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La Sûreté
du Québec investie Roberval
La
Ville de Roberval, au Saguenay-Lac-St-Jean, relevant désormais
de la Sûreté du Québec, allons voir sur le
terrain la façon dont cette dernière y a implanté
sa soi-disant police de proximité, dite d’approche
communautaire. Rien de mieux qu’un bon cas terre-à-terre
pour avoir une idée de ce qui s’est probablement passé
ailleurs au Québec.
Au début de 2002, le journaliste
Alexandre Gauthier de l’Étoile du Lac, l’hebdo régional,
signait une série d’articles particulièrement
révélateurs de l’infrastructure policière et
citoyenne mise en place. ( Alexandre Gauthier – l’Étoile du Lac des 16 et 23 février et des 2 et 9
mars 2002 ) Nous allons traiter plus spécifiquement du
quadrillage des îlots de quartier. Elle en a subdivisé
le territoire en six secteurs ( îlots ), chacun doté
d’un « parrain », c’est-à-dire
d’un policier de la Sûreté du Québec, qui est
secondé notamment d’un conseiller municipal. Nous en
retiendrons quatre, histoire de montrer jusqu’où peut aller
ce corps policier dans son discours de la peur, au sein de cette
petite ville de 10 903 citoyens, où le calme plat règne
à longueur d’année.
Il
y a le secteur trois qui, bien que fortement résidentiel,
comprend quelques institutions telles que le Centre résidentiel
communautaire et l’Hôtel-Dieu ( l’hôpital ). Le
journaliste Gauthier écrit « que le taux de
criminalité y a grimpé légèrement au fil
des années, surtout depuis que l’établissement
hospitalier a été transformé en vaste
chantier. » Le secteur quatre est aussi un endroit où
« l’achalandage est fort important, ce qui a un
impact sur la couverture policière » :
Cité étudiante, Institut La Chesnaie, Centre sportif
Benoît-Lévesque, bar Panasso ainsi que quelques
commerces. Le secteur cinq « grouille jour et nuit ( sic ) car on y trouve le Palais de Justice ( NDLR :
Fermé le soir et la nuit ), le siège social de la
Commission scolaire du Pays-des-Bleuets ( NDLR : Plus
souvent qu’autrement fermée le soir ), une école
primaire ( NDLR : idem ), une bibliothèque (
NDLR : Ouverte le soir, pas la nuit ), des institutions
financières ( NDLR : fermées le soir, sauf le
vendredi, et la nuit ) et des bars ( NDLR : Un bar
et un resto ouverts jusqu’à 3 heures du matin ) ».
Enfin, il y a le secteur six, « ( … ) reconnu pour
être très achalandé en raison, notamment, de la
présence du Carrefour Jeannois et de la résidence pour
personnes âgées l’Émeraude ».
À
lire ces articles, on reste avec l’impression que l’activité
y est intense, mais ce n’est absolument pas le cas. Les rues sont
désertées par les piétons et les cyclistes, au
point où s’y déplacer à pied est quelque peu
suspect. Au cours de votre itinéraire, dépendant de la
distance parcourue, vous ferez ponctuellement l’objet de contrôles
visuels de civils, hommes et femmes, au volant de différents
véhicules banalisés. Parcourir un long trajet à
pied, ainsi marcher le boulevard St-Joseph de bout en bout, une
affaire de pas loin d’un kilomètre, vous assure de croiser,
par hasard, quelques faux piétons. Si vous êtes un ado,
la surveillance policière sera encore plus serrée.
Comme à Lac Bouchette, là aussi on procède à
l’éjection de citoyens de l’espace public n’ayant aucune
raison de s’y trouver. Ça semble être maintenant la
norme partout au Québec.
Les
citoyens se déplacent surtout en véhicules. Si vous
appelez un taxi, possible que vous tombiez sur un chauffeur qui
essaiera de vous tirer les vers du nez. Là vous saurez que le
gars au volant est un civil. La grande majorité des véhicules
privés et commerciaux circulent sur le boulevard Marcotte, un
segment de la route régionale 169, sorte de voie rapide
permettant d’éviter les dédales des petites rues et
arrêts aux intersections, et de passer d’un point à un
autre sans perdre de temps. En tout et partout, quatre établissements
connaissent un certain achalandage. Le Carrefour Jeannois, un centre
commercial, le seul de la place, qui est tenu sous haute surveillance
par les employés en civil d’une agence de sécurité
privée, des civils de la Sûreté du Québec
et des collabos, dont des commerçants. L’Hôtel-Dieu,
pendant les heures de visites, la Cité étudiante,
surtout aux heures de classe, et finalement le Centre sportif
Benoît-Lévesque, surtout le soir et la fin de semaine.
Dans
ses articles, le journaliste Gauthier énumérait
quelques uns des programmes de prévention de la Sûreté
du Québec. Des intervenants de rue aux directions d’écoles,
en passant par les parents, ils s’adressent à une vaste
clientèle, indique-t-il. ( NDLR : Ne vous bousculez pas,
il y en a pour tout le monde. ) Pour les élèves de
l’école primaire, le programme Je réfléchis
avant d’agir. On y aborde la sécurité routière,
« la méfiance envers les inconnus »
ainsi que la sécurité lors d’événements
comme l’Halloween. Pour les ados du secondaire, Cool pour vrai.
« Bien entendu, les thèmes ne sont pas les mêmes
chez les ados qui sont confrontés à des crimes…
disons un peu plus sérieux », explicite le
journaliste. Alors, on y traite de la violence sous toutes ses formes
ainsi que les différents genres de méfaits :
taxage, alcool, drogue et même la navigation en toute sécurité
sur l’Internet.
Les
aînés, constituant aujourd’hui plus de 10% de la
population, ne sont pas oubliés par la Sûreté du
Québec, signale-t-il. Le but du programme Vieillir en liberté
et en toute sécurité vise à prévenir les
crimes, les situations à risques et accroître le
sentiment de sécurité des aînés qui
n’échappent pas au phénomène de violence et
d’abus : mauvais traitements, crimes, blessures diverses dont
des chutes, consommation de médicaments, etc. ( NDLR :
Nous avons ici un exemple de l’intrusion de la Sûreté
du Québec dans certaines activités préventives
ne la concernant pas, et qui devraient relever d’un médecin
traitant et d’employés de CLSC. En outre, plusieurs enquêtes
démontrent que les personnes âgées sont les moins
susceptibles d’être victimes d’actes criminels, et que le
sentiment d’insécurité est attribuable à bien
d’autres facteurs que la criminalité, dont la police qui
fait peur aux citoyens avec sa prévention, le maître mot
panzer. )
De
tous les programmes de ce corps policier décrit par le
journaliste, Bon voisin Bon œil est sans aucun doute le plus
envahissant pour le citoyen. Non seulement des voisins sauront qui
entrent chez lui et en sort mais certains d’eux lui rendront visite
pour savoir ce qu’il mijote dans ses chaudrons, et communiqueront
ensuite ces renseignements à la Sûreté du Québec.
Dans son article, l’amorce du journalistique Gauthier prend la
forme de questions. « Les vols par effraction touchent
votre quartier ? Vous en avez assez ? Vous souhaitez faire quelque
chose pour y mettre fin ? ( Ce ) programme communautaire
est fait pour vous. En ( collaborant ) avec votre service
de police, vous deviendrez ainsi directement responsable de
l’amélioration de votre qualité de vie et ( de
votre ) sentiment de sécurité ainsi que celui de vos
voisins. ( … ) le programme démontrera l’importance
de l’entraide et de la surveillance mutuelle des résidences
avoisinantes. En plus de briser l’isolement de certains résidants ( sic ), ( ce programme ) sensibilise les citoyens face à
l’importance de signaler, avec précision, tout individu ou
situation suspecte aux forces de l’ordre. » Tout le
monde à la fenêtre, quoi. Nul n’est en sécurité,
même à son domicile.
On
l’a dit, chaque secteur est doté d’un « parrain »,
secondé d’un conseiller municipal. Zoomons sur le secteur
six. L’aspect intéressant ici, c’est que le « parrain »
affecté à cet îlot est aidé dans sa tâche
par le conseiller municipal Gilles Veilleux. Qui est-il ? Le
journaliste Gauthier le dit dans un de ses articles : « L’homme
politique connaît bien les rouages de la police car il a fait
carrière dans ce domaine. » Au cours de la
campagne électorale de novembre 2000, il l’avait présenté
aux lecteurs de l’hebdo, ainsi qu’il avait procédé
du reste avec tous les autres candidats. ( Alexandre Gauthier – l’Étoile du Lac du 5 novembre 2000 ) « Gilles
Veilleux n’aura pas la chance de profiter de sa retraite s’il est
élu au siège numéro 2 dimanche, écrivait-il.
Ce policier de 51 ans quittera la Sûreté du Québec,
après 31 années de service. C’est à la suite
de l’annonce de sa retraite que des gens lui ont suggéré
de se lancer en politique municipale. C’est finalement l’offre de
Denis Lebel, candidat à la mairie, qui lui a donné le
goût de faire le grand saut. ( NDLR : …Il est connu
que plusieurs retraités policiers travaillent comme
surnuméraires pour la police… )
Traitant
de son programme électoral, le journaliste rapportait que
« Gilles Veilleux demeure prudent dans le dossier des
fusions ( municipales ). ( … ) Cependant, au
sujet des corps policiers, il croit qu’un regroupement est
inévitable ». Le candidat Veilleux, qui ne
pouvait s’aventurer d’afficher la solution qu’il préférait,
précisait néanmoins que Fédération des
policiers municipaux du Québec et Sûreté du
Québec avaient soumis des projets de regroupements pour la
région : « Les deux alternatives sont très
près l’une de l’autre. ( … ) Le ministère
tranchera ». Veilleux souhaite travailler à
la sécurité de la population, continuait le
journaliste, autant celle des personnes âgées que des
jeunes. Il est interpellé par les problèmes que vivent
les jeunes, veut y faire diminuer le commerce de la drogue : « À
Roberval comme ailleurs, soutient le candidat, nous subissons
la présence des motards criminalisés. Il faut être
vigilant ».
Le
soir des élections de novembre 2000, les candidats de l’équipe
de Denis Lebel raflent tous les postes de conseillers et Lebel, homme
à la barbe noire, déluré et franchement
sympathique, devient maire de Roberval : il avait occupé
les années précédentes le poste de directeur
général de l’Ermitage St-Antoine, à Lac
Bouchette. À la première réunion du conseil
municipal, le nouveau maire distribue les dossiers dont chacun aura
la responsabilité. Veilleux devient responsable de ceux de
l’urbanisme et de la mise en valeur du territoire. ( Alexandre
Gauthier – l’Étoile du Lac du 19
novembre 2000 ) Et, au début de 2002, quand Roberval sabordera
son corps policier municipal pour céder la place à la
Sûreté du Québec, Veilleux deviendra le
conseiller municipal ressource du « parrain »
du secteur six.
Au
Saguenay-Lac-St-Jean, la Sûreté du Québec
subventionne certaines activités, plus particulièrement
celles destinées aux jeunes. En août 2002, elle a ainsi
remis « un beau » chèque de
1 500$ à la Maison des jeunes de Chambord. ( l’Étoile
du Lac du 10 août 2002 ) Photo à l’appui où
figurent, de gauche à droite, le commandant du district
Saguenay-Lac-St-Jean de la Sûreté du Québec,
Boudreault, le conseiller municipal Gérard Savard, la
responsable de la Maison des jeunes L’Entre-Parenthèse, Lili
Gagnon, la chargée de projets, Josée Fortin, et… le
dg de la Sûreté du Québec, Florent Gagné.
Aux yeux de la police provinciale, les Maisons des jeunes jouent un
rôle important. Regardons ça.
En
mai 1997, le dg de la Sûreté du Québec,
poste occupé alors par le citoyen Guy Coulombe, signait un
document préliminaire intitulé Orientations et plan
d’action de la Sûreté du Québec. ( Commission
Poitras, CD no. 2, Divulg 210PDF, La police
de proximité dans les MRC sur la voie du succès,
document no. 1, page 138 ) On y traitait du concept de la police de
proximité, notamment. On peut y lire que grâce à
leur intégration dans la communauté, les policiers sont
en mesure de travailler plus efficacement en partenariat avec les
élus, les citoyens, les services municipaux, les organismes
communautaires et les organisations scolaires dans la résolution
des problèmes de sécurité publique locale.
Ainsi, de ces échanges découlent des bénéfices
communs.
Par exemple, « des activités telles que
la présence policière quotidienne ( sic ) dans
une école secondaire, une invitation aux policiers de
rencontrer des jeunes de la Maison des Jeunes ( resic ), une
conférence sur la prévention en sécurité
nautique ou plus de présence et de prévention dans les
rues de la municipalité permettent donc un rapprochement qui
facilite d’une part, le travail des policiers qui peuvent, par la
suite, orienter leurs actions en fonction des vrais problèmes
et d’autre part, qui favorise l’échange avec la communauté
qui a alors le sentiment d’être intégrée dans
le processus de résolution de problèmes. »
Au
Québec, en 2000-2001, on dénombrait 304 de ces maisons
des jeunes : plusieurs possèdent un site Web, suffit
d’utiliser les mots clés Maison des jeunes pour y avoir
accès. ( Jean-François Bonneau – l’Étoile du Lac 1e mars 2003 ) Au Lac
St-Jean, on en trouve à peu près partout : 14 sont
inscrites dans l’annuaire téléphonique de Bell. Un
peu moins, semble-t-il, dans l’autre partie de la région, le
Saguenay. Probablement parce que les infrastructures récréatives
et sportives y sont plus nombreuses qu’en milieu rural. Portant
toutes le même nom : maison des jeunes… généralement
suivi du nom de la municipalité.
Un document intitulé Les
maisons des Jeunes au Québec, états de développement
et perspectives de soutien et de financement, donne une idée
de la “ mission ” de ceux les dirigeant ( Jean-François
Bonneau – l’Étoile du Lac du 1e
mars 2003 ) : « Investir auprès des jeunes
permet de faire réaliser à la société des
économies au regard des frais engendrés par les recours
aux services curatifs, le décrochage scolaire et/ou social,
l’inaptitude au travail, le non-respect des différences chez
les pairs, le sexisme qui mène à la violence conjugale
et les mauvaises habitudes de consommation », y
lit-on.
Ces organismes sans but
lucratif sont subventionnés en partie par le gouvernement du
Québec, dans le cadre de son Programme de soutien aux
organismes communautaires. Ainsi, en 2000-2001, elles avaient reçu,
en moyenne, une somme de 53 486$. Cependant, au
Saguenay-Lac-St-Jean, la subvention avait été moins
élevée. Les dirigeants de celle de Roberval – connu
aussi sous le nom de la Maison SOBBS, acronyme de skate, ordinateur,
basket, billard et social –, qui n’avaient eu droit qu’à
40 000$, s’en plaignaient, estimaient qu’elle nécessitait
un soutien minimal de 85 000$. Suivant les propos d’Annie
Lapointe, sa coordonnatrice, « ces maisons contribuent à
prévenir les maux de société ».
Le temps passé à trouver des solutions aux problèmes
générés par le sous financement est une embûche
à « l’expérimentation d’activités
de stimulation, de séances d’information jeunesse ou de
développement de projets à long terme ».
Elle en concluait donc que « le financement précaire
a des impacts plus graves que les gens auraient tendance à
croire à première vue ».
En outre, le ministre
péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard,
semblait également disposer d’un budget à cette fin,
apparemment fruits du partage de l’argent et des biens saisis dans
les milieux criminalisés. Ainsi, au mois d’octobre 2001, la
Maison des jeunes de Roberval recevait de sa part 10 000$. (
Alexandre Gauthier – l’Étoile du
Lac du 7 octobre 2001 ) La subvention devait servir au lancement d’un
projet appelé Le taxage, un crime grave. Afin d’en informer
les jeunes, assurément, mais aussi d’effectuer un sondage
auprès d’eux pour en évaluer l’ampleur. Notons
qu’ici, à l’image du maître mot panzer, la
prévention, on ne semble pas sûr que le problème
existe ou pas. Sondage réalisé, en outre, par ceux-là
mêmes propageant le discours de la peur.
Dans le bas de vignette
d’une photo de l’Étoile du Lac, on indique qu’à
l’été 2001, des représentants de cette Maison
des jeunes avaient sensibilisé la population aux dangers de la
cigarette. Ils avaient conçu à cet effet un kiosque
appelé La Cig-Arrête, en collaboration avec la Gang
Allumée. Le kiosque avait été ensuite installé
pendant la saison estivale au Carrefour Jeannois, le centre
commercial de Roberval. Une campagne antitabac menée par des
jeunes, mais… sous l’impulsion, peut-on penser, des animateurs…
On le voit, le danger, notamment, ne vient pas seulement des motards,
de la drogue, des pédophiles, du taxage, car la cigarette
aussi nous menace.
En
2002, le journaliste Alexandre Gauthier de l’Étoile du Lac
signait deux articles pour le moins explicites et portant sur les
jeunes de la rue. ( Alexandre Gauthier – l’Étoile du Lac du 17 août 2002 ) Ainsi, celui du mois
d’août : « Vous avez remarqué que
les jeunes flânent de moins en moins à Roberval ? Soyez
rassurés, vous n’avez pas la berlue ! La plupart des ados
qui traînaient autrefois dans les rues à la recherche
d’une activité utilisent maintenant les nouvelles
installations de loisirs de la Maison des jeunes de Roberval (
SOBBS ). » Dans celui de décembre, il
rapporte que, devenue indispensable ( sic ) pour tout territoire se
préoccupant du sort de ses jeunes, la pratique du travailleur
de rue fait un retour à Roberval tout en s’implantant à
St-Félicien. ( Alexandre Gauthier – l’Étoile du Lac du 7 décembre 2002 ) « Cette
heureuse ( resic ) initiative, on la doit à un
organisme appelé, avec justesse, Association ProXimité
Jeunesse de la MRC du Domaine-du-Roy », précise-t-il.
( NDLR : Un lien avec la police de proximité ? )
Financer
par différents partenaires, dont le Fonds Jeunesse Québec,
deux travailleuses de rue, Nadia Larouche et Claudia Bélanger,
ont été engagées ainsi qu’une coordonnatrice,
Sandra Vachon. De fait, les travailleuses de rue étaient déjà
à l’œuvre aux deux principaux pôles de la MRC depuis
le mois de septembre précédent, avec leur sac à
dos de couleur violet. Selon celles-ci, les téléavertisseurs
commençaient à sonner régulièrement. (
NDLR : D’où venaient ces appels, pensez-vous ? De
patrouilleurs de la police en civil ayant repéré, dans
l’espace public, un ou quelques ados. ) « L’adaptation
est un peu plus difficile pour les jeunes Félicinois ( de
la Ville de St-Félicien ) qui n’avaient jamais vu de
travailleur de rue auparavant. ( … ) Il y a eu du défrichage ( NDLR : Émondage ? ) à effectuer »,
racontait Bélanger.
De son côté,
la coordonnatrice Vachon révélait que l’organisme
cherchait à développer un réseau d’aidants
naturels dans les municipalités rurales de la MRC. Déjà,
à Ste-Hedwidge, un comité de parents avait été
formé et se réunissait mensuellement pour faire le
point et trouver des pistes d’intervention. Une « formule
prometteuse », d’après elle, que l’on
tentait de reproduire dans les autres municipalités. Le cas de
Lac Bouchette était le plus avancé où le réseau
devait être fonctionnel après les fêtes,
estimait-elle. Le 14 février 2004, L’Étoile du Lac
nous apprendra la fin de ce travail de rue, les subventions n’ayant
pas été totalement renouvelées. Ces
travailleuses ne sont de fait qu’une façade derrière
laquelle les civils se dissimulent pour porter atteinte aux droits de
ces jeunes.
On le voit, c’est
sérieux ! Vraiment trop de jeunes dans ces rues… désertes.
Ici, nous avons la confirmation que ceux-ci ont été “
invités ” à quitter la rue, pourtant espace
public où ils ont, à l’instar des autres citoyens, le
droit de circuler « librement » partout
au Canada. Cette liberté est du reste inscrite noir sur blanc
dans la Charte canadienne des droits et libertés. Soulignons
que sortir les jeunes de la rue, contre leur gré, pour limiter
leurs déplacements en les confinant dans les maisons des
jeunes, entre autres, n’est pas une bonne idée, car ils ont
besoin des contacts de la rue pour explorer et découvrir la
société telle qu’elle est, et se socialiser comme ils
l’entendent, pas nécessairement comme on le veut, et à
leur rythme.
Cependant,
il faut reconnaître que les responsables de la Maison des
jeunes et la Ville de Roberval ont fourni de gros efforts, pendant
deux années consécutives, afin d’offrir aux jeunes un
terrain où pratiquer à volonté planche à
roulettes et basket-ball. Infrastructures érigées avec
les moyens du bord et de l’argent glané à droite et à
gauche, en tout 45 000$. Le conseil municipal, pour revenir au
journaliste de l’Étoile du Lac, a notamment installé
une clôture ainsi que « des lampadaires qui
éclairent le site en soirée, facilitant la surveillance ( sic ) des responsables sur place jusqu’à 23h ».
( Alexandre Gauthier – l’Étoile
du Lac du 17 août 2002 ) « Ça vous tente
de les essayer ? lance-t-il aux jeunes lecteurs de l’hebdo.
Sachez qu’il est possible de le faire du lundi au vendredi jusqu’à
23h. Trois responsables se chargent de la surveillance ( resic
). »
Qu’un
organisme s’investisse dans les loisirs des jeunes, vraiment rien à
reprocher là à quiconque, bien au contraire, si ce
n’est la philosophie sous-jacente, l’encadrement… par des
civils et des collabos, et sans que la chose ne soit sue, ce qui
n’est tout de même pas rien. Et l’autre encadrement,
visible celui-là : la clôture encerclant le terrain
et l’établissement, sauf sa façade. Ce n’est donc
pas seulement un terrain de jeu, mais l’équivalent d’une
maison de dressage ou de rééducation sans le nom, et à
l’insu des citoyens. Sans en généraliser la pratique
partout au Québec, là où il y a des maisons des
jeunes, car il faudrait enquêter pour le savoir, on peut y voir
une action concertée visant à parquer les jeunes en un
seul endroit sur des territoires municipaux. Des zones fermées
et protégées, en quelque sorte, à l’abris de
la drogue, de la criminalité en tout genre et censurer tout ce
qui n’est pas politiquement et puritainement acceptables dans nos
petites villes et villages, qui sont déjà aseptisés
à l’os.
Redisons-le :
pour les sortir de la rue, où, pourtant, ils ont le droit de
circuler en toute liberté. La police en civil de la Sûreté
du Québec, entre autres corps policiers, et ses collabos
savent comment s’y prendre pour décourager le citoyen (
enfant, ado et adulte ) circulant dans l’espace public sans autres
buts que celui de profiter du beau temps, humer du bon air pur, voir
un peu de monde, faire du lèche-vitrine, se balader à
vélo, etc. Pour ensuite les confiner aux établissements
gouvernementaux, paragouvernementaux, municipaux et commerciaux.
Dans
le cas des ados, il suffit de peu pour qu’un gardien de sécurité
les expulse. Surtout ne pas se déplacer en gang : on le
sait, les jeunes qui se tiennent ensemble sont tous des criminels,
potentiels ou avérés. Ils doivent se comporter comme
des adultes, et non comme les enfants et ados qu’ils sont. Tout le
monde étant concentré en ces endroits, et non éparpillé
dans les rues à faire on ne sait quoi, cela facilite à
la police en civil ses opérations de contrôles et
nettoyages sociaux, et de rééducation clandestine
illégales pouvant aller jusqu’aux déstabilisations
psychologiques, aux éjections, et provoquer même des
suicides…
À
l’été 2004, la coordonnatrice Annie Lapointe quittera
Roberval pour des raisons personnelles. Paula Saint-Pierre lui
succèdera et déclarera peu après que « (
… ) la Maison des jeunes de Roberval était malade ».
( Jean-François Bonneau – L’Étoile du Lac du 17
juillet 2004 ) Selon elle, des améliorations majeures sont
nécessaires, notamment à la cantine. Elle parlera d’
« émotions personnelles après les
réunions du personnel. Cela ne peut que faire du bien à
tous, et donner une meilleure image à l’organisme. »
Selon le journaliste Jean-François Bonneau de l’Étoile
du Lac, elle souhaite « redorer l’image de la Maison
des jeunes ». À ce sujet, elle signalera
qu’aucun parent ne siège au sein du conseil
d’administration. Il s’est manifestement passé quelque
chose.
Notons que, par la suite, un magasin Maxi sera érigé
dans le secteur, ce qui obligera l’organisme d’emménager
dans un autre local. La municipalité s’occupera désormais
de deux de ses activités : skate-parc et basket-ball. Le
19 mars 2005, l’Étoile du lac rapportera que Paula
Saint-Pierre a été congédiée et que
l’organisme a fermé ses portes pour une période
indéfinie, par manque de financement. On espérait
combler le trou budgétaire en sollicitant la population. Fin
de l’été 2006, on annonçait la construction
d’un local destiné à l’organisme.
En
février 2002, Alexandre Gauthier du même hebdo
rapportait une entrevue réalisée avec la policière
Hélène Nepton, responsable des relations publiques à
la Sûreté du Québec. ( Alexandre Gauthier – l’Étoile du Lac du 9 février 2002 ) Celle-ci traçait
le portrait de la situation dans les écoles du Québec.
Suivant ses propos, violence, taxage et drogue y augmentent sans
cesse, d’où la nécessité, rapportait le
journaliste, du Programme d’intervention en milieu scolaire ( PIMS
) de la Sûreté du Québec, qui, après avoir
démarré lentement, la décennie précédente,
c’est soudainement accéléré en 2001 pour
s’étendre à 139 écoles secondaires du Québec.
( NDLR : Notons l’année de l’accélération,
l’une de celles des grandes réformes péquistes, alors
que Ménard était au volant de la Sécurité
publique. Coïncidence sans doute ! )
Nepton
explique au journaliste qu’il y a bien sûr le volet
préventif, mais le programme va plus loin en mettant l’accent
« sur la répression ». Un
policier est affecté à chaque établissement
scolaire qui en fait la demande. Il peut être appelé à
rencontrer des jeunes qui se font prendre, par exemple, en possession
de drogues. D’autres peuvent « simplement se confier ( sic ) à ce policier ou leur être référés
par des professeurs ou directeurs. ( … ) Il n’est pas
question de procéder à une chasse aux sorcières »,
rassure-t-elle. Si le PIMS a fait ses preuves, il est impossible
d’identifier cependant un taux de réussite précis,
avoue-t-elle. Mais lorsqu’on sait que « 12% des ados
ont admis avoir touché à la drogue, pourcentage qui
grimpe à 40% ( sic ) après 18 ans, on comprend
que les besoins sont là ». D’où
viennent ces chiffres ? Le journaliste ne le dit pas. De la Sûreté
du Québec ?
Cette
rationalisation extrême a de quoi troubler tout citoyen
soucieux de ses droits et libertés. Surtout en milieu
scolaire, où commissaires, directions d’écoles et
profs sont souvent des inconditionnels de la police. Ils n’ont pas
le choix… Essayez donc, juste pour voir, de dire non à la
police. |