News du mardi 30 Juin 2009

  Lors de descentes, la Sûreté du Québec effectue des arrestations massives sans mandat - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) La Commission Poitras s'est intéressée aussi à des façons de faire des enquêteurs de la Sûreté du Québec affectés à des escouades des crimes majeurs de la région de Montréal.

Des procureurs chefs ont dénoncé, à ses audiences, des arrestations massives sans mandat et la comparution en détention de plusieurs personnes liées à un même dossier, et sans en avoir préalablement avisé les avocats de la Couronne. Pourtant, ce sont ces derniers qui décident d'intenter des procédures à l'encontre des personnes arrêtées. En somme, il s'agit d'arrestations n'ayant fait l'objet d'aucune autorisation judiciaire.

D'autant plus inacceptables, peut-on conclure des propos de la Commission, que les policiers disposaient de tout le temps nécessaire pour les en informer : les enquêtes s'étalent sur plusieurs mois et les raids, qui mobilisent parfois une centaine de policiers, sont planifiés longtemps d'avance. Ces avocats de la Couronne étaient placés dans des situations où ils leur étaient impossible de prendre une décision en toute connaissance de cause : arrestations hâtives, dossiers souvent incomplets, à la remorque des affirmations verbales des enquêteurs.

Ainsi ce témoignage de Me Jean Lortie, lors des audiences de la Commission : «Le constat majeur (...) -- et c'est la même problématique sur plusieurs aspects -- on ne nous consulte pas auparavant. On procède... il y a une opération d'envergure et on nous annonce à une heure d'avis qu'on va être à nos bureaux avec 15 accusés dans le cadre d'une opération majeure.

«La problématique à ce moment-là est la suivante : le précis des faits est à toutes fins pratiques inexistant, on a quelques déclarations, on autorise sur la parole de l'enquêteur, dans le sens où "Oui, j'ai cette information-là, je vais l'apporter. Oui, telle chose, vous allez l'avoir par la suite". Il arrive à l'occasion que ces promesses ou engagements ne sont pas remplis.»

Témoignage aussi de Me André Vincent :«(...) la preuve, souvent on (nous) la donne verbalement, et lors de la lecture du précis, on se rend compte que les éléments de preuve donnés verbalement pouvaient diverger de la preuve disponible, de sorte que la Couronne...». (Suite demain)

  La police pouvait se permettre de franchir un autre pas, sans faire craquer le plancher et réveiller tout le monde - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Les membres de l'escouade cycliste ont déjà des émules, et on pouvait s'attendre qu'il y en ait d'autres. Cela s'est passé environ un mois après l'assermentation de l'escouade de Jeunesse au Soleil. Oui, un mois. Pourquoi? Parce que citoyens et médias avaient déjà oublié ce qui s'était passé le mois précédent. Alors, la police pouvait se permettre de franchir un autre pas, sans faire craquer le plancher et réveiller tout le monde.

En juillet 1999, deux citoyens décident de doter le Village gay de Montréal d'une brigade de nuit. (Hugue Dumas -- La Presse du 28 juillet 1999) Son rôle? Porter assistance à toute personne sur la rue dont l'état de santé nécessite des soins médicaux immédiats. Elle agira à titre de premier répondant en attendant l'arrivée d'Urgence Santé, a indiqué l'un de ses deux fondateurs, André Faivre, l'autre étant Stéphane Bolduc.

Pour que ces deux citoyens aient décidé de former une brigade de premiers soins, signalait le journaliste Hugue Dumas de La Presse, avec un brin d'ironie, m'a-t-il semblé, fallait tout de même qu'il y ait, dans le secteur où ils patrouilleront, un nombre endémique de gens victimes de coups de chaleurs, d'engelures, de crises d'épilepsie, de crises cardiaques ou d'accidents.

Faivre affirme que les membres de la brigade n'empiéteront pas les plates-bandes de la police, ni celles des ambulanciers, qu'ils ne joueront pas le rôle d'agents de sécurité. Les deux fondateurs n'en espèrent pas moins «améliorer la qualité de vie» des résidants de cette partie du quartier Centre-Sud. Oups! On reconnaît là une bribe du discours que pouvoir et police utilisent abondamment pour vendre à la population la soi-disant police communautaire : être plus proche des citoyens pour améliorer leur... qualité de vie.

Même discours, même mission? Et si la police leur demande de les informer de ce qu'ils verront et entendront au cours de leurs rondes, refuseront-ils de collaborer? Là, ils seraient justifiés de dire qu'il n'y a pas eu empiétement puisque qu'on le leur aura demandé.

Les patrouilleurs portent un uniforme blanc et noir. Ils communiquent entre eux à l'aide d'un émetteur-récepteur portatif (prêté par la police?). La brigade pouvait déjà compter, cet été-là, sur une dizaine de bénévoles qui arpentent à pied la rue Ste-Catherine-Est, dans la portion comprise entre Amherst et de Lorimier. On parlait... d'étendre éventuellement son rayon d'action.

La compassion n'a pas de limite, lorsqu'il s'agit de sauver les victimes de coups de chaleurs, d'engelures, de crises d'épilepsie, de crises cardiaques ou d'accidents. (Suite demain)

News du lundi 29 Juin 2009

  À la rencontre de jeunes inventant des solutions alternatives afin d'avoir un toit où vivre, dormir – John Paul Lepers (JPL), journaliste-réalisateur, Henry Marquis, cameraman et co-réalisateur, et Smaïn Belhadj, monteur, ont roulé 3 500 kms en campingcar, un peu partout en France, pour connaitre leurs conditions de vie.

Contexte économique difficile n'aidant pas, les jeunes, qui, entre autres raisons, désirent quitter le nid familial et vivre comme ils l'entendent, éprouvent de plus en plus de difficultés à dénicher des logements (56:11).

Article intéressant aussi sur la démarche socio-politique de JPL, un journaliste engagé, mais pas tonitruant, ni homme tronc crispé, derrière un pupitre, annonçant face à la caméra l'apocalypse now. Du genre plutôt relaxe et innovateur en communication.

  ONU et Autochtones – Chaque année, à New York, des délégations de peuples autochtones du monde entier s'y rassemblent pour raconter ce qu'ils vivent et défendre leurs droits (6:07).

  L'État défrayant les frais, les policiers exposés aux poursuites criminelles retiennent les services des avocats les plus éminents et efficaces - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Se pose aussi la problématique de la valeur de l'expertise de l'avocat de la Couronne chargé de porter les accusations et piloter avec succès le procès contre l'accusé, le policier.

Se référant à d'autres chercheurs (Fitzgerald, Christopher, Iannone), Me Knoll fait remarquer que les répercussions d'une décision prise de façon expéditive peuvent être considérables et seuls les procureurs les plus expérimentés et compétents devraient être mandatés à cette fin.

C'est que les policiers exposés aux poursuites criminelles retiennent les services des avocats les plus éminents et efficaces. (NDLR : Déséquilibre il y a, lorsque le citoyen ne dispose pas de l'aisance financière pour accuser un flic. La démocratie perd des plumes.) D'où l'importance que les avocats de la Couronne soient de calibre équivalent. L'intérêt public ne demande rien de moins du ministère de la Justice, précise-t-il.

Enfin, à l'instar de Wood auquel il se réfère, Me Knoll s'attarde sur les lenteurs du système à déposer des accusations criminelles contre des policiers. Il reconnaît que la majorité des avocats de la Couronne sont surchargés de travail, mais n'en signale pas moins cependant la nécessité de trouver un mécanisme pour en accélérer le processus. Les retards imposent un stress considérable aux personnes concernées et risquent de discréditer le système judiciaire. (Suite demain)

  Le Québec serait-il doué en matière d'écorniflage et de délation? - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Au Québec, serions-nous doués en matière d'écorniflage et de délation? Semble bien, si l'on se fit à ce qui suit...

Selon une étude menée en 2001 par Jean Trudelle, professeur de physique au Cégep d'Ahuntskic, à Montréal, dans cette institution le taux de réussite moyen des 20 programmes de formation technique les plus fréquentés au Québec n'est que de 26% au bout de trois ans, et de 50% au bout de cinq. (Silvia Galipeau -- La Presse du 12 janvier 2002)

En technique policière, par contre, ce taux... grimpe à 62,2% en trois ans, et à 78,1% en cinq. Alors qu'à l'autre bout de l'échelle, en électronique, il atteint à peine les 13,4% en trois ans et les 35,5% en cinq.

Pourquoi les étudiants en technique policière réussissent-ils mieux que les autres? La question ne lui a pas été posée. Il aurait été intéressant d'établir des comparaisons avec d'autres provinces, d'autres pays.

Notons que, en juillet 2006, l'École nationale de police du Québec ne produisait pas suffisamment de diplômés pour répondre à la demande des corps policiers. (Anabelle Nicoud et Jean-Paul Charbonneau -- La Presse du 3 juillet 2006) La pénurie serait notamment attribuable à l'application de nouvelles lois et au resserrement de la sécurité face à la menace terroriste... L'un des rares métiers où le chômage atteint le point zéro. (Suite demain)

News du dimanche 28 Juin 2009

  Sarkozy veut-il transformer l'Agence France-Presse (AFP) en Agence gouvernementale? - On ne le sait pas de façon certaine, la réforme n'ayant pas encore été annoncée.

Cependant, des antécédents inquiètent grandement les milieux journalistiques. C'est qu'en 2008, l'AFP a subi des attaques particulièrement vives de plusieurs membres de la majorité parlementaire, tous de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), dont Sarkozy est l'ex-président.

Mai de cette année-là, Frédéric Lefebvre, un proche de Sarkozy, accuse l'AFP de ne pas avoir suffisamment repris ses communiqués concernant une plainte judiciaire visant Ségolène Royal, du parti socialiste. Son pdg Pierre Louette intervient : l'agence n'a pas vocation à devenir une machine à diffuser des communiqués. Intervention aussi du président de la Société des journalistes de l'AFP, Christophe Beaudufe : l'agence n'est pas un blog sur lequel les acteurs politiques ou économiques viendraient poster des communiqués à leur guise. Peu après, le député de l'UMP, Claude Goasguen, déclare souhaiter ardemment une privatisation de l'AFP.

En octobre, nous sommes toujours en 2008, le gouvernement de Sarkozy annonce officiellement que le pdg Louette de l'AFP est mandaté pour proposer un changement de statut qui doit notamment doter l'agence d'un actionnariat stable.

Le mois suivant, l'intersyndical lance la pétition sur le web SOS-AFP. Elle appelle à refuser toute modification qui aurait pour effet de transformer l'AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu'elles soient et sous quelque forme que ce soit.

PS : L'AFP est une agence d'envergure internationale. Elle alimente quotidiennement des milliers de médias à travers le monde, dont ceux du pays où j'habite, le Canada. Si Sarkozy affaiblit ou supprime son statut unique, vous et moi, qui tenons à une information de qualité professionnelle, risquons d'avoir accès à une information tronquée.

Plus explicitement, de ne pas tout savoir sur ce qui se passe en France, le pouvoir français jugeant que ç'entacherait son image à l'étranger. Idem de ce qui se passe à l'extérieur de ses frontières, ce même pouvoir jugeant que cela nuirait à ses intérêts sur les plans diplomatique, commercial, etc.

Tout cela pour démontrer l'importance de la pétition en faveur du statut unique. Moi, je l'ai signée au nom du droit de savoir. Signez là, si vous croyez que la cause est valable. La pétition sur le web sera imprimée et remise, dans sa version papier, au Parlement français et à la direction de l'AFP.

  Élections Canada veut permettre le vote sur l'Internet – Depuis des années, le taux de participation électorale est en baisse dans de nombreux pays.

Au Canada, de 1988 à 2004 (voir graphique), il est passé de 75,3% à 60,9, et remonté à 64,7 à l'élection générale de 2006. Selon Marc Mayrand, directeur général d'Élections Canada, organisme chargé notamment de la préparation du jour du scrutin, cette tendance à la baisse, si elle persiste, pourrait compromettre la légitimité du processus démocratique.

Afin d'améliorer l'accessibilité au vote, il propose, dans son "Plan Stratégique 2008-2013", de mettre en place un processus d'inscription sécuritaire permettant aux électeurs de s'inscrire en personne, partout et en tout temps, soit par la poste, le téléphone ou via l'Internet (item 6.2). S'il obtient le feu vert du Parlement canadien, il souhaite tester ces nouveaux modes d'inscription lors de la prochaine élection partielle.

Certains craignent que l'électeur soit influencé, corrompu ou contraint de voter pour quelqu'un d'autre que son candidat préféré. Notons que la victime aurait tout de même la possibilité de porter plainte auprès d'Élections Canada.

  Des avocats de la couronne ont déjà refusé de porter des accusations contre des flics - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Une certaine promiscuité, car c'est bien de cela dont il s'agit, a été mise en relief par la Commission Poitras. Reconnaissons le courage de ses commissaires, car ils ont osé marcher quelques pas de l'autre côté du Rubicon.

Ainsi, elle a fait le constat que, malgré l'expertise développée par les enquêteurs des Affaires internes de la Sûreté du Québec, on perçoit «une certaine retenue de leur part et de la part des procureurs (avocats de la Couronne) lorsque vient le temps de porter des accusations à l'endroit de policiers(...) certains dossiers ont été présentés à des substitut du procureur (avocats de la Couronne) qui ont refusé de porter des accusations, laissant aux autorités (policières) l'obligation de sévir.»

Elle joint aussi à son rapport la recherche effectuée par Me Patrick J. Knoll, professeur à la Faculté de droit de l'Université de Calgary, et portant sur les pratiques de pays occidentaux. (Patrick J. Knoll -- Regard sur les affaires internes, Les Perspectives internationales -- Rapport présenté à la Commission Poitras)

Examinons en quelques passages. Avocats de la Couronne et policiers sont quotidiennement interdépendants et entretiennent une relation qui, en certaines circonstances, peut prendre des allures quasi symbiotiques (union étroite), écrit Me Knoll. Les dangers de cette proximité sont réels. Elle laisse entrevoir les risques de parti pris et d'influence indue lorsque vient le temps de décider si une accusation criminelle sera portée ou non contre un policier.

Selon lui, l'avocat de la Couronne peut être influencé, soit en raison d'un préjugé favorable à l'endroit de la police ou parce qu'il juge préférable de fermer les yeux s'il veut éviter animosité et friction. Pour lui, la collaboration de la police est fondamentale, alors on éviterait les agissements susceptibles de créer du ressentiment ou de la mauvaise volonté. Les difficultés inhérentes à cette relation ont du reste déjà été démontrées par d'autres chercheurs, Me Knoll indique des sources : Knapp, Goldstein, Caiden, Skolnick et Fyfe.

Se reportant à d'autres études (Perez, Kerstetter, Junger et Whitehead), il constate que rien pratiquement n'a été fait dans la majorité des juridictions pour établir des barrières convenables. Il soutient que les avocats de la Couronne, responsables de l'étude des dossiers et des mises en accusation (impliquant des policiers), ne peuvent être en même temps ceux côtoyant quotidiennement les policiers.

Dans le cas de litige et d'accusation très grave, recommande Me Knoll, il serait prudent aussi d'en faire l'étude ailleurs que dans les locaux où les faits reprochés sont survenus. (NDLR : Me Knoll fait vraisemblablement allusion ici à des cas de collusion police-avocat de la Couronne.) Il importe que les décisions sur la mise en accusation soient indépendantes et perçues comme telles par le policier intimé, le plaignant, les médias et le public (Suite demain)

  Une escouade cycliste pour infiltrer les citoyens, leur tirer les vers du nez - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Septembre 2000, un an plus tard donc, nous en apprenions un peu plus. Le journaliste Raymond Gervais de La Presse indiquait que «la majorité» des patrouilleurs de Jeunesse au Soleil sont des étudiants en techniques policières. (Raymond Gervais -- La Presse du 9 septembre 2000) Pas la totalité. Une majorité, c'est 50% + 1. Bien sûr, une majorité peut-être plus généreuse. On ne dissertera pas des pages là-dessus.

Retenons simplement le fait que, contrairement à ce que affirmait Serge Meloche, directeur adjoint de la police de l'île de Montréal, le 10 juin 1999, les membres de l'escouade cycliste n'étaient plus tous, en ce mois de septembre 2000, «des jeunes qui resteront dans la police». Combien seraient-ils à l'année suivante? Réponse : en mars 2001, Jeunesse au Soleil annonçait être à la recherche d'étudiants en techniques policières pour former sa brigade estivale de patrouille à vélo. (La Presse du 11 mars 2001)

On peut penser qu'un jour elle accomplira quelques exploits qui feront la une de nos médias, nos grandes émissions télé en parleront abondamment, inviteront de ses membres : pourquoi pas une télésérie sur l'escouade, genre Métier policier? Prévoir qu'éventuellement des Montréalais salueront de la main de ses membres quand ils passeront dans leur rue, leur taperont amicalement l'épaule quand ils s'arrêteront faire un brin de causette.

Opération dont pourtant l'objectif est assez clair. Créer un lien de confiance avec des citoyens aux seules fins de les infiltrer, de leur tirer les vers du nez. Tous ces renseignements ensuite emmagasinés dans la mégabanque policière. Et de procéder aux contrôles et nettoyage sociaux des vitres cassées. Les premiers sur la liste seront probablement ceux-là même qui les salueront, leur parlerons. (Suite demain)

News du samedi 27 Juin 2009

  De la servitude moderne – Le titre d'un film documentaire de Jean-François Brient traitant de ce qu'il appelle "le système totalitaire marchand". On une idée de quoi il parle plus précisément, en lisant un document de 25 pages qu'il a produit. Des deux bandes annonçant le film, j'ai opté pour la deuxième (02:31), qui me semble plus appropriée à son sujet et aussi plus visuelle. Qu'on soit d'accord ou pas avec certains de ses énoncés, il a droit à son opinion.

Comme fond musical, Édith Piaf : Non, je ne regrette rien! Contrairement à ce qu'on annonce à la fin de la vidéo, le film, qui sera offert gratuitement, n'est pas encore disponible sur le web. Cela peut changer, alors vérifiez de temps à autre sur le site de l'auteur.

  Aide aux handicapés, en France - Belle intervention humanitaire à imiter (04:00). Ne pas s'occuper que de soi, des autres aussi.

  Les dictatures peuvent compter sur la techno occidentale pour censurer leur population respective fréquentant l'Internet - Un cas, parmi d'autres : Nokia Siemens Networks, qui aide l'Iran à filtrer et censurer les internautes du pays. L'affaire a été dévoilée par deux journalistes du Wall Street Journal, Christopher Rhoads et Loretta Chao, et reprise par la suite par d'autres sites d'information, dont lemonde et libertésinternet. D'après OpenNet, l'Iran continue de consolider son système de filtrage du net, qui serait l'un des plus expansifs au monde.

L'entreprise Nokia Siemens Networks est présente partout dans le monde (voir carte géo, plus bas dans la page s'affichant) et cotée en bourse : voir ici et .

PS : Que Google, entre autres moteurs de recherche, se plie aux exigences de la Chine, par exemple, on ne voit pas comment l'entreprise pourrait refuser d'obéir : lorsqu'on entre dans un pays obligation il y a d'en respecter les lois. L'autre point est que Google est une fenêtre sur le monde libre, source potentielle d'émancipation. On ne peut pas, moralement s'entend, en priver ces populations vivant sous la botte de petits potentats. En contre partie, qu'une entreprise occidentale leur offre ses technologies de contrôle des masses, de toute évidence, elle participe à cette forme de répression.

Renseignement complémentaire dans mes ACTUALITÉS du lundi 22 juin, manchette "Des entreprises high-tech de l'Occident aident des États policiers à réprimer des internautes". Aux USA, des ONG, qui témoignaient devant la Commission des droits de l'homme de la Chambre des représentants, ont demandé récemment que des sanctions soient imposées l'encontre de celles-ci.

  Libération des Iraniens, pas demain la veille – Explicite cette autre caricature du Suisse Chappatte. Il excelle vraiment dans l'art de résumer les événements en quelques coups de crayon. Selon moi, il est l'un des meilleurs. Implacable, la nuance colorée qu'il apporte entre la diversité (la liberté) et la tenue noire du gardien du dogme.

  Quand un système judiciaire ou policier se met publiquement à nu, on a toutes les raisons de croire qu'on peut s'y fier - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Le pouvoir politique résiste longtemps aux pressions de la Société civile avant de décréter une enquête publique sur la police. Il attend toujours de ne plus avoir le choix.

Quand enfin il se décide, il nomme lui-même ceux qui la mèneront et les confine dans un mandat étroit les empêchant d'aller trop loin, et fait ce que bon lui plaît de leurs recommandations. Il craint de braquer sa police et qu'elle ne lave plus aussi blanc les citoyens. Craint également que la sacro-sainte image de la police soit démolie et qu'elle perde de sa légitimité aux yeux de la population.

Le laxisme de certains avocats de la Couronne et juges de paix, lui, a-t-il déjà fait l'objet d'une enquête publique, portant exclusivement là-dessus s'entend? À ma connaissance, non. Là, ce que le pouvoir redoute, c'est que la crédibilité du système judiciaire soit entachée. Là aussi il en désigne les personnes.

Mais il y a plus : il a peur que ses interventions clandestines soient étalées au grand jour et qu'il ne lui soit plus possible d'agir illégalement à sa guise. Son comportement est identique à celui de la police, qui préfère taire certaines affaires pour en assurer la pérennité, sous prétexte de scorer plus souvent.

Quand un système judiciaire ou policier se met publiquement à nu, on a toutes les raisons de croire qu'on peut s'y fier. Dans le cas contraire, on en a autant de s'en méfier. (Suite demain)

  Montréal : l'escouade cycliste de Jeunesse au Soleil - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Onze jours après l'assermentation de l'escouade cycliste de Jeunesse au Soleil, des médias nous démontraient déjà leur utilité, ainsi qu'en témoignerait le fait suivant. Un résidant de la rue Esplanade, à Montréal, et non identifié -- faudra apprendre à identifier ces gens, à les photographier aussi --, se serait fait voler sa télé lors d'une vente de garage (vendre sur le trottoir), rapporte La Presse. (La Presse du 21 juin 1999)

Un de ses clients lui aurait demandé la permission d'utiliser ses toilettes et en aurait profité pour commettre son méfait. Il n'aurait pas osé alerter la police pour ne pas attirer l'attention sur son activité commerciale, qui est un peu l'équivalent d'un mini commerce. Il se serait contenté d'en souffler un mot à... deux patrouilleurs de l'escouade cycliste afin que ceux-ci avertissent les autres vendeurs de ne pas laisser entrer des inconnus dans leur maison. S'il avait tant peur de la police, pourquoi alors en avoir parlé à ces cyclistes qui lui rapportent tout?

Le Journal de Montréal nous fait progresser davantage dans la compréhension de cette affaire. (Journal de Montréal du 21 juin 1999) À la suite de ce présumé vol, les 78 membres de l'escouade de prévention «ont entrepris une tournée de sensibilisation auprès des citoyens qui tiennent des ventes de garages et qui sont depuis peu la cible fréquente de filous», y lit-on.

L'auteur de cet article, non signé, l'affirme sans le démontrer. Il n'indique pas non plus de qui il tient son info. Compte tenu du contexte de l'underground policier, où l'incroyable n'est jamais exclu, on ne peut écarter l'hypothèse que ce vol n'ait jamais eu lieu, et qu'on ait utilisé cette astuce pour mettre en branle une opération de relations publiques visant à démontrer la nécessité de cette escouade, et en faire accepter la présence aux Montréalais. Alors qu'on sait que la police en civil est déjà sur les lieux, directement ou par collabos interposés.

La rumeur était lancée. On pouvait s'attendre à ce qu'elle s'amplifie. Notre société était confrontée à une nouvelle activité criminelle. Heureusement, l'escouade qui, comme par hasard, venait à peine d'être assermentée, s'adonnait justement, autre heureux-z-hasard, à passer par là. Désormais elle saura les en protéger. Son intégration au sein de la population est de facto enclenchée.

Comme le démontrerait encore cet autre événement, survenu environ quinze jours plus tard, le 10 juillet. Le contexte : la police est à la recherche d'une femme de 25 ans, Joycelyn Quansah, disparue quelques jours plus tôt. (La Presse du 10 juillet 1999)

«Selon un communiqué publié par l'organisme Jeunesse au Soleil, dont les 24 (NDLR : Ils sont 78 ou 24?) patrouilleurs à vélo se sont joints aux recherche, Mme Quansah, lit-on dans La Presse, souffre d'une maladie qui requiert une médication immédiate.» Que ces citoyens participent aux recherches, difficile de retenir une bouffée d'émotion devant tant de compassion. Ce qui inquiète, c'est la face cachée des autres activités de l'escouade. (Suite demain)

News du vendredi 26 Juin 2009

  ONU : Navi Pillay demande d'aider les victimes de tortures – Moment bien choisi puisque, ce 26 juin 2009 est la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture. Selon la Haut Commissaire aux droits de l'Homme, à l'ONU, «aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit, qu'il s'agisse de l'état de guerre ou de menace de guerre, d'instabilité politique intérieure ou de tout autre état d'exception, ne peut être invoquée pour justifier la torture.»

Elle soulève l'importance d'aider les victimes de tortures, «l'une des pires épreuves auxquelles un être humain peut être soumis. Cicatrices physiques et mentales sont extrêmement douloureuses. (…) Elle exhorte tous les dirigeants du monde à proclamer clairement et sans équivoque que la torture ne sera plus tolérée et que ceux qui la pratiquent commettent un crime grave.»

PS : Et les déstabilisations psychologiques dont sont victimes des citoyens, tactique que civils et collabos de l'Occident utilisent chaque jour, clandestinement et illégalement, des millions et des millions de fois dans les villages, les petites, moyennes et grandes villes? Ça aussi, c'est de la torture. À répétitions, elles conduisent au burnout, à la limite au suicide. Pas un mot là-dessus. L'ONU préfère s'en tenir à celle pratiquée lors de conflits armés et dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. On ne va surtout pas lui reprocher de se porter au secours de ces citoyens qui souffrent, mais il serait temps qu'elle élargisse, formellement, son champ d'action.

  Comparaisons entre deux scandales de corps policiers, ceux de la Ville de Toronto et de la Sûreté du Québec - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Le journaliste Boisvert fait des comparaisons...

«Au cours de 2001, un gros scandale de corruption éclatait à la police de Toronto. Treize policiers accusés de vol, fraude, parjure et trafic. La Couronne obligée de retirer les accusation dans 115 procès portant sur le trafic de stupéfiants, résultats des enquêtes des treize.» Le journaliste rappelle que, «comme à la Sûreté du Québec dont des policiers ont trafiqué des preuves lors du procès des frères Matticks, des policiers de Toronto ont menti à la cour pour aider leur preuve. Et ainsi que ce fut le cas à la Sûreté du Québec, le syndicat des policiers de Toronto a dit qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat. (...) 

«Autre similitude avec la Sûreté du Québec d'avant la Commission Poitras, la même pente glissante, la même mentalité pourrie, la même façon de tourner les coins ronds, jusqu'au moment où certains acceptent carrément de commettre des crimes sous prétexte de faire prendre des criminels. Il a fallu un peu de temps avant que des avocats de la Couronne (de Toronto) dévoilent le pot aux roses, constate-t-il. Ils ont d'abord suspendu les procédures dans un grand nombre de procès, sans donner aucune explication (sic). Puis le chat est sorti du sac quand un avocat de la Couronne a admis devant la Cour d'appel de l'Ontario qu'un condamné pour trafic d'héroïne, qui avait déjà purgé 18 des 45 mois de sa sentence, avait été victime d'une injustice parce que les enquêteurs avaient trompé la cour.

«Depuis, on en a répertorié environ 150 autres, accusés ou condamnés, et il se peut qu'à la lumière de l'enquête, écrit le journaliste, plusieurs autres causes soient abandonnées et d'autres condamnations annulées. Parmi les treize policiers torontois, dix faisaient parti de l'escouade des stupéfiants, certains, considérés comme des "policiers d'élite".» Boisvert signale qu'«à la Sûreté du Québec, c'était aussi un corps d'élite, le Service de répression du banditisme, qui était au coeur du scandale. (...) 

«À Toronto, la police n'a pas tenté de camoufler l'affaire, à la Sûreté du Québec, oui : "C'est un triste moment dans l'histoire de la police de Toronto", a dit Julian Fantino, le chef de police de Toronto. Qu'avait fait et dit, à l'époque, le directeur de la Sûreté Québec? Remontons brièvement en arrière. Le directeur Serge Barbeaudemande à trois de ses policiers d'effectuer une enquête interne : Louis Boudreault, Bernard Arsenault et Hilaire Isabelle. Par la suite, loin d'être appuyés par les dirigeants de la Sûreté du Québec, ils doivent plutôt encaisser des reproches sévères de ceux-là même qui les ont choisis pour faire ce travail. Et qui finissent par les congédier en raison de leur détermination à faire exactement ce qu'on leur a demandé, ce qui devient soudainement "un manque de loyauté " envers l'institution. »

C'est la seule fois, sauf erreur, où La Presse nous a informé de l'affaire torontoise. Quelle en a été la suite? On l'ignore. Reconnaissons, ainsi que le signalait Boisvert dans une autre affaire, celle de Barnabé, qu'il n'est pas facile de tourner la page. Pas facile, parce que la police n'est pas la seule en cause. Des rouages de notre système judiciaire... grincent. À Toronto, on vient de le voir, dans un «grand nombre de procès» des avocats de la Couronne avaient suspendu les procédures sans donner... aucune explication. (Suite demain)

  Les collabos de la police, des délateurs à l'année longue - (Suite tome 2 de L'Étau Policier)  En France, le phénomène (du tabassage par des citoyens) prend parfois une ampleur inattendue. Roché raconte qu'en mai 1993, à Lille, 200 jeunes, Beurs -- d'origine maghrébine : algérienne, marocaine, tunisienne -- pour la plupart, s'en sont pris violemment à des dealers (vendeurs de drogue) qui travaillaient ouvertement et impunément dans leur quartier. (Sebastian Roché -- Le sentiment d'insécurité -- Éditions PUF) Les réactions n'ont pas été favorables à cette façon de faire.

Pasqua, le ministre de l'Intérieur, pourtant homme de droite, a dit se méfier de la création de «sortes de milices». En France, tous les acteurs institutionnels, note Roché, craignent l'autodéfense et les milices. Il cite deux dirigeants d'organismes qu'il n'identifie pas : «Cette initiative débouche sur des processus d'autodéfense anarchiques» ; «Il ne faut pas laisser les individus faire eux-mêmes la police ou la justice.»

Revenons à l'espionnite généralisée dans l'espace public, aux citoyens délateurs à l'année longue... À ce chapitre, il existe un cas fameux : l'escouade cycliste de prévention de Jeunesse au Soleil composée de jeunes adultes idéologisés à l'ordre et au conformisme. Sid Stevens et Tommy Kulczyk, les deux piliers de l'organisme sans but lucratif, sont très impliqués idéologiquement.

Dans le cadre d'un programme de prévention, qu'ils ont mis au point avec la police de l'île de Montréal, ils fournissent à celle-ci de jeunes cyclistes pour patrouiller dans des parcs et des cours d'école en certains endroits du territoire de la Ville de Montréal. On les a munis de cellulaires et de walkies-talkies. Leur mission consiste à lui rapporter tout comportement délinquant ou «déviant». La délinquance est un crime, la «déviance» n'en est pas un, parce qu'il s'agit de comportements politiquement incorrects, entre autres.

En 9 juin 1999, ce corps policier a donné à l'escouade un caractère officiel et élargi fonctions et territoires. Soixante-dix-huit jeunes ont alors prêté serment. Désormais leurs activités de surveillance sont étendues à 25 quartiers de la ville. (Cécile Vandaele -- La Presse du 10 juin 1999) Ils portent une tenue vestimentaire appropriée à leurs nouvelles fonctions : la casquette et le tee-shirt bleu marin, identifiés du sigle en lettres orangées de Jeunesse au Soleil.

La journaliste Cécile Vandaele de La Presse rapporte que, selon Serge Meloche, directeur adjoint de la police, ces jeunes ne sont pas des policiers, mais «des civils plus vigilants que les autres». Ils vont patrouiller, vérifier que tout se passe bien et alerteront la police si besoin est. Meloche ajoute qu'ils vont aussi créer des liens avec la communauté. D'après lui, il s'agit de jeunes recrutés «qui resteront dans la police», et, pour eux, participer à la patrouille d'été est une expérience positive et concrète, ils sont dès aujourd'hui intégrés aux équipes de police.

Les propos de Meloche nécessitent vérification, car il est loin d'être certain que ce sont tous «des jeunes qui resteront dans la police». Politiquement, la police évite d'officialiser l'utilisation de simples citoyens dans des activités de patrouille, cela pourrait susciter des réactions négatives, sinon agressives, de la part de ceux n'appréciant pas la présence de ces écornifleurs.

Le premier pas consiste donc à faire croire qu'ils sont tous en techniques policières. Le deuxième consistera, un peu plus tard, quand les esprits seront mieux préparés à la chose, à admettre officiellement qu'il s'en trouve peut-être un ou deux qui sont de simples citoyens. Des gens généreux, voyez-vous, sacrifiant bénévolement leurs moments de loisirs pour faire de la prévention et protéger les personnes âgées, protéger les femmes, protéger les jeunes, etc. Comprenez? Petit à petit, ils seront deux ou trois, puis trois ou quatre, et ainsi de suite. C'est de cette façon que, avec le temps, la police fera accepter à la population une activité inacceptable au sein d'une société libre. (Suite demain)

News du jeudi 25 Juin 2009

  Canada : selon l'UNICEF, les enfants autochtones sont parmi ceux les plus marginalisés du pays – Malgré quelques progrès, leur situation, et c'est particulièrement le cas de ceux des Premières Nations, des Inuits et des Métis, est de deux à trois fois plus affligeante que celle des autres enfants canadiens, rapporte Le Fonds des Nations unies pour l'enfance, UNICEF (en anglais : United Nations children's Emergency Fund).

La santé dépend d'un réseau de facteurs économiques, sociaux, politiques et environnementaux. Ceux influent le plus sur leur santé sont notamment, selon l'UNICEF : pauvreté ; manque d'éducation ; logements insalubres ; alimentation déficiente ; manque de soins de santé et aux autres services sociaux ; héritage de ruptures familiale, communautaire et culturelle engendrées par la politique des pensionnats.

Voyons quelques statistiques : 1 enfant des Premières Nations sur 4 vit dans la pauvreté contre 1 sur 9 en moyenne dans le pays ; dans les villes de plus de 100 000 habitants, environ 50% des enfants de moins 15 ans vivent dans des HLM contre 21% chez les non autochtones ; bien qu'il y ait eu des améliorations depuis 1999, le taux de suicides est de 38% (!?) chez les jeunes des Premières Nations âgés de 10 à 19 ans ;

de 33 à 45% des enfants du Nunavut (territoire des inuits), des métis et des Premières Nations souffrent de maladies chroniques, qu'ils vivent ou pas dans les réserves ; le taux de vaccination des enfants des Premières Nations vivant dans les réserves est de 20% inférieur à celui de la population canadienne, ce qui entraîne une augmentation du taux des maladies pouvant être prévenues par la vaccination ;

le taux de fécondité des adolescentes des Premières Nations est 7 fois plus élevé que la moyenne nationale, 18 fois plus chez les moins de 15 ans : le Nunavut détient le plus haut taux, avec 161,3 enfants par 1 000 femmes ; le taux canadien de mortalité infantile est de 5 décès par l 000 naissances, mais de 8 chez les membres des Premières Nations et de 16 au Nunavut.

Le rapport de l'UNICEF, 61 pages – Carte géo : Nunavut en rouge, Canada en blanc – D'avantage d'infos sur le Nunavut – Site en français du gouvernement du Nunavut – Les Premières Nations (autochtones du Québec).

  Obama – Depuis son arrivée au pouvoir, opposants et humoristes ont la mine basse, sont aux abois. W. Bush, c'était la belle époque, en témoignent les milliers de vidéos circulant encore sur le web, mais de moins en moins visionnées, parce qu'il est retourné dans son Texas natal. Des sites s'en sont même débarrassées, il n'a plus la cote.

Opposants et humoristes se grattent la tête à deux mains, examinent Obama sous toutes ses coutures, espérant trouver le filon qu'ils pourront exploiter, reprendre du service, quoi. Eurêka : le site Jibjab semble avoir trouvé le petit bout de laine permettant de détricoter le gilet d'Obama : vidéo (03:11).

  Hommages au journaliste Boisvert, pour cette grande bouffée d'air frais dans ce monde vermoulu des faits divers policiers et judiciaires - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Peut-on comparer alors avec celles de la police de Los Angeles dont nous venons de parler? Tiens, mieux encore : avec celles de la police de Toronto peut-être? Qui a l'avantage d'être un corps policier du Canada, par conséquent plus près de nous.

La Presse n'a pas effectué une couverture mur à mur de l'affaire torontoise, très loin s'en faut : dans celle de Los Angeles, on a eu droit à tout au plus une couple d'articles. Ce quotidien, qui dépêche pourtant des journalistes aux quatre coins de la planète, n'a pas jugé bon d'en affecter un à Toronto pour couvrir cet événement. Craignait-on que les yeux du lecteur cillent et ses neurones établissent des liens avec la Sûreté du Québec?

Lecteur assidu de ce quotidien depuis un demi siècle, j'ai vraiment saisi toute l'ampleur de ce scandale en prenant connaissance d'un article du journaliste Yves Boisvert. Sans son papier, je n'en aurais rien su.

C'est à Boisvert, avocat de surcroît, que nous devons, à cause de ses très nombreuses chroniques sur le sujet, cette grande bouffée d'air frais dans ce monde renfermé et vermoulu de la couverture journalistique des faits divers policiers et judiciaires. Celle traitant de la police de Toronto date du mois d'août 2001. (Yves Boisvert -- La Presse du 18 août 2000) Il y relate les événements, et fait quelques... comparaisons. (Suite demain)

  Quand la meute, manipulée par la police, se manifeste jusque dans les cours de justice, il y a là de quoi s'inquiéter - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Climat malsain, d'une lourdeur sociétale inacceptable et intolérable, créé et entretenu par notre prétendue police communautaire et ses réseaux d'espion, ses fanatiques. Il en résulte aussi parfois des comportements nous rapprochant du lynchage sur la place publique. Tolérer la diabolisation d'un accusé avant son procès, équivaut à accepter éventuellement l'agression physique. Encore un autre pas, et ce sera le vrai lynchage, le meurtre.

On l'a vu, en mars 2000, quand un père a violemment battu un citoyen accusé d'agression sexuelle sur son fils. (La Presse du 8 avril 2000) Appelée sur les lieux, la police n'a pas passé les menottes au père, mais à sa victime, qui a été hospitalisée quatre jours. Lors du procès, les membres du jury ont acquitté le père, sans tenir compte des directives de la juge. Les applaudissements ont fusé dans la salle d'audience. Même l'avocat du père, Jean-Pierre Rancourt, qui pense qu'on devrait peut-être «décriminaliser» cette forme de vengeance, s'est réjoui, à la suite de l'acquittement de son client, de ce qu'il appelé la «justice du peuple».

Le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse, qui avait dénoncé le procédé dans l'une de ses chroniques antérieures, relate que plusieurs lecteurs ont exprimé leur désaccord avec ses propos, en particulier des pères qui s'identifiaient à cet homme en colère. (Yves Boisvert -- La Presse du 31 mars 2000) L'un d'eux lui a même dit : «On devrait lui envoyer de l'argent et lui donner une médaille!» Dans sa réplique, Boisvert n'en démord pas, continue de défendre la justice comme principe : «Cela veut dire refuser la loi du plus fort. Refuser le lynchage. Refuser la loi du Far West.»

Parmi ceux qui ont protesté auprès du journaliste, se trouvait-il des policiers et policières? Aujourd'hui, plus que jamais, l'intervention souterraine et anonyme de la police est une donne dont il faut tenir compte. Quand la meute, manipulée par la police, se manifeste jusque dans les cours de justice, il y a là de quoi s'inquiéter.

Des histoires du genre, il risque d'y en avoir d'autres. Elles vont de paire avec le concept de la pseudo police communautaire. Quand on voit des collabos, incluant même des élus municipaux, participer activement et clandestinement à des agressions psychologiques montées par la police, il ne faut pas s'étonner que certains passent à l'agression physique. Les pédophiles, entre autres, la police les désigne pratiquement à la vindicte populaire. Ce qui nous éloigne d'autant d'une administration sereine de la justice.

Et lorsque le citoyen est condamné, il arrive qu'il soit battu par des codétenus. J'ai lu, à quelques occasions, dans des articles de journaux, des déclarations faites par des policiers à l'effet que les détenus n'aiment pas les pédophiles. Se dégageait l'impression que, donner une bonne raclée à un pédophile, c'est correct. (Suite demain)

News du mercredi 24 Juin 2009

  Un «tsunami» va-t-il frapper les médias traditionnels du Canada? - Le mot a été lâché par la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, récemment, lorsqu'elle a appris que le quotidien La Presse mettait fin à la publication de son édition du dimanche : «S'adapter pour survivre», titrait sa Une...sur papier.

La ministre ajoutait la fermeture de la salle de rédaction de Télévision Quatre Saisons (TQS), les compressions budgétaires à Radio-Canada, le lock-out du Journal de Montréal. «C'est tout le bouleversement qu'il y a dans le milieu de l'information qui est inquiétant parce que c'est la diversité des voix (qui est en jeu) et ce qui va se passer dans l'information locale et régionale, c'est un tsunami.»

PS : Pas d'accord avec la ministre. La diversité des voix est ailleurs.J'y vois éventuellement la libération du citoyen de l'information formatée (Big Brother et Big Sister) des médias traditionnels, qui sont loin de tout lui dire.

Tout le monde ayant besoin de savoir ce qui se passe, il ira de plus en plus sur le web, où circule à grande vitesse une masse planétaire d'articles et de vidéos : on peut prévoir que peu à peu le visuel y remplacera l'écrit. Il apprendra à identifier l'info poubelle, qui sent pas bon : on sent malgré nous. Développement du sens critique. Lui même y ajoutera son grain de sel, pas seulement dans les forums. Fin du journalisme poussiéreux et moisi. Le soleil commence à se lever à l'horizon.

  Clip blasphématoire? – Ça dépend du pays. En Iran, aucun doute. Dans plusieurs pays arabes aussi. Pas en Turquie, où il se vendrait bien, dit-on. Les membres du groupe qui l'a produit, Portecho, sont du reste d'origine turque. Découvrez le sacrilège (03:14).

PS : Et à Lac Bouchette, petit village de la province de Québec, Canada? Civils de la Sûreté du Québec, collabos, Chevaliers de Colomb et Filles d'Isabelle y verraient une source de désordre.

  La Commission Poitras n'a pas enquêté en profondeur sur la Sûreté du Québec, elle n'en avait ni le temps, ni les moyens - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Le journaliste André Cédilot de La Presse tenait des propos rassurants peu après le dépôt du rapport de la Commission Poitras portant sur l'affaire Matticks et la manière dont des enquêtes sont menées à la Sûreté du Québec. Suivant son article, on ne peut comparer ce corps policier, par exemple, avec ceux de New York et des Nouvelles-Galles-du-Sud, en Australie. (André Cédilot -- La Presse du 6 février 1999)

Il est vrai que, comme à la Sûreté du Québec, c'est la vision étriquée et l'absence de contrôle au sein de ces deux corps policiers qui ont débouché sur les pires scandales de corruption policière de l'histoire moderne.

Cependant, insiste-t-il, il n'y a pas de comparaison possible entre les problèmes de celui du Québec et ceux, bien pires, de ces deux pays, si ce n'est que les symptômes qui ont miné ces organisations nécessitent sensiblement les mêmes remèdes. À l'instar de la Commission Poitras, les experts, qui se sont penchés sur les problèmes des deux corps policiers étrangers, ont établi un lien direct entre l'absence de leadership et de contrôles adéquats et les déviances.

Le journaliste fait d'abord état des méfaits policiers de la Ville de New York, qu'il tire du rapport de la Commission Mollen : code du silence, parjures, preuves truquées (falsification notamment des empreintes digitales d'un suspect de meurtre), perquisitions illégales, vol de pièces à conviction, vol de drogue à des trafiquants. En 1994, une trentaine de policiers étaient mis en accusation, une soixantaine recevaient des sanctions disciplinaires allant du congédiement à la suspension, des dizaines d'autres étaient mutés.

Il complète ensuite ce bref tour d'horizon avec les Nouvelles-Galles-du-Sud, en Australie, où la situation était similaire. (NDLR : Les méfaits policiers, peu importe le pays, doit-on noter, sont toujours de la même eau.) Là, une centaine étaient congédiés, un train de mesures promulgué, notamment la création d'une commission de surveillance indépendante.

Impossible donc... de comparer les activités illégales de la Sûreté du Québec avec celles commises par des membres de ces deux corps policiers. Pour l'affirmer de façon aussi catégorique, on présume que Cédilot doit connaître strictement rien des activités de l'underground policier québécois où, on l'a vu et pas fini de le voir, atteintes aux droits fondamentaux et sabotages pullulent. En outre, son propos suggère que la Commission Poitras, au cours de son enquête, a passé à la loupe toutes les activités illégales de la Sûreté du Québec, ce qui n'est absolument pas le cas.

Les auteurs du rapport Poitras disent eux-mêmes qu'«il ne faudrait pas tomber dans le piège de croire que le nom de la Commission, la "Commission d'enquête chargée de faire enquête sur la Sûreté du Québec", en définit le mandat. Le mandat est en fait beaucoup plus restreint que le nom l'indique. Nombre d'activités, de services et de types d'enquête de ce corps policier ne sont aucunement visés par la présente enquête.» Et parmi les faits qu'elle a examinés, il s'en trouve où elle n'a pu enquêter en profondeur : «La Commission n'(en) avait ni le temps ni les moyens.» De plus, elle n'a pas eu accès à toute la documentation dont elle avait besoin. (Suite demain)

  La pédophilie : une guerre psychologique généralisée de la police à l'encontre de la Société civile - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Signalons que la pédophilie est l'un des innombrables stratagèmes que la police utilise pour maintenir son emprise psychologique sur la population, faire en sorte que le citoyen se sente un peu coupable en quelque part, même s'il n'a rien fait, marche les fesses serrées et sur la pointe des pieds dans l'espace public.

Devrait-on parler plutôt d'une guerre psychologique généralisée de la police à l'encontre de la Société civile? Oui, sans hésitation. Tisser autour du citoyen un étroit réseau de surveillance. Il est secrètement épié et la délation encouragée, comme au temps de Vichy. Quand vous découvrez ça, vous réalisez jusqu'à quel point les relations sociales sont empoisonnées.

Prenons un exemple puisé dans la France de la deuxième guerre mondiale. Il s'agit d'illustrer ici ce qui se passe concrètement quand notre police en civil fait en sorte que visages et portes se ferment devant vous, ainsi que la pression qu'elle exerce pour imposer son orthodoxie à des directeurs d'écoles et des enseignants, notamment.

Giolitto, dans son livre traitant du gouvernement de Vichy, raconte que les citoyens étaient surveillés de près. (Pierre Giolitto -- Histoire de la jeunesse sous Vichy -- Éditions Perrin, 1991) Les enseignants n'y échappaient pas non plus.

Il rapporte le témoignage d'Émilie Carles, une enseignante qui n'était pas trop enthousiaste à l'obligation de resserrer l'étau policier dans sa classe. Plus exactement à défendre et propager la doctrine du Maréchal Pétain en matière d'enseignement. On l'en avait punie en l'envoyant en pénitence dans un village des Hautes-Alpes où elle avait été en butte à l'hostilité de ses habitants.

L'enseignante Carles : «Monestier était un gros bourg et j'y étais venue pendant 3 ans lorsque j'étais institutrice au Lauzet. En arrivant ce jour-là, je comptais bien y retrouver d'anciennes amitiés. Hélas! La nouvelle de mon déplacement d'office m'avait précédée et elle avait creusé un fossé entre mes anciennes relations et moi. Partout où nous allions frapper nous ne trouvions que porte close...Même ceux avec qui j'avais vraiment été liée, la postière, le facteur, me fuyaient et évitaient de me parler.

«Je n'ai jamais compris les raisons de cette attitude. Avec ce déplacement, ilsdevaient s'imaginer que j'avais commis un crime de la pire espèce, l'esprit de la collaboration (sic)était là qui pesait sur les gens. C'était la peur, la méfiance, l'hypocrisie qui régnaient.» (Suite demain)

News du mardi 23 Juin 2009

  L'OCDE a publié sa liste la plus récente des paradis fiscaux – En fait, il y a trois listes. La noire, ceux ne collaborant pas avec l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ; la grise, ceux ayant signé moins de 12 accords ; et la blanche, ceux adhérant à au moins 12 accords. Plus de détails sur le site de lepoint.fr.

PS : Suggérons aux touristes d'éviter les pays et territoires anti-sociaux et aux consommateurs, leurs produits et services.

  Tous les chefs de police sont de petits potentats municipaux, régionaux, provinciaux et nationaux - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Combien d'autres cas semblables, dont celui de Jetté, de loin le plus infect et nauséabond? Quand on sait ce qui s'est passé à Los Angeles, il y a vraiment de quoi s'inquiéter. Los Angeles, aux États-Unis, pays supposément des droits de l'homme, ce n'est tout de même pas une grande Cité d'un pays du tiers monde.

D'après le Los Angeles Times, rapporte l'Agence France-Presse en novembre 1999, environ 40 individus au total pourraient avoir été condamnés par erreur sur la base de déclarations mensongères de policiers de cette ville. (Agence France-Presse -- La Presse du 10 novembre 1999) Le scandale a retenti en septembre 1999 à la suite des révélations d'un policier condamné pour vol de cocaïne, Rafale Pérez. Lui et son coéquipier, Ninon Durden, auraient notamment tiré sur des suspects désarmés. Depuis, 13 policiers ont été suspendus et deux autres, soupçonnés d'avoir passé à tabac un suspect, limogés.

Le procureur de la ville, Gil Garcetti, a déclaré qu'«à la suite de l'enquête en cours, nous avons conclu que nous n'avons plus confiance dans les condamnations prononcées dans plusieurs cas récents. Dans l'intérêt de la justice, nous irons devant la justice (...) pour obtenir l'annulation de ces jugements».

Il a demandé la libération immédiate d'un détenu condamné sur la foi d'une enquête menée par deux policiers corrompus. Un jeune homme condamné à 23 ans de détention avait déjà été libéré. Garcetti devait demander aussi l'annulation des accusations pesant sur deux autres personnes et une nouvelle sentence dans le cas d'un quatrième inculpé. D'autres libérations devaient suivre.

Une quarantaine de citoyens faussement accusés par des flics, condamnés et emprisonnés! Disons le : carrément dégoûtant! Pourquoi des flics agissent-ils ainsi? La plus importante raison réside dans le fait qu'ils savent que les règles du jeu ne sont pas les mêmes dans l'underground policier qu'à la surface. Tout y est permis, si pas-vu-pas-pris.

C'est dans ce sous-sol que naît et se développe la délinquance policière, sous l'oeil accommodant de directeurs de corps policiers, qui sont tous de petits potentats municipaux, régionaux, provinciaux et nationaux : eux aussi sont passés par là, du temps où ils étaient des sous-fifres.

Le tapioca, vous vous rappelez? Je vous ai parlé plus haut. (Patrick J. Knoll -- Regard sur les affaires internes, les Perspectives internationales -- Rapport présenté à la Commission d'enquête Poitras sur des illégalités de la Sûreté du Québec) Les subalternes prennent la saveur que veut bien le chef de police.

S'ajoute à cela que ce dernier et ses subalternes sont jugés par le pouvoir politique aux résultats obtenus aux cours de leurs enquêtes : plus ils sont efficaces, plus leur chance de conserver leur poste ou monter l'échelle hiérarchique augmente. Ce peut être aussi de la vengeance à l'encontre de citoyens, comme il peut s'agir carrément de policiers sans foi ni loi, insensibles à la souffrance humaine. Et Los Angeles, n'est pas le seul cas en l'espèce, loin s'en faut.(Suite demain)

  Un prof refuse de limiter ses contacts physiques avec les enfants convaincu de l'effet apaisant et réconfortant qu'ils ont sur eux - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Heureusement, des profs se tiennent debout, mais pas beaucoup, semble bien.

Ainsi, cet éducateur physique de l'école Ste-Famille de Thurso, Guy Bélanger, auteur d'une lettre publiée dans La Presse. (Guy Bélanger -- La Presse du 7 avril 2002) Il se réfère à un article où l'on rapporte que la crainte de poursuite pour délits sexuels «forçait» de ses collègues à délaisser l'enseignement des disciplines comportant des contacts physiques directs avec les élèves. Bélanger établit un lien de comparaison avec un film américain qui venait de prendre l'affiche au Québec : Panic Room, la chambre blindée construite dans de luxueuses résidences américaines où l'occupant peut se réfugier pendant un mois.

«(Ce film), écrit-il, correspond, aux dires de son réalisateur, à l'esprit du temps et s'abreuve à la paranoïa ambiante et à cette obsession de la sécurité qui, plus que jamais, guide la vie des gens. (...) L'esprit du temps qui nous inculque ce sentiment de peur permanent fait-il son oeuvre dans les écoles jusqu'à forcer (les profs) (...) à se retrancher dans une attitude de rectitude comportementale et à s'enfermer d'eux-mêmes dans une tour blindée?» Il a «cru flairer», depuis quelques années, lors de discussions avec des collègues, «cette nouvelle tendance un peu frileuse axée sur la stérilisation de notre vie affective.

«(...) malgré ce nouveau consensus, confie-t-il, je me suis toujours refusé en vingt-huit ans de pratique d'adhérer à un quelconque modus vivendi basé sur la répression (...). Cette nouvelle attitude de repli et de désengagement face à notre mission (...) me fait beaucoup plus peur par ses effets pervers sur le dynamisme et la vitalité de nos rapports qu'une éventuelle et improbable poursuite. Malgré ce nouveau péril en la demeure, je continue donc à être moi-même et à agir selon ma conscience dans mes rapports avec les élèves et à refuser que les nouvelles normes de notre société surjudiciarisée(sic) me tiennent lieu de morale. Je refuserai toujours de limiter mes contacts aux gestes contrôlant en gardant sans cesse à l'esprit l'effet apaisant et réconfortant qu'a le moindre contact humain pour les enfants.»

Le prof étale au grand jour un paradoxe qui le fait sourire. Alors qu'on conseille de ne plus toucher aux élèves, de garder ses distances et surveiller ses paroles quand on s'adresse à des collègues féminins (NDLR : Traitement de faveur infantilisant la femme, la rendant inégale à l'homme.), «pendant ce temps, à la CSCV (l'acronyme de la commission scolaire où il enseigne), on ( reconnaît ) les bienfaits du toucher corporel sur le bien-être des employés en engageant une masséothérapeute à temps plein. Cherchez l'erreur!»

Bélanger conseille aux nouveaux membres de la profession «d'assumer le beau risque qui veut que l'acte pédagogique passe d'abord et avant tout par la proximité et le contact de l'autre, en l'occurrence l'enfant que la vie contemporaine prive déjà suffisamment de nourriture affective. Bravez ce vent de panique, porteur de repli sur soi et d'individualisme, qui, précise-t-il, fragmente le tissus social et appauvrit les rapports individuels en nous confinant, comme le dit si bien l'apôtre de la communication D. Wolton, à l'état de "solitude interactive". Panic room : mur virtuel du bunker de l'isolement sécuritaire.

Éducateurs physiques,lance-t-il, enrôlons-nous dans la résistance comme tous ceux qui, comme moi, pensent que le mal qu'on s'inflige à soi-même et au tissu social est pire que celui que nous voudrions éviter.» (Suite demain)

News du lundi 22 Juin 2009

  La burqa islamique – Doit-on l'interdire dans les écoles, lors des examens scolaires?

  L'affaire Dziekanski : suspension des travaux de la Commission d'enquête jusqu'en septembre – Une nouvelle révélation en est à l'origine : un courriel échangé entre des membres de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) laisse croire que les policiers auraient discuté du recours possible au pistolet Taser avant même d'arriver à l'aéroport de Vancouver où l'immigrant polonais Robert Dziekanski est mort après avoir été atteint de 5 décharges électriques. Ce qui remet en cause le témoignage de ceux-ci, car ils avaient indiqué le contraire devant la Commission. (Source : RCI)

  Des entreprises high-tech de l'Occident aident des États policiers à réprimer des internautes – On sait depuis longtemps que l'argent n'a pas d'odeur. Cependant, cela pourrait (?!) changer. Aux USA, plusieurs ONG, témoignant devant la Commission des droits de l'Homme de la Chambre des représentants, demandent que le projet de loi Global Online freedom Act soit remis sur la table et adopté. Il sanctionnerait les entreprises américaines contribuant à la censure exercée dans certain pays.

En 2007, il avait été bloqué à la suite d'une forte opposition de l'administration républicaine de W. Bush et de certaines entreprises non identifiées. Leur argument était à l'effet que cela nuirait aux relations commerciales et diplomatiques des États-Unis, notamment celles avec la Chine.

Lucie Morillon, directrice du bureau de Washington de Reporters sans Frontières, ne semble pas partager cette opinion : «Ces derniers jours, les événements en Iran nous rappelle l'importance des médias alternatifs (Twitter, Facebook, etc.) dans les sociétés fermées.»

PS : Un panier de nœuds, cette problématique. Lorsqu'on entre dans un pays, pas le choix, on se doit de respecter ses lois. Même l'ONU n'aurait pas les reins assez solides pour imposer cette liberté d'expression partout sur la planète.

  L'ex-policier Rivest de la Sûreté du Québec : «(…) presque impossible (…) de passer à travers nos parjures, si on (la police) ne fait pas d'erreur de notre côté» - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Sa collègue Christiane Desjardins rapporte les propos de l'ex-caporal Rivest, qui se dit satisfait de la décision des trois juges.

«Je ne peux pas dire que je suis heureux, parce que ça me rappelle toutes les saletés que j'ai faites et celles qui se continuent à la Sûreté du Québec. Mais je suis content d'avoir dit la vérité. Des parjures, j'en ai faits beaucoup (sic), mais Michel Jetté, c'est une cause type. C'est un individu très normal, pas relié au crime organisé. Il n'avait pas les moyens de se payer un bon avocat. Cela prouve que c'est presque impossible pour un type dans cette situation-là de passer à travers nos parjures, si on (la police) ne fait pas d'erreur de notre côté. »

Commentaire aussi de l'avocat de Jetté, Me Julio Peris : «Il fondait beaucoup d'espoir sur cet appel. C'est triste, il est mort avant. Ce jugement vient souligner qu'il y a une lacune dans la jurisprudence. Combien d'appels sont rejetés parce que déclarés sans motifs? Si M. Rivest n'avait pas dit la vérité cette fois-là, que serait-il arrivé?» s'interroge-t-il. La réponse est évidente : personne n'aurait jamais su le fond de l'histoire.

Ce mois d'octobre-là, Manseau, du Mouvement Action Justice (MAJ), intente en Cour du Québec une poursuite contre Rivest, l'ex-enquêteur de la Sûreté du Québec. Une plainte privée, d'entrave à la justice reliée à une autre enquête effectuée par ce corps policier, celle-là portant sur la mort d'Yvon Lafrance, abattu par un policier de l'île de Montréal. Rivest avait changé les versions de certains policiers pour modifier la preuve. Il s'en était du reste lui-même confessé publiquement dans les médias en 1996, en même temps qu'il avait dénoncé diverses irrégularités prévalant à la Sûreté du Québec et celles auxquelles il avait participé.

Dès le début du procès, en avril 2002, il avoue sa culpabilité. (La Presse du 18 avril 2002) Les avocats des deux parties, défense et Couronne, plaident la clémence devant le juge Jean Sirois, qui lui accorde une absolution inconditionnelle.

Le cas Rivest est indéniablement pathétique. Son besoin de se repentir sur la place publique est symptomatique d'un profond regret. Pendant quelques années il avait été l'un des meilleurs enquêteurs de la Sûreté du Québec, puis son rendement avait diminué, diminué... Avait-il compris que le totalitarisme est inhumain? Était-il déjà rongé par des remords? On peut le penser. Reconnaissons son courage d'avoir avoué l'inavouable. Sont très très rares, les flics comme lui. (Suite demain)

  La femme pédophile existe, mais on en parle pas : seul l'homme est un méchant loup - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) En outre, bien que la pédophilie existe également chez les femmes, on en n'entend rarissimement parler. La police demeure muette comme une carpe à ce sujet : seul l'homme est un méchant loup. Les féministes radicales, qui sont promptes à stigmatiser l'homme accusé de viol, gardent le silence lorsque le délit est commis par une femme. En sommes, une justice à deux vitesses orientée selon le sexe.

Dans une lettre publiée dans La Presse, Michel Benoît relate le cas d'une jeune femme qui aurait eu une liaison avec un garçon de 14 ans. (Michel Benoît - La Presse du 17 mars 1999) La justice a compris que celle-ci souffrait de carence affective et l'a condamnée à des travaux compensatoires. Benoît applaudit ce jugement, mais en même temps s'interroge : «Si c'était un jeune homme immature qui avait été impliqué avec une fillette de 14 ans, tiendrions-nous le même langage?»

Il est fait méconnu que les femmes agresseurs sexuels existent bel et bien, selon l'auteur québécoise Nathalie Bourdage et la psychologue criminologue belge Anne Claude. (Presse canadienne - La Presse du premier février 2001) Toutes deux se sont attaquées à l'un de ces derniers tabous lors du congrès international francophone tenu à Québec, en février 2001, et portant spécifiquement sur les femmes qui se servent de l'enfant comme d'un objet sexuel. Ces femmes sont mères, gardiennes, enseignantes. Elles bénéficient de la confiance sociale et ont souvent libre accès aux enfants.

Écoutons ces propos explicites de Bourdage : «On vit avec l'idée qu'il est essentiel d'avoir un pénis pour violer quelqu'un, mais c'est faux. Dans le viol, il y a de la domination, de la violence, du pouvoir, et les femmes peuvent l'avoir.» Elle a recensé, au cours d'une recherche, «la maigre littérature» qui existe sur les femmes agresseurs et rencontré une cinquantaine de personnes, dont dix victimes.

Selon elle, les enfants sont en moyenne âgés d'environ trois ans lorsqu'ils sont victimes d'une première agression. «Pour la femme agresseur, l'enfant est un objet et en même temps un partenaire sexuel adéquat», a-t-elle expliqué. Pour sa part, Anne Claude a interviewé dix femmes condamnées pour agression sexuelle sur des enfants, dont l'une qui avait commis des agressions sur une période de 15 ans.

Il serait encore impossible de chiffrer le nombre exact de ces femmes agresseurs. Alors que certaines études mentionnent qu'1% de ces agressions sont commises par des femmes, d'autre vont jusqu'à 10%. (Presse canadienne - La Presse du premier février 2001) D'après Cyrulnik, «officiellement, 90% des plaintes pour agression sexuelle sont déposées contre des hommes et 10% contre des femmes. (Boris Cyrulnik - Les Vilains petits canards - Éditions Odile Jacob, fév. 2001) On estime qu'une fille sur trois dénonce l'agresseur et moins d'un garçon sur dix quand l'initiative vient d'une femme».

L'auteur soutient que «le taux d'abus commis par les femmes est actuellement (février 2001) sous-estimé» et que «les garçons en parlent très peu». Il signale au passage que les familles bouleversées par l'agression d'un enfant ne l'aident pas à récupérer. (Suite demain)

News du dimanche 21 Juin 2009

  Accumuler des statistiques sur les ethnies, est-ce faire preuve de racisme? - Est-il important de savoir que dans tel quartier et tel autre les Noirs, par exemple, sont largement majoritaires. La question vaut également pour les autres couleurs et origines blanches. Dans l'intéressant débat auquel vous allez assister, cette question est franchement posée.

Le principe défendu ici est celui de la diversité (un participant parle même de la nécessité d'un ministère de la diversité ) versus la ghettoïsation. Bien qu'on ne sache pas trop comment une politique articulerait tout cela, il va sous le sens qu'il s'agirait de convaincre et non d'imposer le mélange culturel. On traite aussi du port de la burqa, cette "prison mobile", ai-je lu quelque part. Bien des points abordés à cette émission nous concernent tous, même si nous n'habitons pas en France. Les deux invités de parlonsnet.fr (55:47) : Manuel Valls (white) et Patrick Lozès (black).

  L'affaire Jetté : une injustice délibérée impardonnable de flics de la Sûreté du Québec - (Suite tome 3 de L'Étau Policier)  Faisons état d'un drame... cette fois délibéré : l'affaire Michel Jetté, qui implique des membres de la Sûreté du Québec. Le journaliste Yves Boisvert de La Presse la relate. (Christiane Desjardins et Yves Boisvert -- La Presse des 21 octobre 1999 et 9 août 2000)

En 1989, Jetté est condamné à six ans de pénitencier pour homicide involontaire, après avoir été battu et menacé par des policiers et forcé à faire de faux aveux. Des enquêteurs prétendaient l'avoir arrêté sur la foi de ceux-ci, et qui avaient été enregistrés sur cassette. Cependant, ils ne l'avaient pas produite en preuve, affirmant qu'elle avait été effacée, mais avaient néanmoins témoigné de son contenu incriminant. Jetté va ensuite en Cour d'appel.

Situons le contexte de la suite. Quelques années après sa condamnation, l'un de ses accusateurs, le caporal de la Sûreté du Québec Gaétan Rivest, démissionne de ses fonctions avec fracas, multiplie les déclarations publiques sur les façons de faire incorrectes prévalant au sein de ce corps policier : il en informe même le ministre péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard, lors d'une rencontre. Afin d'en neutraliser l'impact, certains de ses ex-collègues cherchent à entacher sa crédibilité.

Puis s'ouvre un procès en Cour d'appel, en octobre 1999, qui donne lieu à un revirement inattendu où la justice triomphe enfin du totalitarisme. Rivest, qui avait joué un rôle de premier plan dans cette sale affaire, accepte de témoigner et avoue carrément s'être parjuré lors du premier procès. Mieux, la fameuse cassette que l'on croyait effacée est déposée en preuve. Les juges Marc Beauregard, Morris J. Fish et Michel Robert l'auditionnent, constatent que Jetté n'y tient aucun propos incriminant, annulent le verdict de culpabilité contre lui, ordonnent l'arrêt des procédures.

Le journaliste Yves Boisvert de La Presse signale que, malheureusement, Jetté ne l'a jamais su puisqu'il est mort d'une crise cardiaque en 1997, environ deux ans auparavant. Dommage pour lui, déplore-t-il : sa peine de six ans était purgée et il avait eu le temps de mourir de mort naturelle avant le jugement. (Suite demain)

  La descente en enfer du prof Delisle - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Autre cas. Pierre-Paul Simard, un ex-enseignant de l'école primaire de la Pulperie, de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, acquitté de 13 chefs d'accusation d'attouchements sexuels sur des fillettes, a riposté, en avril 2000, par une action en dommages à l'endroit du policier Pierre Voyer, de la Ville de Chicoutimi-- aujourd'hui Ville de Saguenay --, de l'avocat de la Couronne Paul Roy et du Procureur général du Québec, c'est-à-dire le ministre de la Justice, péquiste dans ce cas-ci. (Presse canadienne -- La Presse du 11 avril 2000)

Lui et sa conjointe réclament 1,3M$. Selon leur avocat, Me Claude Roy, l'enquête du policier Voyer n'a pas été faite dans les règles de l'art, ni effectuée dans le respect des protocoles d'intervention élaborés par les spécialistes en matière d'attouchements sexuels.

Examinons en un dernier. Le 27 novembre 1996, Daniel Delisle, un prof d'éducation physique de St-Tite, est arrêté à son domicile par la Sûreté du Québec (Marie Allard -- La Presse du 3 juin 2003) : deux filles de 10 et 12 ans l'accusent d'attouchements sexuels.

Avant de le faire comparaître au palais de justice de Shawinigan, les policiers, qui ont convié les journalistes, attendent leur arrivée. Après la comparution, Daniel Lamirande, policier relationniste, tient un point de presse où il déclare : «Selon la durée et le nombre de répétitions là où ça s'est produit et dans les circonstances où ça s'est produit, ça ne serait pas des événements accidentels» L'année suivante le prof Delisle est blanchi par un jury, acquittement que la Cour d'appel confirme par la suite.

Puis le prof intente des poursuites en dommages moraux contre la Sûreté du Québec et Cogeco Radio-Télévision-- CKRM-TV Trois-Rivières --, affilié à Radio-Canada. Le 22 mai 1997, il obtient gain de cause devant la juge Louise Moreau, qui condamne le policier Lamirande et le Procureur général du Québec à lui verser 35 500$, et la journaliste Sonia Cosentino et Cogeco Radio-Télévision, 12 500$. Dans son reportage, elle avait utilisé des termes péjoratifs, insinuant la culpabilité du prof, parlant de «victimes», de «convalescence».

Ce qui irrite la juge, c'est l'orchestration de sa comparution : convocation des médias, le policier Lamirande attendant qu'ils soient sur les lieux pour faire entrer l'accusé par la grande porte au lieu de l'entrée latérale, comme la police le fait habituellement, et l'amenant à la salle de cour où... il n'y personne. Le point de presse de Lamirande aussi : sa déclaration aux médias «est non seulement tendancieuse et vexatoire» car «il formule une opinion qui n'est définitivement pas en faveur de l'accusé», déclare le juge.

Commentaire de l'avocat du prof, Me Jean Morin : «On a fait de l'arrestation de mon client un véritable show». Quant au prof Delisle, qui habitait le petit village de St-Tite... : «Je n'ai jamais été derrière les barreaux, mais j'étais en prison chez moi, renfermé à l'intérieur de moi-même. Ç'a été vraiment dur à vivre, pour moi qui était connu comme Barrabas dans la Passion. Si j'ai poursuivi les procédures, c'est pour que d'autres enseignants n'aient pas à vivre ce que j'ai vécu, c'est-à-dire une descente en enfer. ( ... ) Je n'en veux pas aux enfants, seulement au système.»

Écoutons aussi Alain Paquette, du Syndicat de l'enseignement de Champlain, dont plusieurs membres ont été faussement accusés d'agression sexuelle les années précédentes : «J'espère que ce jugement fera en sorte que les policiers se doteront d'une méthodologie permettant de protéger à la fois les enfants et le personnel.» (Suite demain)

News du samedi 20 Juin 2009

  L'Union européenne (UE) réclame une gouvernance ouverte, indépendante et responsable de l'Internet - Le contexte est le suivant. En 1998, l'agence paragouvernementale américaine ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) prenait le contrôle de l'IANA (Internet Assigned Numbers Authority), un organisme communautaire, qui, depuis le début des années 1990, gérait les adresses IP (le numéro identifiant votre ordinateur).

Aujourd'hui, cet assujettissement des rouages fondamentaux d'Internet aux intérêts américains apparaît inacceptable à un grand nombre de pays, d'organisations et de citoyens.

Tel est le cas des 27 pays membres de l'UE : Bruxelles, où siège le parlement européen, trouve que l'Internet est trop américain. Celle-ci estime qu'il convient de maintenir le rôle d'initiative du secteur privé dans la gestion du fonctionnement quotidien de l'Internet.

Toutefois, à la condition que les instances responsables soient indépendantes et rendent compte de leurs actions, particulièrement en matière d'ouverture et de sécurité. Les futures dispositions devront tenir compte du rôle essentiel que le réseau mondial joue désormais dans tous les pays de la planète. Et respecter des principes essentiels, par exemple les droits de l'Homme et la liberté d'expression.

PS : Un graphique (Chiffres exprimés en millions d'usagers - Source : International Telecommunication Union) illustre on ne peut mieux que les USA ne sont pas les seuls, et très loin de là, à naviguer sur le web. Alors, pourquoi conserveraient-ils cette main mise sur l'Internet? Avec tous les dangers potentiels (faites-en la liste) que ce monopole suppose, notamment en temps de guerres.

  Dans une poursuite intentée par un citoyen contre un corps policier, «c'est David contre Goliath» - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Autre enquête policière constituée d'un paquet de noeuds : celle entourant le meurtre de Danielle André, en 1991. Selon le journaliste André Cédilot de La Presse, dans un papier publié en septembre 2001, le scandale a éclaté au grand jour en 1993, lors du procès de Jean-Pierre Duclos, condamné à vie dans cette cause.

Avec la bénédiction de leurs supérieurs, quatre policiers du corps de Laval auraient caché des faits et falsifié des rapports pour protéger un informateur (André Cédilot -- La Presse du 12 septembre 2001) : les policiers Gérald Dance, Richard Millette, Marc Bourdon et Serge Morin. Déboutés de toutes les requêtes qu'ils ont présentées jusqu'en Cour d'appel au cours des sept années précédentes, ils tentent encore, en septembre 2001, d'éviter le tribunal déontologique. Entre-temps, ils ont tous quatre pris leur... retraite.

À la reprise des audiences déontologiques, ce mois-là, les avocats des quatre policiers déposent chacun des requêtes à plusieurs volets dans le but, encore une fois, de stopper les procédures. Ainsi Me Daniel Rochefort, avocat de Dance, ex-directeur des enquêtes criminelles, qui soutient que le processus qui a mené son client devant le comité a été entachée d'irrégularités. Au départ, fait-il valoir, Dance n'était même pas inclus dans la plainte du 23 avril 1992 qui visait une quinzaine de flics, dont le directeur Jean-Marc Aurèle, lui aussi à la retraite.

Il relate que c'est en novembre 1993 que son client a appris avec stupeur qu'il était, avec ses trois collègues, la nouvelle cible des enquêteurs en déontologie. Les citations à comparaître lui sont parvenues cinq mois plus tard, en avril 1994, sans qu'il ait été interrogé par l'enquêteur du comité, argue Me Rochefort.

Pourtant, dans son rapport, Jean-Louis Fourcaudot, l'enquêteur en question, écrit l'avoir rencontré le 19 août 1993. Difficile de savoir qui dit vrai, puisque Fourcaudot est décédé entre-temps, signale le journaliste. De plus, Dance, en contre-interrogatoire, déclare avoir perdu ses agendas des années 1989 à 1994 dans l'incendie de son hôtel, à Dalhousie, en Ontario, survenu deux ans plutôt. Il reviendra à l'assesseur du Comité de déontologie, Jean-Marie Blais, de trancher le débat.

Dans l'affaire Lizotte que nous avons traitée plus haut, Hélène André, la soeur de Danielle André assassinée en 1991, ne s'étonnait pas de l'acquittement du policier Stante (Louise Leduc -- La Presse du 19 septembre 2002) : «Le tribunal, c'est un gros cirque et rien de plus!» tranchait-elle. Onze ans après la mort de sa soeur, elle demeure convaincue que, dans ce dossier, l'homme purgeant (en septembre 2002) un peine de 25 ans n'est pas l'auteur du meurtre.

D'après elle, les policiers de Laval ont tout fait pour protéger des suspects, qu'ils avaient laissé filer en Colombie et qu'ils n'ont arrêté que deux mois plus tard. Les policiers avaient même attendu deux semaines avant d'investir la maison identifiée comme le lieu du crime.

«J'ai depuis déposé une plainte privée au criminel. Elle est tablettée au ministère(québécois)de la Justice, qui attend de voir les conclusions du commissaire à la déontologie policière du Québec. Vous imaginez? Tout ça remonte à il y a 11 ans! Les policiers impliqués dans l'histoire ont pris leur retraite et la police de Laval n'en finit plus de payer des avocats! Comment un citoyen peut-il se battre contre des corps policiers? C'est David contre Goliath et il faut vraiment déployer beaucoup d'énergie pour mener à terme une telle croisade.» (Suite demain)

  À la suite de fausses accusations, des profs intentent des poursuites - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Relatons le cas de Paul-André Sansregret, un ex-enseignant.

Le 25 mars 1999, il accepte de faire une journée de suppléance à l'école Bourgeoys-Champagnat de Longueuil, dans une classe de sixième année. (Sébastien Rodrigue -- La Presse du 4 août 2002) Après seulement un avant-midi, 16 des 27 élèves prétendent avoir été agressés sexuellement par lui. Neuf accusations sont portées à son encontre, impliquant autant de "victimes".

Septembre 2000, le juge Robert Lafontaine le déclare coupable. Il a retenu la version de deux garçons et deux filles disant avoir été victimes d'attouchements. Près de deux ans plus tard, en juillet 2002, les juges André Rochon, René Dussault et Morris J. Fish de la Cour d'appel du Québec concluent que le verdict est «déraisonnable». Ils précisent que la nature sexuelle des contacts entre l'enseignant et les élèves n'a pas été prouvée hors de tout doute raisonnable.

Les agressions dénoncées par les élèves étaient en fait des touchers aux épaules, au bras ou à la tête, gestes que le professeur accompagnait d'encouragements. Selon les trois juges, leur collègue Lafontaine de première instance a écarté la crédibilité de Sansregret, non pas à la suite de contradictions ou d'hésitations de sa part, mais à partir des témoignages contradictoires des victimes.

Ils soulignent également que ce juge ne s'est jamais interrogé «sur le caractère hautement invraisemblable de ces accusations». Ils l'ont complètement blanchi. D'après l'avocat de Sansregret, Jean Dury, cette décision s'avère importante pour son client, mais aussi pour l'ensemble des professeurs qui craignent les poursuites sans fondement à partir des allégations de leurs élèves.

On ignore si l'ex-enseignant Sansregret a par la suite poursuivit ces accusateurs, mais certains n'hésitent pas. En septembre 1999, Marcel Beaumont, faussement accusé d'attouchements sexuels sur cinq jeunes filles, est libéré par le juge, qui rend un verdict «d'acquittement honorable.(...) Toute la preuve montre que l'accusation est sans fondement.»

Le prof intente par la suite, en février 2000, une poursuite de 840 000$, tandis que sa conjointe réclame 200 000$. (La Presse du 29 février 2000) La poursuite vise un policier et un procureur de la Couronne. L'article de La Presse auquel je me réfère n'identifie pas, et déplorons-le, ni l'un ni l'autre. Beaumont enseignait à l'école Cap-Soleil, à Charlebourg, près de Québec. (Suite demain)

News du vendredi 19 Juin 2009

  Vous saurez tout, et absolument tout, du forum "Faut-il réinventer la démocratie?" - Tenu les 8, 9 et 10 mai derniers à Grenoble, en France, il réunissait près de 100 chercheurs, journalistes, intellectuels, hommes politiques et responsables associatifs. La masse de connaissances transmises est colossale.

30 thèmes y étaient développés, ex. : L'impératif démocratique ; Représenter les minorités ; La parité en question ; Lutter contre la pauvreté ; Réinventer la démocratie sociale ; Crise du capitalisme et avenir de la démocratie ; Éducation et recherche : quelle démocratisation du savoir? ; Internet : nouvel espace démocratique? ; Citoyenneté et intégration ; De la démocratie en Amérique ; Les institutions européennes sont-elles démocratiques? ; Expériences démocratiques dans le monde ; etc.

Un peu plus bas dans la page qui s'affiche, choisissez un thème, tous identifiés en caractères rouges, et cliquez dessus pour avoir accès à un enregistrement en format mp3 (à écouter en ligne ou télécharger). Disponibles également, les rencontres vidéos au "Café des auteurs". Naviguez aussi sur le site de l'Association "La République des Idées", dont Pierre Rosanvallon est le président.

  Absence de volonté politique des élus de prendre le taureau policier par les cornes - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Utile de souligner qu'à la fin de janvier 2000, quelques semaines après que la mort de Lizotte ait été médiatisée, des élus membres de la Communauté urbaine de Montréal, alors "responsable" de la police sur son territoire, interrogés par les journalistes André Cédilot et Éric Trottier de La Presse, s'étaient permis des réflexions pour le moins étonnantes (André Cédilot et Éric Trottier -- La Presse du 26 janvier 2000) :

«Sur le plan opérationnel, c'est Québec qui supervise (la police de l'île de Montréal), leur avaient-ils révélé. Des bavures, il y en a eues dans le passé, et il y en aura d'autres. C'est inévitable. Il y a 4 150 policiers (sur l'île de Montréal), et la direction du service ne peut être en parfait contrôle de tout ce qui se passe». S'en dégage l'absence de volonté politique des élus à prendre le taureau par les cornes.

Citons ce passage approprié du rapport de la Commission Poitras. S'il est une chose qui peut frapper l'observateur, écrivent ses auteurs, c'est bien le caractère universel et récurrent de la déviance policière un peu comme s'il s'agissait d'une caractéristique essentielle et inévitable du travail policier.

«Il ne s'agit pas de sombrer dans le cynisme et d'accepter comme un fait inéluctable que tout pouvoir corrompt, pour, désabusé, baisser les bras et accepter l'inacceptable, fait-elle remarquerNe serait-ce que par respect pour ceux et celles qui tentent de faire leur métier avec honnêteté, nous devons récuser d'emblée une approche qui, globalement, urbi et orbi, vouerait la police au mépris sans pouvoir offrir aucune alternative. Si la probité est un objectif difficile à maintenir, la lutte pour y parvenir mérite d'être signalée.» (Suite demain)

  Dans plusieurs esprits tordus des fanatiques du puritainement correct le doute subsistera toujours - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Les programmes de prévention lancés en milieu scolaire pour sensibiliser les enfants aux agressions sexuelles et encourager les dénonciations, objectifs louables, note le journaliste, peuvent parfois avoir des effets pervers.

Il nous fait entendre notamment le psychologue Hubert Van Gijseghem, professeur titulaire à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal, qui estime qu'attirer l'attention de l'enfant sur la possibilité que des adultes puissent vouloir «abusivement franchir leur intimité crée un contexte hautement suggestif».

Il croit que les allégations risquent de se multiplier, mentionne le cas d'un directeur de service qui avouait pouvoir suivre à la trace dans sa région le passage d'une intervenante affectée à la prévention grâce au nombre de signalements qui aboutissait subséquemment sur son bureau. (NDLR : Était-ce une flic en civil?)

Estimant qu'un trop grand nombre d'accusations d'agressions sexuelles portées contre des profs sont non fondées, le Syndicat de l'enseignement de Champlain a demandé aux ministères (péquistes) de l'Éducation, de la Justice et de la Sécurité publique, en novembre 1999, de revoir la façon dont sont traitées les plaintes. (Rima Elkouri -- La Presse du 10 novembre 1999)

Il dénonce avant tout les méthodes d'enquête des policiers et l'approche des procureurs de la Couronne. Écoutons Me Jean Dury, l'avocat mandaté par le syndicat pour en sensibiliser le gouvernement du Québec : «On n'a pas de chiffres. Mais dans la majorité des cas, les enseignants sont acquittés.» Il juge que parfois, les efforts visant à prévenir les cas d'abus ont des effets insidieux et engendrent un climat de paranoïa. «Les élèves peuvent penser qu'un simple toucher à l'épaule est une agression sexuelle».

Notons que même acquittés, la réputation de ces enseignants est à jamais entachée. Dans plusieurs esprits tordus des fanatiques du puritainement correct le doute subsistera toujours. (Suite demain)

News du jeudi 18 Juin 2009

  Émancipes-toi – Vous allez voir Staline souriant et portant couettes, jupe courte, porte-jarretelles et talons hauts : ç'aurait été beaucoup lui demander. Promo efficace du juralibertaire.fr.

  La théorie du complot – Échange entre deux cochons.

  Un ex-policier : «(...) combien de décès de ce genre passent complètement inaperçus? - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) En septembre 2002, l'avocat de la Couronne Michel Breton, à la suggestion d'un comité d'appel provincial, précise-t-on, décide de ne pas contester l'acquittement du policier Stante. (Marcel Laroche -- La Presse du 18 septembre 2002)

Et, conséquent dans sa décision, dépose devant le juge Gilles Hébert, de la Cour supérieure, une ordonnance d'arrêt du processus dans la cause du portier Deschâtelets. Le ministère public s'accorde cependant un délai d'un an. A l'échéance, si aucun élément nouveau n'est porté à son attention, le dossier sera définitivement classé.

Bien sûr, là encore, un certain mécontentement s'ensuit. Dès le lendemain, la journaliste Louise Leduc de La Presse écrit (Louise Leduc -- La Presse du 19 septembre 2002) : Finie, l'affaire Lizotte ; libéré de toute accusation, le portier Steve Deschâtelet ; acquitté, l'agent Giovanni Stante. Pour ceux qui se sont battus pour que justice soit faite dans ce dossier, voilà une autre preuve du manque total de transparence des forces de l'ordre dès que l'un de leurs représentants est personnellement impliqué.

Un ex-policier et ex-conseiller municipal, Marcel Sévigny, soulève un point donnant froid dans le dos : «C'est là une bavure monumentale! (...) combien de décès de ce genre passent complètement inaperçus? (...) Il faut se poser de sérieuses questions sur le service de police et sur l'opacité de son fonctionnement. Ce cas illustre une fois de plus la nécessité d'un comité de surveillance indépendant qui ne soit à la solde ni de policiers ni d'élus municipaux.»

Au journal l'Itinéraire, on n'en est pas moins troublé. «Manifestement, il y a une procédure pour le citoyen ordinaire et une autre pour les gens qui portent un titre ou un uniforme», dit la porte-parole Audry Côté, convaincue que les longs délais ont servi à enterrer de nombreuses preuves. «Bien sûr, M. Lizotte avait des problèmes psychologiques et de toxicomanie qui le ramenaient souvent derrière les barreaux, reconnaît-elle. Il ne s'agissait cependant toujours que de petits délits. Il n'était pas violent (sic) et il avait beaucoup de talent. Lors de l'une de ses incarcérations, il avait même complété un baccalauréat en sociologie.»

De son côté, Hélène André, dont la soeur Danielle a été assassinée en 1991, ne s'étonne pas de la conclusion en queue de poisson de la mort de Lizotte. Plus bas, nous aborderons cette autre affaire, impliquant un informateur, qui serait l'auteur du crime, mais que la police aurait voulu protéger. (Suite demain)

  La grande peur d'être identifié comme agresseur - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) D'autres disent que l'idéologie de la peur est responsable d'une partie de l'angoisse collective. Soulevons quelques cas. Dans l'une de ses chronique, le journaliste Réal Pelletier de La Presse fait écho d'un fait divers publié dans le Los Angeles Times démontrant jusqu'à quel point peut être grande la peur d'être agressé ou identifié comme agresseur. (Réal Pelletier -- La Presse du 29 novembre 1998)

Un automobiliste aperçoit au petit matin, sur un trottoir de Murfreesboro, au Tennessee, un enfant errant de trois ans. Aucun adulte n'est visible à l'horizon, alors il décide de l'aider. Il l'interroge, l'enfant ne répond pas. Il n'ose le faire monter dans son véhicule, craignant d'être accusé d'agression sexuelle ou de kidnapping, décide plutôt de le suivre à courte distance à bord de son véhicule.

Il intercepte une automobiliste, veut la mettre dans le coup, elle refuse d'intervenir, le regarde d'une drôle de façon, alerte la police par son cellulaire et, en attendant son arrivée, suit l'automobiliste. Pelletier écrit que tous les «logues » du comté s'interrogent encore sur ce que le citoyen aurait dû faire au départ.

Par les temps qui courent, éminemment dangereuses, les interactions avec les enfants. Ainsi, dans les écoles québécoises, le phénomène des fausses allégations constitue une véritable épée de Damoclès braquée sur la tête des enseignants, qui sont d'ailleurs invités à faire preuve de prudence, rapporte en août 1999 le journaliste Marc Thibodeau de La Presse. (Marc Thibodeau -- La Presse du 30 août 1999) Alain Paquet, conseiller en santé et sécurité du travail au sein du Syndicat de l'enseignement de Champlain, a énuméré au journaliste quelques unes des précautions à prendre pour éviter l'allégation.

Les professeurs d'éducation physiques y sont les plus exposés. Ils doivent se tenir à l'écart des vestiaires et éviter les exercices aériens, parce que favorisant les contacts physiques. En classe, complimenter ou se retrouver seul avec un élève comportent un risque, alors on recommande au prof de garder la porte ouverte : attention à la petite tape d'encouragement dans le dos. Si l'élève s'est blessé, le professeur doit s'assurer de la présence d'un adulte pour éviter une fausse interprétation des gestes associés aux soins. Hautement risqué aussi pour un prof de reconduire à la maison un élève ayant raté son autobus.

Toutes ces mesures ne facilitent pas les échanges en classe ni favorise un véritable dialogue propice à l'apprentissage. Le journaliste cite Paquet : «Un enseignant qui fuit les contacts, ce n'est plus tout à fait un enseignant.» (Suite demain)

News du mercredi 17 Juin 2009

  Québec : vers une Charte municipale des droits des citoyens et citoyennes? - Ce projet vise à créer les conditions d'une démocratie de proximité, lit-on sur le site de la Ligue des droits et libertés du Saguenay-Lac-Saint-Jean (LDL-SAGLAC).

La ligue considère qu'il est temps que collectivement les citoyens et citoyennes de nos villes et villages s'interrogent sur la manière de veiller au respect effectif des droits de la personne. Les politiques locales ont des incidences sur notre vie, donc sur les droits fondamentaux de nos concitoyens, précise-t-elle.

Le model qu'elle songe à mettre de l'avant s'inspire d'une expérience du genre vécue par 41 villes européennes. LDL-SAGLAC a déjà tenu un forum à ce sujet, mais il date de quelques années : compte rendu du forum.

PS : Je l'ai contactée afin de faire le point sur son projet à la fois innovateur, absolument nécessaire et dont l'urgence ne fait aucun doute. Je vous en reparle bientôt.

  Gigi, mon P'tit-Rex – J'ai pouffé de rire en voyant cette vidéo (02:45). On ne s'attend vraiment pas à ce qu'on va voir. Complètement fou! Ça commence bien la journée...

  «Combien de temps cela va-t-il prendre pour qu'on comprenne que le système de justice est pourri et que les corps de police peuvent faire ce qu'ils veulent?» (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Ce mois de mai-là, donc, se tient le procès du policier Stante, devant jury et présidé par la juge Claire Barette-Joncas, de la Cour supérieure. (La Presse du 30 avril 2002 ) Le 1e août 2002, il est acquitté de toutes les accusations portées contre lui.

L'avocat de la Couronne, Michel Breton, qui ne semble pas surpris du verdict, se donne ensuite quelques temps pour décider s'il en appellera ou non. Stante, qui doit dans les mois suivants comparaître devant le Comité de déontologie, retourne au travail, est affecté en attendant à des tâches administratives : on ne connaît pas la suite déontologique. Les réactions ne traînent pas. On parle d'une justice à deux vitesses.

Manseau du MAJ souligne un fait : l'avocat du policier a fait appel à une expertise extérieure pour justifier l'utilisation des coups de poing comme moyens de maîtriser quelqu'un, mais l'avocat de la Couronne, lui, n'a pas présenté de contre-expertise. (Sébastien Rodrigue -- La Presse du 3 août 2002) «Ç'a laissé la porte ouverte à la défense d'amener un expert des États-Unis qui a dit qu'il (le policier Stante) a agi dans les règles de l'art et c'était l'acquittement automatique».

Manseau dénonce aussi le temps écoulé avant les mises en accusation (environ sept mois), estime que la procédure des enquêtes sur des policiers devrait être changée. Il craint surtout que l'acquittement de Stante n'alimente le sentiment d'impunité parmi une minorité de policiers. (NDLR : Pourquoi l'avoir frappé alors qu'un portier, d'après le témoignage de Jean-Maxime Leroux à La Presse, l'avait maîtrisé, lui tenait les mains derrière le dos? D'autant que Lizotte ne menaçait personne?)

Commentaire d'Audrey Côté, agente de projets à l'Itinéraire, un mensuel produit par des itinérants auquel collaborait la victime : «C'est certain que si M. Lizotte avait été un homme en veston-habit-cravate, il aurait sûrement reçu un traitement différent et eu droit à une réaction plus pacifique de la part de M. Stante.» D'après elle, son acquittement sème l'inquiétude parmi la communauté itinérante, car il cautionne l'usage de la force contre les sans-abri. «Un policier qui estime avoir fait son devoir en frappant un itinérant, il y a lieu de se poser des questions sur le code de déontologie, de se demander si les policiers sont au-dessus du Code criminel», dit-elle.

Notons aussi la réaction d'un lecteur de La Presse, Daniel Gibeault (Daniel Gibeault -- La Presse du 3 août 2002) : «(...) la police a encore gagné ! Combien de temps cela va-t-il prendre pour qu'on comprenne que le système de justice est pourri et que les corps de police peuvent faire ce qu'ils veulent sans que personne puisse faire quoi que ce soit? (...) moi je pense que la société dans laquelle nous vivons va progressivement perdre le droit à la parole et que, dans pas très longtemps, nos enfants vont vivre dans la peur et le doute.» (Suite demain)

  Toute forme d'autodéfense implique un processus d'autodestruction des rapports sociaux - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Ackermann, Dulong et Jeudy, du Centre national de recherche scientifique, en France, écrivent que celui qui proclame haut et fort qu'il est armé et que les malfaiteurs peuvent venir, ne prend pas ses interlocuteurs à témoin, il les suppute complices. (Werner Ackermann, Renaud Dulong et Henri-Pierre Jeudy, sont tous trois du CNRS -- Imaginaires de l'Insécurité -- Librairie des Méridiens)

Dans certaines formes de prévention, l'agresseur est averti de la protection par une publicité qui constitue le public en ensemble de malfaiteurs. D'autres formes d'avertissement alertent directement le public sur lui-même, instituant chacun en surveillant de l'autre.

Dulong dit que «la justice officieuse, celle qui se déploie dans les commérages de la rue de quartier, n'acquitte personne.» (Renaud Dulong -- L'autodéfense -- Librairie des Méridiens) Dans ce contexte, le procès d'intention menace tout le monde.

Tous étant désormais sous enquête, aujourd'hui c'est votre voisin que l'on soupçonne injustement, demain ce sera vous, si ce ne l'est pas déjà. Pour revenir à Dulong : «Cela s'appelle l'éclatement de la société». Plusieurs auteurs affirment que toute forme d'autodéfense implique un processus d'autodestruction des rapports sociaux.

L'anthropologue Tremblay est d'avis que la présence et la visibilité policière ne sont efficaces qu'à l'intérieur des images que le citoyen se fait de la police. (Jean-Noël Tremblay -- Le métier de policier -- Les Presses de l'Université Laval) Si celle-ci signifie pour lui la brutalité ou l'arbitraire, le citoyen agira en conséquence. Par exemple, une police trop répressive détruit l'idée qu'il puisse exister un honnête citoyen, tous devenant des clients potentiels. Il soutient que cela rend la police odieuse aux yeux des citoyens.

Cette image négative du policier sur notre propre comportement en société nous incite, si l'on veut éviter d'être traité comme un malfaiteur ou un criminel, à se soustraire aux regards de la police. Tremblay dit aussi, et surtout, que lorsque l'image d'une police répressive s'installe en nous, elle engendre un changement dans nos rapports avec les autres et avec les policiers, engendre une attitude de méfiance et de mépris envers tous ceux qui nous confondent avec la «clientèle particulière»de l'univers policier. Cet arbitraire met aussi fin à la collaboration du citoyen. (Suite demain)

News du mardi 16 Juin 2009

  Canada-Taser : la Commission d'enquête pourra blâmer la GRC dans l'affaire Dziekanski – Les 4 policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), impliqués dans la mort du Polonais Robert Dziekanski, à l'aéroport de Vancouver, à l'automne 2007, prétendaient qu'un blâme était l'équivalent à des accusations criminelles, ce qui ne relevait pas de sa compétence.

Hier lundi 15 juin, une Cour de justice a tranché en faveur de la Commission. Elle pourra donc examiner les allégations soulevées contre eux lors des audiences à l'effet qu'ils auraient agi de façon incorrecte et tenté de mentir pour cacher certains faits. Vendredi, elle franchira l'étape finale de son enquête en entendant les plaidoiries des différentes parties. (Source : RCI)

  Procès séparé pour une aventure commune : 2 poids, 2 mesures - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Finalement, en avril 2000, des accusations d'homicide involontaire, de voies de faits graves et de lésions corporelles sont déposées contre le policier Giovanni Stante, 34 ans, et Steve Deschatelets, portier au Shed Café lors des événements. (Christiane Desjardins et Éric Trottier -- La Presse du 27 avril et 13 mai 2000) Ainsi en décide le juge François Doyon de la Cour du Québec à l'issue d'une pré enquête à huis clos où il a entendu une quinzaine de témoins. Le policier Stante est suspendu sans traitement.

Le procès démarre au début de mai 2002, au palais de justice de Montréal. Bien que les deux accusés soient impliqués dans le même événement, ils auront droit à un procès séparé. Deschatelets, subira le sien à une date ultérieure, à l'automne 2002, annonce-t-on.

Pourquoi? La loi l'autorise, déclare-t-on, mais la décision appartient à l'avocat de la Couronne, s'il s'avère que la justice sera mieux servie par deux procès plutôt qu'un seul. Belle rhétorique ne répondant pas à la question du pourquoi. Le portier Deschatelets pourrait apporter un autre éclairage que celui de son coaccusé, le policier Stante. Craint-on qu'il l'incrimine et implique aussi son collègue policier contre lequel aucune accusation n'a été portée? Deux poids, deux mesures?

Rappelons que lors du mégaprocès des Hell's Angels plusieurs se plaignaient de sa lourdeur : preuve titanesque, 17 accusés, 4 chefs d'accusations chacun, 68 verdicts à rendre. Me André Vincent, procureur en chef de la Couronne à Montréal, n'estimait pas moins que la règle de droit au Canada est qu'il doit y avoir un procès commun... pour une aventure commune. (Christiane Desjardins -- La Presse du 10 août 2002) (Suite demain)

Sociologue Morin : «nous sommes menacés par l'horrible devoir d'État qu'imposèrent les polices stalinienne et nazie, de dénoncer le fils, le père et le frère» - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) D'après la journaliste américaine Jacobs, dans un bon quartier urbain (et rural), un merveilleux équilibre s'établit entre la volonté qu'ont les citoyens de préserver leur intimité et leur désir d'entretenir avec leur voisinage des contacts fondés autant sur l'agrément que l'entraide. (Jane Jacobs -- Déclin et survie des grandes villes américaines -- Éditions Mardaga)

Cet équilibre est dû en grande partie à toute une série de petits gestes efficaces, accomplis et acceptés de part et d'autre, avec tant de décontraction que les intéressés ont tendance à considérer que tout cela va de soi.

Cette confiance prend forme, avec le temps, grâce à de nombreux contacts quotidiens entre les individus qui fréquentent la même rue. La plupart de ces contacts entre usagers de la rue sont tout à fait superficiels, mais leur somme ne l'est pas, souligne-t-elle. Elle est d'une grande richesse : elle constitue à la fois un sentiment d'appartenance à une identité commune, un réseau de confiance et de respect mutuels et un recours possible en cas de nécessité personnelle ou collective. «Pour une rue, l'absence de cette confiance générale est vraiment dramatique», soutient Jacobs.

Ce sont tous ces petits riens qui font qu'un citoyen se sente apprécié des autres,bien dans sa peau et heureux dans son îlot, sa rue, son quartier, sa Cité, sa ville, son village. D'autant plus vitaux que de nos jours la cellule familiale n'est plus ce qu'elle était. Le sociologue Morin relate que notre passé a été marqué par les impérieux devoir de solidarité de clan et de famille. (Edgar Morin -- Pour sortir du vingtième siècle -- Éditions Fernand Nathan)

Ces devoirs tombent, avec l'atomisation individuelle et les protections sociales (assurances, retraites, etc.). Et il se trouve que, dans l'évolution rapide qui élargit les fossés entre génération, nous nous sentions fort loin de nos proches et étrangers aux nôtres. Mais aux frères perdus de l'ancienne famille ou tribu se substituent des frères d'élection ou amis. «Ici peu importe, explicite-t-il : je ne parle spécialement ni de la famille ni des amis, mais je parle des nôtres, de ceux que nous aimons, de ceux avec qui nous avons un lieu de proximité, non seulement ou tant spatiale qu'affective et morale. »

Les seuls vrais rapports humains sont ceux de personne à personne, et, si elle la vaut, aucune morale abstraite supérieure ne prévaut contre la morale concrète pour les gens qu'on aime et qu'on aide. «(...) Il y a là une vérité qu'il faut d'autant moins oublier que nous sommes soumis aux devoirs généraux abstraits émanant de la société, et que nous sommes menacés par l'horrible devoir d'État qu'imposèrent les polices stalinienne et nazie, de dénoncer le fils, le père et le frère. La morale sociale abstraite, fondée sur la négation de tous liens concrets, devient par là l'antimorale, et il est aujourd'hui d'importance vitale non seulement éthique, mais politique, de maintenir le privilège de la relation concrète.»

Voilà un point de vue s'emboîtant parfaitement à notre propos. Disons les choses plus explicitement encore : policiers et policières en civil et citoyens-mouchards détruisent le lien de confiance entre citoyens. Sur combien de ces «mouches» la police de l'île de Montréal et la Sûreté du Québec, entre autres corps policiers de monde, peuvent-elles compter aujourd'hui? Sont-elles nombreuses à virevolter autour des citoyens, dissimulées sous le masque de la fausse convivialité, de la fausse amitié?

Avec l'infrastructure sociale de la pseudo police communautaire que nous avons déjà décrite, il y en aura de plus en plus de ces maringouins qui, à chaque fois qu'ils s'approcheront du citoyen, ce sera pour lui sucer de son intimité, et un peu plus d'une fois à l'autre. (Suite demain)

News du lundi 15 Juin 2009

  Le quotidien québécois La Presse ne paraîtra plus le dimanche – Guy Crevier, président de Gesca, une filiale de Power Corporation, l'a annoncé aujourd'hui : la dernière livraison aura lieu le 28 juin. Raison? Le journal est touché par la crise financière et les contributions aux régimes de retraite de ses employés.

PS : Dans la déclaration officielle, on a omis un élément majeur : les publicitaires migrent de plus en plus vers l'Internet, privant ainsi de revenus la version papier de l'information. Alors, oui, la crise, mais pas seulement ça.

  Philip : «Les policiers font à leur tête depuis beaucoup trop longtemps...» - (Suite tome 3 de L'Étau Policier) Survient ensuite, environ trois semaines après, un événement dont on ne peut pas ne pas tenir compte : la police de l'île de Montréal saisit de la bière et de l'alcool... au local de la LNQ, qu'occupe son président... Philip. (Éric Trottier -- La Presse du 20 janvier 2000)

Le journaliste Éric Trottier de La Presse rapporte qu'une voisine, dont la police n'a pas dévoilé l'identité, se serait plainte d'un va-et-vient inhabituel au local où, selon elle, on en vendait les vendredis soirs. D'après le commandant du Service des relations publiques de la police, André Durocher, l'organisme opérait sans permis, et la plainte avait été faite le 17 mai de l'année précédente à la Régie des alcools, des courses et des jeux.

La saisie ayant été effectuée à la mi-janvier 2000, pourquoi la police a-t-elle attendu, avant de procéder, plus ou moins 8 mois après le dépôt de la plainte ? Réponse de Durocher : celle-ci n'a été transmise à la police qu'en juillet 1999, l'enquêteur affecté au dossier a été muté à un autre poste et son remplaçant a amorcé son enquête le 15 octobre 1999. (NDLR : Coïncidence, la veille du décès de Lizotte.)

Philip avoue que les membres de la LNQ prennent une bière, à l'occasion, à la fin de leurs réunions.«C'est du harcèlement pur et simple, destiné à me discréditer parce que j'ai récemment demandé la tête de M. Sarrazin, explique-t-il au journaliste Trottier. (...) J'estime que M. Sarrazin n'a plus la confiance du public pour diriger le corps de police. Et leur saisie à la Ligue des Noirs ne m'intimidera pas. Nous allons poursuivre nos pressions. Les policiers font à leur tête depuis beaucoup trop longtemps...» (Suite demain)

  Coelho : le plus grand péché de l'humanité est l'incommunicabilité - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) L'écrivain brésilien Coelho dit que le plus grand péché de l'humanité est l'incommunicabilité, la solitude ni recherchée ni aimée, le moment où nous oublions que nous devons être les miroirs les uns des autres. (Juan Arias -- Conversations avec Paulo Coelho -- Éditions Anne Carrière, 1999 pour la version française) Tout ce qui facilite la rencontre et la communication entre nous contribue en définitive à nous rendre moins inhumains et plus solidaires.

Dulong est d'avis que l'établissement commercial, par exemple, n'est pas seulement un endroit où l'on échange des biens et de l'argent, mais d'abord un lieu constitutif de socialité. (Renaud Dulong -- L'autodéfense -- Librairie des Méridiens) Les propos qui y sont tenus ne constituent pas l'emballage enveloppant la marchandise, mais plutôt un élément essentiel à la survie de la société.

Ce qui se ramifie ailleurs dans des rencontres occasionnelles vient ici se stabiliser en une institution qui fonctionne comme nœud de l'échange social. (NDLR : Même lorsqu'il s'agit de propos stéréotypés -- météo, résultats de la loto, dernière défaite des Canadiens de Montréal, etc. --, parce que constituant très souvent des amorces à d'autres sujets.)

Une commerçante québécoise compare un commerce à un «bureau de psychologue». (Chantal Guy -- La Presse du 8 octobre 2000) «Les gens nous racontent leur vie très aisément. (Un commerce) ça prête à la confidence, pour peu qu'on écoute. Les gens ne partent pas seulement avec un paquet ; parfois ils retournent chez eux avec un meilleur moral.» Le jus d'orange de la vie, fait avec de vraies oranges et sans insecticides, quoi. Des relations humaines inestimables, irremplaçables.

Illustrons de ce passage d'un livre de Tiberghien... (Anne-Marie Tiberghien -- Comme un Chat sauvage -- Éditions Robert Laffont, 1986) Sourires, petites phrases amicales. La ritournelle : deux mots sur le temps qu'il fait, quelques uns sur la fatigue, le moral, la santé de chacun, trois autres sur les événements petits et grands de la vie de chacun. Ces mots suffisent à tisser un réseau de complicité.

Chaque matin, sur le chemin de la boulangerie, on échange des saluts, des gestes d'amitié avec le fruitier qui prépare son étalage, le boucher qui décharge ses carcasses, la vendeuse de journaux, l'éboueur... De jour en jour, à force de voir les mêmes têtes, des relations s'établissent, des amitiés se nouent, des amours fleurissent. Ça s'appelle s'insérer dans la vie de quartier. (Suite demain)

News du dimanche 14 Juin 2009

  Canada-Afghanistan – 120e soldat canadien tué, aujourd'hui dimanche : Martin Dubé, 35 ans, de Québec.

  Le site laquadrature.net – Jérémie Zimmermann en est le co-fondateur et porte-parole. Il est constitué d'un collectif qui informe ses visiteurs sur des projets législatifs mettant en péril les libertés individuelles dans l'environnement numérique. Sa promo vidéo (00:52), d'une simplicité des plus efficaces, est une invitation à la solidarité citoyenne.

De ce temps-ci, on y célèbre une grande victoire : la décision du Conseil constitutionnel relativement à certaines articles liberticides du projet de loi Hadopi de Sarkozy. Zimmermann, dans une entrevue : «Hadopi méprisait les droits fondamentaux des citoyens, notamment le droit à un procès équitable, la présomption d'innocence et la liberté d'expression, indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie.»

Article aussi sur le site de la communauté des juristes : le village de la justice. Il est fréquenté notamment par des avocats, juristes d'entreprises et de cabinets, magistrats, notaires, etc.

PS : La ministre française de "l'inculture démocratique", Christine Albanel, voulait dépénaliser le comportement d'internautes, en confiant la gestion d'Hadopi à une autorité non judiciaire. Cela dit comme si elle leur faisait une faveur.

Au Québec, on utilise un autre verbe pour dire la même chose, et qui remplit bien la bouche : déjustiariser. En plus clair : en court-circuitant les Cours de Justice, on sort du cadre juridique et on entre dans le vaste monde de l'arbitraire. C'est ce que font la police et les tribunaux administratifs du gouvernement du Québec.

  Le dg Michel Sarrazin de la police de Montréal : un capitaine qui ne sait pas où se trouve son navire - (Suite tome 3 de L'Étau policier) Suivons la suite de l'histoire. Yves Manseau, du Mouvement Action Justice (MAJ), organisme voué à la défense de citoyens victimes d'abus policiers, réclame une enquête indépendante sur la mort de Lizotte et ce qu'il croit être des «tentatives de camouflage» de la police. «Les enquêtes publiques, on en a un peu soupé. Il faut, cette fois-ci, chercher des coupables. Parce que la première cause de la brutalité policière, c'est le sentiment d'impunité des policiers.»

Le MAJ dépose trois plaintes en déontologie. Manseau : «Nous croyons qu'il est important que le ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard, dise à la population qu'il connaissait la situation depuis longtemps (sic)et qu'il avait parfaitement conscience de la gravité de cette affaire.»

Peu après, il en dépose une quatrième, cette fois la cible est le dg de ce corps policier : «Michel Sarrazin n'a pas fait son travail correctement : il a avisé le ministre de la Sécurité publique un mois après avoir appris la mort de M. Lizotte, alors qu'il devait le faire dans l'heure qui suit.» Manseau doute que Sarrazin n'en ait pas eu vent dès le début. Dans cette autre saga policière, le MAJ est notamment supporté dans sa démarche par Dan Philip, président de la Ligue des Noirs du Québec (LNQ). On ignore ce qu'il est advenu de ces plaintes.

Le 30 décembre 1999, l'avant-veille du jour l'An 2000, le dg Sarrazin annonce, au cours d'un point de presse, la tenue d'une enquête sur les faits et gestes de quatre cadres policiers en service lors de l'arrestation brutale de Lizotte. Annonce aussi que les deux policiers qui ont arrêté la victime, le 5 septembre précédent, ont été affectés à des tâches administratives. Cependant, il refuse de dévoiler leur nom. (André Noël -- La Presse du 31 décembre 1999)

Manseau se dit choqué de le voir convoquer la presse à la dernière minute, en cette avant-veille du jour de l'An, pour traiter de cette importante affaire : «Il ne voulait pas de réactions. Mais des réactions, il y en a. Nous demandons sa démission.»

Philip renchérit : «Il est le chef de police : il est responsable de ce qui se passe dans son service. Qu'est-ce que cette histoire selon laquelle il n'était pas au courant? C'est comme si un capitaine annonçait qu'il ne sait pas où se trouve son navire. Dans un tel cas, il faut changer de capitaine. Sinon, ce n'est pas rassurant.» (Suite demain)

  L'histoire se répète : de nos jours, la police communautaire, de quartier ou de proximité fait dans le maccarthysme - (Suite tome 2 de L'Étau policier) La croisade anticommuniste du sénateur McCarthey, aux États-Unis, était soutenue par les Chevaliers de Colomb qui collaboraient avec «l'évêque de la radio Fulton J. Sheen et le cardinal Spellman». (John Cornwell -- Le pape et Hitler, l'histoire secrète -- Éditions Albin Michel)

La droite, politique et religieuse (catho), ne dissociait pas sociale-démocratie et bolchevisme. Pour elle, l'Espagne de Franco et le Portugal de Salazar incarnaient mieux sa vision de la société idéale. Le maccarthysme a sévi également au Québec. En 1937, la loi du cadenas du gouvernement de l'Union nationale de Maurice Duplessis interdit la propagande communiste.

«C'est une affaire d'Église aussi,confirme l'historienne Ferretti. (Lucie Ferretti -- Brève histoire de l'Église catholique au Québec -- Éditions Boréal, 1999) (...) Papin Archambeault se promeut général en chef d'une campagne sans merci» Il mobilise l'École sociale populaire, l'Association catholique de la jeunesse canadienne française, la Jeunesse ouvrière catholique, etc. «(...) il met sur pied, grâce à des subventions fédérales, un véritable service de renseignements personnels et d'espionnage et il se fait l'informateur de la police provinciale (du Québec) et de la Gendarmerie royale (du Canada). Un tel acharnement persiste dans les années 1940 contre des communistes bien identifiés, tels Stanley Ryerson, Fred Rose, Madelaine Parent ou Kent Rowley.»

D'après le constitutionnaliste américain Ackerman, McCarthy restera dans les annales de la république comme un démagogue sans succès, dont les tonitruants appels au peuple se révélèrent, au banc d'essai, incapable de rallier l'engagement populaire profond et durable qu'exige une transformation légitime des valeurs fondamentales. (Bruce Ackerman -- Au nom du peuple -- Éditions Calmann-Lévy, 1998) Dans sa croisade, il jouissait de l'appuie du Sénat mais il s'est révélé incapable de vaincre la résistance institutionnelle du Congrès et de la présidence.

Ackerman est d'avis que ce sont les efforts déployés pour élargir ses appuis qui ont provoqué sa chute. Lentement, certaines des atteintes les plus sérieuses aux valeurs constitutionnelles et traditionnelles ont été réparées au cours de la génération suivante, mais sans vraiment recoller tous les morceaux de ces vies qui avaient été saccagées. McCarty prétendait parler au nom du peuple.

L'histoire se répète. De nos jours, pouvoir et police se réclament aussi du soutient de la population. Leurs efforts déployés pour aller chercher l'adhésion citoyenne au concept de la pseudo police communautaire a eu pour effet de rendre plus visible le véritable rôle de cette dernière, et de lui faire perdre sa légitimité. De la même façon que le maccarthysme perdit la sienne.

On finit toujours par voir la démesure à travers le brouillard idéologique. La prévention de la criminalité a remplacé les autres orthodoxies, dont le communisme et le catholicisme. Ce n'est pas le crime qui menace le plus la Société civile, mais l'acharnement que mettent police et pouvoir, sans omettre les collabos, à vicier l'osmose entre citoyens</