Avant d'aborder ce livre des
connaissances minimales s'imposent
« Ne te fie pas à ce qu'on dit,
Vois par toi-même !
Ce que tu ne sais par
toi-même,
Tu ne le sais pas ! » - Bertolt Brecht
Je suis journaliste depuis
près de quarante ans, ayant travaillé notamment au quotidien Le Droit d'Ottawa,
à la télé de Radio-Canada à Ottawa, Montréal et dans l'Ouest canadien pour le
Téléjournal ainsi que huit ans comme éditeur délégué de magazines spécialisés.
En 1996, j'ai abandonné ma clientèle pour lancer mon propre magazine, mais
après quelques numéros, j'y ai laissé ma chemise et suis devenu un bénéficiaire
de l'aide sociale. Pendant dix-huit mois, faisant des pieds et des mains pour
redevenir au plus vite autonome sur le plan financier et relancer ma petite
maison d'édition, j'ai économisé mes sous en fréquentant quotidiennement, entre
autres, des restos communautaires et des soupes populaires, à Montréal. Dès le
début, j'ai eu la chance de faire du bénévolat dans un resto communautaire,
Bouffe-Héberge, situé rue Ontario-Est. Pendant environ trois mois, j'y ai
travaillé à titre de responsable des communications internes et externes.
C'est dans ce milieu des
sans le sou que, tout à fait par hasard, j'ai fait mes premiers pas dans
l'underground policier. Ma découverte d'un premier policier en civil, infiltré
parmi les usagers de cet organisme sans but lucratif ( OSBL ), a d'abord attisé
ma curiosité. Je me suis dit qu'il y en avait peut-être un deuxième dans la
place et, celui-là repéré, pourquoi pas un troisième ? Et ainsi de suite. Lente
accumulation de soupçons, souvent suivie de certitudes que je ne pourrai jamais
étoffer de preuves matérielles. Je n'étais pas complètement un néophyte en
techniques policières. J'avais appris bien des trucs durant toutes ces années
de journalisme, ayant notamment couvert un district judiciaire. Cependant, ces
mois de bénévolat à ce resto m'ont permis d'affiner considérablement mes
connaissances. Après ce complément de formation accélérée sur le terrain,
quelques jours de fréquentation me suffiront par la suite pour jauger la
situation en maints autres endroits.
Au cours de mes deux années
et demi d'enquête à Montréal, j'ai repéré, à mon grand étonnement, de nombreux
policiers et policières en civil, incluant des commerçants, entre autres
collabos. Après une trentaine, tout cela est devenu tellement banal à mes yeux
que j'ai cessé de les compter. Il se déroulera tout de même près d'une année
avant que je décide d'enquêter. Car au début, ce n'était même pas une enquête,
simplement de la curiosité. Je me suis lancé dans cette aventure sans avoir la
moindre idée dans quoi je mettais les pieds. Ce n'est que graduellement que je
commencerai à comprendre un tout petit peu ce qui se passe, et quelques autres
années me seront nécessaires pour avoir une bonne vue d'ensemble de la
problématique. Dans ce monde de l'ombre et du silence de la police en civil la
vérité prend beaucoup de temps à s'étaler au grand soleil. Faut vraiment ne pas
être pressé. Je me suis la plupart du temps contenté d'observer, sans
intervenir.
La police de l'île de
Montréal, qui relevait alors de la Communauté urbaine de Montréal ( CUM ),
savait que j'étais journaliste, bien que n'appartenant à aucun média, et que
j'enquêtais en vue de publier éventuellement un livre. Elle craignait que
j'informe des citoyens sur ses activités clandestines illégales. Alors, elle
m'a quotidiennement filé, infiltré et déstabilisé psychologiquement. Elle a
tout fait pour m'isoler socialement. J'ai tenu le coup le plus longtemps que
j'ai pu, mais après deux ans et demi d'observation sur le terrain, craignant
d'être
agressé physiquement,
peut-être même tué lors d'un faux accident de la circulation, j'ai emménagé,
fin juin 1999, dans le petit village de Lac Bouchette, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
J'avais aussi besoin d'un havre de paix pour compléter et sortir au plus vite
ce livre. Difficile, écrire quand votre intellect est inhibé par la répression
policière.
Cependant, j'ai rapidement
découvert que la même situation y prévalait. Elle est même pire et plus
inquiétante qu'à Montréal, on le verra. Stupéfait, j'étais, mais en même temps
ravi. L'occasion était belle de comparer ce qui se fait en matière policière
dans une grande Cité urbaine comme Montréal et un tout petit village de 1 370
habitants. J'ignorais alors que mon enquête journalistique s'en trouverait
prolongée de quatre autres années. N'avait été du petit village policier, ce
livre souffrirait d'anémie caractérisée. En effet, j'ai notamment constaté que,
toutes proportions gardées, policiers et policières en civil, dans cas-ci de la
Sûreté du Québec, y sont pas mal plus nombreux qu'à Montréal. Leur emprise
psychologique sur la population y est aussi plus pesante et étouffante. Un
petit village est plus homogène qu'un grand centre urbain, alors il y est plus
facile d'enrôler des commerçants et des citoyens mouchards dans des réseaux
d'espionnage.
Au cours de cette enquête
j'ai connu quelques tiraillements, me demandant même si je devais continuer ou
non. Ma grande crainte était que le lecteur conserve une très mauvaise image de
la police. Me relisant, je me rendais bien compte que je ne faisais pas, et
loin de là, son apologie. Néanmoins, je me disais que je devais faire confiance
à l'intelligence du lecteur, qu'il saurait faire la part des choses : la police
n'a tout de même pas que des défauts.
Un autre point me tracassait
aussi. Avais-je le droit, moralement s'entend, d'exposer au grand soleil cette
partie clandestine des activités illégales de la police en civil, ce que, à ma
connaissance, aucun journaliste n'a jamais fait ? Sachant que ce livre mettrait
des citoyens au parfum, cela ne risquait-il pas de nuire éventuellement à la
lutte contre la criminalité ? Car dans ces pages je décris de multiples
tactiques policières, infos particulièrement sensibles. Notre ennemi commun, le
criminel en tout genre, ne risquait-il pas d'être mieux armé désormais pour se
protéger de la police ? Il y avait aussi les journalistes qui, mieux informés
de l'underground policier, s'y intéresseraient dorénavant. Leurs interventions
ne risquaient-elles pas d'entraver le travail des policiers et policières en
civil ?
Je me suis dit que la lutte
contre la criminalité ( et plus tard, contre le terrorisme ) est nécessaire et
utile, certes, mais pas au détriment des droits fondamentaux. Que vaut en effet
une société démocratique quand ceux du citoyen sont piétinés par la police en
civil et ses collabos, et que le remède est pire que le mal ? À partir du
moment où on ne s'occupe plus seulement des criminels ( et des terroristes )
mais de tous les citoyens, toutes mes réticences tombent. J'ai donc décidé de
tout dévoiler pour que le citoyen retrouve son sens critique et toute son
autonomie face au pouvoir, à la police et aux agences de sécurité privée.
Condition sine qua non qui lui permettra de se protéger de l'underground
policier et défendre ses droits démocratiquement, sans violence ni
vandalisme : ne jamais oublier que la violence donne raison à la police.
Avant d'être l'affaire d'organismes spécialisés en la matière, c'est d'abord et
avant tout une responsabilité citoyenne. On n'est jamais mieux servi que par
soi-même. Plus il se trouvera de citoyens pour s'en préoccuper, mieux se
portera notre société démocratique.
Et puis je doute fort que
ceux vivant du crime ignorent les tactiques policières. Certains d'eux en
connaissent fort probablement autant sinon plus que l'auteur de ces lignes. De
toute façon, le respect des droits prime sur tout ! Quand le pouvoir politique
les empiète, il penche du côté de l'État plutôt que du côté du citoyen. Il
cesse de se comporter en bon démocrate, devient autoritaire, militarise sa police,
renforce les lois qui, s'empilant les uns sur les autres, finissent par peser
lourd sur la vie sociétale. Les résultats sont là, inquiétants. Nous vivons
désormais dans un État de droit... étroit où le citoyen dispose de moins en
moins de marge de manoeuvre. Seuls notre démocratie aux quatre ans et nos
médias, souvent stéréotypés et complaisants vis-à-vis la police, nous protègent
des excès de zèle de ceux et celles que nous élisons au pinacle du pouvoir,
pourtant des citoyens comme nous et auxquels nous faisons confiance. Nuançons
tout de même : la très grande majorité d'entre eux sont nuls en matière
policière.
Dans les pages de ce livre,
le lecteur découvrira un monde dont il ignore l'existence. Car il est un fait
cent fois vérifié que, généralement, il n'est pas conscient de la présence du
policier ou de la policière en civil dans son environnement. Lorsqu'il est
infiltré ou que des gens de son entourage immédiat le sont, il ne s'en rend pas
compte parce qu'il ne conçoit pas qu'un policier municipal, régional ou
provincial - Sûreté du Québec - puisse travailler sans uniforme, sans revolver
à la hanche, sans walkie-talkie, sans auto-patrouille. Comme il n'a pas
toujours la physionomie et la carrure de ses collègues en uniforme et se
comporte comme n'importe quels concitoyens, vous comprendrez pourquoi sa cécité
est totale. Il faut dire que pouvoir et police ne l'aident pas non plus à y
voir claire. Tous deux font preuve d'ingéniosité pour faire en sorte que ces
activités restent dans les ténèbres. Cela dit, le métier de policier en civil
n'est pas facilité pour autant.
Car s'il veut demeurer
invisible, le civil - vocable désignant un policier ou une policière, qui sont aussi
nombreuses que les hommes - doit avoir une allure passe-partout. L'air
le plus ordinaire, impersonnel et gris possible. Surtout pas celui d'un James
Bond ou d'une Jane Bond. Se choisir un nom d'emprunt permettant de ne pas
associer le vrai nom à un vrai visage, le sien. Il doit mémoriser aussi la
configuration de la ville d'où il prétend venir, les noms de quelques notables
et commerçants y habitant, préférablement des collègues déjà infiltrés dans ce
milieu, ou des gens introuvables ou décédés et ne pouvant par conséquent nier
le connaître. Habituellement, il parle rarement de ceux qu'il serait
susceptible d'y connaître. C'est particulièrement le cas quand vous
l'interrogez sur ses parents et leur lieu de résidence. Il doit aussi apprendre par
coeur certains détails de la vie du personnage qu'il incarne, par exemple le
métier qu'il prétend avoir. Quand il n'en possède pas l'abc, il en parle peu.
Parfois, peut-être même plus souvent qu'on le pense, il en possède bel et bien
la formation et l'exerce. Il peut pratiquer les boulots les plus déroutants.
Faut être d'une fibre très
particulière pour exercer le métier de policier. Car le personnage qu'il
incarne doit lui aller comme un gant et savoir le jouer à fond, sept jours sur
sept. Bien sûr, savoir mentir sans que cela ne paraisse. Il ne peut se montrer
aux autres sans faux-semblant. Ce qui exige une mauvaise foi colossale,
inhérente à la fonction, et un réel talent de comédien, cela dit sans ironie.
De vrais caméléons, s'adaptant à tous les milieux. Faut vraiment le voir pour
le croire. Je n'ai repéré certains d'eux qu'après les avoir côtoyés
occasionnellement pendant plus de deux ans, sans même avoir l'ombre de la queue
d'un soupçon à leur endroit. Pourtant, j'avais l'oeil ouvert. La vérité
m'oblige à dire que certains sont de grands artistes alors d'autres ne sont que
de bons tâcherons, sans plus. Comme on dit, leur culture policière finit par
dépasser, tôt ou tard. Physiquement, ils ne sont plus en uniforme, mais
mentalement oui. Alors ceux-là on les entend et voit souvent venir de loin.
N'empêche qu'une certaine
connaissance des tactiques policières aide à repérer le premier policier en
civil, le plus difficile de tous à dépister. Vraiment. Parce qu'il y a un mur
psychologique à franchir. Ils et elles sont là mais on ne les voit pas parce
qu'on n'a jamais réfléchi à cette hypothèse de leur présence dans notre
environnement immédiat. Ce contexte étant, normal qu'on ne cherche pas à les
repérer. On les invite chez soi, ou ils s'invitent d'eux-mêmes, ou on les
croise dans la rue, on leur parle sans savoir qu'ils en sont. La découverte du
premier pique notre curiosité, nous incite à vérifier s'il n'y en a pas
d'autres dans les environs. C'est de cette façon que débute la prise de conscience
et que l'on fait ses premiers pas dans l'underground policier. Ensuite, cela
devient peu à peu de plus en plus facile. C'est en pratiquant la pêche que l'on
devient bon pêcheur. Nécessaire parfois de bien appâter ses leurres, savoir
choisir ses endroits où effectuer ses lancés. C'est à la fois passionnant,
potentiellement risqué et occasionnellement assez dure sur le système nerveux.
Avec les policiers en civil, on ne plaisante pas. Ils savent comment vous
effrayer.
Eux aussi utilisent toutes
sorte de cuillères sophistiquées, ondulantes ou tournantes, de différentes
couleurs, et bien sûr scintillant de tous leurs feux au soleil, qu'ils lancent
dans toutes les directions. À la fois pêcheurs et pécheurs. Comment se retrouver dans ce
monde de miroirs ? Rechercher des anomalies de comportement est un bon moyen.
J'en souligne plusieurs dans ce livre. Policiers et policières en civil sont
toujours dans les parages, à flairer, à s'immiscer dans la vie privée des
citoyens. Parfois, cela demande un peu de temps avant que vos yeux cillent.
Nécessaire de s'immerger dans un milieu, en commençant par son propre entourage,
rencontrer du monde, communiquer, écouter les conversations, scruter
discrètement visages et attitudes, s'aventurer partout, y compris hors des
sentiers battus.
Éclairons encore un peu plus
la scène. À Montréal, policiers et policières en civil vivent notamment dans
des maisons de chambres, dont plusieurs sont subventionnées par la ville, et
des HLM. Leur métier les empêche d'utiliser comme port d'attache, en tout cas
sur une base quotidienne, l'un ou l'autre des 49 postes de police de l'île de
Montréal. On pourrait les y suivre à leur insu, ou les y rencontrer par hasard,
et découvrir peut-être qui ils sont. Ces lieux privés leur permettent aussi de
prendre racine dans le secteur où ils ont été assignés, de connaître à fond les
us et coutumes des citoyens y résidant. On peut penser que les jours de congé
ils réintègrent leur bungalow situé quelque part en banlieue où les attendent
conjointe ou conjoint, enfants et voisins. Le souligner permet de mettre un peu
plus en relief leur double vie.
Les civils, déguisés
notamment en concierges, en employés de dépanneurs et chauffeurs de taxi, ont
plusieurs traits en commun. Au cours d'une conversation, par exemple, ils
argumentent rarement. Habituellement, ils écoutent surtout, sorte d'échange où
tu donnes le moins possible et recueilles le maximum. Donc, plutôt auditeurs
qu'interlocuteurs, bien qu'il y ait des exceptions, dépendant des
circonstances. Ils excellent aussi dans l'art de vous lancer et relancer.
Demandez à quelqu'un que vous croisez dans la rue, après les salutations
d'usage : « Et puis ? » ou « Et
alors ? » et aussitôt il vous dévoilera ce qu'il fait en ce moment ou
projette de faire. Le volubile sera intarissable. Quelques sous questions
discrètes, et il vous dira tout. Plusieurs citoyens aiment aussi briller au
cours d'une conversation, étaler leurs connaissances. Quand on les écoute avec
respect et humilité, sans jamais leur couper la parole, ils l'apprécient. Se
sentent valorisés lorsqu'on leur sollicite une opinion. En déduisent en savoir plus
que nous, pauvres ignorants, et sur un tas de sujets. C'est davantage le cas
quand ils vivent seuls ou au sein d'une famille où plus personne n'accorde le
moindre intérêt à leurs opinions cent fois rabâchées.
Ces citoyens peuvent prendre
le plancher pendant des heures, jusqu'à l'épuisement même. Mine de rien, les
civils les poussent à parler d'eux et de ceux qu'ils fréquentent ou connaissent
de vu pour les croiser à l'occasion, les amènent à se substituer à eux pour
savoir leurs réactions face à certaines situations hypothétiques. Ils sont
continuellement à la recherche d'appréciations défavorables et autres
renseignements sur leur vie privée. Important de dire qu'ici, on parle de
choses anodines de la vie, pas de criminalité. Les citoyens ignorent que tout
ce qu'ils leur disent ou confient, notamment des anecdotes démontrant leurs
forces et faiblesses, ou celles de leurs parents, amis et connaissances, peut
être utilisé contre ces personnes, ou eux-mêmes, notamment lors de
déstabilisations. Si la police en civil apprend que vous êtes colérique, par
exemple, elle saura comment vous pompez l'air si jamais cela s'avère
nécessaire, vous amener jusqu'à l'apoplexie, et pourquoi pas l'infarctus ?
Même les muets sont bavards.
La tâche est un plus laborieuse, c'est tout. Si l'un s'arrête, après vous avoir
dit par exemple que demain, il va à tel endroit, répétez ce qu'il vient de dire
: « Comme ça, demain tu vas à ( tel
endroit ) ? » Il vous répondra qu'il
va y faire réparer son auto, s'arrêtera de nouveau. Même pas nécessaire de lui
demander ce qu'elle a, plus discret et efficace de le relancer en ces termes : «
Ah, tu vas faire réparer ton auto ? »
Parce que la question n'est pas directe. Moins de risque que la conversation
ressemble à un interrogatoire. Les gens sont méfiants quand ils s'aperçoivent
que vous cherchez à leur tirer les vers du nez. Patiemment et sans jamais le
brusquer, vous apprendrez aussi qu'il sera accompagné d'un tel, chômeur de son
état, que sa conjointe est partie chez une amie pour une semaine, etc. La
police s'intéresse au train-train de la vie quotidienne des citoyens. C'est à
partir de tous ces renseignements qu'elle élabore ses interventions répressives.
Il
importe aussi
de faire la distinction entre le policier et la policière en uniforme, que le
pouvoir exhibe aux yeux du citoyen derrière la vitrine du rez-de-chaussée de la
société ; et le policier et la policière en civil qu'il cache dans le sous-sol.
Au rez-de-chaussée, la société est démocratique. Quand tu portes l'uniforme, tu
es visible. Pas le choix, il te faut respecter, en tout cas officiellement, les
droits fondamentaux. Autrement, un ou des citoyens pourraient être témoins de
ta bavure et en informer les médias, comme cela arrive ponctuellement. Le
pouvoir nous montre la vitrine, mais c'est une façade, la réalité est ailleurs,
elle est dans le sous-sol du rez-de-chaussée. C'est là qu'il dissimule les
civils préposés à la répression. Suffit d'y descendre pour découvrir qu'en
civil, tu peux tout faire ce que le policier en uniforme ne peut se permettre.
Tout ou presque !
Pour cerner d'un peu plus
près encore cette réalité, référons-nous à une enquête effectuée par
l'anthropologue québécois Tremblay, entre mai 1989 et avril 1992, à l'Institut
de police de Nicolet ( depuis septembre 2000,
l'École nationale de police du Québec ), à la Sûreté du Québec et à
la police de l'île de Montréal. ( Jean-Noël Tremblay - Le métier de policier - Les
Presses de l'Université Laval ) Il y a interviewé plusieurs policiers, les a
vus à l'oeuvre sur le terrain, a analysé leurs méthodes de travail. Son livre
permet d'appréhender un tout petit peu la masse invisible de l'iceberg
policier. Tremblay écrit que, d'un côté, on trouve la « police visible », costumée, en contact avec le citoyen, celle qui
assume le passage entre l'intérêt collectif et les malheurs individuels. Et, de
l'autre côté, « la police disciplinaire, invisible ( en civil ), fondue dans la foule » : un appareil de coordination permettant
de cerner les coupables, de réprimer le crime sous toutes ses formes, « de séparer le bon grain de l'ivraie ».
Les rapports entre les
policiers en uniforme et les policiers en civil, continue l'auteur, sont ceux
du monde visible et du monde invisible, « de
l'admissible et de l'inadmissible ». C'est le rapport entre l'information
et le secret : le lien entre l'intervention ponctuelle et la surveillance
systématique, entre le généraliste qui répond à tous les appels et le
spécialiste ( enquêtes spécialisées, écoute électronique, filature, balistique,
expertise médico-légale ) auquel on fait appel dans les situations
particulièrement difficiles. « Parallèlement
à l'armée, la police devient la force disciplinaire des gouvernants ».
Tremblay raconte aussi que beaucoup d'histoires circulent dans le monde policier
sur la méthode forte utilisée par certains d'eux pour venir à bout d'un
individu récalcitrant, interrompre une bagarre ou « régler le cas » de quelqu'un. Il estime que « les policiers oeuvrant en milieux
criminalisés sont souvent très proches, psychologiquement et culturellement, de
ceux qu'ils pourchassent ». Jusqu'où les civils peuvent-ils aller dans
l'inadmissible ? Tremblay ne cite aucun cas d'espèce.
Jetons aussi un bref coup d'oeil
sur la cueillette de renseignements, qui est le point de départ de la
répression clandestine illégale. Chaque policier et policière en civil rédige,
à la fin de son quart de travail, un compte rendu de ce qu'il a vu et entendu.
Le tout est colligé dans des dossiers - ici, on ne parle pas de
dossiers criminels - identifiés du nom des citoyens côtoyés et de ceux dont ces derniers
l'ont entretenu. Comme de nos jours on écrit sur des écrans d'ordinateurs,
c'est dans les mégabanques informatisées de la police que ces renseignements
sont stockés.
Officiellement, la police accumule
ces renseignements à des fins de prévention. Officieusement, et on le verra en
long et en large, la prévention est de fait un maître mot panzer, formulation
que j'emprunte un peu hors contexte au sociologue français Morin. ( Edgar Morin
- Pour sortir du vingtième siècle - Éditions Fernand Nathan )
Il faut oublier l'époque où le travail du policier se limitait à remonter le
crime jusqu'à son auteur. De nos jours, dit-on, celui-ci n'attend plus qu'un
méfait soit commis pour agir, il en prévoit la commission. La prévention, mot
fourre-tout, est l'alibi qui lui permet de cacher bien d'autres activités,
inavouables celles-là. Car elle n'a pas seulement pour but de rappeler au citoyen de
verrouiller portes et fenêtres, buriner ses objets de valeur, d'éclairer sa
cours arrière, etc. Ce serait réduire ses activités à bien peu de choses.
Pouvoir politique et police
utilisent notamment la lutte contre le crime organisé ( depuis septembre 2001, le
terrorisme ) et la drogue ainsi qu'un sentiment d'insécurité bidon comme
prétextes pour envahir la vie de tous les citoyens et accomplir leur mission
première, qui a la priorité sur toutes les autres : accumuler le plus de
renseignements possibles sur chacun des citoyens afin de procéder aux contrôles
et nettoyages sociaux : comportements politiquement et puritainement
incorrects, etc. Cette hygiènisation constitue un champ d'activité immense où
les civils et leurs collabos portent atteinte quotidiennement aux droits
fondamentaux d'honnêtes citoyens : les atteintes à la dignité de la
personne y sont innombrables. Redisons le : ici, on ne parle pas des
personnes liées au crime organisé, dont les motards, ou des criminels agissant
seuls, ni des petits délinquants en tous genres, qui représentent moins d'1% du
bassin démographique québécois de 7,4 millions.
René Laperrière, du Département des sciences
juridiques de l'Université du Québec à Montréal, et Pierre Patenaude, de la
Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke, s'inquiétaient, en 1994, dans
un ouvrage du fait que les nouvelles technologies de l'information décuplent la
présence de Big Brother dans notre vie de tous les jours. ( NDLR : Sans
oublier... Big Sister, tout aussi omniprésente. ) ( Traité des problèmes
sociaux - Institut québécois de recherche sur la culture - Ouvrage collectif sous la
direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin, 1 164 pages, 1994 )
Traitant des mégabanques informatisées, ils écrivaient qu'elles permettent «
d'accumuler une quantité considérable de renseignements sur les citoyens, de
les diffuser et utiliser de façon à réduire sensiblement leur vie privée, en y
enregistrant les moindres détails ( sic ) de leur existence et en les comparant
pour établir un double informationnel des individu ( ... ) ». Les auteurs
parlaient d' « un immense réseau de
surveillance et de contrôle social ». Quand on sait l'explosion
exponentielle qu'ont connu ces technologie depuis 1994, il y a de quoi avoir
froid dans le dos.
En France, selon Hamon et
Marchand, toutes sortes de renseignements sont stockés dans le fichier central
informatisé des polices françaises. ( Alain Hamon et Jean-Charles Marchand - P...
comme police - Éditions Alain Moreau ) Ceux relatifs aux activités des criminels,
bien sûr, mais également sur des hommes publiques et des citoyens, sur les
origines raciales, opinions politiques, philosophiques, religieuses,
syndicales, les moyens d'existence, les fréquentations, la propension à la
boisson, etc. Ils sont collectés grâce aux voisins, aux employeurs ou à
l'occasion de démarches administratives ou de contrôles d'identité. Ce fichier
central est constamment alimenté de renseignements frais. Pour l'ensemble du
territoire français, à titre d'exemple, Hamon et Marchand parlent de 200 à 250
millions de fiches.
Le
développement exponentiel des nouvelles technologies de l'information, pourtant un bienfait en
de multiples domaines, et le concept de la pseudo police communautaire ont
permis à la police, en moins d'une décennie, une pénétration toute aussi
exponentielle de la vie privée du citoyen. Son emprise psychologique sur le
citoyen s'en est forcément trouvée considérablement alourdie. S'ajoutent à ces
mégabanques policières celles de l'État, qui emmagasinent cependant des
renseignements différents des premières, et ayant trait aux rapports du citoyen
avec les paliers gouvernementaux, fédéraux et provinciaux.
Dans son rapport annuel
déposé au Parlement canadien en mai 2000, le commissaire à la protection de la
vie privée, Bruce Phillips, nous apprenait que, à cause des mégabanques informatisées,
« nous sommes dans une nouvelle ère, où
il est possible de prendre un peu d'information sur chacun de nous dans
différentes sources, de tout mettre cela ensemble et de tracer un portrait très
détaillé. » ( Vincent Marissal, Paul Roy et Gilles Toupin, - La Presse
des 17, 18, 19, 20 et 24 mai 2000 ) Cependant, le lecteur découvrira dans ces
pages que Big Brother et Big Sister, c'est d'abord et surtout la police en
civil, pas l'État. Aidée par ses collabos et les agents et agentes de sécurité
en civil, elle cueille sur le terrain une masse considérable de renseignements
que l'on ne retrouve pas dans les mégabanques informatisés de l'État, notamment
tout ce qui touche la vie privée du citoyen dans ses activités les plus
intimes.
Ces renseignements sont le
point de départ de l'hygiènisation de tous les citoyens, qui s'effectue via la
filature, l'infiltration et, si besoin est, par des déstabilisations
psychologiques à répétition. Peu connu du néophyte, l'expression "
déstabilisation psychologique " nécessite explication, pour le moment sommaire,
bien sûr, mais que nous approfondirons au fur et à mesure de la progression de
notre quête de la vérité. Nous vivons dans un univers perfectible où plein
d'événements peuvent nous déstabiliser dans notre vie de tous les jours. Ainsi
le fait de devenir chômeur ou bénéficiaire de l'aide sociale, de tomber au bas
de l'échelle socio-économique. Il y a une souffrance psychologique associée à
l'absence d'emploi, au fait de ne pas pouvoir vivre et consommer comme tout le
monde. Les histoires de coeur tournant au vinaigre déstabilisent
psychologiquement aussi, de même que l'accident du travail, ou de la route, ou
le fait d'apprendre de son médecin qu'on est atteint d'un cancer généralisé, ou
la mort d'un être cher, etc.
L'intensité de la souffrance
psychologique varie selon l'importance que nous accordons aux aléas de la vie.
L'événement nous affectant peu, déstabilise peu. Nous continuons de vaquer à
nos occupations sans que rien n'y paraisse, de sourire, d'échanger avec les
autres. Par contre, l'événement nous bouleversant profondément, chamboule
littéralement notre quotidien. Amour de la vie, sérénité, confiance en soi,
convivialité, tout s'écroule. On n'est pas bien, se sent vulnérable, se
renferme, quand on sort, on rase les murs. On se révèle alors tel qu'on est
véritablement, n'étant plus protégé par la bulle douillette de la vie stable.
La personne n'arrivant pas à retomber sur ses pieds risque le burnout, à la
limite le suicide. Nécessaire de bien saisir les conséquences d'une déstabilisation
du genre pour comprendre ses effets dévastateurs lorsque elle est d'origine
policière. C'est une arme blanche redoutable, car, utilisée à répétition, elle
déstructure mentalement le citoyen : la répétition est la norme, la police
ne lâche jamais sa proie.
La particularité du policier
et de la policière en civil consiste notamment à rencontrer le citoyen dans ses
moments difficiles, quand il se révèle sans masque, fragile. Cependant, ils
utilisent aussi la tactique, et sur une très grande échelle, à des fins de
contrôles et de nettoyages sociaux. Là nous ne parlons plus de la même chose,
entrons dans le vaste monde de la répression clandestine illégale du citoyen
ordinaire. Car ils créent artificiellement des événements déstabilisateurs pour
bouleverser sa vie. Ils sont la plupart du temps accompagnés d'une
désapprobation... communautaire à son encontre, qu'ils montent de toutes pièces
et propagent par le bouche-à-oreille et l'aide sur le terrain de commerçants et
autres collabos. Ils disposent alors de toute la latitude voulue pour le
manipuler à volonté, gendarmer sa vie, l'éloigner d'endroits qu'ils ne veulent
plus le voir fréquenter, ou carrément l'éjecter de la société, geler en quelque
sorte son présent et son futur. Et sans le faire passer devant un juge, puisque
ce sont eux qui décident qui sera in ou out de la société démocratique. Du
pas-vu-pas-pris non plus puisque la cible ignore que les agressions
psychologiques dont elle fait l'objet sont l'oeuvre de la police en civil et
ses collabos. La meilleure répression est celle qui ne se voit pas, parce
qu'elle est illégale. D'ailleurs, ce citoyen sait-il seulement ce qu'est une
déstabilisation ? Combien de suicidés jusqu'à ce jour ?
Quelle formulation utiliser
pour désigner ce système ? Il est très clair que dans un État policier, il
m'eut été impossible d'imposer ma présence sur le terrain pour enquêter et
rédiger ce livre : sans doute serais-je six pieds sous terre. Disons que
l'écart s'est rétréci entre la démocratie et l'État policier. Nous sommes,
indubitablement, en présence d'un appareil répressif de type politico-policier.
D'un Étau policier, quoi. Cela étant, notre Société civile à grandement besoin,
et de toute urgence, d'une démocratie de libération, expression que j'emprunte
au sociologue français Touraine. ( Alain Touraine - Qu'est-ce que la démocratie
? - Éditions Fayard ) Ma démarche est saine. Je ne cherche pas à
discréditer la police. Tout bonnement à l'améliorer pour le mieux être de notre
société civile, qui doit avoir préséance sur la police. Mettons les pendules à
l'heure : policiers et policières sont des fonctionnaires grassement payés
par les contribuables pour protéger les droits du citoyen et non pour les
enfreindre régulièrement.
En soulignant à grands traits
ces activités clandestines illégales de la police en civil, et sans entrer tout
de suite dans le détail puisqu'il s'agit d'un exposé sommaire du contenu de ce
livre, des lecteurs se demanderont peut-être si son auteur n'exagère pas. Je
propose à ceux-ci de le lire avant de porter un jugement. Il importe qu'ils
sachent aussi, dès le départ, de l'impossibilité de prouver quoi que ce soit
dans ce genre d'enquête. À moins d'en avoir les moyens logistiques,
inaccessibles au pauvre que j'étais alors : embauche de témoins
assermentés, achat d'équipements électroniques ( caméras vidéo et micros
miniatures ) et location d'au moins un véhicule.
Et encore, on ne va pas me
reprocher de manquer de profondeur alors que l'underground policier est difficile
à pénétrer. Et que je suis probablement le premier journaliste à effectuer une
enquête dans ce monde invisible. Ce n'est pas à moi que l'on doit adresser des
reproches, mais à certains membres de la confrérie journalistique, de partout
dans le monde, frayant depuis des lunes dans les arcades policières, plus près
de la police que du citoyen, de l'Étau policier que de l'État démocratique. Ceux
qui savent se taisent, n'en informent jamais leur auditoire. Important de
savoir que la police a également infiltré les salles de nouvelles des médias.
Soyons plus précis : des flics y
travaillent comme journalistes. J'y reviendrai. Enfin, ces lecteurs, après
avoir découvert tout ce que contiennent ces pages, posséderont les
connaissances requises pour effectuer leur propre enquête sur le terrain, et en
vérifier la valeur journalistique.
Quand vous la ferez, amis lecteurs
et lectrices, et j'espère que vous passerez à l'acte, ce livre a d'ailleurs
pour but de vous y inciter et aider, attendez-vous à tomber des nues... Et ce,
peu importe le pays où vous habitez. Aux États-Unis, au Canada et en Europe les
tactiques policières décrites dans ces pages sont la norme, à quelques rares
variantes près. Je suggère fortement comme point de départ votre... propre
entourage. Même si vous êtes loin de vous en douter, sachez qu'ils et elles
sont là, directement ou par commerçants et autres collabos interposés : au
risque de me répéter et sans vouloir généraliser la pratique, coiffeurs et
coiffeuses, dépanneurs, petits épiciers et chauffeurs de taxi sont les pires,
parce que plus près du citoyen. Évitez les jugements arbitraires, attendez
d'avoir empilé suffisamment de recoupements, c'est-à-dire des renseignements
venant s'ajouter à ceux que vous possédez déjà et vous confirmant que oui, ou
que peut-être bien, ou que non c'en n'est pas un ou une... Et si vous n'êtes pas
sûr, accordez le bénéfice du doute, sans toutefois mettre en veilleuse votre
sens critique parce que d'autres éléments d'information peuvent surgir.
Outil d'enquête essentiel :
une petite camera jetable, un témoin potentiel qui vous suit pas à pas partout.
On en trouve dans les pharmacies pour une dizaine de dollars, film compris. La
qualité des photos est bonne sans être excellente. Autre avantage : si
dans le feu de l'action vous l'échappez sur du béton ou dans l'eau, ou qu'un
policier en civil plus zélé qu'un autre vous l'enlève ( ce qui, au cours de mon
enquête, ne m'est pas arrivé, mais on m'en en volée une à mon domicile ), votre
perte ne sera pas énorme, mise à part la valeur des photos prises sur le vif.
Elle joue aussi un autre rôle : photographier des civils et des collabos
suscite une certaine inquiétude chez ceux et celles qui nous épient. La caméra
est l'équivalent d'une arme de dissuasion, la photo, d'un avertissement
subliminal : respectez mes droits sinon votre visage fera la une des
journaux et téléjournaux.
Fermons la boucle en
soulignant que la plupart des faits, je les ai rédigés aussitôt revenu à mon
domicile, de sorte de les rapporter avec exactitude : date, lieu,
contexte, noms. Façon idéale pour faire des recoupements. Alors, ce récit n'est
pas romancé. Les faits relatés sont authentiques, les théâtres de l'action
réels. Sauf en certains endroits où j'ai dû maquiller acteurs et décors pour
éviter que des lecteurs des endroits où j'ai enquêté ne les identifient. C'est
un récit, qui demeure la meilleure façon d'appréhender la réalité. Suivi, en
deuxième partie, d'une analyse permettant d'insérer ces événements dans un
grand tout : notre société. La démocratie, telle qu'elle existe en cette année
2007 où je publie ce livre, est un théâtre destiné à nous abuser, et digne du
film américain Show Trumen, de Peter Weir. Le personnage principal est
le jouet d'une machination inouïe, à l'image de celle qu'a manigancée pouvoir
et police à l'encontre de la population, avec son underground policier, ses
faux citoyens, faussement conviviaux, faussement tristounets quand vous n'allez
pas bien, etc.
Sans chercher à dramatiser
la situation décrite, il est un fait bien réel que après avoir lu ce livre,
vous éprouverez un sentiment d'irréalité assez déplaisant, ne regarderez plus
du même oeil votre grande Cité, ville ou village. On se croit en pleine
fiction, se frotte les yeux, gratte la tête à deux mains, n'arrive pas à le croire.
Comme le système marche tout croche, on grince aussi des dents, cuit à
l'intérieur. Un malaise léger ou plus consistant dans le creux de l'estomac,
qui se dissipera pour se manifester de nouveau au hasard de certains bulletins
de nouvelles ou d'articles de journaux traitant de bavures policières ou de
l'adoption de lois sévères. Quand vous croiserez des autos-patrouille ou des
policiers en uniforme, des déclics aussi se feront instantanément. Vous
ressentirez également un certain mépris à l'endroit des citoyens-collabos, les
béni-oui-oui de la police.
Il y a tout de même un pré
requis, imparable : être un démocrate convaincu. Si vous êtes un fanatique de
la police, de l'ordre et du conformisme, il y a peu de risque que ce livre,
soit dit sans blague, vous fasse manquer d'air. Personnellement, j'avoue qu'il
y a des jours où je souhaiterais n'avoir jamais été témoin de ce que j'ai vu
sur le terrain. Auparavant, respirer profondément dans ma Cité ou mon village
me rendait plus libre. Aujourd'hui, le démocrate sent une souffrance, comme une
brûlure. C'est ce qu'on appelle la chape de plomb ! Pour tout dire, mes belles
illusions se sont volatilisées !
Néanmoins, cette enquête
valait le coup puisque elle contribuera, je le souhaite, à faire des droits fondamentaux
un No Policeman's Land. Cependant, elle ne suffira pas, il faudra vous y mettre
aussi, amis lecteurs et lectrices. La protection de nos droits fondamentaux est
une tâche collective. Mais pour ça, il faut être prêt à se forcer un peu. Il y
a des mythes à combattre, des valeurs à rénover. Le défi vaut vraiment le coup.