vous savez de l'underground policier, il vous traitera de parano - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un midi, à la cafétéria du Comité social Centre-Sud, je veux confier à Norbert ce que je sais de l'underground policier montréalais. Il ne me laisse pas terminer mon topo. Lui si calme d'habitude, devient véhément, parle fort, gesticule, jette un regard d'impatience au plafond, m'accuse de faire de la paranoïa.

De mon côté, argumentant, mais un peu craintif tout de même. Depuis le temps que j'accumule de l'info, j'ai tout ce qu'il faut dans la tête pour en discuter. Il me crie presque que je dois m'ouvrir : sous-entendu, collaborer avec les policiers en civil. Lui rétorque qu'il n'en est pas question. Lui dis connaître l'attitude de certains citoyens quand ils sont en présence de flics, toujours prêts à se valoriser à leurs yeux.

Il insiste pour savoir si je veux ainsi dire que je ne collaborerai pas avec la police. Non, je ne collaborerai pas, que je rétorque sur un ton vraiment déterminé, l'expression faciale appropriée. Seulement quand je serai témoin d'un délit, pas plus, comme cela m'est arrivé à quelques reprises dans le passé, et par le 911.

Il y a de quoi s'inquiéter quand un civil insiste sur un sujet aussi délicat. Norbert a probablement fait inscrire dans la mégabanque informatisée de la police mon refus, et identifié comme étant un mauvais citoyen. Cela suffit pour que la police vous accole l'étiquette antipolice ou antisociale. Ce qui inquiète doublement, c'est le ton qu'il a utilisé quand il m'a posé la question. J'y ai perçu l'obligation du citoyen que je suis de moucharder les gens que je connais.

Des noms désignent le citoyen racontant à des policiers, sur une base régulière, tous les ragots de son îlot, son quartier, sa ville, son village : mouchard, lèche-bottes, fanatique de la police, de l'ordre et du conformisme, etc. Je n'en suis pas un et ne le deviendrai jamais. C'est très clair dans ma tête, irréversible. Et le citoyen collaborant ainsi avec la police doit être dénoncé, car il crée suspicion et zizanie au sein de la société, et contribue à la destruction du tissu social.

Quelques Montréalais m'ont dit que le 911 demeure la façon la plus efficace de contacter la police. Généralement, les citoyens ignorent que celle-ci ne peut se satisfaire de cette communication. Idéalement, elle veut faire en sorte que chacun fasse parti de ses réseaux d'informateurs. La délation généralisée pour des activités n'ayant rien à avoir avec la criminalité.

Elle ramasse tout, absolument tout, la police. Et sur le plus grand nombre possible de citoyens. Elle cherche continuellement à établir des liens avec eux, afin de savoir graduellement, par petites touches, qui ils sont, de quoi ils vivent, quels sont leurs amis, leurs loisirs, ce que fait le voisin ou la voisine et sa parenté, genre d'homme ou de femme, lieu d'origine, train de vie, fréquentations, avec qui il ou elle couche, les petites fantaisies sexuelles de chacun, opinions sur différents sujets, etc. L'enquête permanente sur tout le monde.

Ma prise de bec avec Norbert ne s'arrête pas là. Le voilà qui ramène encore sur le tapis ma présumée paranoïa. La police riposte à toute tentative de discuter de ses activités clandestines en vous en accusant. À lui seul, cet anathème doit verrouiller l'esprit critique de bien des citoyens. Lorsque l'on nous en accuse, cela revient à nous dire de ne pas penser, que l'on pense pour nous.

Lui signale que je suis prêt à admettre qu'il y a peut-être un peu de ça dans mon histoire, même si au fond de moi-même je n'en crois rien, mais à la condition que lui, de son côté, admette que la paranoïa policière existe aussi. Visiblement, Norbert ne s'attendait pas à cette riposte. Il donne un vigoureux coup de tête sur le côté, tout en reculant un peu, elle est presque couchée à l'horizontale, mais la redresse aussitôt. Je constate que j'ai trouvé là une parade de taille. Après avoir argumenté encore quelques minutes, il quitte la table, sans précipitation, lentement, tout à fait en situation de contrôle.

On n'a pas mâché nos mots. Pour dire les choses franchement, nous nous sommes parlés entre quatre-z-yeux, bien que mon débit était ralenti par une petite crainte en quelque part. Un échange court, rapide, sans temps mort. Cependant sans animosité de part et d'autre.

De mémoire de journaliste, je n'avais encore jamais vu un "citoyen" défendre la police avec autant de vigueur. N'ai pas réussi à le convaincre, les mots glissaient sur lui, filtrés par une sorte de tamis idéologique. Ce fut la première fois où prise de becs il y eut entre un civil et moi. Dans le feu de l'échange, j'ai remarqué que nos voisins de table écoutaient. Le lendemain, nous partagerons la même table, lui et moi, comme si rien ne s'était passé la veille. (Suite demain)

  La dépression à l'origine de la consommation de la drogue et l'alcool - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Développons un autre aspect de la drogue : pourquoi des gens en consomment? Le professeur Roques répond à cette question. (Louis-Bernard Robitaille -- La Presse du 23 janvier 1999) Il a présidé la Commission d'enquête sur les drogues licites et illicites disponibles sur le marché français. (Bernard Roques -- La dangerosité des drogues -- Éditions Odile Jacob) Onze scientifiques français et sept consultants étrangers y ont participé. Il a remis son rapport à l'État français en janvier 1999.

D'après lui, la cause essentielle du passage à la toxicomanie dure tient à la personnalité du consommateur. Il y a chez certains individus une prédisposition biochimique au comportement abusif, tenant à la fois au patrimoine génétique et au contexte socioculturel et émotionnel. Roques fait le parallèle avec l'alcool : en France, sur cinq millions de buveurs excessifs, seulement deux millions sont devenus de vrais alcoolos. Il en est ainsi des usagers de la cocaïne : une immense majorité s'en tient à un usage récréatif, sans tomber dans la dépendance.

Prédisposition biochimique, patrimoine génétique, contexte socioculturel et émotionnel, disait le professeur Roques... Que voilà une formulation froidement scientifique, pour ne pas dire aseptisée, nous éloignant d'autant de l'humain, et qui finalement ne nous apprend pas grand-chose. Concrètement, de quoi parle-t-on au juste?

Consultons d'autres auteurs, dont un clinicien œuvrant dans la salle d'urgence d'un hôpital du Québec, le Dr Robert Patenaude, auteur d'un bouquin permettant de voir la condition humaine de plus près. (Dr Robert Patenaude -- 24 heures à l'urgence -- Éditions Québec Amérique, 1999) Drogues et alcool sont de puissants dépresseurs du système nerveux central. Ils augmentent donc les risques de dépression chez un ado normal qui vit des difficultés et ils aggravent la dépression chez un ado déjà déprimé.

Cependant, ils ne sont pas des causes directes de suicide. «Nous savons tous qu'un adulte alcoolique dissimule un adulte déprimé, explique-t-il. Il en est de même chez l'ado qui consomme régulièrement des drogues. Il est trop facile d'accuser la drogue et l'alcool. Bien sûr, cela simplifie énormément nos tentatives de compréhension du suicide et nous enlève toute forme de culpabilité. On se déculpabilise en disant : "Le jeune Patrick s'est suicidé à cause de la drogue."

«Et puis il est rassurant de trouver une cause et de la combattre à coups de millions de dollars. «Seulement, cela n'explique pas le suicide récent (le Dr Patenaude a publié son livre en 1999) de jeunes Amérindiens du Labrador, qui vivaient dans une communauté où il n'y avait pas de drogue, fait-il observer. Ces jeunes se sont pourtant enlevés la vie, en inhalant des vapeurs de pétrole.

«Si un jour il n'y a plus de drogues ni d'alcool, allons-nous devoir interdire le pétrole? s'interroge-t-il. C'est simpliste comme raisonnement, me direz-vous. Mais sachez qu'un grand nombre de parents, de professeurs, de politiciens, de policiers, de directeurs d'école et, bien sûr, de médecins accusent uniquement la drogue et l'alcool, en oubliant complètement la complexité de la dépression. Une grande part de nos impôts ne sert pourtant qu'à combattre le facteur déclenchant que sont la drogue et l'alcool.» (Suite demain)

News du lundi 16 Avril 2012

■  Hk & Les Saltimbanks "On lâche rien" : vidéo (04:43). "Tant qu'y a d'la lutte, y a d'l'espoir".

■  Jean-Luc Mélenchon, à l'heure du choix – Chef du Parti Front de gauche (PG), l'aile gauche du Parti socialiste, il est l'un des dix candidats aux présidentielles, en France : le 1er tour du vote est prévu pour le dimanche 22 avril, le 2e le 6 mai. Un passionné, dans le beau sens du terme, brillant, engagé socialement, sincère.

C'est un rebelle, veut une révolution citoyenne dans ce pays – à quelques reprises, il a utilisé le mot «insurrection». Il attire les foules mais ce n'est pas un démagogue. Son discours est une réaction politique aux crises financières et l'endettement des pays, qui ont appauvri le monde entier, et qu'on n'arrive pas à surmonter. À cela s'ajoute la montée de la droite et du néo-libéralisme. Faut l'entendre et le voir pour le découvrir et se faire un opinion : vidéo (41:20).

■  Le civil Rodrigue m'invite chez lui, sort un poêlon, nous fait sauter chacun une crêpe - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un soir de l'hiver 1997-98, je reviens d'une longue marche de santé. Suis presque rendu à mon appart, rue Cherrier. Il fait très froid. Trois de mes orteils sont quasiment gelées, ne les sens presque plus. En vieillissant, le sang circule moins bien à ces extrémités du corps.

Pas le choix, faut que j'arrête me réchauffer quelque part, sinon elles gèleront complètement. Étant devant la station de métro Sherbrooke, rue Berry, je décide d'y faire un arrêt. À l'intérieur, j'en active la circulation sanguine en marchant jusqu'à la porte-est puis je reviens sur mes pas. Au moment où je monte l'escalier menant à la sortie-ouest, j'entends derrière moi crier : «monsieur, monsieur...», me retourne, vois quelqu'un grimper quatre à quatre les marches pour me rattraper. C'est Rodrigue.

Suis étonné qu'il me donne du «monsieur», depuis le temps qu'on se tutoie. Nous nous installons sur le banc, juste en face de la porte, parlons de dramaturgie, de comédiens. Le sujet de conversation qu'il a amorcé n'est pas gratuit. Il m'ausculte pour savoir si je lui joue la comédie. Ma présence à la station de métro, à cette heure, l'intrigue. Nous échangeons là-dessus pas loin de trois quarts d'heure.

Il est passé 23h, je dois rentrer chez moi. Il m'emboîte le pas. Arrivés coin St-Hubert, il m'invite à son domicile, me dit que c'est tout proche. J'accepte. Deuxième étage d'une maison de chambres appartenant à l'Office d'Habitation de Montréal, rue St-Hubert, coin Napoléon. Dès mon entrée, lui fais part de mes gros soupçons quant à sa véritable identité. Il nie être policier, mollo, trop mollo. Si on me faisait part d'un soupçon semblable à mon égard, je nierais en y mettant plus d'énergie.

On a vite fait le tour de sa toute petite chambre. Tout est placé le long des murs, avec au centre à peine d'espace pour quatre ou cinq personnes debout : petite table de cuisine et deux chaises droites, fauteuil, lit simple, petite armoire, frigo, évier, poêle, porte d'entrée. Pas de téléphone, pas de télé. J'enlève mon manteau, le dépose sur le lit, m'assoie dans le fauteuil.

Rodrigue sort un poêlon, nous fait sauter chacun une crêpe, que nous dégustons avec mélasse et jus de fruit. Bien sûr, il en profite aussi pour me cuisiner. Le petit lunch n'a pas d'autre but que de créer un climat propice aux confidences. On ne s'en sort jamais, avec les civils. Toujours en train de fouiller dans votre tête et votre cœur. C'est notamment ce qui permet de percer assez rapidement leur véritable identité.

Certains jours, l'approche est particulièrement flagrante. Attribuable à la routine, le pire ennemie du civil. Jouer la comédie exige de la concentration. Pas facile, lorsqu'on la joue huit ou dix heures par jour. Le flic devient plus expéditif et ça transparaît dans ses rapports avec les autres. On peut penser qu'il y a aussi des jours où il en a ras le bol des feux de la rampe.

Après avoir mangé, je reprends place dans le fauteuil, lui s'assied sur le lit, le dos appuyé contre le mur. Il a enlevé ses bottes, allumé une cigarette et déposé le cendrier sur.... mon manteau. Il gesticule quand il parle, secoue sa cigarette au-dessus du petit cendrier, sans trop viser. Suis un peu inquiet, crains qu'une cendre brûlante tombe dessus.

C'est au moment où il pose la main à plat sur l'une des poches et commence à en palper le tissu en me fixant droit dans les yeux que le déclic se fait dans ma tête. Il cherche à en deviner le contenu. Monsieur m'a surpris à 22h faisant un aller retour dans la station de métro sans prendre le métro. Monsieur pense que j'ai de la drogue dans la poche de mon manteau. Je plante mes yeux dans les siens, lui dis n'avoir jamais touché à la drogue de ma vie. Semble rassuré.

Il entreprend ensuite de me convaincre qu'un jour notre civilisation retournera à l'époque du Moyen Âge, beaucoup de nos acquis seront alors réduits à néant. Perspective d'avenir pour le moins déprimante. Finalement, las de cet interrogatoire grossier, lui reproche amicalement de tout peindre en noir pour me forcer à sortir tout ce que j'ai dans la tête. Moment de silence, sourire. C'est presque un aveu. L'instant d'après, il se lève, m'indiquant ainsi le moment de partir. (Suite demain)

■  Denise : ça s'attrape vite, le sida, pis ça meurt vite quand tu consommes de la drogue - (Suite tome 3 de L'étau Policier) Quittons l'Angleterre pour le Québec, Canada. Bibeau, professeur au département d'anthropologie de l'Université de Montréal, et Perreault, anthropologue et chercheur à l'Institut international de Montréal, font une bonne lecture des «Dérives montréalaises», pour utiliser le titre de leur ouvrage édité en 1995. (Gilles Bibeau et Marc Perreault -- Dérives montréalaises -- Éditions Boréal)

Ce ne sont pas des dilettantes, puisqu'ils ont enquêté dans ce milieu sordide des piqueries. Leur conclusion? En faisant de ces personnes des hors la loi irrécupérables et des parias aux valeurs antisociales, l'État et les services publics se sentent autorisés à ne délier que parcimonieusement les cordons de leur bourse, voire à supprimer les fonds, alors qu'il s'agit de programmes spécifiques comme celui de la méthadone pour les héroïnomanes et celui d'échange des seringues.

Constatons que, déjà en 1995, ces deux universitaires savaient, avaient publié un livre, qu'aucun de nos élus -- municipaux et gouvernementaux du Québec et du Canada -- ne semblent pas avoir lu... Les auteurs relatent le cas de Denise, qu'ils ont interviewée. Elle prend ses seringues neuves au Centre d'action communautaire auprès des toxicomanes utilisateurs-trices de seringues (CACTUS), situé dans le centre-ville de Montréal, au 1209 de la rue St-Dominique, et les donne aux filles.

«J'ai vu une fille se maganer assez, c'est incroyable ; J'en ai vu mourir du sida. J'ai deux de mes chums qui ont le sida, j'en ai une qui est morte, Manon... Ça s'attrape vite, pis ça meurt vite quand tu consommes.» Denise donne son opinion sur les piqueries, bien placée pour en parler en connaissance de cause car elle les fréquente.

«C'est quasiment nécessaire parce qu'y faut quand même des endroits où est-ce qu'y a pas d'enfants ; où est-ce que les filles sont en sécurité ; qu'y se font pas violer non plus par personne. Veut, veut pas là, même si (ce sont) des gelées, (ce sont) quand même des êtres humains. (...) moi, je me souviens du temps où est-ce qu'y en avait pas beaucoup de piqueries... eh ben, c'était dans les parcs qu'(elles) allaient, c'était partout : dans les escaliers des immeubles, c'était n'importe où ;

«pis c'est peut-être là que le sida s'est développé le plus, (...) qu'y a eu le plus d'overdoses aussi parce que les filles se reposaient pas, y pouvaient pas dormir, y pouvaient pas manger... «Dans les piqueries... écoute, c'est un logement... moi j'étais le genre de fille qui mangeait pis qui dormait le plus souvent possible pour avoir des highs les meilleurs. Fait que quand j'arrivais avec mon lunch, y en avait toujours une ou deux qui avaient faim, pis j'ai faisais manger... Si j'avais pas eu ces places-là pour dormir, je serais morte. C'est quand même un repère pour les itinérants.

«C'est ben dommage que ça soitdes piqueries, mais qu'est-ce que tu veux faire, les filles consomment, y ont besoin... y vont consommer dans des places où est-ce qu'y peuvent se reposer. Sinon y consommeraient dans le milieu de la rue, y consommeraient pareil, veut, veut pas, t'sé, y vont consommer. (Ce sont) des droguées, pis tant et aussi longtemps qu'y se font pas soigner (elles vont) être comme ça.»

À Montréal, racontent les deux auteurs, c'est surtout dans les environs du quartier Parc Extension et de l'Avenue du Parc que l'on trouvait, à la fin des années 1970, la première concentration de piqueries où se rendaient les usagers d'héroïne. Dans ces appartements, on vendait la drogue en fraction de point et on y offrait même parfois le «service complet d'injection». On ne restait habituellement sur les lieux que le temps de «cuver son flash».

Comme la durée d'existence d'une piquerie est relativement courte -- environ trois mois, à cause des descentes policières, des plaintes des voisins, des morts par overdose, etc. --, les gros tenanciers se doivent d'avoir toujours à leur disposition des appartements libres prêts à les accueillir en cas de déplacement forcé de leur commerce.

Je n'ai pas enquêté dans une piquerie. J'en ai cependant entrevue une, près de l'endroit où j'habitais. C'était à la fin des années 1980. La police y avait effectué une descente. Peu après son arrivée, m'étais rendu sur les lieux. Elle avait enfoncé la porte, ne restait plus qu'un seul occupant, un drogué, vivant un bad trip, maintenu le dos au plancher par 4 policiers agenouillés, un à chaque membre.

Dans de vigoureux bonds, son corps se courbait en arc, sa tête émergeait au-dessus d'eux, les yeux transformés très exactement en une cible, avec ses cercles emboîtées les uns dans les autres. Émouvant! Ils le tenaient fermement, pour l'empêcher de se heurter aux murs, aux meubles, et se blesser, mais avec une certaine retenue. Leur attitude, leur regard, j'ai senti en quelque part une certaine humanité. (Suite demain)

News du dimanche 15 Avril 2012

  Québec-amiante : il y en a dans 289 immeubles gouvernementaux – Et encore, la liste n'est pas complète. Il a fallu que le journaliste de Radio-Canada utilise la Loi d'accès à l'information pour le savoir. Le gouvernement de Jean Charest s'y opposait. (NDLR : Décidément, le chef du Parti libéral a de gros problèmes avec la transparence. Faudra bien un jour que des journalistes de différents médias se groupent pour dresser la liste de tout ce que ce Prince de droit divin et ses courtisans cachent aux Québécois.)

  Syrie : l'ONU a envoyé aujourd'hui une équipe d'observateurs – Plus de 30 militaires non armés, qui surveilleront si le cessez-le-feu est en vigueur. Une décision adoptée unanimement par les membres du Conseil de sécurité. Même si la situation politique et miliaire évolue, la priorité immédiate pour les organismes humanitaires est d'obtenir un accès sans entrave des personnes vivant dans les zones où il y a eu d'intenses combats. On évalue qu'au moins un million ont besoin d'aide.

  Abolition de la peine de mort au Connecticut – Le gouverneur démocrate de l'État Dannel Malloy : «Je suis content que la Chambre ait voté pour le projet de loi, et une fois sur mon bureau je la signerai». Il y a un hic de taille : la loi n'est pas rétroactive, 11 condamnés feront donc le grand voyage d'où on ne revient pas, qui sera plus difficile à accepter pour eux suite à l'abolition. (NDLR : Pourquoi eux? Pour le plaisir morbide, conscient ou pas, d'une dernière cruauté?)

  La photo du civil Rodrigue figure dans un rapport annuel de la police de Montréal - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Comme tous ses collègues, Rodrigue non plus ne fait pas un job facile. Patrouillant à pied ou faisant le pied de grue, peu importe la température, cherchant à s'infiltrer partout, parlant à tout le monde. Un passionné du métier, ça paraît.

Le peu de cheveux qu'il a, il les rase. Huilé et bronzé, son crâne reluit comme une boule de billard. Certains jours, il ressemble à Lénine, d'autres à Trotski, avec le bouc du faux subversif, la chevelure en moins. Fausse, la barbichette? Possible parce que parfois sa couleur variait un peu. N'ai jamais osé vérifier...

Officiellement sans emploi. Joue au gars qui voit tout en noir, tactique permettant de repérer ceux récriminant contre le système : sa photo figure dans l'un des rapports annuels de la police de l'île de Montréal. Astrologue aussi à ses heures. Parlerait et écrirait le mandarin. Quand vous le rencontrez dans un resto, il lui arrive souvent de sortir de son sac et d'étaler négligemment à votre vue, sur la table, quelques feuilles recouvertes d'idéogrammes. C'est beau, proprement fait, du travail d'artiste.

Je doute qu'il en soit l'auteur, doute tout autant qu'il parle le chinois comme il le prétend. A probablement appris une dizaine de mots, à dessiner quelques idéogrammes, afin de leurrer la galerie, mais je crois que ses connaissances se limitent à ça. Elles font parti de tous ces éléments factices qu'il utilise pour se créer une identité d'emprunt. Lui ai même dit un jour de cesser de m'ennuyer avec ses histoires de Chine, car il avait tendance à m'en parler quasiment à chaque fois qu'on se croisait. Lassant à la longue. Il n'avait pas aimé. J'avais eu droit au gros rire intimidant, typiquement policier. Il n'a plus insisté.

Quand vous le croisez sur la rue, parfois il s'approche très près de votre visage pour vérifier si vos pupilles sont dilatées. Arrive toujours à l'improviste. L'apercevez-vous, qu'il est déjà à six pouces de votre visage, la tête penchée sur le côté en train de vous les scruter attentivement.

Un jour, je m'en allais souper à l'Armée du Salut, coin St-Antoine et Guy, où m'attendaient Norbert et Gilberte. Au moment où je passe devant l'ancienne Place Dupuis, le voilà qui surgit tout à coup, me demande où je vais, le lui dis. Trouve que c'est une bonne idée, s'enquiert s'il peut m'y accompagner. J'accepte, c'est loin, ne refuse jamais un compagnon de route. Il fait à peine deux, trois pas avec moi pour changer aussitôt d'avis.

Il a des choses plus urgentes à s'occuper. Ne me le dit pas, je le vois bien. Un commerce flambe au coin de Ste-Catherine-St-Hubert. Il y a là plein de fumée, les pompiers sont sur les lieux, beaucoup de curieux aussi. Je comprends que son travail, cet après-midi-là, consiste à faire le tour des badauds au cas où il n'y aurait pas un pyromane parmi eux.

Notre brève rencontre lui a permis de savoir où j'allais et, en disant vouloir venir avec moi, de vérifier si j'y allais vraiment. Sans doute aussi pour vérifier s'il n'y avait pas un petit incendie qui flambait quelque part derrière mes yeux. (Suite demain)

  Coup de fil de l'hôpital, on a retrouvé Sally dans les toilettes d'une station de métro - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Regardons comment se déroule la vie quotidienne du consommateur de drogues dures fréquentant des piqueries illégales, petite virée touristique nous donnant une petite idée... D'abord une piquerie de Londres, Angleterre, ensuite deux à Montréal, Canada. Années 1970, dans un Day Care Center, à Londres (Anne-Marie Tiberghien -- Comme un Chat sauvage -- Éditions Robert Laffont, 1986) :

ce témoignage de l'auteur Tiberghien date un peu, cependant la façon de faire perdure encore au début des années 2000. Elle y a œuvré quelque temps avec des travailleurs sociaux, des bénévoles. Ces centres d'accueil de jour, raconte-t-elle, forment un réseau dense, la géographie secrète des intoxiqués. Sur le terrain, elle a vu agir ceux qui, malgré les échecs et parfois les morts par overdoses, malgré l'agressivité et les bagarres permanentes, luttent et travaillent contre la misère, la solitude et le rejet.

Le centre est réservé aux jeunes drogués ayant atteint un stade avancé de dépendance. Sans travail, sans attache, la plupart du temps adeptes de drogues dures. «Ils sont dans un état pitoyable : dents noires et abîmés, corps couturé de cicatrices et d'abcès, ils passent leur temps à se gratter, titubent, tremblent, tombent, relate-t-elle. Ils n'ont plus le goût à rien, ni à la nourriture, ni à l'amour. Leur mémoire est fantaisiste comme leur sommeil, leur nervosité, immense, leur agressivité, permanente. Des bagarres violentes éclatent à tout moment, à coups de tessons de bouteilles ou à coups de couteaux. (...)

«Que de tristesse à voir mourir parfois ces gamins faits pour vivre, qui crèvent comme des chiens décharnés, misérables, malades, abandonnés de tous.» Tiberghien rapporte un cas. «Un soir, coup de fil de l'hôpital au centre : on a retrouvé Sally dans les toilettes d'une station de métro -- cocktail de vodka et d'amphétamines. Elle est dans le coma. On se précipite.

«Spectacle atroce que ce corps allongé derrière la vitre, visage décomposé, souffle irrégulier, peau sale et blanche, tachée de traces jaunâtre, l'hépatite... Comment ne pas se sentir accusé, ne pas se reprocher de ne pas se donner assez, elle avait besoin d'une main, d'un cœur, peut-être seulement d'une oreille.»

Tiberghien nous décrit plus explicitement la mission de ces centres. «Ils sont équipés de salles d'accueil, autour des éléments de chauffage s'accumulent fauteuils et coussins, un coin cuisine où bout en permanence l'eau pour le thé, une salle avec machine à laver, machine à coudre, douche... Une pièce, enfin, réservée aux drogués qui veulent se piquer! Pas d'emploi du temps, il serait impossible à respecter. Il s'agit de déculpabiliser tout en redonnant aux jeunes l'envie de revenir, de se retrouver, de partager quelque chose ensemble, un bout de calme.

«Au début, beaucoup viennent vaguement chercher des adresses -- travail, logement --, ou bien passer un moment agréable, à lire, parler, boire une tasse de thé... Peu à peu, peut-être, d'autres mettront leurs pas sur la route de la désintoxication et de la réhabilitation -- un mot qui revient sans cesse dans toutes les conversations, avec sa charge d'ironie, de frayeur, mais aussi d'espoir à peine avoué, précise-t-elle.

«En tout cas, ils ne se sentent pas réprouvés, jugés, chassés, punis. Premier pas -- si hésitant -- hors de la détresse et de la solitude ; premier lieu -- si imparfait soit-il --, où la personne traquée se sentira chez elle, tels sont l'espoir et la conviction des animateurs.» (Suite demain)

News du samedi 14 Avril 2012

  Québec : le financement occulte des partis politiques – L'équipe de l'émission "Enquête" de Radio-Canada nous en trace un portrait qui ouvriront grand les yeux à bien du monde : vidéo (42:40), agrandissez l'écran, en haut, à gauche, cliquez "plein écran". On y traite surtout de l'entreprise québécoise Roche ingénieurs-conseils : son slogan publicitaire "On gère de près" en dit long, contexte étant.

Rappelons qu'en novembre 2011 le gouvernement libéral de Jean Charest, poussé dans le dos par des réactions publiques, a créé la "Commission d'enquête de la juge France Charbonneau sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction". Les citoyens possédant des renseignements à ce sujet sont invités à la contacter, par téléphone ou courriel : voir au sommet de la page du site. En outre, les audiences y seront diffusées en direct et différé. Le moment venu, je vous en informerai.

Cette enquête est extrêmement importante car tous les partis politiques sont impliqués. Parce que finalement se sont les citoyens qui payent les campagnes électorales, et ce, sans le savoir. Plus choquant encore : leur contributions peut être versée à un parti qu'ils ne veulent pas voir au pouvoir. On en viendra aussi, forcément, à traiter de l'appel d'offre octroyé au plus bas soumissionnaire qui, après la signature du contrat, ajoute des surplus. Que cachent-ils? D'autres factures illégales que les citoyens doivent payer de leur poche, sans le savoir?

■  Un jour, Rodrigue, le policier en civil, s'est vraiment mis en colère contre moi - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) C'était la deuxième fois que je voyais Rodrigue en compagnie de cette femme. La première remontait à une couple d'années. Rodrigue et moi avions pris l'habitude de se rencontrer de temps à temps dans un resto de la rue St-Laurent à Montréal où nous passions quelques heures à discuter de choses sérieuses en buvant du café.

Une fois, elle s'était jointe à nous. Rodrigue me l'avait présentée comme travaillant avec un groupe de jeunes sur différents projets, dans un loft lui appartenant. Un autre civil nous accompagnait. Lui se disait professeur de mathématiques à la retraite. Il donnait, prétendait-il, des cours de rattrapage à des étudiants.

Me souviens que cet après-midi-là, cherchant à connaître un peu mieux Rodrigue, je m'étais permis de lui décocher quelques questions bien ciblées sur ce qu'il faisait, d'où il venait. Il s'était vraiment mis en colère contre moi, me disant le ton haut perché qu'il n'aimais pas qu'on l'interroge sur sa vie privée. Indigné au point de se lever comme s'il allait partir, pour ensuite reprendre sa place.

Assis à ses côtés, sur la même banquette, j'avais tenté de le calmer un peu en enveloppant amicalement ses épaules de mon bras et le berçant doucement. J'avais fait remarquer à la blague aux deux autres que c'était un bon gars, quoique parfois un peu chiant, qualificatif prononcé à la française, la nasale bien accentuée. L'avais même répété.

Je n'avais pas été sans percevoir la réaction de la jeune femme assise juste en face moi. Elle riait d'un rire retenu, un peu scandalisée de ma remarque et de mon comportement, avec l'air de me dire du regard : "Tu ne sais pas à qui tu parles".

Beaucoup plus tard, Rodrigue tentera de me faire avaler que son père est presque mourant à l'Hôpital St-Luc. Là encore, je ne le croirai pas. Ce type a perdu toute crédibilité à mes yeux, comme plusieurs de ses collègues du reste. Rodrigue n'en demeure pas moins un chic type. Il lui arrive de tirer de son sac une minuscule boite en métal contenant de tout petits bonbons verts pâles, à peine plus gros que des pois numéro deux, qu'il ouvre délicatement, et de vous en offrir un... par année. Je me sentais privilégié. (Suite demain)

  Comment diable peut-on refuser de sauver des vies parce qu'il n'y a pas consensus ? - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Au sujet des piqueries légales où le consommateur dispose de seringues neuves, non contaminées par le sida, entre autres, on prétendait en janvier 1999 qu'il était trop tôt. (Jean-François Bégin -- La Presse du 27 janvier 1999)

Le Dr Denis Roy, directeur de la santé publique de Montréal-Centre, admettait leur utilité dans la lutte contre le VIH : «C'est clair que ça un grand potentiel. Cependant, les pays qui sont allés de l'avant avec une approche aussi radicale, soulignait-il au journaliste Jean-François Bégin de La Presse, l'ont fait sur la base d'un consensus social fort, qui n'existe pas présentement au Québec.»

Interrogeons-nous, allons plus loin que le Dr Roy. Quel effort le pouvoir politique déploie-t-il pour en construire un? Et puis, est-ce un passage obligé, ce consensus, quand on sait que des citoyens meurent entre-temps pendant que d'autres continuent de propager leurs maladies? Dans notre histoire, des hommes et femmes politiques courageux ont su notamment abolir la peine de mort, mesure qui était loin de rallier l'assentiment de la majorité, et légaliser l'avortement, qui ne faisait pas l'unanimité non plus.

Comment diable peut-on refuser de sauver des vies parce qu'il n'y a pas consensus? Sommes-nous en présence d'un cas de tyrannie de la majorité? Mais peut-on vraiment parler de tyrannie, quand on sait que dans une société libérale, à la limite, chaque citoyen ou groupe de citoyens réclame la tyrannie de l'État à son seul bénéfice contre tous les autres.

En y réfléchissant bien, on réalise qu'elle est plutôt celle du pouvoir et de sa police. S'ils croyaient vraiment en la nécessité de construire une société plus humaine, ils prendraient les moyens d'en convaincre la population. Seulement voilà, ils préfèrent maintenir la répression charcutante, couper dans le vif avec le scalpel.

Et lorsqu'ils sont acculés au pied du mur par les médias, ils arguent que la population n'est pas prête à l'accepter. Cercle vicieux d'où on ne sort jamais. Tourner en rond pour maintenir le statut quo, la punition par la violence et la souffrance. Accepter que des citoyens meurent faute de soins médiaux. Ce pouvoir et sa police pensent que leur Guerre Sainte est plus importante que la vie. Voilà la vérité nue. (Suite demain)

News du vendredi 13 Avril 2012

  Haïti : dénonciation d'un complot visant à renverser le Président Martelly – Lors d'une conférence de presse d'urgence tenue aujourd'hui, les gouvernements haïtien et dominicain ont déclaré détenir des informations à l'effet que le colonel à la retraite Pedro Julio Goico Guerrero aie organisé et mis en œuvre un plan à cette fin. Rappelons qu'en Haïti les hommes armés refusent toujours d'évacuer les anciennes casernes de la défunte armée du pays.

■  France : Céline Duflot, grande spécialiste du développement durable – Cette secrétaire nationale d'Europe écologie – les Verts – est la meilleure personne à en traiter en profondeur. Elle est au courant de tout en la matière, intéressante à écouter : vidéo (43:00) de l'entrevue à l'émission Publc Sénat. On y parle politique aussi, forcément, le premier tour des élections présidentielles se tenant le 22 avril. Notez que sur ce site il faut activer le SON.

  D'autres perceptions permettant de repérer des civils - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un jour je vois Norbert enlever des mains le paquet de cigarettes d'un habitué d'un resto communautaire, l'examiner attentivement, lunettes de lecture sur le bout du nez, poser deux ou trois questions carabinées -- contrebande? Mais sans prononcer le mot.

Après le départ de l'usager, lui fais remarquer avoir reconnu le style -- du policier enquêtant. Me faut le répéter, en l'encourageant de clins d’œil complices, le visage tout plissé de rire, pour qu'il me consente finalement un petit sourire sec, à peine perceptible. La complicité est microscopique. Insuffisante pour prétendre que nous sommes entre initiés.

Quand un civil craint que son identité soit percée, il utilise une panoplie de trucs pour déjouer les soupçons. Un après-midi Rodrigue et moi déambulons rue St-Denis, à Montréal. Nous croisons une jeune femme, l'une de ses collègues. Il se précipite vers elle, la prend par le bras, s'en écarte légèrement pour mieux apprécier sa tenue vestimentaire et la félicite du «beau rôle» qu'elle a choisi.

La femme partie, je lui demande si celle-ci est comédienne. Pris de court, il baisse la tête, incapable de formuler une réponse. Comme tout civil réalisant qu'un mot de trop -- «beau rôle» -- a mis en péril leur véritable identité, la sienne et celle de sa collègue, il tente aussitôt d'étoffer davantage sa fausse identité en me quémandant de l'argent pour un café.

Le bout du bout! Moi, pauvre comme Job, payant un café à un flic gagnant au delà de 50 000 $ par année. En ces temps de disette, il n'a droit qu'à 0.75¢. L'homme ou la femme jouant à celui n'ayant pas d'argent pour se payer un café, que voilà une belle cachette pour un civil.

Certains raconteront avoir déniché un job, disparaîtront pour réapparaître un mois plus tard et jouer aux travailleurs découragés d'avoir été mis à pied ou congédiés. Souvent, cela suffira à vous convaincre que vous aviez tort de penser que... Momentanément, car, les contacts quotidiens reprenant, ce n'est pas long que la certitude refait surface.

Une autre tactique consiste à s'attirer la sympathie ou la pitié. Très rare que cette ruse ne fasse pas mouche. Si vous êtes le moindrement sensible à la misère des autres, vous tomberez dans le panneau les deux pieds joints et, comme il m'est quelques fois arrivé, compatirez à leur sort, essaierez tant bien que mal de recoller les morceaux. À la condition, bien sûr, que ces civils soient bons comédiens, dans le cas contraire...

Rodrigue me jouera le rôle de celui dont les jours sont comptés. Presque plié en deux par la douleur, l'air souffreteux, monosyllabique, se disant atteint d'une maladie mystérieuse, incurable, il se demandait sérieusement s'il allait passer l'hiver. Il en mettait, en mettait. Ne l'ai pas crû. J'avais accumulé trop de recoupements sur son compte.

Le printemps venu, il était d'ailleurs toujours là, bien en vie, trop pour le mort en sursis qu'il avait été deux mois plus tôt : légèrement bronzé, yeux brillants, convivial, et accompagné d'une jolie femme plus jeune que lui, quoique collègue plutôt qu'amante. Par la suite me suis un peu amusé à ses dépends, à une couple d'occasions, disant que sa mère avait dû prier pas mal fort pour qu'il recouvre miraculeusement la santé, caricaturant à gros traits son état souffreteux d'alors. (Suite demain)

Canada, 2001 : plus de 62 500 consommateurs de drogue injectable contaminés par le sida et l'hépatite - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Et la méthadone dans les prisons? Peu ou prou. Pourtant quelques intervenants étaient prêts, dès l'automne 1998, à en dispenser le traitement à des détenus purgeant des peines dans des établissements québécois (Brian Myles -- Le Devoir des 22, 23 et 24 septembre 1998) : le Dr Pierre Lauzon et son collègue Côté de CACTUS étaient de ceux-là. Et la situation perdurait en juin 2002.

D'après Marlène Langlois, du Service correctionnel du Québec, il n'existe pas, dans les centres de détention du gouvernement du Québec, de directive sur l'administration de la méthadone. (Simon Diotte -- La Presse du 19 juin 2002) Chaque établissement a sa propre politique. «Il faut savoir que des héroïnomanes, on n'en trouve pas partout. À l'extérieur de Montréal, ils se font plutôt rares (sic). Là où il y a des patients, des médecins sont chargés de les suivre», explique-t-elle.

Cependant, dans les établissements québécois et fédéraux, le traitement est réservé à ceux l'ayant entrepris avant leur incarcération. Pourquoi donc? «Nous n'avons pas le personnel pour l'offrir à tous les candidats», précise Langlois. Dans les 12 pénitenciers fédéraux du Québec, elle y est administrée depuis 1998 : ce mois de juin 2002, seulement 30 personnes y ont accès.

En mai 2001, suivant le journaliste Dennis Bueckert de la Presse canadienne, on dénombrait au Canada 125 000 consommateurs de drogues injectables, dont plus de la moitié (plus de 62 500) avaient été contaminés par le sida et l'hépatite C. (Dennis Bueckert, Presse canadienne -- La Presse du 5 mai 2001)

Les lois fédérales interdisant l'usage des drogues, de nombreux travailleurs du secteur public de la santé craignent d'être traduits devant la justice s'ils fournissent le matériel nécessaire aux personnes ayant développées une dépendance. Combien de ces plus de 62 500 en informaient leur partenaire sexuel ou, à tout le moins, utilisaient le condom?

Pourtant, le ministère fédéral libéral de la Santé, sous le gouvernement Chrétien, évaluait, cette même année, que les cas de VIH-sida attribuables à l'injection de drogues occasionneraient des coûts de quelque 8,7 milliards de dollars au cours des six années suivantes. Les coûts de l'hépatite C devaient être encore plus élevés. Voilà qui permet de saisir encore un tout petit peu plus les conséquences de la Guerre Sainte : l'ampleur du charnier, les innombrables atteintes aux droits fondamentaux et les coûts astronomiques. Quelle violence... organisée!

À l'été 2001, un ex-détenu héroïnomane de Toronto, Joason Pothier, intente une poursuite de 25M$ contre le gouvernement fédéral et certains de ses organismes. (Presse canadienne -- La Presse du 21 août 2001) À l'époque où il purgeait une sentence dans une prison fédérale on lui avait refusé des seringues neuves et de la méthadone, alors il avait contracté sida et hépatite C.

Il avait commencé à s'injecter de l'héroïne au pénitencier de Collins Bay, où il avait séjourné entre septembre 1997 et mars de l'année suivante, avant d'être transféré à celui de Warkworth, deux établissements situés en Ontario. Son avocat, Darrell Kloeze, avait bon espoir que la cause permettrait éventuellement aux détenus d'obtenir plus facilement méthadone et seringues neuves, et à ceux infectés par la sida, de recevoir leurs médicaments. (Suite demain)

News du jeudi 12 Avril 2012

  Ministre québécois Sam Hamad accusé de voler des cerveaux au Brésil où l'éducation est gratuite – De passage dans ce pays avec notamment le premier ministre Jean charest, il a été apostrophé à ce sujet par un étudiant non identifié faisant le lien avec la situation des étudiants québécois confrontés à des frais de scolarité très élevés : vidéo (00:47) + communiqué du gouvernement du Québec sur la délégation de ministres et fonctionnaires au Brésil.

  Syrie : Kofi Annan encouragé par la cessation des hostilités – Sa déclaration d'aujourd'hui : «La Syrie fait apparemment l'expérience d'un rare moment de calme sur le terrain. Cela apporte du soulagement et de l'espoir au peuple syrien qui a tant souffert depuis si longtemps dans ce conflit brutal. Cela doit continuer. Toutes les parties ont l'obligation de mettre en œuvre pleinement le plan en six points. Cela comprend à la fois les dispositions militaires du plan et l'engagement à faire avancer le processus politique J'exhorte tous les Syriens à saisir cette opportunité.»

■  Un témoin dévoile le financement illégal des partis politiques du Québec – En plus claire : une entreprise adressait à une municipalité complice de fausses factures, encaissait l'argent et la lui remettait. De cette façon on était certain d'obtenir des contrats. Le tout aux frais des contribuables. Ce témoin est bien placé pour en parler puisqu'il faisait parti lui même de ce réseaux clandestin. Il s'occupait aussi de campagnes électorales. Selon lui, tout le monde le faisait. Et ce système des fausses factures existe depuis les années 1950 : vidéo (04:26).

(NDLR : Il en a fallu du temps et beaucoup de pression pour que le premier ministre libéral Jean Charest accepte de créer une commission d'enquête. Ainsi en avait-il été du scandale de la nomination des juges par Charest, la séparation des pouvoirs n'existait pas, dans ce cas-ci : dans d'autres secteurs, l'absence de transparence est évidente. Pour compléter le bouquet, ajoutons le fait qu'il en avait défini lui même le cadre à ne pas dépasser : il n'était pas question de trouver un coupable, seulement d'améliorer le processus, donc à la fois juge et parti.)

  Je dis à Norbert, le policier en civil  : «Envoie, salopard, viens-t-en!» - Suite tome 1 de L'Étau Policier) Un jour, après nos agapes à cette soupe populaire, lui et moi remontons Berry. Je vois venir dans notre direction une de mes connaissances. Un ex-fonctionnaire à la retraite du gouvernement du Québec, barbe blanche à la Hemingway. Ce matin-là, il n'a pas la pipe vissée au coin de la bouche. Je le connais depuis plus d'un an.

Un homme contre lequel je nourris une petite rancune. Lui en veux un peu de ne pas avoir voulu faire tandem avec moi quand j'ai commencé à faire du bénévolat au resto Bouffe-Héberge. Car il venait y faire son tour de temps à autre. À un moment, je croyais vraiment l'en avoir convaincu. Lui et moi avions répartis certaines tâches puis on ne l'y avait plus revu.

À nous deux, nous aurions facilement réussi ce que je n'ai pu faire seul : écarter les irresponsables dirigeant cet organisme, redresser la situation financière et développer des activités à l'intention des usagers. Je m'en étais d'ailleurs déjà confié à Norbert.

Celui-ci a vu aussi l'ex-fonctionnaire se diriger vers nous, probablement en route vers l'Accueil Bonneau. Il me chuchote : «Ton ami s'en vient!». Cela dit sur un ton laissant entendre qu'il ne l'est plus. Sans être des intimes, l'ex-fonctionnaire et moi échangions quelques mots. Au moment de lui serrer la main, ce matin-là, je réalise à son attitude glaciale que Norbert a raison : il n'est effectivement plus mon ami.

Que sait-il passé? Ne serais pas du tout étonné que mes "amis" y soient pour quelque chose. Ils ont déjà détourné de moi des gens de Jeunesse au Soleil et de la Maison des amis du plateau Mont-Royal. Cette méchanceté me blesse. Me réconforte intérieurement, n'ai pas à rougir ou avoir honte : moi, je ne porte atteinte aux droits fondamentaux d'aucun citoyen.

Autre petite méchanceté de la même eau. Accueil Bonneau. Après le repas, Norbert et moi se dirigeons vers la sortie. Près de celle-ci, longeant le mur ouest, de longues tables où sont disposées de grandes boîtes contenant des denrées qu'on distribue gratuitement. D'habitude, il n'y a que du pain, parfois des pâtisseries.

Ce jour-là, on distribue aussi des oranges. Norbert en prend deux, m'indique du menton d'en faire autant. Au moment où je plonge la mienne dans la boîte, les deux préposées, deux collègues de la directrice, se mettent à gueuler après moi, prétextant que mon "ami" en a déjà deux, me désignent avec force gestes la porte de sortie. Le ton est vindicatif. Suis vraiment surpris de la charge.

Norbert me présente sa main tenant les deux oranges, me demande gentiment si j'en veux une. Oui, j'en prendrais bien une... mais n'y arrive pas, il les tiens trop solidement. Rendus à l'extérieur, il m'en offrira une. Cette fois, il semblera sincère, mais je refuserai, suis parfaitement capable de m'en passer. Qu'a donc bien pu dire la police à la direction de cet organisme pour qu'on m'y traite ainsi?

Parfois, je m'offre une petite vengeance. Ainsi ce jour où je m'y rends déjeuner, je croise Norbert dans le tunnel de la rue Berry, près de la rue de la Commune, là où niche l'organisme. Lui demande de m'y accompagner. Il refuse, en arrive, a déjà mangé. J'insiste, autre refus, lui lance pour le secouer un peu : «Envoie, salopard, viens-t-en!» Il n'apprécie pas. Pendant un bref instant, j'ai l'impression qu'il va me sauter dessus. Il le pourrait, l'endroit est désert. Puis finalement consent à me suivre. (Suite demain)

  La façon dont on traite les prisonniers est un reflet de celle dont la société traite ses citoyens - Suite tome 3 de L'Étau Policier) Visitons un autre charnier : les prisons relevant de la juridiction du gouvernement du Québec, où sont détenus ceux purgeant des sentences de moins de deux ans.

Référons-nous à l'enquête de plus d'un an effectuée par Me Daniel Jacoby, le Protecteur québécois du citoyen, et dont le rapport a été déposé à l'Assemblée nationale au début de 1999. La situation qu'il décrit est hallucinante. (Denis Lessard -- La Presse des 26, 27 janvier et 2 février 1999)

D'abord le VIH, dont le taux d'infection y est en nette croissance, rapporte le journaliste Denis Lessard de La Presse : 25 fois plus élevé que dans la population en général, attribuable en partie au fait qu'on emprisonne beaucoup de toxicomanes et qu'en prison, on ne fournit pas les seringues. Pourtant des seringues, il s'en distribue dans la plupart des pays, argumente Me Jacoby.

Dans son rapport, il parle aussi des sidatiques privés de soins adéquats. La qualité des autres services de santé y est également déficiente sur plus d'un plan. Les plaintes de détenus ont augmenté de façon phénoménale. Ils éprouvent des problèmes à obtenir les médicaments requis par leur état de santé.

En outre, on y dénombre sept fois plus de suicides qu'à l'extérieur des murs et deux fois plus que dans les autres prisons au pays : les recommandations d'une enquête réalisée à ce sujet sont demeurées lettre morte, selon Me Jacoby.

Le journaliste Lessard explique la situation par une partie de bras de fer entre le ministre péquiste de la Santé et son collègue de la Sécurité publique, Serge Ménard. Ce dernier s'oppose à la distribution de seringues jetables comme mesure pour enrayer la propagation du sida en milieu carcéral québécois.

Ainsi qu'on l'a vu dans de nombreux dossiers étalés dans les trois tomes de L'Étau Policier, Ménard, homme de droite, est un partisan intraitable de la répression policière tout azimut. Là, nous apprenons que l'homme qui, au Québec, lave plus blanc que tout autre, sévit aussi dans les prisons de juridiction québécoise.

Bémol en mineur : il n'est pas le seul à prendre la décision, s'agissant d'un irresponsabilité partagée. Dans un conseil des ministres, un ministre ne constitue qu'une partie du tout. Lorsqu'il n'arrive pas à vendre un projet à ses collègues ministériels, celui-ci est reporté à une date définie ou indéfinie ou relégué aux oubliettes.

Alors, ce qu'il faut comprendre de ce rapport de force, c'est que la majorité des collègues des deux protagonistes ont appuyé la position de Ménard. De quel côté penchait le premier ministre péquiste Lucien Bouchard? Et son homologue fédéral libéral Jean Chrétien, responsable, au Canada, de la Guerre Sainte contre la drogue? Du côté de l'État ou de la Société civile?

Rappelons ce que nous disait plus haut Bernadette Van Dam, directrice d'une prison pour femme à Heerhugowaard, dans les Pays-Bas (Bernadette Van Dam -- La Presse du 29 juillet 2000) : «(...) La façon dont on traite les prisonniers est un reflet de la façon dont la société traite ses citoyens.» (Suite demain)

News du mercredi 11 Avril 2012

■  L'une des femmes d'Osama Bin Laden raconte de son vécu  – Son nom : Hoodrat. Femme intelligente, délurée, amusante et indignée aussi des bouts, bref, beaucoup de bagout : vidéo (07:12) intéressante, en anglais.

  La Syrie mettra fin à sa guerre demain jeudi - L'émissaire de l'ONU Kofi Annan confirme avoir reçu une lettre de Damas annonçant l'arrêt des combats militaires sur tout le territoire syrien le 12 avril à partir de 6h (heure locale). Selon le porte-parole de M. Annan, Ahmad Fawzi, Damas a ajouté se réserver «le droit de réagir de manière proportionnée à toutes les attaques menées par des groupes terroristes armés contre les civils, les forces gouvernementales ou des biens publics et privés».

  L'éducation gratuite : Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturel – Que dit-il, ce Pacte? Alors que l'éducation primaire doit être gratuite pour tous, il est demandé aux États signataires (dont le Canada) de mettre en place graduellement la gratuité de l'enseignement secondaire et supérieur. L’éducation met fin à l'exclusion, l'inégalité et contribue au développement d'un pays.

Le 28 mai 1985, le Haut-Commissariat de l'ONU a mis sur pied le "Comité des droits économiques, sociaux et culturels" afin de superviser l'application du Pacte. Chaque pays membres doit à tous les cinq ans lui soumettre un rapport. Des résultats sont étonnants, ainsi le Venezuela dont le nombre d'étudiants à l'Université est passé de 785 285 en 1998 à 2 120 231 en 2009.

(NDLR : En Amérique du Sud, où règnent des gouvernements néo-libéraux, il y a rien de gratuit. Au Québec du néo-libéral Jean Charest aussi. Lui, il veut rattraper les autres provinces où les coût de l'éducation sont beaucoup plus élevés qu'ici. Est-ce un argument solide, ça? À vous de répondre.)

  Un civil n'avoue jamais l'inavouable - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Plus souvent qu'autrement, j'ai évité de dire à un "ami" que je savais qui il était. De toute façon, c'est une perte de temps que d'essayer de les faire parler, un civil n'avoue jamais l'inavouable. Certains jours, cependant, un peu las de cette mauvaise foi colossale et permanente, je veux leur faire sentir que je ne suis pas un con, de me ficher la paix avec leurs histoires cousues de fil blanc.

Les rares fois où j'abordais le sujet, j'attendais que nous soyons seuls, pour ne pas braquer mon interlocuteur. Éviter aussi de m'exposer inutilement à des représailles toujours possibles. La police n'aurait pas apprécié ce genre d'indiscrétions en présence d'usagers. Son underground doit demeurer secret.

Un midi, je fais part à Norbert de ma certitude qu'il est un civil. Il m'offre de m'apporter le lendemain des papiers démontrant que ce n'est pas le cas. À l'époque du resto Bouffe-Héberge, il m'avait confié avoir pratiqué un certain métier, que je ne peux dévoiler, puis vendu son établissement ou ses actions, je ne sais plus trop, pour prendre sa retraite.

Là, il tient à me prouver qu'il ç'a bel et bien été le cas. Lui dis de ne pas se donner cette peine, car j'ai la conviction, et ne me gène pas pour lui dire, qu'il m'apportera des papiers contrefaits. Il encaisse ma remarque sans protester. D'ailleurs, un civil peut-il prouver qu'il n'en ai pas un? Non, c'est à moi de faire la preuve du contraire, en le filant, mais n'en ai pas les moyens financiers. Les choses en resteront là. S'il avait vraiment tenu à me le prouver, pourquoi ne m'a-t-il pas apporté ses preuves?

Pas toujours drôle le métier de civil, ainsi que je m'en rendrai souvent compte. Par exemple de se les geler l'hiver par dix ou vingt sous zéro, et pas seulement les pieds, ou de recevoir une bonne douche glaciale l'automne, en faisant la queue à la porte d'une soupe populaire. Il y a aussi la nourriture, souvent de piètre qualité et très mal apprêtée.

Un matin, à l'Accueil Bonneau, je vois Norbert toiser son bol de soupe avec appréhension, se demandant sans doute par quel côté l'attaquer. «De la vraie pâtée à cochons», lui fais-je remarquer. Il lève la tête, me regarde sans dire un mot, je perçois un peu de détresse dans le fond de ses yeux, que j'interprète comme un acquiescement tacite. Pas facile pour lui, qui appartient à un autre monde que celui du pauvre. Comme tout flic, il gagne bien sa vie, peut se permettre de bons gueuletons dans de restos huppés. Alors, la soupe de l'Accueil Bonneau. (Suite demain)

■  Années 1990 : la police saisissait des seringues neuves, participait ainsi au développement du sida - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) De la méthadone, passons à la distribution de seringues neuves, c'est-à-dire propres, non contaminées par le VIH-sida ou l'une des hépatites. Pour se faire, retournons à 1998, démarche nécessaire si l'on veut saisir l'ensemble de la problématique qui prévalait dans ces années-là. La situation n'y était guère plus reluisante.

Sur les 11 700 utilisateurs de drogues injectables à Montréal, pas moins de 20% (2 340 utilisateurs) sont alors porteurs du VIH-sida, le deuxième taux le plus élevé au Canada, affirme le Dr Mariane Tournelier, directrice générale de CACTUS, à la journaliste Rima Elkouri de La Presse. Dans la région de Montréal, il se distribue 400 000 seringues annuellement alors qu'il en faudrait environ 3 millions.

Non seulement en manque-t-il 2,6 millions, mais il arrive aussi que la police de l'île de Montréal saisisse des seringues neuves. Combien de ces 400 000 confisque-t-elle annuellement? On l'ignore, mais elle en confisque, cela ne fait aucun doute, des témoignages le confirment.

Été 1998. Dans la rue, écrit le journaliste Richard Bousquet du magazine RectoVerso, la police de l'île de Montréal fait parler d'elle. (Richard Bousquet -- RectoVerso -- no. 273 -- Juillet-Août 1998) Des jeunes se sont déjà fait «confisquer» les seringues neuves que des travailleurs de rue venaient de leur distribuer. Pour Patrick Langlois, travailleurs de rue de CACTUS, et France Labelle, directrice générale du Refuge des jeunes...

«Les policiers (de l'île de Montréal) font partie du problème plutôt que de la solution». Le journaliste rapporte aussi les propos du Dr Élise Roy, chercheur principal au sein de l'Unité de santé publique. Elle reconnaît qu'il existe un conflit de valeurs et de philosophie entre ce corps policier et la santé publique...

«Plusieurs policiers croient que la répression est utile à la réinsertion (sic). La confiscation des seringues propres des jeunes ou toute action entraînant la perte de contact entre le travailleur de la rue et le jeune est contre-productive dans le cadre de notre mission de prévenir la propagation du VIH et des autres maladies infectieuses, précise-t-elle. Les réseaux ne se parlent pas assez.» Pour leur part, des policiers se plaignent d'un manque de leadership politique face au problème.

Le journaliste Bousquet raconte que depuis 1995, le groupe de recherche auquel le Dr Roy appartient a suivi 550 jeunes. Son enquête révèle que près de 40% d'entre eux se font des injections de drogues, 27% de ceux qui se piquent auraient contracté l'hépatite C. Le phénomène de la contamination par les seringues usagées n'est pas nouveau dans le paysage, québécois notamment.

Au milieu des années 1990, Cantin rapportait déjà que la mise en place à Montréal, en juin 1989, d'un centre d'échanges de seringues avait connu un succès dépassant les prévisions. (Serge Cantin -- Traité des problèmes sociaux -- Institut québécois de recherche sur la culture -- Synthèse de l'ouvrage collectif sous la direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin) Cependant, les statistiques révélaient que la proportion d'adolescents bénéficiant de ce programme restait faible.

Les experts en santé publique avaient établi le lien entre les MTS (maladies transmissibles sexuellement) et l'infection au VIH-sida. Le taux de MTS étant élevé chez ces jeunes, ils craignaient une augmentation du taux d'infection au VIH-sida.

Pas seulement à la suite de relations sexuelles non protégées, doit-on ajouter à ses propos, de l'utilisation aussi de seringues usagées. Cantin ignorait sans doute que la police de l'île de Montréal, en confisquant des seringues neuves, participait à la construction sociale de l'épidémie. Et comment les choses se passaient-elles ailleurs au Québec?

Selon le Dr Éric Lefebvre, de la Clinique L'Actuel, à Montréal, «les hommes avec un problème de drogue sont partout, pas toujours dans la rue, et les femmes ne sont pas toujours au courant.» (Marie-Claude Malboeuf -- La Presse du 2 décembre 2000) (Suite demain)

News du mardi 10 Avril 2012

  Des produits toxiques de la chimie industrielle entravent la reproduction humaine - Une étude française menée par différents Centre d'étude et de conservation du sperme et des œufs humains (CECOS) démontre que "l'homme d'aujourd'hui produit deux fois moins (50% moins) de spermatozoïdes que son père ou son grand-père".

Ce constat ne s'expliquerait pas par des causes génétiques mais bien par des causes environnementales puisque d'une ville à l'autre, la qualité du sperme varie. Certaines substances toxiques (chimiques) entraveraient la reproduction humaine. Plus précisément, l'étude a consisté à exposer des testicules humains prélevés sur des fœtus issus d'IVG, aux effets du MEHP, un dérivé du phtalate, une substance présente dans un grand nombre de produits utilisés quotidiennement tels que les tissus synthétiques ou encore les bouteilles en plastique.

  Parahawking in Nepal – Ouf! Vous allez avoir de belles émotions : vidéo (19:46), bon voyage!

  Les brocolis et carottes du civil Norbert - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Comment faire pour repérer autant de civils? Facile, quand on sait qu'ils sont là et connaît leurs façons d'opérer. Je me permets d'insister de nouveau sur le genre féminin, afin que le lecteur ne l'oublie pas... Les femmes de tous âges sont aussi présentes que les hommes.

Ne faut pas se laisser bluffer par qui ou quoi que ce soit : sexe, apparences -- beauté, laideur, obésité, malformations ou handicaps physiques ou... déficiences mentales légères --, sourires sympas, statuts social ou économique, etc. Questions aussi de perceptions et de recoupements accumulés jour après jour, dans certains cas pendant des mois. Quelques unes de ces perceptions.

Norbert ne se déplace jamais sans un sac de voyage usagé, son garde-manger, qu'il porte en bandoulière. En cette fin d'hiver 1997-98, il fréquente, chaque jour, deux soupes populaires et un resto communautaire. Le matin, il est à l'Accueil Bonneau, rue de la Commune, dans le Vieux-Port. L'y ai déjà vu à deux reprises transvider le reste de son assiette dans l'un de ses récipients de plastique.

Le soir, il est à la cafétéria de l'Armée du Salut, sur St-Antoine-Ouest, à la hauteur de Guy, où les non-résidents ont droit au souper gratuit. Après le repas, les surplus de cuisine sont distribués gratuitement aux usagers. À une occasion, je l'ai vu prendre tout ce qui passe. Il opère avec méthode, conviction. Ouvre son sac, en retire un premier récipient de plastique et hop! le spaghetti, pose le couvercle dessus, le replace dans son garde-manger, en retire un deuxième pour la pointe de tarte. Show convaincant, destiné à ses voisins de table et l'auteur de ces lignes. Quand tu vois un usager apporter des denrées chez lui, tu n'as pas besoin de dessin.

Par contre, le midi, à la cafétéria du Comité social Centre-Sud, rue Beaudry, il ne prend qu'une partie du menu du jour, et encore, pas toujours : la fin d'semaine, il partage son cabaret avec Gilberte. Il mange si peu qu'on en vient à se demander ce qu'il vient y faire. Il complète son menu frugal en sortant de son garde-manger un ou deux récipients, qu'il prétend avoir remplis un peu plus tôt à l'Accueil Bonneau.

Curieusement, la fraîcheur des aliments y est nettement supérieure à ceux servis rue de la Commune. Ainsi les bouquets de brocoli, d'un vert aussi vif que la verdure après une bonne pluie et non d'un beige malodorant, et les carottes, finement coupées, mécaniquement et non à la main. Un midi, s'apercevant que je focalise sur le contenu de son récipient, il rougit légèrement, un peu de gêne passe dans ses yeux, donne l'impression de quelqu'un pris en flagrant délit. Par la suite, il évitera d'en apporter.

Un après-midi il m'amène chez lui. Un moment, je crois qu'un lien de confiance s'est peut être créé entre nous. Je jubile un peu intérieurement. On n'invite pas chez soi n'importe qui n'est-ce-pas? Avant même qu'il ne déverrouille sa porte, désenchantement : il m'indique du doigt la trace d'une tentative d'infraction à son domicile. À la hauteur de la serrure, le cadre de sa porte est endommagé, il manque un petit éclat de bois. Son œil inquisiteur scrute ma réaction, sens un léger soupçon peser sur moi.

Les choses en restent là, nous entrons. Deux paliers, assez grand, moderne, confortable, meubles anciens, tapis partout, et dans un vieil édifice historique rénové, bien entretenu, avec comme voisin de palier une clinique de dentistes, notamment. Appart d'environ 600$ par mois, sinon plus, qu'il dit partager avec d'autres. Je ne vois pas comment puisqu'il n'y a qu'une chambre et un lit double.

Ce civil, comme certains de ses collègues, roule à vélo à l'année longue. Il lui arrive de changer de modèle. Il prétend les construire de pièces qu'il récupère sur des vélos abandonnés et de les vendre ou d'échanger deux vélos remontés pour un autre au look plus récent. Il se donne beaucoup de mal à m'en convaincre.

Un matin, le revoilà avec sa rengaine. J'en ai un peu marre, lui demande de quelle façon il procède quand il trouve un vélo abandonné, scie-t-il le cadenas? Il me regarde, un peu décontenancé, puis, sans répondre, se penche pour m'en indiquer du doigt certains détails.

J'en ai une deuxième en réserve mais, devant son embarras, ne la lui pose pas : et pour les autres pièces, comment sait-il qu'il est vraiment abandonné? À Montréal, je n'en ai jamais vu qui ne soit pas cadenassé quelque part. Et quand il est abandonné, il est dépouillé de tout, sauf de son cadre. Quand il reste une autre pièce, souvent c'est une roue tordue, inutilisable. Seul contexte où on peut parler d'abandon.

Alors, pourquoi ce scénario? Je crois que le corps policier en met à la disposition de ses civils, sans que ceux-ci ne soient assurés de ravoir toujours le même. Norbert se sent obligé de m'expliquer pourquoi, à sa façon. Par la suite, il ne m'en reparlera plus. (Suite demain)

  Belle tentative de récupération, un tantinet pathétique en plus, de la part de la ministre péquiste Agnès Maltais - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) En février 1999, le Collège des médecins du Québec se rend à l'évidence que la méthadone facilite le sevrage des héroïnomanes. (Marie-France Léger -- La Presse du 20 février 1999) Le Dr Claude Mercure, syndic du Collège, explique à la journaliste Marie-France Léger de La Presse...

«Qu'on était plus favorable en général à la désintoxication qu'au maintien prolongé à la méthadone. Mais on s'aperçoit que c'est peut-être un rêve (NDLR : Une utopie?) et on devra accepter un programme à long terme». Il devait du reste émettre des normes directrices sur le traitement pour inciter les médecins à s'investir davantage auprès des héroïnomanes. Ce changement d'attitude aura certainement un impact majeur sur la réinsertion sociale des usagers de drogues injectables, écrit la journaliste.

En mars de la même année, l'ambulance de l'État s'apprête à porter secours à une autre petite fraction de citoyens menacés de VIH, d'hépatites, d'overdoses mortelles et de mort par suicide. Le ministre péquiste délégué à la Santé, aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, Gilles Baril, annonce l'injection de 3M$ dans le traitement à la méthadone (Christiane Desjardins -- La Presse du 14 mars 1999)... «Notre but est de joindre 2 500 consommateurs au cours des trois prochaines années», explique-t-il.

Selon la journaliste Christiane Desjardins de La Presse, on évalue que le Québec compte alors 20 000 consommateurs d'héroïne, dont le quart dans la région montréalaise. Dans le milieu, rapporte-t-elle, on s'accorde à dire que les 3M$ du ministre, ce n'est pas le Pérou. Trois ans et demi plus tard, selon La Presse du 26 septembre 2002, seulement la moitié de 2 500 prévus auront accès à la méthadone.

Au pif, cela signifie que 17 950 n'y auront pas accès : 20 000 moins les 1 250 qui ont été vraiment ciblés par le ministre Baril, moins les 600 ainsi que les 200 de CACTUS dont nous avons déjà parlé -- ces derniers seraient plus nombreux mais nous ignorons le vrai chiffre et il est impossible d'extrapoler = 17 950. À la lumière de ces données invérifiable, actualisons le pronostic du Dr Pierre Chiasson, spécialiste en toxicomanie.

Sachant que le tiers meurent faute de méthadone, là on parle de plus de 5 983 morts, pendant qu'un autre tiers, plus de 5 983, attrapent le sida ou une maladie chronique comme l'hépatite B ou C, que certains sinon plusieurs propagent ensuite. Seuls 5 983 s'en sortent. Ajoutons qu'à ce train-là, les choses peuvent s'éterniser, car il suffit que les médias cessent d'en parler pour que le pouvoir applique les deux pieds sur les freins de son ambulance.

En mars 1999, la ministre péquiste déléguée à la Santé et aux Services sociaux, Agnès Maltais, qui a succédé entre temps à Gilles Baril, inaugure le Service d'appui pour la méthadone (SAM). (Lia Lévesque, Presse canadienne -- La Presse du 6 octobre 2001) Il s'agit à la fois d'un réseau et d'un centre de formation et de références destiné aux organismes et professionnels œuvrant dans ce domaine : médecins, pharmaciens, travailleurs sociaux et autres intervenants. Il fournira différentes informations : forme du traitement, services offerts, lieux où ils seront disponibles, liste des pharmacies associées, formation continue aux professionnels assurant le traitement.

«L'approche de la méthadone est peu connue, souligne la ministre Maltais. Il faut parler aux professionnels, il faut qu'ils sachent où c'est possible sur le territoire. (...) Consommer de l'héroïne, c'est très cher, quelque chose comme 100$ ou 1 000$ par jour, ce qui entraîne trop souvent la commission de méfaits, pour pouvoir payer la drogue, reconnaît-elle. (...) C'est très dur sur eux et sur l'environnement.» Bien que le traitement à la méthadone soit parfois contesté, la ministre estime qu'«on avance lentement (sic)», maintenant, grâce à «un bon débat dans la société».

Il est clair que l'ambulance de l'État avance en marche arrière. Belle tentative de récupération aussi, un tantinet pathétique en plus, de la part de la ministre. Notons que ce sont des intervenants du milieu qui, via les médias, ont lancé le débat, pas le gouvernement auquel appartient la ministre, ni la ministre elle-même et ni ses prédécesseurs du reste.

La ministre n'a parlé que des vols, n'a dit mot du charnier, les morts par overdose ou suicide, les maladies transmises par les toxicomanes à leur entourage, dont le sida : elle a simplement dit que c'est très dur pour eux et leur environnement. Selon elle, on estime qu'il y aurait, uniquement à Montréal, entre 6 000 et 10 000 usagers des drogues opiacées, comme l'héroïne ou la morphine, et au moins 12 000 au Québec.

«Seuls certains médecins sont autorisés à les traiter à la méthadone, ce qui complique l'accès aux services sur tout le territoire québécois», explique en entrevue Jean Gauthier, coordonnateur de SAM. (Suite demain)

News du lundi 9 Avril 2012

■  Imhotep : live au Babel Med 2012Vidéo (05:41), bonne zyzyke + vidéo (04:34).

  Québec : les étudiants poursuivent leur combat – Ces indignés entament leur 9e semaine de grève. S'orientent vers «Un printemps québécois». Veulent mobiliser plus largement les citoyens. (NDLR : Dans la page d’accueil de mon site, sommet de la colonne de droite, visionnez leur promotion vidéo.)

■  France-présidentielles : parmi les 10 candidats, un ouvrier dans l'automobile - Philippe Poutou a été choisi pour représenter le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). De toute évidence, il n'est pas un professionnel de la politique, l'affirme lui même, ni un adepte de la langue de bois, dit ce qu'il pense au moment où il le pense. Le NPA a décidé de se lancer dans la bataille afin d'inciter les Français à s'approprier la politique, de prendre leurs affaires en main : vidéo (06:44) + entrevue vidéo (10:31) avec Olivier Besancenot, porte-parole du NPC qui qualifie la campagne présidentielle de «chiante à mourir».

  La police mécontente, je viens de mettre les pieds à un autre endroit où les civils foisonnent - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) À mon arrivée à la cafétéria du Comité social Centre-Sud, à Montréal, surprise : je croise Norbert et Gilberte. Celui-là même auquel j'avais fait part de mon besoin de me ventiler, ou dit plus clairement, avec qui j'avais rompu la communication. Et sa pseudo copine, sa collègue policière, celle qui disait qu'elle allait me servir mon repas et ne le faisait pas, vous vous souvenez?

Je décide de rétablir les ponts avec eux. Je veux approfondir ma relation, compte aussi les utiliser un peu comme une ligne dormante. Je peux sortir de ces eaux des faits intéressants comme je peux ne rien sortir du tout. La suite de ce récit démontrera que la pêche a été bonne, miraculeuse même. Ils me serviront aussi en quelque sorte de tremplin.

Tout en cultivant mes liens avec eux, je pourrai, en toute quiétude, repérer d'autres civils. À partir de ce moment, on ne fera pas que m'infiltrer, j'infiltrerai également, déterminerai la durée de l'infiltration, pas trop longtemps, juste assez pour vérifier s'ils sont ou non des messieurs-dames-tout-le-monde.

Ce genre d'enquête journalistique nécessite un peu de self-control. Quand on navigue dans ces eaux troubles on ne peut jamais prévoir ce qui va survenir. Raison de plus pour ne jamais jouer avec les civils, surtout pas! J'adopterai un comportement empreint de respect. Pas de questions embarrassantes non plus, sauf quelques unes, de temps à autre, pas trop, faudra savoir où s'arrêter. S'agira surtout d'écouter, d'observer en ayant l'air de ne faire ni l'un ni l'autre.

Les deux premiers mois, tout se déroule normalement. Y suis même confortable. Au point d'en être étonné. Sans doute attribuable au fait que l'organisme, largement subventionné, est quasiment une institution du gouvernement du Québec, enfin disons de son ministère péquiste de la Solidarité : ce parti était au pouvoir lors de mon enquête. Endroit, s'il en est, où la répression policière se doit d'être plus douce.

Dans la rue, par contre, c'est le cirque. La police monte même d'un cran sa répression à mon encontre. Filatures et déstabilisations s'enchaînent avec une régularité déconcertante. Sur le coup, je ne comprends pas pourquoi. Peu à peu la lumière se fera : je viens d'investir un autre endroit où, jusqu'à mon arrivée, elle pouvait manœuvrer en paix.

Et je ne m'en contente pas puisque avant d'y aller dîner, il m'arrive de temps à autre de déjeuner à l'Accueil Bonneau. Encombrant, le journaliste. Ma persévérance me permettra de découvrir que des civils y fourmillent aussi. (Suite demain)

  Fin de 1999, l'ambulance de l'État du Québec ne se presse pas trop à secourir ses citoyens toxicomanes - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Combien y laissent-ils leur peau? D'après le Dr Pierre Chiasson, spécialiste de la toxicomanie, à la clinique Nouveau Départ, «au bout de 15 ou 20 ans, un tiers des héroïnomanes est mort, le deuxième tiers a le sida ou une maladie chronique comme l'hépatite B ou C, et le troisième tiers s'en sort. Grosso modo, c'est ça le pronostic». (Christiane Desjardins -- La Presse du 14 mars 1999 )

Un tiers sur 5 400 (600 sur 6 000 ayant accès au traitement), c'est 1 800. Donc, 1 800 héroïnomanes meurent faute de méthadone, 1 800 autres attrapent le sida ou une maladie chronique comme l'hépatite B ou C, dont certains sinon plusieurs transmettent ensuite à d'autres ; seuls 1 800 s'en sortent.

Pronostic évalué au pif parce qu'il n'existe pas de statistiques. Police et État canadien comptabilisent la violence de la Société civile, mais ne comptabilisent pas leur propre violence organisée. Parmi ces toxicos, combien aussi de suicides attribuables à la violence psychologique de la police?

Autre élément d'info qu'il importe de savoir aussi. Selon le Dr Alain Bérubé, du département de psychiatrie du Centre universitaire de santé de l'Estrie, dans plusieurs centres de désintoxication l'intervention est axée sur la tolérance zéro et l'abstinence totale. (Lilianne Lacroix -- La Presse du 23 octobre 1998) La méthadone et parfois tout médicament sont considérés comme une «substance» et sont totalement proscrits, écrit la journaliste Lilianne Lacroix de La Presse, en octobre 1998.

Grâce à cet article, nous voilà informés d'un autre volet de la Guerre Sainte auquel nous n'étions pas sensibilisés. Ajouter à la souffrance des toxicos en les traitant à la dure. Inconscience ou punition relevant du sadisme? Un peu des deux probablement. Les purs et durs font rarement dans le tricot. Ce n'est pas tout. Et là, nous entrons dans le groupe des plus faibles parmi les plus faibles...

Au Québec, pour revenir à la journaliste Lacroix, on évalue que de 30 à 50% des personnes présentant des troubles psychiatriques sont également toxicomanes. La moitié des schizophrènes consomment drogues ou alcool, ainsi que 60% des malades affectifs bipolaires (maniaco-dépressifs). Les personnes antisociales sont 21 fois plus à risque de dépendance que la population en général.

Et comme si cela ne suffisait pas, les intervenants en toxicomanie ne connaissent... à peu près rien de la maladie mentale. Qui ont dit ça? Les Drs Alain Bérubé et Jean-Yves Roy, ce dernier psychiatre à l'Hôpital Louis-Hippolyte-LaFontaine, à Montréal, à l'occasion d'une conférence de l'Association des hôpitaux du Québec sur la double problématique toxicomanie et troubles psychiatriques.

Ce n'est qu'à la suite des nombreux articles publiés dans les quotidiens, et particulièrement dans La Presse, que le pouvoir politique et le Collège des médecins ont commencé à se réveiller. Au début de 1999, on apprenait qu'un nouveau programme d'accès à la méthadone visant spécifiquement les héroïnomanes les plus démunis et isolés sera offert d'ici... quelques mois, à Montréal. (Jean-François Bégin -- La Presse du 23 janvier 1999)

L'ambulance de l'État ne se presse pas trop à secourir ces citoyens, ainsi qu'en témoigne indirectement le Dr Lauzon, de CACTUS : «Si on a l'argent (du gouvernement du Québec), on pourrait peut-être offrir le service dès le début de l'été, déclarait-il en janvier 1999, sinon ça va aller en septembre ». Quant le programme aura pris tranquillement son petit bonhomme de chemin, CACTUS pourra desservir 200 personnes à la fois, avec un taux de roulement... d'environ 50%. (Suite demain)

News du dimanche 8 Avril 2012

  Tunisie : des censeurs gouvernementaux du Net attaqués par des hackers - Ils ont mis la main sur des mails, notamment ceux du premier ministre Hamadi Jeball, un islamiste, en ont diffusés un certain nombre et conservés d'autres. Ils menacent de les rendre publics s'ils n'arrêtent pas la censure, respecte pas les droits de l'homme et la liberté d'expression. (NDLR : Censurer nos censeurs, est-ce une bonne idée? À vous la réponse.)

  Haïti : radio passion-radyo pasyion – Rien n'a jamais été facile pour la presse haïtienne. Conquête fragile qui se défend gouvernement après gouvernement, quasiment au jour le jour. On comprend pourquoi : dans ce pays la radio est au cœur des médias. Ce n'est tout de même plus l'époque de papa-doc et bébé-doc. On ne fait pas que parler de ça, on s'amusent aussi beaucoup, racontent des trucs, rient.

L'espace qu'ils occupent dans un studio est particulièrement étroit, ou peut-être est-ce parce qu'ils sont trop nombreux à y travailler. On ne comprend pas tout ce qu'ils disent, un mélange français-créole. Pas grave, l’ambiance est sympa : vidéo (14:17) + dans cette même page d'accueil, beaucoup d'éléments à explorer, dont des vidéos. N'oubliez pas de faire un don, un espace est prévu à cette fin.

■  Je poursuis mon enquête sur le terrain et dans des livres empruntés à la Biblio centrale de Montréal - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) À la Maison des amis du plateau Mont-Royal, ce n'est pas long que l'atmosphère devient irrespirable. La tension est telle que je ne peux plus tenir. Après seulement trois semaines de fréquentation, je décide de ne plus y retourner. On peut penser que si j'avais persévéré, j'aurais repéré d'autres civils. Me voilà éjecté de cet autre organisme.

Assez incroyable que la police ait réussi son coup aussi rapidement. Pourtant, j'étais bien déterminé à résister à mes oppresseurs. J'ai sous-estimé ma capacité de composer avec l'isolement social et le poids de la chape de plomb policière. Tout cela pèse trop lourd. Il n'y pas à dire, ce corps policier est très fort en matière de déstructuration psychologique et d'exclusion.

On peut déplorer qu'il ne soit pas aussi compétent en intégration sociale. Je m'étais donné quelques semaines avant d'offrir à l'organisme un document corporatif. Pas le choix, il me faut oublier ce projet. poursuivre mon enquête journalistique? Cette fois ce sera au Comité social Centre-Sud, rue Berry. Le repas coûte 2.50$ mais, en ce mois de février 1998, j'ai les moyens de payer.

Une dizaine de jours plus tôt, j'ai quitté mon coûteux appartement, que je n'arrivais plus à payer complètement. Les gestionnaires de l'édifice étaient au courant de mes difficultés financières, faisaient preuve de compréhension à mon égard. Lorsqu'on m'a offert de résilier mon bail, sans passer par la Régie du logement, j'ai accepté avec soulagement. Je commençais à me rendre compte qu'avec la police dans les jambes, mes chances de retourner sur le marché du travail était nulle.

Soulagé aussi parce que dans cet édifice de quatorze étages, il y avait trop de civils qui épiaient les locataires. L'un d'eux, affecté au poste de police de la rue Rachel, à un coin de rue de là, y exécutait même des travaux... d'entretien. Et puis, j'avais un peu de difficulté à composer avec la mauvaise foi permanente du concierge et du gardien de nuit, collaborateurs assidus de la police. Enfin, vivre constamment en situation de pénurie alimentaire appréhendée, c'est déplaisant au possible.

Suis donc devenu locataire dans une maison de chambres subventionnée par la Ville de Montréal, rue Dollar -- nom de rue fictif : 269$ par mois. Mon revenu mensuel étant de 590$, me reste en poche 321$, de quoi effectuer des dépenses urgentes : achat et installation d'un disque dur dans mon ordinateur principal, d'une cartouche d'encre pour mon imprimante laser, etc.

Jusqu'à présent, j'ai accumulé des infos sur l'underground policier, ai retracé aussi une bonne partie des événements dont j'ai été témoin alors que je faisais du bénévolat au resto communautaire Bouffe-Héberge. Enfin, j'ai commencé à me documenter à la Biblio centrale de la Ville de Montréal, rue Sherbrook, où j'emprunte en moyenne quatre bouquins par semaine.

Tout en poursuivant ma recherche, je compte offrir éventuellement à la direction du Comité social Centre-Sud un document corporatif, et retrouver enfin mon autonomie financière. J'espère, sans trop me faire d'illusions, que cette fois-ci la police ne viendra pas contrecarrer mon projet. (Suite demain)

  Montréal, années 1990 : des toxicomanes meurent faute de méthadone - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Rendons-nous sur les lieux d'un autre charnier, cette fois impliquant directement le gouvernement canadien du premier ministre libéral Jean Chrétien, de qui relève la lutte anti-drogue, et le gouvernement québécois du premier ministre péquiste Lucien Bouchard : des héroïnomanes meurent faute de méthadone.

La méthadone est un analgésique opiöde d'origine synthétique qui agit sur l'organisme un peu comme l'héroïne, le «buzz» en moins. (Brian Myles -- Le Devoir des 22, 23 et 24 septembre 1998) Prise par voie orale, elle bloque les effets de sevrage de l'héroïne et permet à de ses usagers d'arrêter de se droguer, de sortir de leur enfer. L'alternative, c'est la méthadone ou potentiellement la mort.

Avant d'entamer le sujet, signalons que dans les articles qui suivent le nombre de consommateurs de drogues dures varie, pratiquement d'une source à l'autre. Certains minimisent le phénomène, d'autres le maximisent et, entre les deux, des intervenants naviguent à vue. Les chiffres, comme on dit, s'entrechoquent. N'en faisons pas le reproche à ceux œuvrant sur le terrain, qui ne sont pas des statisticiens.

Il appartient à l'État d'élaborer des statistiques, qu'il n'y en ait pas ou très peu démontre l'intérêt que nos élus canadiens et provinciaux portent à la question. Ce n'est pas le seul point : argent et personnel médical manquent également. Se détache de ces constats, l'absence de leadership du pouvoir politique, qui n'a pas encore décidé de prendre le problème à bras-le-corps.

D'où la grande confusion, peut-être voulue : tant que la population n'a pas le vrai portrait de la situation, cela évite au pouvoir d'intervenir efficacement. En somme, la nappe de brouillard empêchant... l'ambulance de l'État de sauver des vies en péril.

Dans une série de trois articles publiée en septembre 1998, le journaliste Brian Myles du Devoir, à qui nous devons la description des bienfaits de la méthadone que nous venons de voir, rapporte notamment une étude réalisée en 1996 par le Groupe de recherche sur les jeunes de la rue et l'infection au VIH et démontrant qu'un jeune de la rue sur 20 consomme de l'héroïne tous les jours sur l'île de Montréal. (Brian Myles -- Le Devoir des 22, 23 et 24 septembre 1998) Tous âges confondus, on y dénombrerait 6 000 usagers réguliers.

Des héroïnomanes savent que la méthadone les aiderait à sortir de leur cauchemar. Cependant, Québec la distribuant au compte-gouttes, seulement 600 d'entre eux en obtiennent, en cette année 1998. Prenons connaissance du témoignage d'Yvon, un Québécois de 30 ans, héroïnomane depuis l'âge de 16 ans, porteur du virus du sida et des hépatites B et C. En mars 1999, il en est l'un de ces bénéficiaires. (Christiane Desjardins -- La Presse du 14 mars 1999)

Il raconte à la journaliste Christiane Desjardins de La Presse avoir fait sept ou huit thérapies, dont deux qu'il a mené jusqu'au bout. «Des sevrages à froid, j'en ai faits. Pour une semaine ou deux, t'as mal partout, tu vomis, c'est l'enfer, je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi. Mais après, c'est pas fini. Tu peux être des mois sans dormir, à angoisser. (...)

«Avec la méthadone, tu ne sens pas le manque et ça gèle tes récepteurs d'endorphine. Même si tu prends de l'héroïne, ça ne te fait rien. Donc tu n'en prends pas. D'ailleurs ça serait dangereux. (...) J'ai commencé à 60 mg de méthadone, et aujourd'hui (en mars 1999) je suis rendu à 49. En baissant d'un mg par mois comme mon médecin me l'a conseillé, j'aurai arrêté dans 49 mois.»

La méthadone est le début de la fin de la souffrance, l'assurance aussi d'en sortir vivant. Cependant le gouvernement péquiste, en cette année 1998, en distribue peu. Le Dr Pierre Lauzon, l'un des premiers à traiter des héroïnomanes avec cet analgésique, crie presque au meurtre. Il raconte au journaliste Myles du quotidien Le Devoir que pour cette raison des citoyens meurent. «Et c'est à l'État du Québec que devrait être imputée la responsabilité de ces décès», affirme-t-il.

Dans un article de La Presse, il fait cet autre commentaire (Marie-France Léger -- La Presse du 18 février 1999) : «L'inaccessibilité en toxicomanie est catastrophique. On suspecte qu'il y a plus de jeunes qui prennent de l'héroïne, en tout cas on a plus de demandes de traitement pour la méthadone. Mais beaucoup ne sont pas traités et sont désespérés. On parle beaucoup des urgences (à l'époque, les civières s'y entassaient dans les corridors), mais on ne parle pas beaucoup des héroïnomanes qui meurent dans la rue faute de services».

Le Dr Suzanne Brissette, chef du service de désintoxication de l'hôpital Saint-Luc, est aussi explicite : «Tous services confondus, on répond à Montréal à 40 ou 50% de la demande. C'est de plus en plus criant. (...) La demande dépasse largement l'offre de service. La méthadone prévient des infections comme le VIH ou l'hépatite C. Elle devrait pouvoir être davantage utilisée», soutient-elle. On a la preuve ici que des toxicos veulent s'en sortir. (Suite demain)

News du samedi 7 Avril 2012

■  La nuit, les étoiles - Partout dans le monde des gens, qui ne sont pas des scientifiques, observent l'espace à l'aide d'un télescope, portent sur le front une lampe rouge pour ne pas éblouir l'image quand ils se déplacent. Parfois, ils utilisent un lazer produisant un rayon vert les aidant à pointer des étoiles ou constellations. Sont heureux de regarder pendant des heures ce monde inconnu et si loin d'eux, d'échanger aussi avec ceux fréquentant les mêmes endroits d'observation. L'internaute, lui, peut aussi se remplir les yeux en visionnant cette vidéo (05:44).

■  Québec : Jean Charest a utilisé sa police contre les manifestants étudiants - Les arrestations ont été filmées par CUTV, la chaîne de télévision communautaire des étudiants de l'Université Concordia. Il y aurait eu du vandalisme. (NDLR : Faut être prudent dans ce genre d'accusations. Il arrive, et plus souvent qu'on le pense, que des casseurs cagoulés soient des civils. Ce qui permet à leur collègues en uniforme de justifier des interventions injustifiées.)

Autre point : pourquoi la police éloigne-t-elle un média qui est sur place pour rapporter en direct à ses téléspectateurs ce qui se passe? Habituellement, le policier répond ne pas vouloir que son visage soit filmé ou photographié. S'il respecte les droits et libertés, qu'a-t-il donc à craindre? Absence de transparence, avec les soupçons que cela implique : vidéo (04:43) du même média, qui en dit long, à visionner jusqu'à la fin + article + site Cutvmontrela.ca.

  Des Français marchent vers Paris, veulent la libérer – On ignore combien ils sont, certains viendraient de différents coins du pays. Ils veulent une nouvelle constitution par et pour le peuple. Marche symbolique, rappelant celle du début de la révolution française à la fin des années 1700 : lisez gratuitement le livre "Les Chouans" de l'écrivain Honoré de Balsac, 238 pages. Tous doivent être à Paris le 21 avril.

Ce déploiement est lié aux élections présidentielles : premier tour 22 avril, deuxième 6 mai en France métropolitaine. Il y a peu, Jean-Luc Mélanchon, leader du Front de gauche, l'un des candidats à la présidence, prononçait un discours patriotique devant une foule immense (plus de 100 000, les chiffres varient) sur les lieux de la Bastille, une prison à l'époque des Chouans, et parlait d'une révolution. Des adversaires étaient sceptiques, mais là... n'extrapolons pas, entendons la suite : vidéo (00:51), promotion de la marche + info sur la marche dont une vidéo (01:34) de quelques marcheurs et leur campement pour la nuit.

  NATO GAME OVER – Début avril, une manif a eu lieu au Quartier général de l'OTAN (North Atlantic Treaty Organization ou NATO), à Bruxelles, organisée par Action pour la paix et Vredesact. Près de 500 pacifistes ont été arrêtés. Elle avait été précédée de promotions sur le Net afin d'attirer le plus de monde possible. Il y en a une qui sort vraiment de l'ordinaire : vidéo (01:23).

  Dans l'underground policier, on ne peut refuser l'infiltration, autrement on s'expose à un tas d'ennuis - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Dans les jours suivants, Antoine, son pseudo chum, que j'ai connu aussi au resto Bouffe-Héberge, la remplace. Il fait tandem avec Étienne. Ce qui frappe chez le premier, c'est la douceur de ses traits et de son regard, le poil noir un peu clairsemé et sa grande maigreur. N'a vraiment pas l'air d'un flic.

Dès le début, tous deux cherchent à m'infiltrer, sont particulièrement collants. Je décide de les ignorer comme s'ils étaient de purs étrangers. Je pense avoir ainsi la paix. Ben non! Dans l'underground policier, le citoyen ne peut refuser l'infiltration, autrement il s'expose à un tas d'ennuis. Les civils sont les rois et maîtres de l'espace public. Tu ne t'appartiens plus, tu leur appartiens, et font de toi ce qu'eux seuls jugent approprié dans ton "cas". Alors Antoine et Étienne font le nécessaire pour m'emmerder.

À l'extérieur, on ne me lâche pas non plus. Le modus operandi est toujours le même. Des patrouilleurs en uniforme et des civils à bord de véhicules banalisés ou à bicyclette ou à pied mettent de la pression en s'arrangeant pour me croiser de temps à autre au cours de mon trajet, même dans les rues peu fréquentées. La tension monte. Montréal prend à mes yeux les aspects rugueux de la ville du mauvais western américain.

Le pire, c'est qu'ils réussissent à monter contre moi les dirigeants de l'organisme, comme d'autres avant eux ont réussi le même coup auprès de la direction de Jeunesse au Soleil. J'ignore ce qu'ils ont pu dire mais leur attitude change du tout au tout à mon égard. Les visages se ferment, deviennent sévères. Illustrons la situation d'une petite mesquinerie, remarquable par sa subtilité. Elle met en relief l'" osmose" existant entre eux et la police.

À cette cafétéria communautaire, on évite la cohue au comptoir en servant une table à la fois, l'équivalent de cinq à dix usagers, suivant l'achalandage. Chacune porte un numéro et on procède par tirage. Une employée ou bénévole demande à un usager d'en piger dans une petite boîte et invite ensuite ses occupants à aller au comptoir pour y être servis. Cela fait, elle indique à ceux d'une autre tablée d'en faire autant, et ainsi de suite.

Un midi, je m'aperçois que la responsable du tirage a triché. Elle s'est approché d'une table voisine de la mienne, a présenté à un usager la boîte, qui en a pigé un et le lui a remis. Elle l'a regardé, dissimulé dans le creux de sa main gauche et je l'ai entendu lui dire : «Non pas celui-là, prends en un autre (numéro dans la boîte)».

Je continue de l'observer discrètement jusqu'au moment où elle s'approche enfin de la table que je partage avec d'autres, pour nous signifier d'aller au comptoir. Il n'y a pas de tirage, car elle utilise le numéro qu'elle avait caché dans sa main. Il y a une vingtaine de tables, alors lorsque vous passez l'avant dernier ou le dernier, l'attente est longue. Quand un tirage se déroule honnêtement, pas grave, attendre, mais là...

Puis l'homme trapu, si accueillant à ma première visite, se révèle sous son vrai jour. Le voilà qui remonte l'allée passant près de la table que j'occupe, comme un préfet de discipline, lentement, me regardant sans me regarder et roulant légèrement des épaules. Probable qu'il m'a vu réagir d'une mimique quand j'ai découvert la tricherie. Par sa petite démonstration de force, il veut me faire sentir d'accepter les règles du jeu sans rechigner, sinon... Ensuite, un de ses collègues vient s'asseoir à mes côtés. C'est Victor, grand sec au visage un peu long et osseux. Sommes pratiquement épaule contre épaule. A l'air agressif, je n'ose pas lui adresser la parole.

Quelque temps après, Victor sonnera à la porte de ma chambre de la rue Dorval -- j'utilise un nom de rue fictif afin d'éviter que l'on identifie certaines personnes habitant ce secteur dont il sera question dans d'autres pages --. L'apercevrai de la fenêtre du rez-de-chaussée, m'apprêterai à lui ouvrir, quand le bruit d'une porte glissant sur ses rails et fermée avec fracas attirera mon attention.

De l'autre côté de la rue, je verrai un de ses collègues monter précipitamment dans une fourgonnette blanche et quitter les lieux en quatrième vitesse : le reconnaîtrai aussitôt car il avait déjà utilisé à mon encontre des tactiques d'intimidation à la Biblio centrale de la Ville de Montréal. Alerté par le bruit de la porte, peut-être un signal convenu entre eux, Victor fera de même, traversera la rue en jetant de rapides coups d’œil dans la direction prise par la fourgonnette.

Ces deux-là avaient une mission à remplir. Laquelle? Je m'interroge. Si le type de la fourgonnette, une vieille connaissance, ne m'avait pas vu et que j'étais allé répondre à la porte, que se serait-il passé? La peur d'un dérapage policier est parfois bien présente à mon esprit, mais pas cette fois, que je me disais pour me rassurer, car l'événement s'était déroulé en plein jour.

Si dérapage il y avait, je crois que le moment le plus propice serait après le coucher du soleil. Je le crois, quoique dans la petite entrée déserte de la maison de chambres où j'habitais alors... Ou si j'avais été absent de mon domicile, quelle aurait été la suite du scénario? Victor se serait-il introduit illégalement chez moi? Dans l'underground policier, tout est possible. Plus tard, j'aurai la preuve que la police de l'île de Montréal s'est introduite à au moins deux reprises chez moi, en mon absence. J'y reviendrai. (Suite demain)

■  La Police en civil manipule l'opinion publique pour l'orienter dans le sens de son orthodoxie - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Revenons à ces jeunes qui n'ont pas de domicile fixe. Selon un ouvrage collectif dirigé par Fournier, diplômée en santé communautaire, et Mercier, psychologue, les raisons permettant d'expliquer leur itinérance sont multiples et c'est, en général, l'effet cumulatif de plusieurs facteurs qui les précipite dans la rue. (Sans domicile fixe -- Éditions du Méridien -- Ouvrage collectif sous la direction de Louise Fournier et Céline Mercier)

L'importance que joue la famille est largement démontrée dans la littérature portant sur le sujet. Souvent, ils laissent le foyer dans le but de fuir une situation familiale intolérable. Il est d'ailleurs fréquent, soulignent les deux auteurs, qu'ils aient été victimes d'abus physiques, sexuels et émotionnels. Les problèmes qui les affligent sont nombreux. Les plus fréquents sont la séropositivité, les maladies sexuelles transmissibles, les grossesses non désirées, la drogue et l'alcool.

Quant à leur santé mentale, elle a été peu étudiée, contrairement aux itinérants adultes, rapportent les deux intervenantes. Plusieurs auteurs affirment toutefois que la prévalence de troubles mentaux y est élevée. Enfin, l'accès de ces jeunes à différents services est jalonné d'obstacles.

Finalement, on sait que plusieurs d'entre eux voudraient enfin trouver la place qui leur revient dans la société pour vivre de façon autonome. Il ne leur manque que les outils nécessaires à la réalisation de ce désir. Il reste encore beaucoup à faire en termes de recherche pour élargir davantage l'état des connaissances sur les jeunes sans abris. Par la suite, des interventions nouvelles et appropriées pourront être développées, précisent-elles.

Ces jeunes, dans leur belle naïveté, pensent que rien ne peut leur arriver. Puissante, la pensée magique. Cela transparaît d'ailleurs dans cet article du journaliste Paul Roy de La Presse et titré La mort n'inquiète pas les jeunes de la rue. (Paul Roy -- La Presse du 26 septembre 1999) En septembre 1999, il a interviewé des jeunes toxicomanes assis sur un muret, en face de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM), rue St-Denis, à Montréal.

Invités à commenter une étude démontrant la hausse du niveau d'infection au VIH chez les jeunes toxicomanes, Vicky, 18 ans, qui a avoué fumer du crack, lui a répondu : «Des statistiques, c'est juste des statistiques». Écoutons aussi ce commentaire d'un gars de 20 ans : «Rien de vrai là-dedans. Check, man! Je suis en pleine santé, ça fait deux ans que je couche tout partout».

Et enfin celui d'un squeegee qui a dit préférer les rues de Montréal à celles de Drummondville où il s'ennuyait, et relaté faire entre 150 et 200$ par jour : «J't'un junkie, ça passe toute là-dedans». Le journaliste notait que ses questions sur la mort ne les intéressaient pas une miette.

Cependant, je me dois de préciser que depuis mon enquête dans l'underground policier, j'ai appris à prêter une attention critique à certaines opinions émises dans certains milieux et situations. Plutôt inusité, éminemment exceptionnel même, qu'un consommateur de drogue dure s'identifie au premier venu comme étant un «junkie» ou fumant du «crack», d'où ma question : y avait-il des policiers ou policières en civil infiltrés parmi ces jeunes, déguisés en punk?

Si tel était le cas, quel était leur objectif? Passer le message aux lecteurs de La Presse que ces jeunes constituent un danger pour la population car ils transmettent leurs maladies aux autres sans ce soucier des conséquences. Bref, des sans génie qu'ils sont parfaitement justifiés de réprimer. Il est un fait cent fois vérifiés que la police, quelle qu'elle soit, manipule l'opinion publique pour l'orienter dans le sens de son orthodoxie. (Suite demain)

News du vendredi 6 Avril 2012

  Autre resto communautaire, avec ses civils, dont l'un à l'allure revêche, le regard fuyant - (Suite tome 1 de l'Étau Policier) Où allais-je maintenant dénicher un organisme communautaire qui acceptera mes services comme bénévole et pourrai poursuivre mon enquête, surveiller les occasions d'affaires?

Certains m'avaient déjà dit du bien de la Maison des amis du plateau Mont-Royal, située au 4 395 de la rue Papineau, au nord de Marie-Anne. S'agissant d'un organisme que je ne connais pas, je juge bon de le fréquenter quelques semaines avant d'y offrir mes services. Le syndrome du resto communautaire Bouffe-Héberge me poursuit, et c'est très bien comme ça.

Ce resto communautaire en est un autre collaborant avec la police. L'ai constaté dès mon premier passage. Nous n'allons pas en faire un plat, ils se comportent tous de cette manière, par conviction que celle-ci ne dit toujours rien que la vérité et seulement la vérité, et aussi et surtout par obligation.

Adrien, un homme trapu, très sympa, m'y accueille. Être reçu par des personnes conviviales, souriantes, surtout de bonne foi, donne de l'énergie. Cependant, lui, il en met trop. L'impression d'un vendeur ne voulant pas rater sa vente. Après tout, lui et moi se rencontrons pour la première fois. En ai la confirmation dans les secondes qui suivent. Il me demande si je veux faire du bénévolat.

La question m'étonne, je ne m'attendais pas à ce qu'on me harponne de la sorte dès ma première visite, alors que je viens à peine d'en franchir le seuil. Pas sûr qu'il adresse cette demande à tous les nouveaux venus. À peine ai-je balbutié un «oui» hésitant que notre civil se lève de sa chaise, pivote, fait deux pas, ouvre une porte et me fait entrer dans une pièce où un vieux monsieur, assis derrière une table, me fait remplir illico un formulaire.

Les choses se passent aussi rondement que je les décris. Il à l'allure revêche, le regard fuyant. Comme un novice, je déballe tout. L'homme au formulaire a oublié ses lunettes chez lui, n'arrive pas à lire un ou deux chiffres de ma carte d'assurance maladie, semble douter de son authenticité. Me dit, le soupçon dans la voix et le regard, qu'«il y a des petites choses qui ne sont pas claires», me demande de revenir le lendemain en remplir un autre. Je n'irai pas, trop parano le vieux mec.

On ne me reparlera plus du formulaire. Ces renseignements étaient destinées à qui, pensez-vous? Je n'ai aucun doute de l'identité du destinataire. À Jeunesse au Soleil, j'avais déjà tout dit, et de nombreuses fois. La police, on sait ça, aime faire répéter, autant de fois que nécessaires, pour vérifier si toutes les versions concordent.

Au cours de cette première visite, suis surpris d'y croiser Adèle, une femme que j'ai connue l'année précédente au resto Bouffe-Héberge. Celle-là même qui avait saboté la petite réunion que j'avais tenue en compagnie de quelques bénévoles du resto communautaire. Elle me plaisait bien jusqu'à ce que je découvre que derrière la pseudo artiste spécialisée dans la fabrication de masques se cachait une civile.

Adèle trône derrière une grande table, avec l'un de ses collègues, Étienne, tous deux dos au mur, ce qui leur donne une vision panoramique de la cafétéria et de sa porte d'accès. Endroit stratégique d'où rien ne peut échapper à leur regard inquisiteur.

Peu après, nous échangeons quelques mots, dans le hall. Lui demande ce qu'elle fait dans ces parages, elle ne sait trop quoi répondre, son regard se dérobe au mien, elle penche la tête, bredouille quelque chose que je ne comprends pas. Elle est visiblement mal à l'aise de m'y rencontrer, ce qui expliquera sans doute que je ne l'y reverrai plus par la suite. (Suite demain)

  Chasser les jeunes de la rue porte atteinte à leur droit de circuler librement - (Suite tome 3 de l'Étau Policier) Écoutons un autre témoignage. Quittons la Capitale nationale du Québec, rendons-nous à "Montréal, ma ville", ainsi que le proclame faussement le slogan publicitaire. À la même époque, Pierre Bourque était maire de Montréal et Vera Danyluk, présidente de la Communauté urbaine de Montréal (CUM), et responsable de la police sur l'île, pas de Cuba, celle de Montréal.

Dans le cadre d'une recherche sur des jeunes de la rue, Céline Bellot, alors qu'elle étudiait en vu d'obtenir son doctorat en criminologie de l'Université d'Ottawa, a passé une dizaine de nuits dans les environs du parc Pasteur, rue St-Denis, à Montréal.

Sauf erreur, elle traite spécifiquement de la police en uniforme, pas de la police en civil, invisible celle-là à l’œil non initié, ni de ses nombreux collabos, dont des commerçants que les citoyens enrichissent de leurs achats. Elle n'aurait donc vu que la partie visible de l'iceberg policier.

Elle aussi dénonce la répression policière dont des jeunes sont victimes. Une répression injustifiée, excessive, discriminatoire et néfaste, a-t-elle confié au journaliste André Pratte de La Presse en mai 1999. (André Pratte -- La Presse du 11 mai 1999)

«On pense que chaque jeune est violent, délinquant ou drogué, alors qu'il y a une grande diversité dans la rue. J'ai rencontré des jeunes qui vivent dans la rue presque en permanence et qui ne consomment pas, ou n'ont jamais fait de vol par effraction.» Elle a rarement vu les jeunes commettre des gestes violents.

Par contre, relate le journaliste Pratte, elle a vu se durcir la répression de la police de l'île de Montréal : «L'autre jour, à la sortie de Notre-Dame de Paris (spectacle musical de Luc Plamondon et Richard Cocciante), deux jeunes se sont mis à s'insulter. En une minute, huit voitures de la police sont arrivées!» Selon elle, la police traite les jeunes de la rue de manière bien particulière. Par exemple, dès qu'un jeune punk flâne dans le métro, les agents interviennent aussitôt.

«Si vous faites du squeegee (laver des pare-brises aux intersections pour faire un peu d'argent), vous serez davantage harcelés que si vous vendez de la drogue! Pourtant, le squeegee, c'est certainement une stratégie de survie préférable au commerce de la drogue, à la violence ou à la prostitution», fait observer Bellot.

Elle aussi confirme que la répression policière aurait pour seul effet l'aggravation des problèmes de ces jeunes. Ceux-ci tendent à se réfugier dans la clandestinité, ce qui rend impossible toute intervention auprès d'eux. De fait, on les pousse à la délinquance, analyse-t-elle. «Le jeune qui doit passer deux semaines à (la prison de) Bordeaux parce qu'il a 5 000$ de contraventions de squeegee non payées, qu'est-ce qu'il apprendra, vous croyez? Tout ce qu'il faut savoir pour devenir revendeur de drogue!»

L'anthropologue québécois Tremblay écrit qu'une police trop répressive détruit l'idée qu'il puisse exister un honnête citoyen, tous devenant des clients potentiels. (Jean-Noël Tremblay -- Le métier de policier -- Les Presses de l'Université Laval) Il soutient que cela la rend odieuse aux yeux des citoyens. Cette image négative du policier sur notre propre comportement en société nous incite, si l'on veut éviter d'être traité comme un malfaiteur ou un criminel, à se soustraire à son regard.

Ce que décrit Tremblay, c'est exactement ce que font ces jeunes en se réfugiant dans la clandestinité. Et la police connaît bien les effets de sa répression, sait parfaitement bien qu'ils y chercheront refuge. Elle projette délibérément cette image arbitraire et répressive pour exclure des citoyens de la société.

L'étudiante en criminologie Bellot aborde un autre volet de la problématique. Elle dit que le harcèlement policier répond à une volonté sociale de sortir les jeunes de la rue, une rue qui ne serait pas un endroit propice à leur développement. En outre, ajoute-t-elle, ceux qui souhaitent les y sortir négligent aussi le fait que pour plusieurs de ceux-ci, la rue est un refuge. «Une partie d'entre eux n'avaient pas le choix. Pour certains, la rue était préférable à la maison», a-t-elle constaté au cours de son enquête.

Sortir les jeunes de la rue, c'est peut-être une bonne chose, mais il y a la manière, dit-elle. Encore faut-il s'assurer qu'ils ont un autre endroit où aller : «Tant qu'un jeune n'a pas décidé lui-même de quitter la rue, il faudrait l'aider à mieux vivre cette période de sa vie, pour éviter qu'il ait de trop gros problèmes de drogues ou de dépression

Dans un dépliant de Jeunesse au Soleil, organisme implanté à Montréal, on manifeste aussi cette détermination de «sortir les jeunes de la rue». Pourtant, selon la journaliste américaine Jacobs, la rue est un lieu d'apprentissage à la vie. (Jane Jacobs -- Déclin et survie des grandes villes américaines -- Éditions Mardaga) Les jeunes s'y amusent tout en explorant leur environnement. Elle soutient que la fascination de la rue débordante de vie et d'aventures exerce sur les enfants et les ados est bien connue.

L'attrait tient en partie au sentiment de liberté qu'ils éprouvent en les parcourant, au lieu d'être enfermés dans un endroit qui leur est strictement réservé. (NDLR : Au Québec, notamment à Roberval, où les rues sont désertes, on les concentre dans des Maisons des jeunes, où ils sont sous haute surveillance de flics en civil et de collabos, qui veillent à faire leur rééducation. À Lac Bouchette, on ne les y voit pas non plus, ou rarement. Dans les faits, la police a confisqué l'espace publique à la Société civile.)

Les rues, c'est aussi la socialité, l'interaction continuelle. Lorsqu'ils grandissent, écrit Jacobs, ils vont davantage flâner en regardant les passants, en flirtant, en discutant, en se poussant, bousculant et jouant à se bagarrer. On critique constamment les ados qui se défoulent de cette manière, mais ils peuvent difficilement s'en passer à leur âge. Le drame, c'est que si cela ne se passe pas en public dans la rue, cela se passera en marge de la société, précise-t-elle. (Suite demain)

News du jeudi 5 Avril 2012

  Parra Mural Time-Lapse – Facile, en s'y préparant bien, de peindre sur un mur, chez-soi, un gros chef-d’œuvre : vidéo (02:08).

  Japon : risque d'un séisme à Tokyo ? - Jean-Paul Montagner, sismologue à l'Institut de physique du Globe de Paris, fait état de récentes prospections géophysiques laissant présumer un risque sismique de forte magnitude d'environ 70% d'ici 2016 à Tokyo : vidéo (12:29) + site du Globe de Paris.

  Braun Boty finaleCanalstreet : vidéo (04:00), super musique et danseurs.

  Pigeon impossibleAnimation : vidéo (06:14).

  Chercher les mensonges de candidats lors d'élections – En France, aux présidentielles de 2007, bien des choses commençaient à émerger ou n'existaient pas encore sur le Net, par exemple les réseaux sociaux. Si cette année-là des promesses ont été faites mais pas tenues ou partiellement, les adversaires politiques ont tout intérêt à les diffuser sur facebook, avec l'impact qu'on imagine.

Les chercheurs des partis politiques s'intéressent surtout aux chiffres. Un cas, François Hollande, candidat socialiste, disait en 2007 être d'accord pour que l'âge de la retraite soit 60 ans. En 2011, il disait le contraire. Sarkozy, président sortant, a été coincé aussi : vidéo (04 :20).

■  J'avais les deux pieds dans un monde invisible et secret, et qui veut le rester - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Après un mois de bénévolat à Jeunesse au Soleil, je décide de quitter les lieux. J'aimerais bien y poursuivre mon enquête mais la tension est beaucoup trop forte. Il est clair que la police ne veut pas que je fréquente cet endroit, ni d'ailleurs les autres qui suivront, mais ça, je le découvrirai après.

Elle cherche à me marginaliser, me déstructurer psychologiquement. Résister à sa répression me siphonne mon tonus, m'épuise. Pourtant, dans ma tête, tout était on ne peut plus clair : je suis un bon citoyen, vis dans une société libre et la police ne me sortira jamais de là.

Un autre élément pèse aussi dans la balance. Le travail à l'entrepôt nécessite un entraînement physique que je n'ai plus. J'aurais peut-être pu obtenir un job moins éreintant, mais la répression m'a fait perdre le goût d'y faire du bénévolat. J'ai hâte aussi de voir ce qui se passe dans d'autres organismes communautaires.

J'espérais beaucoup de Jeunesse au Soleil. Le document corporatif que je leur avais proposé aurait généré davantage de profits que celui du resto communautaire Bouffe-Héberge, que je n'ai pu mener à terme.Avec ma part, j'aurais quitté le tiers monde de l'aide sociale. Mais avec tout ce que la police a raconté à mon sujet, pas étonnant que ce projet n'ait jamais vu le jour.

Certains civils auront même l'arrogance de me demander si je travaille. Remarquez, cela dit sans un milligramme d'irrespect, cependant comme ils ne pouvaient pas ne pas savoir qu'on me coupait l'herbe sous les pieds, et que peut-être y participaient-ils eux-mêmes activement, je soupçonnerai l'hypocrisie en quelque part, la torture psychologique. À un autre moment de ce récit, André me dira de façon explicite, et me répètera même, d'arrêter de parler de l'underground policier montréalais si je veux retourner sur le marché du travail. Assez clair, non?

Avec toutes les connaissances acquises sur le terrain en matière de tactiques policières, il ne m'était plus nécessaire d'en fréquenter un pendant des semaines pour le dépister. Je le sentais, comme on dit, souvent dès le premier coup d’œil ou après avoir échangé brièvement avec lui une ou deux fois. Quant aux vrais artistes, c'était une autre paire de manches, ça demandait plus de temps, et encore je ne les ai pas tous détectés.

Aujourd'hui, dans la rue, je peux en repérer facilement un ou une, en quelques secondes. Habituellement le civil s'en rend compte. On se trahit par le coup d’œil de trop. Quand les deux regards se rencontrent, c'est là que le déclic se fait. L'autre s'efforce de prendre aussitôt un air dégagé. Cela dure une seconde.

On est alors sûr de ne pas faire d'erreur, sûr de son coup que c'en est un et qu'il est là pour nous. À peine perceptible mais irréversible. Il sait alors que vous l'avez détecté. Les civils devaient bien se rendre compte de mes progrès accélérés en la matière. À leurs yeux, je représentais donc un danger. Là, j'avais les deux pieds dans un monde invisible et secret, et qui veut le rester. (Suite demain)

  Les jeunes qui se suicident ont surtout mal à leur droits et libertés - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) ramenons la journaliste Lilianne Lacroix de La Presse, qui a interrogé Danielle Latreille, bachelière en travail social œuvrant avec des clientèles suicidaires et endeuillées. (Lilianne Lacroix -- La Presse du 13 février 1999) Celle-ci lance en quelque sorte un appel à la solidarité des citoyens.

La société doit «apprendre à prendre soin de ses jeunes, de ses adultes, de ses personnes âgées. (...) On doit se parler, travailler ensemble, travailleurs de la santé, travailleurs sociaux, CLSC, écoles, services de loisirs, pour faire un filet à travers lequel le moins de gens possible pourront passer.» En quelque sorte, c'est un clin d'oeil que Latreille adresse à la resocialisation. N'est-ce pas préférable à l'inhumaine Guerre Sainte?

Que des jeunes choisissent le suicide plutôt que la vie qu'on leur propose, il y a là de quoi être ébranlé. Parmi les ados et les jeunes adultes suicidés, combien ont fait l'objet de la médecine de cheval des policiers et policières en civil du Québec, dont la Sûreté du Québec et la police de l'île de Montréal, et de leurs nombreux collabos? Comment savoir? En prenant connaissance d'autres cas concrets peut-être?

Manon Barbeau a tourné un film, L'armée de l'ombre, sur les jeunes laissés pour compte et vivant au Carré Youville, dans le Vieux-Québec, alors quartier de la Ville du maire péquiste Jean-Paul L'Allier. Luc Perreault, critique cinématographique de La Presse, l'a vu, en novembre 1999, en explique le contexte. (Luc Perreault -- La Presse du 20 novembre 1999)

La cinéaste Barbeau, au cours du tournage de son documentaire, a suivi une vingtaine de jeunes, des décrocheurs, squeegees, squatteurs, tagueurs et marginaux de tout acabit. Des jeunes dormant dans des abris de fortune même en hiver, et au sein desquels la drogue fait des ravages inquiétants. Cinq par année en moyenne y laissent leur peau. Et les recrues semblent inépuisables.

Dans ce film, Perreault a vue de ces jeunes jouer aux durs pour mieux dissimuler leur grande vulnérabilité. Il rapporte cette séquence où l'un d'eux engueule devant la caméra les éducateurs du centre de détention où, ado, il a croupi. Certains d'entre eux y sont restés jusqu'à 5 ans (cinq ans!). Perreault : «Ils ont rapporté de leur séjour en institution un goût de prison qui leur colle à la peau et dont ils n'arrivent pas à se défaire», relate-t-il.

«Après avoir décrit (dans un documentaire précédent qu'elle avait tourné) les suites néfastes de l'abandon dans son propre foyer et celui des enfants d'artistes du Refus Global, Manon Barbeau était sans doute la personne la mieux désignée pour se mettre à l'écoute de la détresse de ces garçons. Le constat auquel elle arrive devrait aider à sonner l'alarme.

«Comme document choc, L'armée de l'ombre (...) me semble cogner à un niveau proche de La Forêt boréale de Richard Desjardins. «Mais ici, ce ne sont pas des arbres qu'on abat : ce sont des garçons, souvent des adolescents.» S'en dégage «l'impression d'un immense gâchis, d'une perte incalculable».

Perreault écrit que l'analyse des causes et les solutions proposées paraissent bien timides. Mentionne le cas d'une école recevant ces décrocheurs et d'«où s'échappent les mots d'une dictée qui semble tirée d'un mauvais catéchiste marxiste. (...) Notre société a mal à ses garçons», fait-il observer. (...) «Quel espoir propose-t-on à ces jeunes? Qui pourra endiguer ce fléau? s'inquiète-t-il. Il faudra chercher ailleurs la réponse.»

Tout ça attribuable à une famille dysfonctionnelle, à un père absent ou, cas encore plus fréquent, alcoolique, ainsi que le pense Perreault? Sans doute, mais pas seulement. Sachant comment la police en civil, et ses collabos, procède clandestinement dans la rue et les institutions, entre autres endroits, on peut affirmer que celle de la Vieille-Capitale, ville du maire péquiste Jean-Paul L'Allier, redisons-le pour ne pas l'oublier, n'a pas dû leur faire de cadeaux, à ces jeunes. Ainsi qu'en témoigne ce livre, notre société n'a pas mal qu'à ses garçons -- et à ses filles --, elle a d'abord et surtout mal à ses droits et libertés. (Suite demain)

News du mercredi 4 Avril 2012

  Dictature du Net : les pays occidentaux sont-ils en train de copier la Chine et l'Iran ? - Nick Pickles, directeur de l'Association Big Brother Watch Campaign, ne pose pas la question, connaît la réponse. Il en a en effet contre la décision du Royaume-Uni de contrôler le Net.

Le premier ministre conservateur David Cameron déposera au mois de mai un projet de loi à cette fin. Pickles n'est pas le seul, chez d'autres associations de défense des libertés Cameron est "violemment" critiqué : vidéo (05:52), entrevue avec Nick Pickles + site Big Brother Watch + article en français + article en anglais, plus complet.

(NDLR : La société de surveillance, les caméras dans l'espace public, va s'étendre au Net. Et comme d'habitude, la police en fera beaucoup plus que la loi lui permet, c'est dans sa nature. Normal, elle ne sera pas contrôlée par un organisme neutre. De toute façon, est-ce seulement possible, ce contrôle, dans un monde aussi vaste? La démocratie est impuissante face à la technologie.

Au lieu d'avancer prudemment, nos élus ferment les yeux et plongent, nous entraînent tous dans un monde inconnu. Néolibéralistes radicaux..Plus dangereux que les terroristes et les criminels. Comme tout le reste qui nous entoure : crise économique sans fin, pauvreté partout, centrales nucléaires, etc. Faudra bien un jour prochain congédier ces oligarchistes qui nous empoissonnent la vie. Pas le choix si on veut reconstruire la démocratie.)

  Ce que j'ai vu et soupçonne, trop grave pour que je me taise - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Nous sommes à la fin de 1997. Mon verre est plein. Au départ, je veux produire un document d'une cinquantaine de pages, le photocopier et distribuer gratuitement à des journalistes montréalais. Mais changerai d'avis, au fur et à mesure que je découvrirai l'omniprésence des civils, de leur collabos, et leur rôle véritable.

Impossible de tout raconter dans un document du genre, trop incomplet pour être crédible. Car je n'ai aucune preuve matérielle, tout étant basé sur mon témoignage et celui de quelques citoyens, et des recoupements. Comment prouver qu'un civil en est vraiment un? Lui demander? Il niera. Je le sais, ai déjà posé la question à quelques uns d'entre eux. Le filer? Bonne idée, sauf que c'est potentiellement dangereux. Le civil n'est pas un néophyte, s'en apercevra, comment réagira-t-il?

C'est donc un livre qu'il faut écrire. Suis obligé de me faire violence pour m'en convaincre parce que je n'en ai pas le goût, vraiment pas, et que c'est tout un chantier : ma priorité est de retourner au plus vite sur le marché de l'édition. Un travail d'au moins deux ans : j'ignore encore qu'il m'en faudra pas mal plus. Ce volet me rebute.

Seulement voilà, le journaliste que je suis ne peut se convaincre de passer sous silence ce qu'il a vu et soupçonne. Trop grave pour que je me taise. À partir de ce jour, j'accepte que la police me fasse passer pour tout ce qu'elle voudra. Suis même honoré de l'attention qu'elle me porte.

Avec des hauts et des bas, tout de même, car il y a des jours où l'acceptation passe mal. À chaque fois, je me requinquerai, parce que le démocrate en moi ne peut accepter cette situation. D'autant que ce livre permettra à des citoyens de retrouver leur sens critique vis-à-vis la police, ne prendront plus pour parole d'évangile ce qu'elle leur dit.

Il faut se dire, ainsi que l'écrit Casamayor dans un autre contexte ( Louis Casamayor -- La Police - Gallimard ) : «Votre notation ne me fait pas honte du tout. Vous croyez mauvaise une note qui est basse. Vous me la donnez, mais j'en suis fière. Ma honte ce serait d'être bien noté (...par vous...). Votre jugement, votre condamnation m'honorent, je vais en informer l'opinion le plus largement possible, et tout de suite!»

D'autant que cette attitude peut faire boule de neige. La diffusion est le seul moyen de s'affranchir de l'hygiénisme social, et de ramener au niveau commun quelques oppresseurs. C'est, avec le système de la sanction, toute la société de répression qui est atteinte, soutient avec justesse Casamayor.

Finalement, j'en viens à la conclusion qu'en ce bas monde, il y a des choses plus importantes dans la vie que la peur-de-ce-que-les-gens-vont-penser, ou la peur tout court. (Suite demain)

  L'objectivité journalistique, ce n'est pas 50% pour les juifs et 50% pour Hitler - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) À l'intérieur des salles de nouvelles, écrit Vincent Hugeux, on assiste à un débat académique entre le «journalisme de compassion» et le «journalisme de la distanciation», voire de la froideur. (NDLR : Le journalisme désincarné, quoi.)

(L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage collectif d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de journalistes qui participaient au Forum international sur l'Intolérance en mars 1997, à La Sorbonne : Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka, Semprun, etc.)

Hugeux dit se souvenir d'un animateur du Comité international de la Croix-Rouge à Kaboul, au pire moment des combats de 1994, qui lui confiait : «Certes, je suis Helvète, mais jamais neutre ; je suis toujours du côté des victimes. Je considère que nous devons faire preuve, dans notre choix d'interlocuteurs et dans notre écriture, de compassion pour les humbles et d'intransigeance pour les nantis et les puissants.»

Pour sa part, Jean-Marie Colombani, alors directeur de la rédaction du Monde, se disait d'avis qu'il ne faut pas croire que les journaux soient objectifs : «L'objectivité est une notion qui n'existe pas ; la seule chose à laquelle nous puissions prétendre, c'est à l'honnêteté dans l'expression de notre propre subjectivité. »

(L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage collectif d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de journalistes qui participaient au Forum international sur l'Intolérance en mars 1997, à La Sorbonne : Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka, Semprun, etc.)

Le journaliste Claude Morin, dans un passage de son livre où il en traite, cite un confrère français, Hubert Vieille (Claude Morin -- Profession : reporter -- Éditions Fides) : «On tentera d'obtenir les deux points de vue dans un conflit de travail, non pas pour faire 50/50, mais pour enrichir le débat.

«Je vais vous citer un confrère éminent, Yvan Levagne, qui fait la revue de presse sur France-Inter. Il disait : "C'est quoi l'objectivité?" Il ajoutait : "C'est 50 pour cent pour les Juifs et 50 pour cent pour Hitler? "Il y a une belle interrogation là-dessus, poursuit Vieille. Il ne peut y avoir que de l'honnêteté, pas d'objectivité, c'est pas vrai. Même les scientifiques ne sont pas objectifs et pourtant, ils ont des méthodes».

(NDLR : Voilà qui complète notre manchette d'hier : La police en civil est responsable de plusieurs suicides.) (Suite demain)

News du mardi 3 Avril 2012

  Québec : l'Archipel de l'Îsle-aux-grues, sur le Fleuve St-Laurent – Lorsque l'hiver arrive, la population est complètement isolée jusqu'au printemps. L'avion remplace le traversier, transporte vivres, courrier et les écoliers sur une rive du fleuve, matin et fin d'après-midi. C'est un peu le bon vieux temps : vidéo (25:40) + site l'Archipel de l'Îsle-aux-grues.

  L'avenir de la Birmanie - Aung San Suu Kyi, combattante, pacifique : photo, la lumière après la grande noirceur. Quel beau symbole, le blanc qu'elle porte!

  Le jour où j'ai décidé d'enquêter sur les activités clandestines illégales de la police en civil - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Illustrons concrètement la désapprobation communautaire créée de toutes pièces à mon encontre par la police de l'île de Montréal. Me faire passer pour un consommateur de drogues, à la rigueur, ce n'était pas si terrible. Cependant, m'associer à un gang de motards...

Me souviens que l'un des responsables de l'entrepôt de Jeunesse au Soleil m'avait présenté à un tiers comme étant un Hell's Angel. Le ton n'était pas agressif, plutôt amical même. N'empêche, le mot avait été lâché. Moi, un Hell? Lui avais rétorqué que j'étais plutôt un White Angel. Je n'en revenais pas qu'il ait cette opinion de moi. Qui lui en avait suggéré l'idée? Mon impression est que les propos de la police à tenu à mon sujet n'étaient pas des plus flatteurs. Lorsque celle-ci a tenté de faire croire à des bénévoles que j'étais l'«ami» d'un pyromane, j'avoue que là aussi, je l'ai beaucoup moins bien pris.

Cependant, il y a bien pire! Quand elle a vu qu'elle ne ferait pas beaucoup de kilométrage avec ces tactiques, elle me fera passer pour un pédophile -- des bambins que je ne connaissais pas me quémandaient de l'argent -- et un agresseur de femmes. Elle multipliera les mises en scène tant dans la rue qu'à Jeunesse au Soleil et ailleurs. Elle les utilisera d'ailleurs pendant des mois, caricaturera à gros traits pour que je sache bien qu'elle en est la signataire.

Elle me faisait croiser des femmes aux seins énormes, presque aussi gros et pointus que des obus. Sans blague. Ou qui m'exhibaient généreusement leur postérieur en se pliant en deux pour nouer un lacet, déposer un sac sur le trottoir ou cadenasser une bicyclette. Je n'avais jamais vus autant de ma vie.

Pour que ces déstabilisations m'entrent dedans comme une tonne de brique, il lui fallait la complicité de tous ces béni-oui-oui. Elle avait dû les en informer. Notons que plus souvent qu'autrement, le ni vu ni connu est assuré puisque ces ragots sont propagés par des civils camouflés en bénévoles ou clients de ces établissements. Et si malgré tout vous refusez d'obtempérer, jusqu'où tout cela peut-il mener?

Ultimement, on ne peut exclure l'agression physique. Quoique la méthode soit plutôt risquée dans le cas d'un journaliste. Il m'arrive de penser que, n'avait été de mon métier, la police n'aurait pas hésité à passer à l'acte. De le penser après coup, car dans le feu de l'action j'étais loin d'en être certain. Je n'avais pas la peur au ventre pour rien.

Rodrigue me demandera : «Qu'est-ce que tu penserais de ça d'avoir une bonne volée?» Un autre, André, me fera remarquer que «c'est facile de faire débouler un escalier à quelqu'un». Enfin, Norbert, qui m'estimera trop actif pour mon âge, me suggèrera de prendre ma retraite. Lui ayant rétorqué que je ne suis pas prêt d'arrêter, à moins d'être assassiné par un mari jaloux, il enchaînera : «Ou par une balle perdue». Certes, je n'ai jamais craint d'être atteint d'une balle. N'empêche qu'il m'est arrivé d'y penser à certaines occasions.

La méthode policière est connue. Quand la police veut sortir d'honnêtes citoyens d'un endroit ou carrément les éjecter de la société, elle les traite comme s'ils étaient de véritables criminels. Projette délibérément l'image d'une police arbitraire et agressive, en se comportant de façon odieuse.

Elle se préoccupe peu de l'image qu'ils conserveront d'elle, l'important étant qu'elle réussisse à les éjecter d'endroits qu'elle ne veut plus les voir fréquenter, et les sortir aussi du centre-ville, peut-être même de l'île de Montréal, tant qu'à y être, pourquoi pas?

Infaillible, la tactique, parce que ces citoyens, pour se soustraire à cette répression illégale, vont fuir la police comme la peste. Ils peuvent résister un certain temps. Cependant vient toujours un moment où, veut, veut pas, ils décident de ne plus y mettre les pieds. Cette répression injustifiée génère stress et souffrance.

Comme il est à peu près impossible de circuler en ville sans croiser au moins une ou deux autos-patrouille et des civils, ces citoyens préféreront davantage leur espace privé à l'espace public, d'où l'isolement, la détérioration du lien social, le burnout, maladie mentale, cela peut aller jusqu'au suicide. C'est à ce moment-là que je décide d'enquêter sur le terrain. (Suite demain)

■  La police en civil responsable de plusieurs suicides - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Ces jeunes, exception faite de très peu d'entre eux, n'ont pas encore eu l'occasion de vraiment se mesurer aux adversités de la vie. Les psychologues le disent : l'adversité fait mûrir, développe le sens critique, libère peu à peu de la pensée magique.

On peut imaginer le drame quand ils découvrent la face cachée de la drogue, eux qui pourtant se croyaient immunisés contre la dépendance. Toute une révélation pour eux. Ils sont complètement désemparés, aux abois, littéralement. À cet âge, on n'est pas du tout équipé pour plonger dans un enfer pareil.

Et quand en plus, ils ont la police en civil, et ses collabos, sur le dos qui les harcèle sans arrêt, les isole socialement, leur situation se dégrade de façon dramatique : elle procède ainsi à l'encontre de ceux qui ne consomment pas de drogue, mais refusant d'être lavés, javalisés, essorés, amidonnés et repassés au fer brûlant. Au lieu de les aider à sortir de leur enfer, elle les y enfonce davantage, conduisant certains ou plusieurs d'entre eux au suicide. Qu'ils crèvent dans une ruelle ou une maison abandonnée, lui importe peu.

Suis parfaitement conscient de la gravité de la question soulevée. Je l'ai longuement tournée et retournée encore dans ma tête avant de me décider de l'écrire noir sur blanc. Comment moi, journaliste depuis plus quelques lunes, et de surcroît n'ayant aucune preuve directe de suicides, pouvais-je la soulever en toute honnêteté?

Parce que mes six années et demie d'enquête dans l'underground de la police en civil m'ont ouvert les yeux sur la violence psychologique dont est capable cette police en civil, et ses collabos. Parce qu'il y a aussi tous ces témoignages cités plus haut, et d'autres que je rapporterai plus loin, tous tirés d'innombrables articles de presse et de quelques centaines d'ouvrages et d'études de toutes sortes : pendant plus de quatre années, j'en ai lu de trois à quatre par semaine, que j'empruntais dans des biblios.

Et enfin parce que ces activités meurtrières se déroulent dans ce monde de l'ombre et du secret et que la Société civile doit en être informée. Suis profondément et sincèrement convaincu qu'elle est à l'origine de certains sinon plusieurs de ces suicides : je me retiens à deux mains pour ne pas écrire PLUSIEURS. Le répète : profondément et sincèrement convaincu! Le charnier dont je parlais plus haut, il est notamment là.

Des ados et des jeunes adultes sans défense dans la vie, parmi les plus faibles de notre société libre et démocratique. Nous avons là un beau cas de cette violence que le pouvoir politique génère dans notre société via ses lois à tolérance zéro et sa police répressive. À pourchasser le dragon, il est devenu lui-même dragon.

Nuançons : beaucoup de citoyens élus à de hautes fonctions ignorent tout des activités clandestines de la police. D'autres par contre sont au courant. Voilà l'un des coûts de la prétendue «qualité de vie» que notre prétendue police communautaire (de proximité ou de quartier) dit vouloir établir dans les villes et villages.

En outre, je crois fermement aussi à ce que pense Vincent Hugeux, journaliste à l'Express, de la neutralité journalistique, dans certains contextes (L'intolérance -- Éditions Grasset -- Ouvrage collectif d'écrivains, de philosophes, d'Historiens et de journalistes qui participaient au Forum international sur l'Intolérance en mars 1997, à La Sorbonne : Weisel, Ricoeur, de Romilly, Eco, Le Goff, Soyinka, Semprun, etc.)

«Il ne faut pas qu'en vertu d'une objectivité chimérique, d'une équité perverse, on confère le même crédit au bourreau et à la victime. Le devoir des témoins que nous sommes, c'est de décrypter les discours. C'est de dire : Untel prétend ceci. Il ment. Voilà comment. Voilà pourquoi.» (NDLR : L'objectivité n'existe pas, la bonne foi, oui.) (Suite demain)

News du lundi 2 Avril 2012

■  Myanmar, ex-Birmanie : Aung San Suu Kyi obtient un immense succès électoral – Hier dimanche, lors d'une élection partielle, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), parti politique qu'elle a fondé, environ 40 de ses candidats, dont elle-même, ont été élus sur les 45 sièges à combler. Fière de cette percé historique, bien sûr, mais surtout du fait que les gens aient participé avec enthousiasme au processus démocratique : vidéo (01:24) + article + on peut s'attendre à ce que les États qui ont imposé des sanctions à cette dictature soient réexaminées.

■  Enquêter sur la police en civil, ce n'est pas toujours de tout repos - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) La surveillance policière, en uniforme ou en civil, est constante. Le matin, dans la rue, quand je me rends à Jeunesse au Soleil, durant mes heures de bénévolat et en fin d'après-midi quand je retourne chez moi. C'est la chape de plomb continuelle. Plus la police vous serre de près, plus vous avez le visage défait et l'air misérable, et plus elle resserre son étau.

Dans ce contexte de loi martiale sans le nom, la menace potentielle de dérapages policiers fait peur. Alors, il y a parfois cette angoisse lancinante vous faisant craindre le pire, l'agression physique. Quand on fraie dans l'underground policier, le stress émotionnel est parfois présent ou latent. Pour tout dire, ce n'est pas toujours de tout repos.

On fait tout pour me faire accroire que je suis sous enquête. Dans les faits, c'est une tactique, basée sur un faux prétexte, pour m'éloigner d'endroits où elle veut continuer de travailler en paix, hors de la présence du journaliste que je suis. Cependant, il ne lui est pas facile de m'éjecter.

Je ne réagis pas comme le font sans doute la plupart des autres citoyens n'ayant, eux aussi, rien à se reprocher. On peut penser qu'effrayés, ceux-ci doivent céder à cet arbitraire. Combien sont ainsi exclus illégalement de certains secteurs? Démocrate convaincu, je refuse d'être traité comme un vulgaire criminel, et par ceux-là même qui devraient me protéger et défendre mes droits fondamentaux.

Alors, je m'accroche. Il y a là combat à livrer, n'ai pas l'intention de m'y dérober. Ne réussissant pas à me faire lâcher prise, elle est obligée de tester différents scénarios avant de trouver le bon, celui qui me fera le plus mal psychologiquement. C'est un crescendo. Dans un premier temps, elle me fait sentir que ma présence n'est pas la bienvenue. Autos-patrouille et des civils sont notamment là pour ça.

Cette méthode s'avérant inefficace, une wagonnette de l'escouade tactique et un civil se déplaçant à bicyclette me coupent à quelques occasions le chemin pour bien me faire sentir que je suis persona non grata dans le secteur. Comme je persiste, la police se fait plus insistante. Sans jamais m'inculper de quoi que ce soit puisque je n'ai jamais commis le moindre délit. Elle ne peut non plus m'accoler une accusation d'entrave au travail de policiers, n'étant pas sur le lieu d'un crime, j'ai parfaitement le droit d'y circuler librement.

D'une fois à l'autre, elle en vient à utiliser des tactiques de plus en plus répressives. Me souviens de cet après-midi où j'avais entrepris de traverser la rue Sherbrooke, à l'intersection d'Amherst. Mon feu est vert et, juste en face de moi, sur l'autre versant de la rue, une auto-patrouille est immobilisée, le policier me regarde, avant-bras appuyés sur le volant.

Soudain, j'entends le vrombissement d'un moteur tournant à plein régime, coup d’œil à gauche : une auto-patrouille, qui vient de démarrer, se dirige dans ma direction. Le moteur est à ce point sollicité que la partie avant de la carrosserie vibre. Auto-patrouille rapide, menaçante. Sans avertissement sonore. Je reviens précipitamment sur mes pas, pour me réfugier sur le trottoir. Elle passe en trombe, comme une balle.

Mon feu était-il passé du vert au rouge? Je l'ignore. Chose certaine, le flic, sur l'autre côté de la rue, était encore là. En outre, celui qui avait foncé sur moi avait dû me voir puisque j'étais presque rendu au milieu de l'artère. Je n'affirme pas qu'il cherchait délibérément à me frapper, mais seulement à m'effrayer.

Chez la plupart des citoyens, l'intégrité est le point le plus sensible de l'épiderme, à cause de la fameuse peur du qu'en-dira-t-on. La moindre rumeur peut anéantir la réputation de quelqu'un. Peu de citoyens résistent, à peu près tous s'enfoncent la tête entre les épaules et rentrent dans le rang. Cependant, quand elle n'est pas justifiée, réagir ainsi correspond à abandonner ses droits aux mains de l'arbitraire policier.

Il importe de rappeler qu'en ces temps de pseudo police communautaire, la répression repose désormais sur la désapprobation... communautaire. C'est que la police met dans le coup de vos voisins, de petits commerçants et dirigeants d'organismes communautaires de votre rue, votre quartier, votre ville.

Ceux-ci croient dur comme fer à tout ce qu'elle leur raconte et, pensant jouer un rôle préventif pour le bien-être de la société, s'investissent activement dans des tactiques policières, sans soupçonner ce qu'il y a derrière cet écran de fumée, car c'en est un. Cela a toujours un peu existé, mais jamais sur une aussi vaste échelle.

Du jour au lendemain, sans que vous sachiez pourquoi, des gens vous tournent le dos, des portes se ferment, des employeurs potentiels vous disent non. Vous voilà éjecté de la société, condamné sans avoir passé devant un juge. Far West, lynchage public. Graves accrocs aux droits, dont d'innombrables atteintes à la dignité. (Suite demain)

  Une guerre psychologique se gagne dans la tête - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Dans ces témoignages d'hier, on retrouve bien là toute la puissance dévastatrice de la déstabilisation psychologique : le pire, c'est que la victime et son entourage ne la voient pas. Une arme blanche invisible, d'une efficacité redoutable, n'en doutez pas.

J'en ai personnellement fait l'expérience, et à répétition, de la fin de 1997 à 2001, soit pendant plus de quatre années, jour après jour, souvent plusieurs fois par jour : j'omets une partie de 1997, période où je travaillais comme bénévole au resto communautaire Bouffe-Héberge, à Montréal, parce qu'elles étaient plus rares.

Plus de quatre années, et ça continuait en 2002, bien que beaucoup moins depuis que j'avais parlé à Snowbird, à l'hiver 2001-2002, des atteintes à la dignité de la personne prévalant dans le petit village policier de Lac Bouchette. Et moins encore, en 2003, depuis que je réagis, posément, à chaque attaque psychologique, sur la place publique, devant tout le monde. (NDLR : J'ai écrit ce livre et les deux autres avant la fin de 2003, par conséquent je n'y traite pas de la période de 2004 à aujourd'hui.)

Une guerre psychologique se gagne dans la tête, mais encore faut-il être conscient que l'autre vous l'a déclarée, la guerre. Conscient surtout de la valeur de la cause que vous défendez, dans ce cas-ci les droits fondamentaux. Et, bien sûr, être suffisamment fort mentalement, genre tête de cochon qui ne veut pas plier l'échine et ne la pliera jamais.

On peut aisément en imaginer les dégâts chez les ados et jeunes adultes ignorant tout de ces tactiques, et des moyens de s'en protéger. Surtout quand la police en civil monte à leur encontre, et de toutes pièces, des désapprobations communautaires, en faisant en sorte que leur environnement sociétal leur tourne le dos, incluant les employeurs présents ou potentiels.

Elle peut sortir n'importe qui de la société, avec la complicité de citoyens-mouchards, dont des commerçants. Ces collabos, sans doute bien intentionnés, ne le savent pas, mais c'est à ça que sert la pseudo police communautaire. Quant à ses autres activités, elles sont tout à fait conformes à celles de Big Brother et Big Sister : la cueillette de renseignements sur tout un chacun, afin de mieux les ligoter psychologiquement si la situation l'exige. (Suite demain)

News du dimanche 1 Avril 2012

  Birmanie : Aung San Suu Kyi élue députée avec 82% des suffrages – Selon un porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), fondée par la nouvelle députée, sur les 45 sièges en jeu, ce parti politique en aurait remportés 11, certains parlent de 19 : vidéo (01:05). Cette récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, connue partout dans le monde en raison de son combat pour les droits et libertés, avait été confinée à domicile pendant plus de 15 ans par la junte militaire qui la considérait comme une menace.

  "I am John Wayne" - Pas chanceux, le mec : vidéo (17:14).

■  Fukushima : dans une centrale, la radiation peut tuer un homme en 7 minutes – On parle de plus de 70 sieverts par heure. Il faudra des dizaines d'années pour mettre fin à ce problème : vidéo (01:00).

■  Le visage à deux faces de Jeunesse au Soleil - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Autre élément factuel : l'escouade cycliste de prévention de Jeunesse au Soleil, composée de jeunes adultes, qui existerait depuis une dizaine d'années. Certains de ses membres, bénévoles ou employés de l'organisme, donnent des conférences dans des écoles de Montréal sur le rapt d'enfants, les dangers de la drogue, le vol à l'étalage, le taxage des jeunes pratiqué par de grands ados ou des gangs, etc.

De plus son escouade cycliste patrouille dans des parcs et cours d'écoles. La mission de ses membres : rapporter à la police tout ce qu'ils y voient et entendent. Ces volontaires sont fortement imprégnés de l'idéologie policière : sentiment que la criminalité est présente partout, suspicion à l'endroit des autres, obsession de l'ordre et du conformisme. Le 10 juin 1999, l'escouade sera reconnue officiellement par la police de l'île de Montréal. (Cécile Vandaele -- La Presse du 10 juin 1999)

Ses membres, désormais au nombre de 78, seront dûment assermentés et leur champ d'opération étendu à 25 quartiers. On les a équipés de cellulaires ou de walkies-talkies. Ils portent la casquette et le tee-shirt bleu marin, identifiés du sigle en lettres orangées de Jeunesse au Soleil. On peut se demander aussi si l'organisme n'est pas devenu un lieu où des étudiants et étudiantes en techniques policières peuvent pratiquer sur le terrain les théories apprises à l'école. Le 28 juillet suivant, un petit article publié dans La Presse nous apprendra que Jeunesse au Soleil possède un département de la prévention du crime.

Cette obsession de l'insécurité est inquiétante parce que, ainsi que nous le diront des auteurs, dont des sociologues, la police, qu'elle soit de quartier, communautaire ou que ce soit la police tout court, c'est-à-dire classique, a peu à voir avec la criminalité, et tout à voir avec les contrôles et nettoyages sociaux des citoyens, plus particulièrement des "vitres cassées" que sont les out du système économique.

Sauf erreur, il n'existe peut-être pas, à Montréal en tout cas, d'organismes sans but lucratif (OSBL) aussi impliqués dans la prévention et étroitement liés à la police que celui-ci. Difficile d'être contre la vertu, sauf que... Arrêtons-nous là, ne brûlons pas les étapes, laissons les événements se déployer à leur rythme chronologique. Revenons à cette fin d'année 1997.

À Jeunesse au Soleil, j'avais été affecté à l'entrepôt. Au cours de cette période, j'ai dû y préparer plus de 1 000 sacs de denrées : 500 à Noël et autant en janvier 1998, destinés cette fois à des sinistrés de la tempête de verglas. Je participais aussi au tri des boîtes de conserve de toutes sortes livrées à l'entrepôt : mettre les légumes ensemble dans de gros bacs, les viandes ensemble, et ainsi de suite. Un volume incroyable de boîtes de conserves.

Pour vous donner une idée, sachez que l'entrepôt occupe tout le troisième étage de l'édifice situé au coin nord-ouest des rues St-Laurent-Rachel, et qu'il est rempli de bacs. Beaucoup de pauvres compte sur l'organisme alors les stocks sont continuellement renouvelés.

C'était ma façon d'exprimer ma gratitude à cet organisme qui, au cours des mois de septembre, octobre et novembre précédents, m'avait aidé à de nombreuses occasions. Il l'a fait généreusement, sans hésitation. J'y étais bien reçu et on s'occupait vraiment de mes besoins alimentaires. Et je n'en étais pas le seul bénéficiaire. L'organisme, je l'ai souvent constaté, est continuellement sur la brèche pour aider les pauvres.

En y travaillant gratuitement, je voulais aussi donner un coup d'épaule aux personnes dans le besoin. J'en avais profité, bien sûr, pour offrir à un membre de la direction un document corporatif semblable à celui que j'avais voulu produire à Bouffe-Héberge. Je m'attendais à être bien traité, mais à ma grande surprise, c'est tout le contraire qui s'est produit. J'y ai alors découvert un autre visage de l'organisme, celui de la répression. J'y étais régulièrement épié et infiltré par des civils, et des employés ou bénévoles de Jeunesse au Soleil.

J'y ai aussi été la cible de quelques déstabilisations psychologiques, ainsi ce jour où l'alarme contre les incendies a retenti dans l'entrepôt. Quelqu'un, paraît-il, avait mis le feu dans un container placé à l'arrière de l'édifice. Pas de fumée, pas de pompiers, mais bon, puisqu'on me le dit, je crois sans avoir vu. En moins d'un quart d'heure, le début d'incendie est maîtrisé, me dit-on, et nous pouvons reprendre le travail.

Quelques jours après, deuxième alerte. Nous nous groupons à la salle de repos. Là encore aucun indice qu'il y a feu. Et où ça? Encore dans le container, semble-t-il. Germain, un civil, toujours en train de me gendarmer, affirme, à deux reprises, devant tout le monde, et sur un ton on ne peut plus sérieux, le mépris affiché même aux coins des lèvres, que c'est un ami à moi qu'y a mis le feu.

Les autres m'interrogent du regard. À cause du contexte répressif où je baigne, je ne tiens surtout pas à ce qu'on m'associe à un pseudo «ami» pyromane. Facile d'égratigner la réputation de quelqu'un par personne interposée. Je suis furieux. Une fureur intérieure contenue, qui doit bien laisser passer quelques flammèches dans les yeux. Sentant sans doute la tension monter, un responsable de l'entrepôt intervient, nous donne congé pour le reste de l'après-midi.

On se retrouve tous dans l'ascenseur. Cherchant le bouton du rez-de-chaussée, je pèse par mégarde sur celui de l'urgence. Étrangement, la sonnerie de l'ascenseur émet la même tonalité que l'alarme contre le feu. Les deux présumées alertes émanaient donc possiblement de l'ascenseur, pas du système contre les incendies.

Germain en remet, prend à témoin les autres passagers, me désignant de la main : «Tiens! Tu vois!» C'est à n'y rien comprendre. Un peu plus tôt, il m'avait désigné comme l'ami d'un pyromane, là, il laisse entendre que je suis l'auteur de l'alerte. J'ai envie de lui dire d'allumer ses lumières, mais je n'ai vraiment pas envie d'argumenter, me contente de rétorquer que je cherchais le bouton pour l'éjecter de la cage de l'ascenseur. La policière en civil qui l'accompagne éclate de rire.

Je quitte l'édifice, Germain m'emboîte le pas. Pas rancunier, je ne m'y refuse pas. Ce peut-être l'occasion d'en apprendre un peu plus à son sujet. Pour la première fois depuis que nous nous connaissons, il est convivial. Habituellement, il ne se gêne pas pour me rappeler à l'occasion que je ne suis pas là pour «faire du social» mais travailler. Moi, je crois les deux compatibles.

Souvent, les gens font du bénévolat pour se socialiser justement. J'aime communiquer, n'ai pas l'intention de m'en priver. Enfin, c'est quoi cette idée d'empêcher les bénévoles de communiquer entre eux? Cette approche concentrationnaire ne me plaît pas, vraiment pas.

Chemin faisant, il m'apprend être un plombier en chômage. Curieusement, il est le deuxième bénévole de l'entrepôt à me dire exercer le métier. Lui en fait la remarque, il patine un peu, ajoute qu'il y en a trop sur le marché du travail. Puis nous prenons Cherrier, rue où j'habite. Je découvre alors qu'il y demeure également, à trois cents pieds de mon domicile, dans une maison de chambres, au 925, côté nord de Cherrier : beaucoup de policiers et policière en civil demeurent en chambres. Nous nous quittons bons amis.

Je n'oublie pas pour autant son allusion teintée de diffamation à mon égard. Dès le lendemain matin, je relate l'incident à la préposée des ressources humaines de Jeunesse au Soleil, lui demande d'alerter la police pour qu'il y ait enquête sur les fausses alertes et d'exiger que Germain, sans tout de même dévoiler sa double identité, me fasse des excuses devant tout le monde : l'enquête n'aura pas lieu, et n'aurai pas droit à des excuses puisque on ne l'y reverra plus.

Cela fait, je m'en vais ensuite à l'entrepôt. Gabriel, un autre civil, y travaille aussi. Il a été témoin de l'incident de la veille. À mon arrivée, ce matin-là, il soutient que j'avais l'air fâché, parle de moi comme d'un grand sensible. À l'entendre, il aurait fallu que j'encaisse sans dire un mot, et même en rire puisqu'il s'agissait d'une bonne blague entre potes.

Suis bien d'accord, cependant pas de cette façon, et encore moins dans ces circonstances. La moutarde recommence à me monter au nez, Gabriel n'insiste pas. Il disparaît de la circulation, lui aussi. (Suite demain)

■  La violence psychologique de la police en civil est pire que la violence physique et l'entourage ne la voit pas - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) La stratégie perverse apparaît au grand jour lorsque la victime réagit, qu'elle essaie de se poser en tant que sujet et de récupérer un peu de liberté, écrit Hirigoyen. (Marie-France Hirigoyen -- Le harcèlement moral -- Éditions Syros) (NDLR : Achetez ce livre et faites le lire par votre entourage.)

Lorsqu'elle exprime ce qu'elle ressent, ou commence à nommer ce qu'elle a compris, elle devient alors dangereuse. Il faut la faire taire, par la peur ou la terreur. L'entreprise de démolition devient alors systématique. Les marques d'hostilité n'apparaissent pas dans des moments d'énervement ou de crise. Elles sont là d'une façon constante, permanente, à petites touches, tous les jours ou plusieurs fois par semaine, pendant des mois, voire des années, dit Hirigoyen. «Ces agressions psychologiques sont préméditées, comme un prédateur le fait avec sa proie. Il ne la lâche plus», écrit-elle.

(NDLR : Dans le cas de la police en civil, les agressions psychologiques sont élaborées, planifiées, la veille ou le jour même, lors de réunions secrètes tenues dans des maisons ou apparts privés, et groupant les policiers et policières en civil qui y participeront. Ils en ont l'habitude, savent quoi dire, quoi faire pour déstabiliser la cible.

Ils connaissent ses forces et faiblesses, et son train-train quotidien, tous ces renseignements étant emmagasinés dans leur banque informatisée. Savent exactement où ils l'attaqueront psychologiquement, dans la rue, un commerce ou sur le lieu de son travail, ou les trois l'une après l'autre, et quels en seront les scénarios.

La séance levée, quelques flics contactent ensuite de leurs collabos, dont le nombre varie selon les besoins, leur expliquent le rôle qu'ils joueront, sans bien sûr les informer de ce qu'eux et leurs collègues ont tramé ensemble plus tôt. Cachottière, la police. Ses collabos sont en sommes des marionnettes dont elle tire les ficelles.)

Hirigoyen... L'idéal pour l'agresseur est de parvenir à ce que «l'autre devienne mauvais». Il n'a pas plus grande satisfaction que lorsqu'il entraîne sa cible à devenir destructrice à son tour, «ou qu'il amène plusieurs individus à s'entretuer», ajoute-t-elle. «La force de destruction de l'agresseur tient beaucoup à la propagande qu'il fait pour démontrer à quel point l'agressé est mauvais», qu'il est donc normal de s'en prendre à lui.

L'agresseur essaie donc de pousser sa victime à agir contre lui pour ensuite la dénoncer comme mauvaise. «Ce qui importe, c'est que la victime paraisse responsable de ce qui lui arrive», explicite l'auteur. L'agresseur se sert d'une faille de la victime -- par exemple une tendance dépressive, hystérique ou caractérielle -- pour la pousser à la caricature et l'amener à se discréditer elle-même.

Pousser l'autre à la faute permet de le critiquer ou de le rabaisser, mais surtout cela lui donne une mauvaise image de lui-même et renforce ainsi sa culpabilité. «L'imagination humaine est sans limites quand il s'agit de tuer chez l'autre la bonne image qu'il a de lui-même», souligne-t-elle. Lorsque la victime n'a pas assez de contrôle, il suffit d'en rajouter dans la provocation et le mépris pour obtenir une réaction qu'ensuite on pourra lui reprocher.

Par exemple, si elle réagit par la colère, on fait en sorte que ce comportement agressif soit repéré de tous, au point que même un spectateur extérieur puisse être amené à appeler la police. Il est facile ensuite pour l'agresseur de se présenter en victime d'un malade mental. Lisons la suite du propos de Hirigoyen, décrivant bien l'origine du charnier...

Face à quelqu'un qui fige tout, gèle tout, la victime se trouve acculée à agir. Mais, entravée par l'emprise psychologique, elle ne peut le faire que dans un sursaut violent pour retrouver sa liberté. L'auteur explicite : «Celui qui réagit à la provocation apparaît comme responsable de la crise. (...) Il semble l'agresseur pour l'observateur extérieur.

«Ce que celui-ci ne voit pas, c'est que la victime est mise à une place où elle ne peut plus respecter un modus vivendi qui est pour elle un piège. Elle est prise dans une double entrave et, quoi qu'elle fasse, elle ne peut s'en sortir. Si elle réagit, elle est génératrice du conflit. Si elle ne réagit pas, elle laisse se répandre la destruction mortifère (NDLR : Qui provoque la mort, par suicide). (...) À partir d'une réaction ponctuelle, on lui met une étiquette de caractériel, d'alcoolique, de suicidaire.»

Par l'intermédiaire de ses «manœuvres de déstabilisation», on se débarrasse de sa victime qui ne comprend pas ce qui lui arrive et perd peu à peu confiance en ses capacités. La victoire est complète lorsqu'elle en vient à se détruire elle-même. Toute cette répression souterraine peut en effet la conduire à un anéantissement psychique ou au suicide.

«Aucun respect envers autrui, absence totale de compassion», écrit Hirigoyen, qui affirme même qu'«il existe une lâcheté et une complaisance de l'entourage qui craint de devenir cible à son tour ou parfois jouit de façon sadique du spectacle de cette destruction psychique». C'est une violence «propre». On ne voit rien. (NDLR : Contrairement à l'agression physique, dans une agression psychologique, il n'y a aucune trace visible.)

C'est ainsi qu'on arrive à détruire quelqu'un sans utiliser la moindre violence physique, conclut Hirigoyen. Selon Denis Bélanger, directeur de la maison pour hommes violents Après Coup, «(...) la violence psychologique est pire que la violence physique et l'entourage ne la voit pas». (Christiane Desjardins -- La Presse du 14 juin 1999)

Trop naïve, la victime, pour se rendre compte de ce qui se passe? «Peut-être pas assez perverse», répond Hirigoyen à la journaliste Paupardin de La Presse. Elle n'imagine pas que ses harceleurs agissent ainsi uniquement parce qu'ils ont envie de se débarrasser d'elle. «C'est très difficile d'imaginer que quelqu'un vous veut du mal». De toute façon, «on peut toujours trouver plus pervers que soi».

Dans une relation normale, il est toujours possible, au besoin par le conflit, de mettre une limite à la toute-puissance de l'autre pour imposer un équilibre des forces, explique-t-elle. (NDLR : Dans l'underground policier, il est à peu près impossible, au citoyen désorganisé, d'aller jusqu'au conflit. Par contre, des citoyens groupés ensemble peuvent réagir, mais pacifiquement parce qu'autrement ils tombent dans le piège policier. De victimes ou dénonciateurs de la violence policière, ils deviennent eux-mêmes violents, donnent publiquement raison à la police.)

Nécessaire de savoir aussi que, selon Lasierra et Lauret, devant la pression de l'opinion publique nationale et internationale, il est, du moins dans les sociétés avancées, de plus en plus difficile pour les pouvoirs d'employer la contrainte physique. (Lasierra R. et Lauret JC -- La torture et les pouvoirs -- Éditions Ballano) Toute atteinte au corps est ressentie avec horreur.

Les pouvoirs doivent tenir compte de cette répugnance, tout en n'hésitant pas dans certaines circonstances à s'en servir comme moyen de pression. Pris dans la contradiction qui se manifeste entre l'abolition des mauvais traitements et la nécessité de les utiliser à des fins répressives, les sociétés avancées s'efforcent de tourner la législation en recourant à des procédés empiriques et scientifiques de coercition qui ne laissent pas de traces. Les auteurs font, ici, allusion à la déstabilisation psychologique par la police en civil, qui est désormais la méthode usuelle. (Suite demain)