La Sûreté du Québec investie Roberval

La Ville de Roberval, au Saguenay-Lac-St-Jean, relevant désormais de la Sûreté du Québec, allons voir sur le terrain la façon dont cette dernière y a implanté sa soi-disant police de proximité, dite d’approche communautaire. Rien de mieux qu’un bon cas terre-à-terre pour avoir une idée de ce qui s’est probablement passé ailleurs au Québec.

Au début de 2002, le journaliste Alexandre Gauthier de l’Étoile du Lac, l’hebdo régional, signait une série d’articles particulièrement révélateurs de l’infrastructure policière et citoyenne mise en place. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac des 16 et 23 février et des 2 et 9 mars 2002 ) Nous allons traiter plus spécifiquement du quadrillage des îlots de quartier. Elle en a subdivisé le territoire en six secteurs ( îlots ), chacun doté d’un « parrain », c’est-à-dire d’un policier de la Sûreté du Québec, qui est secondé notamment d’un conseiller municipal. Nous en retiendrons quatre, histoire de montrer jusqu’où peut aller ce corps policier dans son discours de la peur, au sein de cette petite ville de 10 903 citoyens, où le calme plat règne à longueur d’année.

Il y a le secteur trois qui, bien que fortement résidentiel, comprend quelques institutions telles que le Centre résidentiel communautaire et l’Hôtel-Dieu ( l’hôpital ). Le journaliste Gauthier écrit « que le taux de criminalité y a grimpé légèrement au fil des années, surtout depuis que l’établissement hospitalier a été transformé en vaste chantier. » Le secteur quatre est aussi un endroit où « l’achalandage est fort important, ce qui a un impact sur la couverture policière » : Cité étudiante, Institut La Chesnaie, Centre sportif Benoît-Lévesque, bar Panasso ainsi que quelques commerces. Le secteur cinq « grouille jour et nuit ( sic ) car on y trouve le Palais de Justice ( NDLR : Fermé le soir et la nuit ), le siège social de la Commission scolaire du Pays-des-Bleuets ( NDLR : Plus souvent qu’autrement fermée le soir ), une école primaire ( NDLR : idem ), une bibliothèque ( NDLR : Ouverte le soir, pas la nuit ), des institutions financières ( NDLR : fermées le soir, sauf le vendredi, et la nuit ) et des bars ( NDLR : Un bar et un resto ouverts jusqu’à 3 heures du matin ) ». Enfin, il y a le secteur six, « ( … ) reconnu pour être très achalandé en raison, notamment, de la présence du Carrefour Jeannois et de la résidence pour personnes âgées l’Émeraude ».

À lire ces articles, on reste avec l’impression que l’activité y est intense, mais ce n’est absolument pas le cas. Les rues sont désertées par les piétons et les cyclistes, au point où s’y déplacer à pied est quelque peu suspect. Au cours de votre itinéraire, dépendant de la distance parcourue, vous ferez ponctuellement l’objet de contrôles visuels de civils, hommes et femmes, au volant de différents véhicules banalisés. Parcourir un long trajet à pied, ainsi marcher le boulevard St-Joseph de bout en bout, une affaire de pas loin d’un kilomètre, vous assure de croiser, par hasard, quelques faux piétons. Si vous êtes un ado, la surveillance policière sera encore plus serrée. Comme à Lac Bouchette, là aussi on procède à l’éjection de citoyens de l’espace public n’ayant aucune raison de s’y trouver. Ça semble être maintenant la norme partout au Québec.

Les citoyens se déplacent surtout en véhicules. Si vous appelez un taxi, possible que vous tombiez sur un chauffeur qui essaiera de vous tirer les vers du nez. Là vous saurez que le gars au volant est un civil. La grande majorité des véhicules privés et commerciaux circulent sur le boulevard Marcotte, un segment de la route régionale 169, sorte de voie rapide permettant d’éviter les dédales des petites rues et arrêts aux intersections, et de passer d’un point à un autre sans perdre de temps. En tout et partout, quatre établissements connaissent un certain achalandage. Le Carrefour Jeannois, un centre commercial, le seul de la place, qui est tenu sous haute surveillance par les employés en civil d’une agence de sécurité privée, des civils de la Sûreté du Québec et des collabos, dont des commerçants. L’Hôtel-Dieu, pendant les heures de visites, la Cité étudiante, surtout aux heures de classe, et finalement le Centre sportif Benoît-Lévesque, surtout le soir et la fin de semaine.

Dans ses articles, le journaliste Gauthier énumérait quelques uns des programmes de prévention de la Sûreté du Québec. Des intervenants de rue aux directions d’écoles, en passant par les parents, ils s’adressent à une vaste clientèle, indique-t-il. ( NDLR : Ne vous bousculez pas, il y en a pour tout le monde. ) Pour les élèves de l’école primaire, le programme Je réfléchis avant d’agir. On y aborde la sécurité routière, « la méfiance envers les inconnus » ainsi que la sécurité lors d’événements comme l’Halloween. Pour les ados du secondaire, Cool pour vrai. « Bien entendu, les thèmes ne sont pas les mêmes chez les ados qui sont confrontés à des crimes… disons un peu plus sérieux », explicite le journaliste. Alors, on y traite de la violence sous toutes ses formes ainsi que les différents genres de méfaits : taxage, alcool, drogue et même la navigation en toute sécurité sur l’Internet.

Les aînés, constituant aujourd’hui plus de 10% de la population, ne sont pas oubliés par la Sûreté du Québec, signale-t-il. Le but du programme Vieillir en liberté et en toute sécurité vise à prévenir les crimes, les situations à risques et accroître le sentiment de sécurité des aînés qui n’échappent pas au phénomène de violence et d’abus : mauvais traitements, crimes, blessures diverses dont des chutes, consommation de médicaments, etc. ( NDLR : Nous avons ici un exemple de l’intrusion de la Sûreté du Québec dans certaines activités préventives ne la concernant pas, et qui devraient relever d’un médecin traitant et d’employés de CLSC. En outre, plusieurs enquêtes démontrent que les personnes âgées sont les moins susceptibles d’être victimes d’actes criminels, et que le sentiment d’insécurité est attribuable à bien d’autres facteurs que la criminalité, dont la police qui fait peur aux citoyens avec sa prévention, le maître mot panzer. )

De tous les programmes de ce corps policier décrit par le journaliste, Bon voisin Bon œil est sans aucun doute le plus envahissant pour le citoyen. Non seulement des voisins sauront qui entrent chez lui et en sort mais certains d’eux lui rendront visite pour savoir ce qu’il mijote dans ses chaudrons, et communiqueront ensuite ces renseignements à la Sûreté du Québec.

Dans son article, l’amorce du journalistique Gauthier prend la forme de questions. « Les vols par effraction touchent votre quartier ? Vous en avez assez ? Vous souhaitez faire quelque chose pour y mettre fin ? ( Ce ) programme communautaire est fait pour vous. En ( collaborant ) avec votre service de police, vous deviendrez ainsi directement responsable de l’amélioration de votre qualité de vie et ( de votre ) sentiment de sécurité ainsi que celui de vos voisins. ( … ) le programme démontrera l’importance de l’entraide et de la surveillance mutuelle des résidences avoisinantes. En plus de briser l’isolement de certains résidants ( sic ), ( ce programme ) sensibilise les citoyens face à l’importance de signaler, avec précision, tout individu ou situation suspecte aux forces de l’ordre. » Tout le monde à la fenêtre, quoi. Nul n’est en sécurité, même à son domicile.

On l’a dit, chaque secteur est doté d’un « parrain », secondé d’un conseiller municipal. Zoomons sur le secteur six. L’aspect intéressant ici, c’est que le « parrain » affecté à cet îlot est aidé dans sa tâche par le conseiller municipal Gilles Veilleux. Qui est-il ? Le journaliste Gauthier le dit dans un de ses articles : « L’homme politique connaît bien les rouages de la police car il a fait carrière dans ce domaine. » Au cours de la campagne électorale de novembre 2000, il l’avait présenté aux lecteurs de l’hebdo, ainsi qu’il avait procédé du reste avec tous les autres candidats. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 5 novembre 2000 ) « Gilles Veilleux n’aura pas la chance de profiter de sa retraite s’il est élu au siège numéro 2 dimanche, écrivait-il. Ce policier de 51 ans quittera la Sûreté du Québec, après 31 années de service. C’est à la suite de l’annonce de sa retraite que des gens lui ont suggéré de se lancer en politique municipale. C’est finalement l’offre de Denis Lebel, candidat à la mairie, qui lui a donné le goût de faire le grand saut. ( NDLR : …Il est connu que plusieurs retraités policiers travaillent comme surnuméraires pour la police… )

Traitant de son programme électoral, le journaliste rapportait que « Gilles Veilleux demeure prudent dans le dossier des fusions ( municipales ). ( … ) Cependant, au sujet des corps policiers, il croit qu’un regroupement est inévitable ». Le candidat Veilleux, qui ne pouvait s’aventurer d’afficher la solution qu’il préférait, précisait néanmoins que Fédération des policiers municipaux du Québec et Sûreté du Québec avaient soumis des projets de regroupements pour la région : « Les deux alternatives sont très près l’une de l’autre. ( … ) Le ministère tranchera ». Veilleux souhaite travailler à la sécurité de la population, continuait le journaliste, autant celle des personnes âgées que des jeunes. Il est interpellé par les problèmes que vivent les jeunes, veut y faire diminuer le commerce de la drogue : « À Roberval comme ailleurs, soutient le candidat, nous subissons la présence des motards criminalisés. Il faut être vigilant ».

Le soir des élections de novembre 2000, les candidats de l’équipe de Denis Lebel raflent tous les postes de conseillers et Lebel, homme à la barbe noire, déluré et franchement sympathique, devient maire de Roberval : il avait occupé les années précédentes le poste de directeur général de l’Ermitage St-Antoine, à Lac Bouchette. À la première réunion du conseil municipal, le nouveau maire distribue les dossiers dont chacun aura la responsabilité. Veilleux devient responsable de ceux de l’urbanisme et de la mise en valeur du territoire. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 19 novembre 2000 ) Et, au début de 2002, quand Roberval sabordera son corps policier municipal pour céder la place à la Sûreté du Québec, Veilleux deviendra le conseiller municipal ressource du « parrain » du secteur six.

Au Saguenay-Lac-St-Jean, la Sûreté du Québec subventionne certaines activités, plus particulièrement celles destinées aux jeunes. En août 2002, elle a ainsi remis « un beau » chèque de 1 500$ à la Maison des jeunes de Chambord. ( l’Étoile du Lac du 10 août 2002 ) Photo à l’appui où figurent, de gauche à droite, le commandant du district Saguenay-Lac-St-Jean de la Sûreté du Québec, Boudreault, le conseiller municipal Gérard Savard, la responsable de la Maison des jeunes L’Entre-Parenthèse, Lili Gagnon, la chargée de projets, Josée Fortin, et… le dg de la Sûreté du Québec, Florent Gagné. Aux yeux de la police provinciale, les Maisons des jeunes jouent un rôle important. Regardons ça.

En mai 1997, le dg de la Sûreté du Québec, poste occupé alors par le citoyen Guy Coulombe, signait un document préliminaire intitulé Orientations et plan d’action de la Sûreté du Québec. ( Commission Poitras, CD no. 2, Divulg 210PDF, La police de proximité dans les MRC sur la voie du succès, document no. 1, page 138 ) On y traitait du concept de la police de proximité, notamment. On peut y lire que grâce à leur intégration dans la communauté, les policiers sont en mesure de travailler plus efficacement en partenariat avec les élus, les citoyens, les services municipaux, les organismes communautaires et les organisations scolaires dans la résolution des problèmes de sécurité publique locale. Ainsi, de ces échanges découlent des bénéfices communs.

Par exemple, « des activités telles que la présence policière quotidienne ( sic ) dans une école secondaire, une invitation aux policiers de rencontrer des jeunes de la Maison des Jeunes ( resic ), une conférence sur la prévention en sécurité nautique ou plus de présence et de prévention dans les rues de la municipalité permettent donc un rapprochement qui facilite d’une part, le travail des policiers qui peuvent, par la suite, orienter leurs actions en fonction des vrais problèmes et d’autre part, qui favorise l’échange avec la communauté qui a alors le sentiment d’être intégrée dans le processus de résolution de problèmes. »

Au Québec, en 2000-2001, on dénombrait 304 de ces maisons des jeunes : plusieurs possèdent un site Web, suffit d’utiliser les mots clés Maison des jeunes pour y avoir accès. ( Jean-François Bonneau l’Étoile du Lac 1e mars 2003 ) Au Lac St-Jean, on en trouve à peu près partout : 14 sont inscrites dans l’annuaire téléphonique de Bell. Un peu moins, semble-t-il, dans l’autre partie de la région, le Saguenay. Probablement parce que les infrastructures récréatives et sportives y sont plus nombreuses qu’en milieu rural. Portant toutes le même nom : maison des jeunes… généralement suivi du nom de la municipalité.

Un document intitulé Les maisons des Jeunes au Québec, états de développement et perspectives de soutien et de financement, donne une idée de la “ mission ” de ceux les dirigeant ( Jean-François Bonneau l’Étoile du Lac du 1e mars 2003 ) : « Investir auprès des jeunes permet de faire réaliser à la société des économies au regard des frais engendrés par les recours aux services curatifs, le décrochage scolaire et/ou social, l’inaptitude au travail, le non-respect des différences chez les pairs, le sexisme qui mène à la violence conjugale et les mauvaises habitudes de consommation », y lit-on.

Ces organismes sans but lucratif sont subventionnés en partie par le gouvernement du Québec, dans le cadre de son Programme de soutien aux organismes communautaires. Ainsi, en 2000-2001, elles avaient reçu, en moyenne, une somme de 53 486$. Cependant, au Saguenay-Lac-St-Jean, la subvention avait été moins élevée. Les dirigeants de celle de Roberval – connu aussi sous le nom de la Maison SOBBS, acronyme de skate, ordinateur, basket, billard et social –, qui n’avaient eu droit qu’à 40 000$, s’en plaignaient, estimaient qu’elle nécessitait un soutien minimal de 85 000$. Suivant les propos d’Annie Lapointe, sa coordonnatrice, « ces maisons contribuent à prévenir les maux de société ». Le temps passé à trouver des solutions aux problèmes générés par le sous financement est une embûche à « l’expérimentation d’activités de stimulation, de séances d’information jeunesse ou de développement de projets à long terme ». Elle en concluait donc que « le financement précaire a des impacts plus graves que les gens auraient tendance à croire à première vue ».

En outre, le ministre péquiste de la Sécurité publique, Serge Ménard, semblait également disposer d’un budget à cette fin, apparemment fruits du partage de l’argent et des biens saisis dans les milieux criminalisés. Ainsi, au mois d’octobre 2001, la Maison des jeunes de Roberval recevait de sa part 10 000$. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 7 octobre 2001 ) La subvention devait servir au lancement d’un projet appelé Le taxage, un crime grave. Afin d’en informer les jeunes, assurément, mais aussi d’effectuer un sondage auprès d’eux pour en évaluer l’ampleur. Notons qu’ici, à l’image du maître mot panzer, la prévention, on ne semble pas sûr que le problème existe ou pas. Sondage réalisé, en outre, par ceux-là mêmes propageant le discours de la peur.

Dans le bas de vignette d’une photo de l’Étoile du Lac, on indique qu’à l’été 2001, des représentants de cette Maison des jeunes avaient sensibilisé la population aux dangers de la cigarette. Ils avaient conçu à cet effet un kiosque appelé La Cig-Arrête, en collaboration avec la Gang Allumée. Le kiosque avait été ensuite installé pendant la saison estivale au Carrefour Jeannois, le centre commercial de Roberval. Une campagne antitabac menée par des jeunes, mais… sous l’impulsion, peut-on penser, des animateurs… On le voit, le danger, notamment, ne vient pas seulement des motards, de la drogue, des pédophiles, du taxage, car la cigarette aussi nous menace.

En 2002, le journaliste Alexandre Gauthier de l’Étoile du Lac signait deux articles pour le moins explicites et portant sur les jeunes de la rue. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 17 août 2002 ) Ainsi, celui du mois d’août : « Vous avez remarqué que les jeunes flânent de moins en moins à Roberval ? Soyez rassurés, vous n’avez pas la berlue ! La plupart des ados qui traînaient autrefois dans les rues à la recherche d’une activité utilisent maintenant les nouvelles installations de loisirs de la Maison des jeunes de Roberval ( SOBBS ). » Dans celui de décembre, il rapporte que, devenue indispensable ( sic ) pour tout territoire se préoccupant du sort de ses jeunes, la pratique du travailleur de rue fait un retour à Roberval tout en s’implantant à St-Félicien. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 7 décembre 2002 ) « Cette heureuse ( resic ) initiative, on la doit à un organisme appelé, avec justesse, Association ProXimité Jeunesse de la MRC du Domaine-du-Roy », précise-t-il. ( NDLR : Un lien avec la police de proximité ? )

Financer par différents partenaires, dont le Fonds Jeunesse Québec, deux travailleuses de rue, Nadia Larouche et Claudia Bélanger, ont été engagées ainsi qu’une coordonnatrice, Sandra Vachon. De fait, les travailleuses de rue étaient déjà à l’œuvre aux deux principaux pôles de la MRC depuis le mois de septembre précédent, avec leur sac à dos de couleur violet. Selon celles-ci, les téléavertisseurs commençaient à sonner régulièrement. ( NDLR : D’où venaient ces appels, pensez-vous ? De patrouilleurs de la police en civil ayant repéré, dans l’espace public, un ou quelques ados. ) « L’adaptation est un peu plus difficile pour les jeunes Félicinois ( de la Ville de St-Félicien ) qui n’avaient jamais vu de travailleur de rue auparavant. ( … ) Il y a eu du défrichage ( NDLR : Émondage ? ) à effectuer », racontait Bélanger.

De son côté, la coordonnatrice Vachon révélait que l’organisme cherchait à développer un réseau d’aidants naturels dans les municipalités rurales de la MRC. Déjà, à Ste-Hedwidge, un comité de parents avait été formé et se réunissait mensuellement pour faire le point et trouver des pistes d’intervention. Une « formule prometteuse », d’après elle, que l’on tentait de reproduire dans les autres municipalités. Le cas de Lac Bouchette était le plus avancé où le réseau devait être fonctionnel après les fêtes, estimait-elle. Le 14 février 2004, L’Étoile du Lac nous apprendra la fin de ce travail de rue, les subventions n’ayant pas été totalement renouvelées. Ces travailleuses ne sont de fait qu’une façade derrière laquelle les civils se dissimulent pour porter atteinte aux droits de ces jeunes.

On le voit, c’est sérieux ! Vraiment trop de jeunes dans ces rues… désertes. Ici, nous avons la confirmation que ceux-ci ont été “ invités ” à quitter la rue, pourtant espace public où ils ont, à l’instar des autres citoyens, le droit de circuler « librement » partout au Canada. Cette liberté est du reste inscrite noir sur blanc dans la Charte canadienne des droits et libertés. Soulignons que sortir les jeunes de la rue, contre leur gré, pour limiter leurs déplacements en les confinant dans les maisons des jeunes, entre autres, n’est pas une bonne idée, car ils ont besoin des contacts de la rue pour explorer et découvrir la société telle qu’elle est, et se socialiser comme ils l’entendent, pas nécessairement comme on le veut, et à leur rythme.

Cependant, il faut reconnaître que les responsables de la Maison des jeunes et la Ville de Roberval ont fourni de gros efforts, pendant deux années consécutives, afin d’offrir aux jeunes un terrain où pratiquer à volonté planche à roulettes et basket-ball. Infrastructures érigées avec les moyens du bord et de l’argent glané à droite et à gauche, en tout 45 000$. Le conseil municipal, pour revenir au journaliste de l’Étoile du Lac, a notamment installé une clôture ainsi que « des lampadaires qui éclairent le site en soirée, facilitant la surveillance ( sic ) des responsables sur place jusqu’à 23h ». ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 17 août 2002 ) « Ça vous tente de les essayer ? lance-t-il aux jeunes lecteurs de l’hebdo. Sachez qu’il est possible de le faire du lundi au vendredi jusqu’à 23h. Trois responsables se chargent de la surveillance ( resic ). »

Qu’un organisme s’investisse dans les loisirs des jeunes, vraiment rien à reprocher là à quiconque, bien au contraire, si ce n’est la philosophie sous-jacente, l’encadrement… par des civils et des collabos, et sans que la chose ne soit sue, ce qui n’est tout de même pas rien. Et l’autre encadrement, visible celui-là : la clôture encerclant le terrain et l’établissement, sauf sa façade. Ce n’est donc pas seulement un terrain de jeu, mais l’équivalent d’une maison de dressage ou de rééducation sans le nom, et à l’insu des citoyens. Sans en généraliser la pratique partout au Québec, là où il y a des maisons des jeunes, car il faudrait enquêter pour le savoir, on peut y voir une action concertée visant à parquer les jeunes en un seul endroit sur des territoires municipaux. Des zones fermées et protégées, en quelque sorte, à l’abris de la drogue, de la criminalité en tout genre et censurer tout ce qui n’est pas politiquement et puritainement acceptables dans nos petites villes et villages, qui sont déjà aseptisés à l’os.

Redisons-le : pour les sortir de la rue, où, pourtant, ils ont le droit de circuler en toute liberté. La police en civil de la Sûreté du Québec, entre autres corps policiers, et ses collabos savent comment s’y prendre pour décourager le citoyen ( enfant, ado et adulte ) circulant dans l’espace public sans autres buts que celui de profiter du beau temps, humer du bon air pur, voir un peu de monde, faire du lèche-vitrine, se balader à vélo, etc. Pour ensuite les confiner aux établissements gouvernementaux, paragouvernementaux, municipaux et commerciaux.

Dans le cas des ados, il suffit de peu pour qu’un gardien de sécurité les expulse. Surtout ne pas se déplacer en gang : on le sait, les jeunes qui se tiennent ensemble sont tous des criminels, potentiels ou avérés. Ils doivent se comporter comme des adultes, et non comme les enfants et ados qu’ils sont. Tout le monde étant concentré en ces endroits, et non éparpillé dans les rues à faire on ne sait quoi, cela facilite à la police en civil ses opérations de contrôles et nettoyages sociaux, et de rééducation clandestine illégales pouvant aller jusqu’aux déstabilisations psychologiques, aux éjections, et provoquer même des suicides…

À l’été 2004, la coordonnatrice Annie Lapointe quittera Roberval pour des raisons personnelles. Paula Saint-Pierre lui succèdera et déclarera peu après que « ( … ) la Maison des jeunes de Roberval était malade ». ( Jean-François Bonneau – L’Étoile du Lac du 17 juillet 2004 ) Selon elle, des améliorations majeures sont nécessaires, notamment à la cantine. Elle parlera d’ « émotions personnelles après les réunions du personnel. Cela ne peut que faire du bien à tous, et donner une meilleure image à l’organisme. » Selon le journaliste Jean-François Bonneau de l’Étoile du Lac, elle souhaite « redorer l’image de la Maison des jeunes ». À ce sujet, elle signalera qu’aucun parent ne siège au sein du conseil d’administration. Il s’est manifestement passé quelque chose.

Notons que, par la suite, un magasin Maxi sera érigé dans le secteur, ce qui obligera l’organisme d’emménager dans un autre local. La municipalité s’occupera désormais de deux de ses activités : skate-parc et basket-ball. Le 19 mars 2005, l’Étoile du lac rapportera que Paula Saint-Pierre a été congédiée et que l’organisme a fermé ses portes pour une période indéfinie, par manque de financement. On espérait combler le trou budgétaire en sollicitant la population. Fin de l’été 2006, on annonçait la construction d’un local destiné à l’organisme.

En février 2002, Alexandre Gauthier du même hebdo rapportait une entrevue réalisée avec la policière Hélène Nepton, responsable des relations publiques à la Sûreté du Québec. ( Alexandre Gauthier l’Étoile du Lac du 9 février 2002 ) Celle-ci traçait le portrait de la situation dans les écoles du Québec. Suivant ses propos, violence, taxage et drogue y augmentent sans cesse, d’où la nécessité, rapportait le journaliste, du Programme d’intervention en milieu scolaire ( PIMS ) de la Sûreté du Québec, qui, après avoir démarré lentement, la décennie précédente, c’est soudainement accéléré en 2001 pour s’étendre à 139 écoles secondaires du Québec. ( NDLR : Notons l’année de l’accélération, l’une de celles des grandes réformes péquistes, alors que Ménard était au volant de la Sécurité publique. Coïncidence sans doute ! )

Nepton explique au journaliste qu’il y a bien sûr le volet préventif, mais le programme va plus loin en mettant l’accent « sur la répression ». Un policier est affecté à chaque établissement scolaire qui en fait la demande. Il peut être appelé à rencontrer des jeunes qui se font prendre, par exemple, en possession de drogues. D’autres peuvent « simplement se confier ( sic ) à ce policier ou leur être référés par des professeurs ou directeurs. ( … ) Il n’est pas question de procéder à une chasse aux sorcières », rassure-t-elle. Si le PIMS a fait ses preuves, il est impossible d’identifier cependant un taux de réussite précis, avoue-t-elle. Mais lorsqu’on sait que « 12% des ados ont admis avoir touché à la drogue, pourcentage qui grimpe à 40% ( sic ) après 18 ans, on comprend que les besoins sont là ». D’où viennent ces chiffres ? Le journaliste ne le dit pas. De la Sûreté du Québec ?

Cette rationalisation extrême a de quoi troubler tout citoyen soucieux de ses droits et libertés. Surtout en milieu scolaire, où commissaires, directions d’écoles et profs sont souvent des inconditionnels de la police. Ils n’ont pas le choix… Essayez donc, juste pour voir, de dire non à la police.