Suite des ACTUALITÉS du mois

Il est (Heure du Québec)

News du vendredi 3 Septembre 2010---------------

  Golfe du Mexique, plate-forme de Mariner Energy : il n'y aurait pas catastrophe – Un correspondant du quotidien Le Monde rapporte que Patrick Cassidy, directeur des relations avec les investisseurs, s'est voulu rassurant : «Il n'y a eu ni explosion, ni marée noire, ni blessés».

  G20-Toronto-juin dernier : recours collectif de 115 millions – Il a été déposé hier jeudi par deux citoyens détenus lors du sommet, ils y dénoncent le comportement de la police.

  Jena Lee"Je me perds" (03:58). Le message à retenir de ce clip, à ce qu'il me semble : s'épanouir, fuir le suicide.

  France : l'affaire Bettencourt-Voerth n'arrête pas de rebondir – Michel Labro, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, explique que ces événements, incluant notamment les niches fiscales pour les ultras riches, démontrent que les rapports entre le pouvoir, l'argent et la droite sont très imbriqués : vidéo (03:50) mise en ligne hier, le 2 septembre + l'avenir de Voerth?

  Prof Bélanger et contact avec les élèves : le mal qu'on s'inflige à soi-même et au tissu social est pire que celui que nous voudrions éviter - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Heureusement, des profs se tiennent debout, mais pas beaucoup, semble bien. Ainsi, cet éducateur physique de l'école Ste-Famille de Thurso, Guy Bélanger, auteur d'une lettre publiée dans La Presse. (Guy Bélanger -- La Presse du 7 avril 2002)

Il se réfère à un article où l'on rapporte que la crainte de poursuite pour délits sexuels «forçait» de ses collègues à délaisser l'enseignement des disciplines comportant des contacts physiques directs avec les élèves. Bélanger établit un lien de comparaison avec un film américain qui venait de prendre l'affiche au Québec : Panic Room, la chambre blindée construite dans de luxueuses résidences américaines où l'occupant peut se réfugier pendant un mois. 

«(Ce film), écrit Bélanger, correspond, aux dires de son réalisateur, à l'esprit du temps et s'abreuve à la paranoïa ambiante et à cette obsession de la sécurité qui, plus que jamais, guide la vie des gens. (…) L'esprit du temps qui nous inculque ce sentiment de peur permanent fait-il son œuvre dans les écoles jusqu'à forcer (les profs) (...) à se retrancher dans une attitude de rectitude comportementale et à s'enfermer d'eux-mêmes dans une tour blindée?» Il a «cru flairer», depuis quelques années, lors de discussions avec des collègues, «cette nouvelle tendance un peu frileuse axée sur la stérilisation de notre vie affective.

«(...) malgré ce nouveau consensus, confie-t-il, je me suis toujours refusé en vingt-huit ans de pratique d'adhérer à un quelconque modus vivendi basé sur la répression (...). Cette nouvelle attitude de repli et de désengagement face à notre mission (...) me fait beaucoup plus peur par ses effets pervers sur le dynamisme et la vitalité de nos rapports qu'une éventuelle et improbable poursuite.

«Malgré ce nouveau péril en la demeure, je continue donc à être moi-même et à agir selon ma conscience dans mes rapports avec les élèves et à refuser que les nouvelles normes de notre société surjudiciarisée (sic) me tiennent lieu de morale. Je refuserai toujours de limiter mes contacts aux gestes contrôlant en gardant sans cesse à l'esprit l'effet apaisant et réconfortant qu'a le moindre contact humain pour les enfants.»

Le prof étale au grand jour un paradoxe qui le fait sourire. Alors qu'on conseille de ne plus toucher aux élèves, de garder ses distances et surveiller ses paroles quand on s'adresse à des collègues féminins (NDLR : Traitement de faveur infantilisant la femme, la rendant inégale à l'homme), «pendant ce temps, à la CSCV (l'acronyme de la commission scolaire où il enseigne), on (reconnaît) les bienfaits du toucher corporel sur le bien-être des employés en engageant une masséothérapeute à temps plein. Cherchez l'erreur!»

Bélanger conseille aux nouveaux membres de la profession «d'assumer le beau risque qui veut que l'acte pédagogique passe d'abord et avant tout par la proximité et le contact de l'autre, en l'occurrence l'enfant que la vie contemporaine prive déjà suffisamment de nourriture affective. Bravez ce vent de panique, porteur de repli sur soi et d'individualisme, qui, précise-t-il, fragmente le tissus social et appauvrit les rapports individuels en nous confinant, comme le dit si bien l'apôtre de la communication D. Wolton, à l'état de "solitude interactive".

Panic room : mur virtuel du bunker de l'isolement sécuritaire. Éducateurs physiques, lance-t-il, enrôlons-nous dans la résistance comme tous ceux qui, comme moi, pensent que le mal qu'on s'inflige à soi-même et au tissu social est pire que celui que nous voudrions éviter.» (Suite demain)

  La lettre de blâme contre le juge Boilard : l'inédit dépasse l'imagination la plus fertile - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Qui est à l'origine de la fuite de lettre dans les médias? «N'importe qui au Conseil (canadien de la magistrature) peut avoir divulgué la plainte, estime le président des avocats de la défense, Gilles Pariseau. (Sébastien Rodrigue -- La Presse du 17 août 2002) Le Conseil devrait en profiter pour resserrer tout son processus de confidentialité.»

N'importe qui, vraiment? Cette instance disciplinaire est constituée de 39 juges en chef du Canada, difficile de croire que l'un d'eux ait trempé dans cette histoire. Il était prévisible qu'une fuite de cette importance provoquerait le chaos auquel on a assisté. Un membre du personnel clérical, alors? Possible. Erreur de bonne foi?

Par la suite, le Conseil canadien de la magistrature reconnaît indirectement sa faute, donne partiellement raison au juge Boilard, annonce que dorénavant il évitera de blâmer un juge pendant qu'il préside un procès. Cependant, en août 2003, après avoir entendu l'argumentation de représentants du ministère péquiste de la Justice, un comité d'enquête du Conseil statue que le juge Boilard avait manqué à ses devoirs en abandonnant la présidence du procès. (Joël-Denis Bellavance -- La Presse du 24 septembre 2003)

Au mois de décembre suivant, le Conseil contredit son comité d'enquête, blanchit le juge Boilard (Sylvain Larocque -- La Presse du 23 décembre 2003) : «Il incombe à chaque juge de déterminer (...) s'il existe des circonstances qui le rendent inapte à instruire une affaire. (...) Le juge n'est tenu de consulter personne (...), pas même son juge en chef.»

L'avocat du juge Boilard, Me Jean-Guy Tremblay, se réjouit du jugement : «(...) c'est le maintien du principe de l'indépendance de la magistrature. (...) Ça me semble souverainement dangereux que le procureur général (dans ce cas-ci, le ministre péquiste de la Justice), qui est toujours partie dans les affaires criminelles, puisse avoir, en plus de ses droits d'appel, un pouvoir additionnel de menace sur le juge en disant : Oh! Oh! Faites attention, si je n'aime pas votre décision, je peux vous traîner devant le Conseil de la magistrature.»

Curieusement, le Conseil ne dévoilera pas le fin fond de l'affaire : l'origine de la fuite de la lettre de blâme à l'encontre du juge Boilard. Le gouvernement péquiste de Bernard Landry gardera également le silence. Les médias aussi. Dans toutes ces péripéties, l'inédit dépasse l'imagination la plus fertile. (Suite demain)

News du jeudi 2 Septembre 2010---------------

  L'univers n'a eu eu besoin de dieu pour être créé – Dixit Stephen Hawking, l'astrophysicien britannique, et Leonard Mlodinow, physicien du California Institut of Technology, dans leur livre "The Grand Design". En raison de la loi de la gravité, l'univers peut se créer de lui-même, à partir de rien : article et page couverture.

  Golfe du Mexique : explosion d'une nouvelle plate-forme – L'événement est survenu aujourd'hui à 130 km des côtes de...la Louisianne. On parle d'une nappe de pétrole d'environ 1,5 kilomètre de long par 3 mètres de large, près de la plate-forme de la compagnie Mariner Energy. Le personnel a été évacué : USATODAY + le quotidien Le Monde.

  Québec envisage de nationaliser l'exploitation des gisements de gaz de schiste – Car débat il y a dans la vallée du bas Saint-Laurent où l'industrie veut en exploiter. On peut penser que graduellement il en sera ainsi ailleurs sur le territoire de la province.

Le fait est qu'un danger est associé à cette activité commerciale, la contamination gazière de nappes phréatiques et de puits artésiens, et à ce point qu'on peut enflammer avec un briquet un verre d'eau du robinet... : reportage vidéo (05:10) du journaliste Jean-Pierre Rogel sur les mauvaises expériences en Pennsylvanie, USA + vidéo (01:21) avec le journaliste Frank Desoer + article.

PS : Pour les citoyens, il est plus facile de contrôler le monopole de l'État qu'une ribambelle de petites ou grandes entreprises prêtes à tous les excès pour se remplir les poches.

  Pédophilie : pour la police, seul l'homme est un méchant loup - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Bien que la pédophilie existe également chez les femmes, on en n'entend rarissimement parler. La police demeure muette comme une carpe à ce sujet : seul l'homme est un méchant loup. Les féministes radicales, qui sont promptes à stigmatiser l'homme accusé de viol, gardent le silence lorsque le délit est commis par une femme. En sommes, une justice à deux vitesses orientée selon le sexe.

Dans une lettre publiée dans La Presse, Michel Benoît relate le cas d'une jeune femme qui aurait eu une liaison avec un garçon de 14 ans. (Michel Benoît - La Presse du 17 mars 1999) La justice a compris que celle-ci souffrait de carence affective et l'a condamnée à des travaux compensatoires. Benoît applaudit ce jugement, mais en même temps s'interroge : «Si c'était un jeune homme immature qui avait été impliqué avec une fillette de 14 ans, tiendrions-nous le même langage

Il est fait méconnu que les femmes agresseurs sexuels existent bel et bien, selon l'auteur québécoise Nathalie Bourdage et la psychologue criminologue belge Anne Claude. (Presse canadienne - La Presse du premier février 2001) Toutes deux se sont attaquées à l'un de ces derniers tabous lors du congrès international francophone tenu à Québec, en février 2001, et portant spécifiquement sur les femmes qui se servent de l'enfant comme d'un objet sexuel. Ces femmes sont mères, gardiennes, enseignantes. Elles bénéficient de la confiance sociale et ont souvent libre accès aux enfants.

Écoutons ces propos explicites de Bourdage : «On vit avec l'idée qu'il est essentiel d'avoir un pénis pour violer quelqu'un, mais c'est faux. Dans le viol, il y a de la domination, de la violence, du pouvoir, et les femmes peuvent l'avoir.» Elle a recensé, au cours d'une recherche, «la maigre littérature» qui existe sur les femmes agresseurs et rencontré une cinquantaine de personnes, dont dix victimes.

Selon elle, les enfants sont en moyenne âgés d'environ trois ans lorsqu'ils sont victimes d'une première agression. «Pour la femme agresseur, l'enfant est un objet et en même temps un partenaire sexuel adéquat», a-t-elle expliqué. Pour sa part, Anne Claude a interviewé dix femmes condamnées pour agression sexuelle sur des enfants, dont l'une qui avait commis des agressions sur une période de 15 ans.

Il serait encore impossible de chiffrer le nombre exact de ces femmes agresseurs. Alors que certaines études mentionnent qu'1% de ces agressions sont commises par des femmes, d'autre vont jusqu'à 10%. (Presse canadienne - La Presse du premier février 2001) D'après Cyrulnik, «officiellement, 90% des plaintes pour agression sexuelle sont déposées contre des hommes et 10% contre des femmes. (Boris Cyrulnik - Les Vilains petits canards - Éditions Odile Jacob, fév. 2001)

«On estime qu'une fille sur trois dénonce l'agresseur et moins d'un garçon sur dix quand l'initiative vient d'une femme». L'auteur soutient que «le taux d'abus commis par les femmes est actuellement (février 2001) sous-estimé» et que «les garçons en parlent très peu». Il signale au passage que les familles bouleversées par l'agression d'un enfant ne l'aident pas à récupérer. (Suite demain)

  Me Pariseau : «mégaprocès» signifie aussi «mégaproblèmes», ce n'est pas gérable - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) À la surprise générale, le ministre péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard, s'en prend au juge Boilard au cours d'une entrevue téléphonique avec un journaliste de Radiomédia, à Rouyn-Noranda. S'y référant, la journaliste Brigitte McCann du Journal de Québec écrit que le ministre le critique «violemment», le «fustige», qu'il «est sorti de ses gonds», parle de son «ton furieux». (Brigitte McCann -- Journal de Québec du 16 août 2002)

De son côté, le journaliste Jean-Paul Charbonneau de La Presse relate que le ministre a lancé en colère (Jean-Paul Charbonneau -- La Presse du 16 août 2001) : «Qui pouvait prévoir qu'un homme qui a tant blâmé d'autres avocats devant lui, se retire au moindre blâme qui lui est fait. Ça démontre, et ça je le savais, qu'il est un orgueilleux. (...) On avait à peu près tout prévu, tout préparé avec un soin minutieux, des efforts de formation, de travail, contacts continuels avec les avocats, de la patience. Tout avait été prévu, sauf une affaire comme celle-là».

Les réactions ne tardent pas, notamment celle de la juge en chef de la Cour supérieure, Lyse Lemieux, qui rappelle, dans un communiqué de presse, qu'il est «inopportun qu'un ministre (Ménard), représentant du pouvoir exécutif, émette des commentaires relatifs à la conduite d'un membre de la magistrature».

(Yves Boisvert -- La Presse du 20 août 2002 ) Pour sa part, le journaliste Yves Boisvert de La Presse s'interroge : «Convient-il qu'un ministre critique directement un juge dans l'exercice de ses fonctions? Non. (...) Dans leur position particulière, les ministres doivent faire preuve de retenue. (...) demain, qui dit qu'un ministre plus démagogue (sic) ne tentera pas de se rendre populaire en "plantant" tel ou tel juge trop sévère, trop clément, trop à gauche à son goût? On n'en est pas là. Mais pour éviter qu'on y soit, il faut que les ministres sachent où tracer la limite. C'est une limite dont nous bénéficions tous.»

Août 2002, le juge Pierre Béliveau succède à son collègue Boilard et, jouant de prudence, met un terme au procès, reprend tout à partir de zéro. La journaliste Christiane Desjardins de La Presse écrit que rien n'assure que le second procès ne finira pas, lui aussi, en queue de poisson. (Christiane Desjardins -- La Presse du 9 août 2002) Trop gros, trop lourd, trop complexe.

Voilà le constat qu'elle dégage des personnes interrogées. Dix-sept accusés, 4 chefs d'accusations chacun, en tout 68 verdicts que le jury devra rendre après avoir entendu une preuve titanesque, qui couvre une période de plus de quatre ans et implique 25 autres personnes accusées dans d'autres dossiers.

Pour le président de l'Association des avocats de la défense, Me Gilles Pariseau, «mégaprocès» signifie aussi «mégaproblèmes». Quand il est complexe et s'étire sur une très longue période, les risques se multiplient : jurés ou juge devenant inaptes à poursuivre leur travail pour différentes raisons ou juge démissionnant en plein procès comme dans le cas du juge Boilard. D'après lui, ce n'est pas gérable. (Suite demain)

News du mercredi 1 Septembre 2010---------------

  Des chiots jetés dans une rivière – Que faire lorsqu'une femelle met au monde plusieurs petits? Essayer dans donner à des voisins, des amis, passer une petite annonce dans un journal, faire appel à une société protectrice des animaux. L'idéal est de prévenir cette situation, qui peut occasionner bien des problèmes, il est vrai, en faisant stériliser la bête. Une démarche plus humaine que ce qu'on voit sur cette vidéo (00:45).

■  Les enfants privés de la liberté de circuler – Captifs dans le sous-sol devant la télé et autour de la maison, clôturée ou non. Ne peuvent pas sortir de cet espace, ou si peu, pour explorer leur environnement, se socialiser. Le Québécois François Cardinal vient de publier un livre à ce sujet : Perdus sans la nature, Éditions Québec Amérique (blogue + résumé du livre). Pourtant, jamais les statistiques sur la criminalité n'ont été aussi basses, jamais les enfants n'ont été autant en sécurité, écrit-il. Rappelez-vous quand vous étiez jeunes. Votre mère vous laissait partir le matin sans trop savoir où vous alliez. Seule condition : que vous soyez revenu pour le dîner.

PS : Au Québec, en milieux rural et semi rural, police en civil et collabos vident les rues : enfants, ados, adultes. Comment? En faisant en sorte que les citoyens ne se sentent pas bien dans l'espace public, préfèrent finalement rester à la maison. Ils ne savent pas que civils et collabos sont derrière ça, le tout se déroulant clandestinement et, il faut bien dire, illégalement. Du pas-vu-pas-pris assuré à tout coup.

  Un petit peu de tout – Dessin expressif ; zoo ; bon appétit ; Dieu a le droit d'être gay ; se payer en nature ; désordre ubain ; requin de la finance sympa ; développement.

  Le show du policier Daniel Lamirande de la Sûreté du Québec - (Suite tome 2 de L'Étau Policier) Autre cas de profs faussement accusés de pédophilie. Pierre-Paul Simard, un ex-enseignant de l'école primaire de la Pulperie, de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, acquitté de 13 chefs d'accusation d'attouchements sexuels sur des fillettes, a riposté, en avril 2000, par une action en dommages à l'endroit du policier Pierre Voyer, de la Ville de Chicoutimi -- aujourd'hui Ville de Saguenay --, de l'avocat de la Couronne Paul Roy et du Procureur général du Québec, c'est-à-dire le ministre de la Justice, péquiste dans ce cas-ci. (Presse canadienne -- La Presse du 11 avril 2000)

Lui et sa conjointe réclament 1,3M$. Selon leur avocat, Me Claude Roy, l'enquête du policier Voyer n'a pas été faite dans les règles de l'art, ni effectuée dans le respect des protocoles d'intervention élaborés par les spécialistes en matière d'attouchements sexuels. (On ignore la suite)

Examinons en un dernier. Le 27 novembre 1996, Daniel Delisle, un prof d'éducation physique de St-Tite, est arrêté à son domicile par la Sûreté du Québec (Marie Allard -- La Presse du 3 juin 2003) : deux filles de 10 et 12 ans l'accusent d'attouchements sexuels. Avant de le faire comparaître au palais de justice de Shawinigan, les policiers, qui ont convié les journalistes, attendent leur arrivée.

Après la comparution, Daniel Lamirande, policier relationniste, tient un point de presse où il déclare : «Selon la durée et le nombre de répétitions là où ça s'est produit et dans les circonstances où ça s'est produit, ça ne serait pas des événements accidentels.» L'année suivante le prof Delisle est blanchi par un jury, acquittement que la Cour d'appel confirme par la suite.

Puis le prof intente des poursuites en dommages moraux contre la Sûreté du Québec et Cogeco Radio-Télévision -- CKRM-TV Trois-Rivières --, affilié à Radio-Canada. Le 22 mai 1997, il obtient gain de cause devant la juge Louise Moreau, qui condamne le policier Lamirande et le Procureur général du Québec à lui verser 35 500$, et la journaliste Sonia Cosentino et Cogeco Radio-Télévision, 12 500$. Dans son reportage, elle avait utilisé des termes péjoratifs, insinuant la culpabilité du prof, parlant de «victimes», de «convalescence».

Ce qui irrite la juge, c'est l'orchestration de sa comparution : convocation des médias, le policier Lamirande attendant qu'ils soient sur les lieux pour faire entrer l'accusé par la grande porte au lieu de l'entrée latérale, comme la police le fait habituellement, et l'amenant à la salle de cour où... il n'y personne. Le point de presse de Lamirande aussi : sa déclaration aux médias «est non seulement tendancieuse et vexatoire» car «il formule une opinion qui n'est définitivement pas en faveur de l'accusé», déclare le juge.

Commentaire de l'avocat du prof, Me Jean Morin : «On a fait de l'arrestation de mon client un véritable show». Quant au prof Delisle, qui habitait le petit village de St-Tite... : «Je n'ai jamais été derrière les barreaux, mais j'étais en prison chez moi, renfermé à l'intérieur de moi-même. Ç'a été vraiment dur à vivre, pour moi qui était connu comme Barrabas dans la Passion. Si j'ai poursuivi les procédures, c'est pour que d'autres enseignants n'aient pas à vivre ce que j'ai vécu, c'est-à-dire une descente en enfer. ( ... ) Je n'en veux pas aux enfants, seulement au système. »

Écoutons aussi Alain Paquette, du Syndicat de l'enseignement de Champlain, dont plusieurs membres ont été faussement accusés d'agression sexuelle les années précédentes : «J'espère que ce jugement fera en sorte que les policiers se doteront d'une méthodologie permettant de protéger à la fois les enfants et le personnel.» (Suite demain)

  Construction d'un palais de justice souterrain et entouré d'une clôture à la surface - (Suite tome 1 de L'Étau Policier) Pour revenir au psychodrame, abordons l'épisode où le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard décide de construire le palais de justice souterrain pour y juger les motards arrêtés lors des raides de la Sûreté du Québec. Plusieurs s'y opposent, dont le président de l'Association des avocats de la défense, Me Gilles Pariseau (Jean-Paul Charbonneau -- La Presse des 6 et 20 avril 2001)

«C'est ternir l'image de la justice que de vouloir tenir des procès dans (...) un immeuble construit sur un terrain entouré d'une clôture, tout près d'une prison et où les accusés devront se rendre par un tunnel. Un vrai cirque! En France, les autorités ont déjà voulu agir de la même façon et aucun avocat de la défense ne s'est présenté.

La décision du ministre (péquiste) de la Justice (Paul Bégin) va aussi à l'encontre de la présomption d'innocence car de la manière dont il veut procéder, tout laisse croire que ces accusés sont déjà coupables. Nous sommes loin d'une justice transparente.» En fin de route, il ne restera plus rien de ces protestations, tous rentreront dans le rang.

Puis le procès des motards s'enclenche. Cependant, en juillet 2002, un événement majeur vient en perturber les audiences : le juge Jean-Guy Boilard, qui le préside, tire sa révérence. La procédure est aussitôt suspendue, après sept mois d'audiences et des coûts d'environ 2M$. (Marie-Claude Malboeuf -- La Presse du 13 août 2002) Que se passe-t-il encore?

Le juge Boilard a fait l'objet d'un blâme public de la part du Conseil canadien de la magistrature au sujet d'une remarque adressée à un avocat de la défense dans un procès tenu l'année d'avant. Il avait qualifié la plaidoirie de Me Gilles Doré, qui représentait un Hell's Angel, de «rhétorique ronflante». (André Cédilot et Yves Boivert -- La Presse des 29 et 30 octobre 2002) Celui-ci avait porté plainte. Une journaliste de Radio-Canada a obtenu une copie de la lettre de blâme adressée au juge Boilard et le contacte afin d'obtenir ses commentaires. Il ne l'a pas encore reçue... En moins de deux, l'affaire se retrouve en manchette dans tous les médias.

À sa supérieure hiérarchique, le juge fait part de sa décision de se retirer du procès, explique que le blâme, public du fait de sa médiatisation, porte atteinte à son «autorité morale» nécessaire à sa fonction : «Les parties ou leurs avocats, comme l'observateur raisonnable, seront toujours justifiés de mettre en doute la justesse de mes décisions ou l'à-propos de mes interventions vu les commentaires du Conseil canadien de la magistrature.» (Suite demain)

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